Réflexions sur la lutte contre l’extrême maigreur des mannequins

morteschanel
publicité Chanel que j’avais dénoncée en 2012 https://sandrine70.wordpress.com/2012/08/09/cadavres-olympiques-chanel-ca-suffit/

Que penser des mesures prises par l’Assemblée nationale pour lutter contre l’encouragement à l’extrême maigreur ? Deux amendements à la loi santé ont été votés, tous deux controversés, notamment critiqués par certains comme étant liberticides.

Tout d’abord, on a parlé « d’interdiction aux femmes trop maigres de devenir mannequin ». C’est vrai, mais partiellement. Ce qui sera puni, c’est le fait pour des responsables d’agence de mannequins d’employer des femmes trop maigres (ce qui sera évalué par rapport à l’IMC, indice de masse corporelle et sur ce point on peut estimer que ce n’est pas parfait, mais il faut bien un mode d’évaluation). Ils ou elles seront passibles d’une peine de prison et d’une amende (2).  Personnellement, cela ne me choque pas. C’est enfin reconnaître l’aspect normatif de la mode et de l’effet des médias et dire qu’on ne peut cautionner une maigreur qui affaiblit les jeunes femmes, met en danger leur vie, et les empêche, à un âge où c’est crucial, de se développer pour être des adultes en bonne santé.

Autre mesure, celle qui vise à interdire et rendre passible d’une peine d’un an de prison et 1.000 euros d’amende les sites encourageant à l’extrême maigreur (1). Sur ce point, on est face à un problème délicat : en effet, de nombreuses femmes atteintes d’anorexie, s’expriment sur Internet et parfois donnent des « conseils » aux autres pour « manger moins » et maigrir encore (on les appelle les « sites pro-Ana »). C’est, dans leur cas, une façon de sortir de leur isolement avec la maladie, et une forme d’expression de ses symptômes. Là, a priori, j’aurais tendance à penser -comme toujours- qu’on ne peut considérer que c’est en pénalisant les victimes qu’on va résoudre un problème. En revanche, on peut considérer que le blog étant accessible à d’autres jeunes femmes, il ne peut donc être exempté de la responsabilité qui incombe à toute personne qui publie. Ce n’est pas comme la parole au journal intime ou au professionnel qui dans un cadre sécurisé, où tout doit pouvoir être dit.

Des arguments qui sonnent curieusement à nos oreilles d’abolitionnistes

Par ailleurs, l’amendement voté à l’Assemblée nationale prévoit de faire la distinction entre les sites dont le but est de pousser à l’extrême maigreur et ceux qui sont l’expression…de la liberté d’expression des personnes malades, qui ont besoin de parler de leur maladie. On peut admettre que cela ne sera pas facile, mais on peut aussi estimer que les réactions indignées de certains détracteurs de l’amendement son peu honnêtes. Plus étonnant, leurs arguments font incroyablement penser à nos oreilles d’abolitionnistes de la prostitution à ceux des défenseurs des clients-prostitueurs.

Interdire certains de ces sites provoquerait,  selon un sociologue« probablement un effet de déplacement des blogs et des sites vers des lieux encore plus cachés. Nous allons rentrer dans une phase encore plus extrême de clandestinité, qui s’est déjà aggravée depuis 2010 avec ce climat de censure généralisée. Le risque, c’est que les familles, les spécialistes ou les associations n’aient plus accès à ces sites web« . Ca ne vous rappelle rien ? On dirait un copié-collé des arguments contre la pénalisation du client-prostituer, arguments absolument pas fondé sur une réalité observée mais sur des suppositions. Et pardonnez ma naïveté, mais c’est quoi, un site « encore plus caché » ? La police serait tellement bête qu’elle ne saurait pas trouver des sites ou blogs que les jeunes femmes victimes sauraient trouver (3) ?

