Réflexions sur la lutte contre l’extrême maigreur des mannequins

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publicité Chanel que j’avais dénoncée en 2012 https://sandrine70.wordpress.com/2012/08/09/cadavres-olympiques-chanel-ca-suffit/

Que penser des mesures prises par l’Assemblée nationale pour lutter contre l’encouragement à l’extrême maigreur ? Deux amendements à la loi santé ont été votés, tous deux controversés, notamment critiqués par certains comme étant liberticides.

Tout d’abord, on a parlé « d’interdiction aux femmes trop maigres de devenir mannequin ». C’est vrai, mais partiellement. Ce qui sera puni, c’est le fait pour des responsables d’agence de mannequins d’employer des femmes trop maigres (ce qui sera évalué par rapport à l’IMC, indice de masse corporelle et sur ce point on peut estimer que ce n’est pas parfait, mais il faut bien un mode d’évaluation). Ils ou elles seront passibles d’une peine de prison et d’une amende (2).  Personnellement, cela ne me choque pas. C’est enfin reconnaître l’aspect normatif de la mode et de l’effet des médias et dire qu’on ne peut cautionner une maigreur qui affaiblit les jeunes femmes, met en danger leur vie, et les empêche, à un âge où c’est crucial, de se développer pour être des adultes en bonne santé.

Autre mesure, celle qui vise à interdire et rendre passible d’une peine d’un an de prison et 1.000 euros d’amende les sites encourageant à l’extrême maigreur (1). Sur ce point, on est face à un problème délicat : en effet, de nombreuses femmes atteintes d’anorexie, s’expriment sur Internet et parfois donnent des « conseils » aux autres pour « manger moins » et maigrir encore (on les appelle les « sites pro-Ana »). C’est, dans leur cas, une façon de sortir de leur isolement avec la maladie, et une forme d’expression de ses symptômes. Là, a priori, j’aurais tendance à penser -comme toujours- qu’on ne peut considérer que c’est en pénalisant les victimes qu’on va résoudre un problème. En revanche, on peut considérer que le blog étant accessible à d’autres jeunes femmes, il ne peut donc être exempté de la responsabilité qui incombe à toute personne qui publie. Ce n’est pas comme la parole au journal intime ou au professionnel qui dans un cadre sécurisé, où tout doit pouvoir être dit.

Des arguments qui sonnent curieusement à nos oreilles d’abolitionnistes

Par ailleurs, l’amendement voté à l’Assemblée nationale prévoit de faire la distinction entre les sites dont le but est de pousser à l’extrême maigreur et ceux qui sont l’expression…de la liberté d’expression des personnes malades, qui ont besoin de parler de leur maladie. On peut admettre que cela ne sera pas facile, mais on peut aussi estimer que les réactions indignées de certains détracteurs de l’amendement son peu honnêtes. Plus étonnant, leurs arguments font incroyablement penser à nos oreilles d’abolitionnistes de la prostitution à ceux des défenseurs des clients-prostitueurs.

Interdire certains de ces sites provoquerait,  selon un sociologue« probablement un effet de déplacement des blogs et des sites vers des lieux encore plus cachés. Nous allons rentrer dans une phase encore plus extrême de clandestinité, qui s’est déjà aggravée depuis 2010 avec ce climat de censure généralisée. Le risque, c’est que les familles, les spécialistes ou les associations n’aient plus accès à ces sites web« . Ca ne vous rappelle rien ? On dirait un copié-collé des arguments contre la pénalisation du client-prostituer, arguments absolument pas fondé sur une réalité observée mais sur des suppositions. Et pardonnez ma naïveté, mais c’est quoi, un site « encore plus caché » ? La police serait tellement bête qu’elle ne saurait pas trouver des sites ou blogs que les jeunes femmes victimes sauraient trouver (3) ?

Par ailleurs, selon ce sociologue, il s’agirait de « jeter en prison des personnes qui souffrent de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc.) simplement parce qu’elles en ont parlé sur internet ». Même s’il était effectivement difficile de faire le distingo entre des sites manipulés par des adultes ayant intérêt à la maigreur et des sites où simplement les malades expriment leur souffrance, il me semble peu probable qu’on jette en prison des jeunes femmes victimes à tour de bras…en revanche, qu’on ne laisse pas des jeunes femmes en pousser d’autres à faire comme elles, même si c’est l’expression de la maladie, ça ne me choque pas plus que cela.