Par ailleurs, selon ce sociologue, il s’agirait de « jeter en prison des personnes qui souffrent de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc.) simplement parce qu’elles en ont parlé sur internet ». Même s’il était effectivement difficile de faire le distingo entre des sites manipulés par des adultes ayant intérêt à la maigreur et des sites où simplement les malades expriment leur souffrance, il me semble peu probable qu’on jette en prison des jeunes femmes victimes à tour de bras…en revanche, qu’on ne laisse pas des jeunes femmes en pousser d’autres à faire comme elles, même si c’est l’expression de la maladie, ça ne me choque pas plus que cela.

Un an de prison ici, même pas une amende là ? 

Déjà, ce n’est pas parce que la loi instaure une peine qu’on « jette systématiquement » les gens en prison, et cette formulation est particulièrement malhonnête. Même Dieudonné, dont on imagine que la justice n’a pas envie d’être clémente avec lui, a eu du sursis pour ses propos « d’apologie du terrorisme ». Même dans ce terrible « pays liberticide » qu’est la Suède selon ses détracteurs, les clients-prostitueurs passibles d’un an de prison ne se sont jamais retrouvés derrière les barreaux !!! En revanche, l’effet normatif de la loi a joué vers la dissuasion (et je suis bien sûr contre qu’on mette de jeunes femmes malades en prison, même qu’on leur donne une amende).

Enfin, je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point il est difficile au législateur, au système patriarcal, d’être cohérent, en matière de définition des délits et de fixation des peines, et ce en rapport avec le débat sur la prostitution : un amendement UMP de Valérie Boyer prévoyait jusqu’à 3 ans de prison, l’amendement final prévoit 1 an pour les sites faisant apologie de l’extrême maigreur, quand pour la pénalisation des clients-prostitueurs, qui ne sont en rien des victimes, mais les vrais responsables de l’existence de la prostitution, et des violences que les personnes prostituées subissent au quotidien, on n’a même pas voulu instaurer une peine de prison ! Les sénateurs ne veulent même plus les pénaliser du tout, les députés avaient fini par admettre un délit avec amende…Comment peut-on justifier dans un cas une peine de prison et pas dans l’autre ? A part par la volonté de maintenir les hommes agresseurs sexuels dans une forme d’impunité ?

En résumé, il me semble nécessaire de donner un signe, comme quoi « la liberté de disposer de son corps » ne permet pas de faire tout et n’importe quoi pour le profit de quelques-uns -toujours les mêmes. En effet, les arguments développés par ceux qui disent que ces mesures sont liberticides ne me semblent donc pas très convaincants de par leur outrance et plutôt relever de la logique d’un statu quo qui arrange le marché du partriarcat ultra-libéral. La « liberté de disposer de son corps » est pour ce système un bénéfice dont, que ce soit en matière de prostitution ou de troubles alimentaires, les bénéficiaires sont ceux qui en font du profit, et jamais les femmes qui y sont poussées.

Sandrine Goldschmidt

(1) Cet amendement, voté par les députés dans le cadre de la loi Santé, proscrit désormais le fait de « provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l’exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé ».

(2) Le fait, pour toute personne qui exploite une agence de mannequins ou qui s’assure moyennant rémunération le concours d’un mannequin, de ne pas « veiller au respect de l’interdiction » sera puni d’un emprisonnement de six mois et d’une amende de 75 000 euros.

(3) pour la prostitution, les anti-abolitionnistes affirment que si la Suède a fait baisser la prostitution de rue, celle sur Internet aurait augmenté, comme si la police était incapable de repérer une transaction prostitutionnelle sur internet…alors que l’unité de lutte contre la prostitution en Suède travaille justement avec Internet.

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Changer de fesses comme de chemise ?

changezdefessesC’est le printemps, l’humeur est légère, les corps vont bientôt se dévoiler, ne serait-il pas temps de changer de fesses ?

Oui, vous avez bien lu, voici ce qu’on m’a proposé sur mon pare-brise ! Un joli effet de la marchandisation croissante des êtres humains directement destiné à tendre une perche à mes mains qui cherchent des sujets pour se balader sur le tableau de bord de ce blog… Un petit prospectus qui en dit long sur les effets du formatage de nos esprits ! Je n’en dirai guère plus pour ne pas alourdir le propos : l’image parle d’elle-même pour renforcer la pertinence de l’analyse de Kajsa Ekis Ekman, auteur de « L’être et la marchandise », qui montre comment, à partir de la célèbre formule : « mon corps m’appartient », récupérée par ceux qui veulent tirer profit des êtres humains et les pro-prostitution : on en vient à faire de notre corps un ensemble de morceaux qui seraient nos biens à vendre. Mon corps ne serait pas moi mais « à moi », donc un bien, et comme tous les biens, je pourrais les vendre, louer, etc.

Changez de fesses, donc, comme on change de chemise ? Hop, celles-ci ne me plaisent pas, j’en prends d’autres. Et puis, comme pour la mode, si j’en changeais tous les ans ?

L’image, évidemment, montre des fesses, mais pas comme partie à part entière tout à fait constitutive d’un être humain, mais comme un morceau qui s’échange : évidemment, montrer la tête de la femme était exclu…

Enfin, une petite phrase qui en dit long : changez de fesses oui mais surtout, « avant qu’elles ne vous trahissent« . Les fesses, chacun sait, c’est un peu comme les pneus de voiture…il faut en changer régulièrement sinon elles, ces objets qui n’ont rien à voir avec vous, risquent de « nous trahir » et d’éclater, ou peut-être de se dégonfler, qui sait ? Que se passe-t-il alors ? On n’a plus de train arrière ? On ne peut plus s’asseoir ? Ah non, peut-être qu’on risque de ne plus avoir de « fesses acceptables » (baisables), c’est ça (comme si on a des poils, ou des vulves imparfaites, ou des peaux sans fard) !!?

J’en ai presque oublié de regarder comment on voulait me faire changer de fesses : il semblerait qu’il s’agisse de pédaler dans l’eau en cabine privée !

Moi, je vais plutôt garder mes fesses, et continuer à me sentir comme un poisson sans bicyclette…

S.G

 

 

Pas de tête, mais un bébé dans le ventre ?

A l’époque d’ « Histoires d’A », les femmes enceintes étaient d’abord des femmes…

NB : je précise suite à la réaction de l’association que je ne mets en aucun cas son projet et son travail en cause et je vous invite à lire le commentaire qui m’a été adressé, ci-dessous et qui donne le point de vue de l’association. Cela ne change pas le mien, je pense qu’il aurait fallu -si l’on montre une femme même pour parler d’un bébé dans le ventre, qu’on ne montre pas en même temps une femme sans tête. L’objectif de cet article n’est pas de montrer du doigt l’asso, mais bien de faire prendre conscience de ces images que toutes et tous nous véhiculons sans toujours nous rendre compte de ce qu’elles induisent.

Ce matin, au fil de Twitter, je tombais sur la mise en avant des « maisons de naissance », qui encouragent l’accouchement moins médicalisé et pourquoi pas à la maison. Interessée à titre professionel à voir de quoi il retourne, je clique sur le site du « Calm », « Comme à la maison », Association pour la maison de naissance des Bleuets.

Et voilà que mon coeur se retourne. Une grande photo en page d’accueil, sensée montrer la maternité épanouie, d’une femme avec un très gros ventre…et pas de tête !. Alors bien sûr, le Calm n’a pas l’apanage de ce type d’image. Elles sont de plus en plus fréquentes et nous envahissent, et nous semblons indifférentes à cette violence quotidienne qui nous est faite. C’est une grande tendance dont j’ai déjà parlé ici. Les femmes sont de plus en plus souvent représentées sans tête absolument partout. Mais quand on parle de femmes enceintes, alors c’est devenu quasiment systématique. Ou quand on parle des dérives de l’utilisation des femmes à des fins de reproduction dans un monde marchand (avec la grossesse pour autrui/mères porteuses), c’est toujours le cas : on montre des femmes sans tête, qui ne sont plus que des ventres. Le cadrage est d’ailleurs fait de telle sorte qu’on sent bien que la tête a été coupée délibérément. Alors quand cela concerne la GPA et donc le morcellement de l’être humain au profit de quelques uns, on pourrait presque y voir une signification politique. Il y a une vraie concordance entre la façon de traiter les mères et l’image qui en est donnée. C’est une façon de dissocier par la représentation le lien mère-enfant, et correspond à ce qui se fait dans la maternité pour autrui.

En revanche, lorsqu’il s’agit de promouvoir la « maternité heureuse », c’est là que toute la violence de la façon dont nous nous représentons nous-mêmes saute aux yeux (ou devrait). Ces images sont insupportables ! Et pourtant elles ne semblent pas faire réagir. Surtout quand l’image accompagne une carte de voeux pour 2014 qui explique :

« En 2014, dessine-moi une maison de naissance où les sages-femmes seront indépendantes où mes parents seront accompagnés de façon où la physiologie sera respectée, où je viendrai au monde dans un moment de douceur ».

Je ne mets pas la photo dans l’article, mais vous pouvez la voir ici : http://www.mdncalm.org/87-articles/154-tous-nos-voeux-pour-2014

Il est grand temps qu’en matière de maternité tout autant qu’en matière d’égalité, les femmes soient enfin considéréés comme des êtres humains, non ?

S.G

Au bazar du genre

AubazardugenreLe mieux de l’exposition au bazar du genre au magnifique Mucem à Marseille, c’est son titre. En effet, il est fort probable que si vous n’avez pas longuement réfléchi à comment le genre est utilisé pour briser le féminisme et son enracinement dans l’universalité de l’esprit analytique et rationnel pour comprendre le monde, vous serez un peu perduEs en vous y baladant…et trouverez que c’est un sacré bazar…
L’expo est centrée sur 3 thèmes : en premier le rappel des luttes féministes du temps des grandes manifestations pour le droit à l’avortement, le combat pour les droits homosexuels des gays et lesbiennes, et…voile et revendication identitaire.

Aucun rapport logique qui expliquerait pourquoi le droit à l’avortement est ainsi relié à la question du genre puis au pseudo « choix de porter le voile » (car c’est ainsi que c’est présenté). Je n’y aurais moi même vu qu’une manifestation incompréhensible de postéfminisme queer sans pouvoir l’expliquer…

voiles et modernitéHeureusement, j’ai commencé la semaine dernière la lecture de « L’être et la marchandise » de Kajsa Ekis Ekman qui m’a donné une clé essentielle et que je cherchais depuis longtemps pour comprendre le fonctionnement de cette pensée. En effet, les défenseurEs de théories qui affirment que vendre son corps ou le voiler relèverait du même choix/droit que vouloir ou non avoir des enfants ou de la liberté sexuelle, en particulier celle de choisir son orientation sexuelle, parviennent à se servir du passé féministe pour tenter de légitimer leurs théories en utilisant une méthode de pensée qui relève de la psychanalyse et non de l’analyse rationnelle : l’association d’idées.

En effet, des mots résonnent lorsqu’on voit parler de l’avortement : « choix et droit de disposer de son corps » par association, on peut arriver à genre, droits des personnes homosexuelLEs, et pourquoi pas voile. Le simple fait que ces mots puissent s’associer dans les esprits suffirait donc à légitimer la dernière proposition par la première. Et le tour est joué : le ou la visiteur qui n’y réfléchit pas tous les jours, ne peut pas vraiment comprendre l’argumentaire derrière la libre association : il n’y en a pas*. En revanche, il retient une illusion de lien logique et politique entre les différents éléments du bazar…

DALIJe passe du coq à l’âne…ou peut être plutôt de l’âne au coq pour vous parler d’une autre nouveauté marseillaise : les statues sur le Vieux Port, et d’une en particulier. Un « grand artiste » l’a sculptée, et on l’expose aux vues des passantEs qui n’y voient aucune violence politique contre les femmes…. Vous comprendrez sans doute en regardant la photo de cette statue de Dali, et si j’ajoute que le grand jeu des touristes, et des jeunes hommes en particulier, c’est de se faire photographie assis dessus…

Ci-dessous une galerie photo qui récapitule et illustre le propos ci-dessus, et quelques photos reportage sur la ville.

S.G

* je précise à propos du voile : nulle part il n’est dit que l’expo serait « pro-port du voile ». La photo ci-dessus montre une « neutralité » sur la question, qui exposerait juste les faits. Mais ce dont je parle ici, c’est du fait même de choisir de faire une grande partie de l’expo là-dessus au sein d’un propos « bazar du genre », qui suffit à créer une libre association douteuse…

Talents aiguillés… vers le bas !

Le « no comment du jour » : 20 minutes s’empare d’une étude pour révéler un scoop : les femmes ont de l’ambition, pour moitié d’entre elles. Ca donne ceci : un titre : « talents aiguilles », une photo, en contre-plongée, d’une femme en mini-mini-jupe et talons, qui avance, avec une toute petite petite tête.

 

talentsaiguillets

Rapide analyse tout de même. Ca a dû leur faire sacrément peur. Que les femmes soient ambitieuses. Ce n’est pas leur rôle. Ce n’est pas pour cela qu’on leur a créé des carcans vestimentaires (jupes étroites, talons aiguilles justement). Au point que si, pour une fois, il lui ont laissé une tête, à la femme choisie pour illustrer la une, elle est minuscule. En revanche, en contre-plongée, ses jambes nues et ses talons sont bien grands (quoi que les jambes sont ultra-maigre).

Car il ne faudrait quand même pas qu’elle oublie que c’est cela qu’on attend d’elle, et qu’elle se mette à imaginer que ce qu’elle peut apporter à la société par ses compétences intellectuelles -ses compétences tout court- nous intéresse. On ne lui demande pas d’en avoir dans le cerveau, mais bien qu’elle soit disponible à tout moment pour les désirs objectifiants des hommes. D’ailleurs, si elle est ambitieuse, dit la légende, elle est « prête à faire des sacrifices ».

En vrai, les sacrifices font qu’elle est épuisée, souvent, si elle est mère en même temps en particulier.

Mais bon, ce n’est pas à cause des enfants. C’est bien parce que le père si père il y a s’occupe infiniment moins des enfants et des tâches ménagères, c’est parce qu’au travail elle doit se conformer aux horaires instaurés par des hommes pour maintenir leur privilèges, parce qu’en plus elle doit se conformer à l’image pornifiée et objectifiée qu’on attend d’elle.

Qu’elle veuille avancer, pourquoi pas, mais qu’elle n’aille pas imaginer que ça changera quoi que ce soit ! Car après le plafond de verre, après le plancher collant, il y a le talent aiguille, qui assure de la clouer à jamais dans le plus dangereux des stéréotypes…

S.G

Elle, Lybrido, déculottée : la haine des femmes en haut de l’affiche

Haine des femmes, et haine de soi. C’est ce que les images de nous que donnent ceux qui sont censés être « nos journaux » les féminins (bon ce sont pas les miens hein), les affiches, le cinéma, qui nous morcèlent et nous étête, et haine de notre désir, à la fois en imposant le « tout à l’orgasme », le « tout au coït » et l’interdiction de « trop en vouloir ». bref, l’interdiction de faire ce qu’on a envie et de ne pas être dans le désir de l’homme (cf Ozon, etc.)

3 exemples en 2 jours…

project

-vu hier dans le métro, le « movie project », le projet de film de nous donner la déculottée ?!!! Inouï.

elle-vu en une de Elle cette photo d’une « non-femme »au corps totalement irréel, avec en dessous cet article qui dit : « se plaire telle qu’on est ». Vraiment ? C’est typique des injonctions paradoxales de Elle, mais à ce point, on se demande en effet comment les femmes peuvent garder une tête sur leurs épaules.

Enfin, dans le genre « WTF », lisez cet article qui explique comment « le viagra féminin » risque de rendre les femmes agressives : une quintessence de millénaires de corsetage physique moral et sexuel des  femmes. Pour le Viagra, est-ce qu’on s’est posé la question si ça allait augmenter le nombre de viols ? http://www.slate.fr/life/73191/viagra-feminin-trop-efficace-lybrido

Cannes, palme du cinéma par et pour les hommes

Capture d’écran 2013-05-15 à 10.10.13Ce qu’il y a de bien avec le cinéma, c’est que c’est un étalage sans fin de ce qu’est ou peut être la misogynie et le backlash, un sujet perpétuel donc de dénonciation pour les féministes en quête d’articles à écrire…

Comme je le dis ici souvent, la culture en général, et le cinéma en particulier est un lieu idéal de la propagande d’un monde fait pour et par les hommes, misogyne et réduisant les femmes à l’état d’objets de possession : pour cela, il faut préciser ce que l’on entend par culture : aujourd’hui, dans une société ultra-libérale qui dispose de médias de masse (télévision, cinéma, internet), la culture est un ensemble de produits culturels commercialisables. Le fait qu’il y ait des critiques et labellisations « artistiques » à ces produits, n’est qu’une façon de plus ou moins les distinguer, et de donner des lettres de noblesse aux procédés patriarcaux qui sont derrière ces produits. Ainsi, avec un festival, comme celui de Cannes, qui commence cette année, on est dans le plus parfait des  effets à double détente (libérale et patriarcale) :

D’un côté, il s’agit là d’un immense marché de produits culturels, destinés à renforcer les parts sur ce marché de certain-e-s dans un contexte de crise (d’où 5 films américains et 5 films français dans la sélection 2013, comme si, « artistiquement », le cinéma de ces deux pays était plus inventif, créatif, vivant, ce qui est loin d’être le cas. C’est juste que c’est là qu’économiquement cela a beaucoup d’importance). De l’autre, il s’agit de renforcer la propagande que sert le cinéma sur une représentation du monde qui sert à la fois les clichés séculaires des rôles femmes hommes et les évolutions vers un libéralisme liberticide (pour celles et ceux qui sont moins égales que les autres). Pour cela, il suffit de regarder la sélection cannoise, que ce soit dans la compétition pour la Palme d’or ou dans la principale section parallèle, un certain regard. Dans la sélection pour la palme, il y a cette année 1 femme sur 18 ou 19. Ce n’est donc pas mieux que quand il y en avait zéro, contrairement à ce que dit cet article-modèle de soutien à tout ce qui sera dénoncé ici surrue89 : http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/05/14/couleur-festival-cannes-femmes-etats-unis-cul-losers-242300).

Mais encore plus que le nombre de femmes réalisatrices, le choix des réalisateurs sélectionnés, est tout à fait édifiant. Représentatif d’ailleurs de ce que sont les 18 ou 19 films qui sortent sur nos écrans chaque semaine. « Virils », stéréotypés, et ne balayant le spectre des sentiments et situations humaines que par un tout petit bout de lorgnette baignés aux jouets pour garçons…que ce soit les jouets de guerre, ou d’exploitation sexuelle des femmes.

Ce serait presque drôle si cela n’était tragique, de vous faire part des films sélectionnés, avec les résumés trouvés dans le magazine d’UGC, tellement c’est caricatural.

Guerres et trafics :

Un certain Takashi Miike, présente « Shield of Straw » :« graphique, ultra-violent, fou à lier, le couperet du japonais hyper-actif… ».

Amat Escalante, : « Heli », mexicain, « au talent précoce et furieux affronte en frontal les cartels mafieux. Après une magistral paire de baffes (dans son précédent film), il enverra au jury un uppercut gagnsta qu’on voudrait aussi ahurissant de style ».

Nicolas Winding Refn : « only god forgives » roule au carburant de la violence froide et pope telle une laque prête à éclater.

Alex Van Warmerdam, « borgman ». : Thriller horrifique sur un couple fortuné qui recueille un SDF. »

Mahamat Saleh Haroun « grigris » (bon là je parle pas du racisme du commentaire). .portrait d’un jeune danseur, qui confrontera le soleil cannois à la moiteur d’une Afrique violente et corrompue ».

Histoires d’amitié entre hommes ou pères-fils :  précision. Je n’ai rien contre le fait que des mecs veuillent écrire des histoires d’amitié entre hommes ou des histoires pères-fils. Mais juste : si seuls les mecs ont des financements et des possibilités de distribution+ sélection à Cannes, quand voyons nous des histoires d’amitié entre femmes et des relations mères-filles ? (ah mais non, dans ces cas-là c’est nul, je vous le disais l’autre jour).

Ethan et Joel Coen : « Inside Llewyn Davis, « un biopic, ballade folk dans « Greenwich village d’un musicien pote de Dylan ».

Hirokazu Kore-eda, nous propose : « like father, like son » : « cette histoire de paternité et de séparation impossible ».

Alexander Payne : « Nebraska » : « road-movie à deux têtes -un père et son fils »,

Arnaud Desplechin « Jimmy P. » : « Sujet familier (la psychanalyse), il adapte en anglais son livre fétiche, l’amitié entre un indien alcoolo et son psy…

Femmes pornifiées, promotion de l’exploitation sexuelle des femmes.

L’autre grande caractéristique de cette sélection, c’est -et vous vous attendez bien sûr à ce que j’en parle- la présence de plusieurs films de propagande pro exploitation sexuelle. Il y a, évidemment, la rage ressentie devant la glorification permanente d’un criminel (viol d’une jeune femme de 13 ans, avec moultes circonstances aggravantes) non jugé, Polanski, qui depuis qu’il a échappé à la justice après avoir été arrêté pendant le festival de Cannes (ce qui semble-t-il était là un crime de lèse-festival) est systématiquement adulé et sélectionné partout. Il y a pire : en plus, il utilise sa femme pour adapter à l’écran « La Vénus à la fourrure ».

La Vénus à la fourrure est une nouvelle de Sacher-Masoch. Moins connu que le Sade du sadisme, il est bien le Masoch du masochisme…  Voici donc comment est résumée la nouvelle de cet auteur du XIXe sicèle : « La Vénus à la fourrure est la première oeuvre marquante de la littérature qui s’attache à décrire la relation entre un homme et une femme où la représentation extrême de l’amour prend la forme d’un esclavage librement choisi et consenti ».

Ici, c’est un homme qui se soumet à cet esclavage qui, s’il est librement choisi et consenti, ne peut pas être de l’esclavage. En fait, c’est  le comble de la perversité, comme le montre cette recension : « D’ailleurs, le héros masochiste, loin de n’être qu’un partenaire faible et « subissant », à la recherche de la main punitive, est l’être d’une certaine posture : bien qu’il se complaise dans la soumission, l’abaissement, il est aussi le grand ordonnateur, le metteur en scène de ses propres fantasmes ; celui qui amène l’autre dans ses contrées fictives, dans la logique de ses fantasmes. Il manipule, persuade ; c’est, selon Gilles Deleuze, la victime qui dresse son bourreau. Dans La Vénus à la fourrure, Wanda confie à Séverin : « Vous avez une manière bien à vous d’échauffer l’imagination, d’exciter les nerfs et d’accélérer le pouls de qui vous écoute. En vérité, vous êtes un homme à corrompre une femme, entièrement. »

Sauf que, ce fantasme littéraire d’esclavage non pas librement consenti donc mais de manipulation d’une femme, est devenue un outil supplémentaire d’oppression des femmes par les hommes. Les cas où des femmes sont effectivement des « domina » sont rarissismes. Les cas où des femmes sont victimes de l’oxymore absolu où on leur fait prétendre qu’elles « consentent » à la violence qu’elles subissent, sont massifs, et deviennent normatifs dans notre société. Tellement qu’en justice, des hommes ont des circonstances atténuantes et des peines de prison ridicules s’ils ont tué leur partenaire dans le cadre de ce pseudo « consentement à l’esclavage ».

Alors que Polanski s’empare de cette histoire ou plus exactement d’une histoire de Broadway où il s’agit d’adapter la nouvelle de Sacher-Masoch,  c’est franchement insupportable. Et en plus, il y fait jouer sa femme. Voici un résumé qu’on peut lire sur le net, qui décrit le personnage principal du film, qui joue une actrice  : « L’actrice vulgaire, écervelée et débridée rebute d’abord l’homme de théâtre. Mais cette dernière va peu à peu lui montrer qu’elle comprend parfaitement le personnage dont elle a d’ailleurs le prénom. Perverse, sulfureuse, tous les qualificatifs bruissent sur cette oeuvre qui emprunte aux théories de Leopold von Sacher-Masoch, l‘inspirateur du masochisme.

Bon, j’arrête ici les frais, me direz-vous ? Mais non, parce que je ne vous ai pas encore parlé d’Ozon. Ozon François, auteur de « 8 femmes », « gouttes d’eau sur pierres brûlantes », qui propose cette année : « Jeune et jolie ». Passons sur le titre qui pue la propagande mainstream (car n’allez pas imaginer de la dénonciation). Mais le sujet du film ! Une jeune femme de 17 ans qui se prostitue « par plaisir » ! Je ne vais pas vous refaire ici une démonstration de pourquoi on ne se prostitue pas par plaisir.

Ozon ne sait-il pas, qu’aujourd’hui, déjà dans la loi, les hommes n’ont pas le droit d’obtenir des actes sexuels contre de l’argent de femmes mineures ?  Ne sait-il pas que le consentement n’existe pas lorsqu’on est mineure ? Qu’il s’agit donc de viol ? Quel intérêt à aller raconter sur un écran qu’une femme de 17 ans pourrait prendre plaisir à se prostituer, alors que tous les témoignages expliquent comment ces actes sexuels répétés sont destructeurs, et comment on ne se retrouve pas en situation de prostitution par hasard à 17 ans, mais par la double équation violence-nécessité de survivre, et ce dans l’immense majorité des cas ? Alors quel pourrait donc être le but d’un tel film, sinon faire de la propagande pour celles et ceux qui voudraient nous faire passer des vessies pour des lanternes, des viols pour du désir ? Pour préparer les mentalités au backlash, quand l’explication du fait que la prostitution est toujours une violence, commence à se répandre dans la société ?

 

BacklashBref, il y a quelques autres films (4 ou 5) dont l’effet backlash est moins évident à la lecture des résumés (il y a au moins Ashgar Fahradi, peut-être..), mais je m’arrête à 11/19 films insupportables…

Ce n’est pas mieux non plus dans la sélection « un certain regard ». C’est un peu moins mal. Mais c’est pire en fait : car s’il y a 7 femmes réalisatrices sur 18, cela autorise les journalistes à écrire que « les films de femmes se ramassent à la pelle »(1) : et c’est là ce que j’appelle le backlash, celui qui prend la moindre petite avancée pour un avènement du féminisme et de l’égalité, pour mieux faire taire toute revendication. Sans parler de la comparaison des films de femmes avec les feuilles mortes…

merida

A propos de « Backlash », il y a un dernier exemple dans l’actualité, qui circule pas mal ces jours-ci : celui de « Rebelle », « Brave » en anglais. Vous savez, le Disney écrit par une femme, avec une héroïne princesse non seulement courageuse et intelligent, qui crée une relation forte avec sa mère, mais qui n’a que faire de trouver le prince charmant, qui veut vivre sa vie en priorité ? Eh bien Disney a accepté d’en faire une de ses égéries. Parce qu’ils deviendraient plus féministes ? Non je rigole. Parce que c’est un moyen de la faire rentrer dans le rang. Ou plutôt dans le corset de la pornification. Car en « l’adoubant » aux côtés des Cendrillon, Ariel ou Belle au bois dormant, il lui on refait le profil…jugez plutôt. Heureusement, cela n’est pas passé inaperçu. Et la réalisatrice d’origine (car oui, elle a été écartée à la fin) comme les femmes à travers le monde et même les enfants, ont décidé de réagir, en signant cette pétition, qui a déjà près de 200.000 soutiens : http://www.change.org/petitions/disney-say-no-to-the-merida-makeover-keep-our-hero-brave