Un an de prison ici, même pas une amende là ? 

Déjà, ce n’est pas parce que la loi instaure une peine qu’on « jette systématiquement » les gens en prison, et cette formulation est particulièrement malhonnête. Même Dieudonné, dont on imagine que la justice n’a pas envie d’être clémente avec lui, a eu du sursis pour ses propos « d’apologie du terrorisme ». Même dans ce terrible « pays liberticide » qu’est la Suède selon ses détracteurs, les clients-prostitueurs passibles d’un an de prison ne se sont jamais retrouvés derrière les barreaux !!! En revanche, l’effet normatif de la loi a joué vers la dissuasion (et je suis bien sûr contre qu’on mette de jeunes femmes malades en prison, même qu’on leur donne une amende).

Enfin, je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point il est difficile au législateur, au système patriarcal, d’être cohérent, en matière de définition des délits et de fixation des peines, et ce en rapport avec le débat sur la prostitution : un amendement UMP de Valérie Boyer prévoyait jusqu’à 3 ans de prison, l’amendement final prévoit 1 an pour les sites faisant apologie de l’extrême maigreur, quand pour la pénalisation des clients-prostitueurs, qui ne sont en rien des victimes, mais les vrais responsables de l’existence de la prostitution, et des violences que les personnes prostituées subissent au quotidien, on n’a même pas voulu instaurer une peine de prison ! Les sénateurs ne veulent même plus les pénaliser du tout, les députés avaient fini par admettre un délit avec amende…Comment peut-on justifier dans un cas une peine de prison et pas dans l’autre ? A part par la volonté de maintenir les hommes agresseurs sexuels dans une forme d’impunité ?

En résumé, il me semble nécessaire de donner un signe, comme quoi « la liberté de disposer de son corps » ne permet pas de faire tout et n’importe quoi pour le profit de quelques-uns -toujours les mêmes. En effet, les arguments développés par ceux qui disent que ces mesures sont liberticides ne me semblent donc pas très convaincants de par leur outrance et plutôt relever de la logique d’un statu quo qui arrange le marché du partriarcat ultra-libéral. La « liberté de disposer de son corps » est pour ce système un bénéfice dont, que ce soit en matière de prostitution ou de troubles alimentaires, les bénéficiaires sont ceux qui en font du profit, et jamais les femmes qui y sont poussées.

Sandrine Goldschmidt

(1) Cet amendement, voté par les députés dans le cadre de la loi Santé, proscrit désormais le fait de « provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l’exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé ».

(2) Le fait, pour toute personne qui exploite une agence de mannequins ou qui s’assure moyennant rémunération le concours d’un mannequin, de ne pas « veiller au respect de l’interdiction » sera puni d’un emprisonnement de six mois et d’une amende de 75 000 euros.

(3) pour la prostitution, les anti-abolitionnistes affirment que si la Suède a fait baisser la prostitution de rue, celle sur Internet aurait augmenté, comme si la police était incapable de repérer une transaction prostitutionnelle sur internet…alors que l’unité de lutte contre la prostitution en Suède travaille justement avec Internet.

Mon corps a-t-il un sexe ?

 

Pioneer_plaque_humans.svg_Ma carte d’identité me le dit : je suis de sexe féminin. Une « femelle de l’homme ». C’est la définition de femme dans le dictionnaire. J’ai les cheveux longs, une poitrine, un visage fin. Pas de doute, ça se voit, je suis une femme ! Si je me mets nue, vous verrez que j’ai un large bassin, je n’ai pas les épaules larges. Et une vulve poilue. Je suis plus petite que les hommes. J’ouvre la bouche, au téléphone, vous me dites « bonjour madame ». Aucun doute, je suis une femme. je m’exprime, j’agis : je suis douce, fine, je ne m’agite pas dans tous les sens. Je suis donc une femme. Ah bon ? Vraiment ? Vous êtes sûrEs ?

Reprenons les éléments ci-dessus. Oui, sur ma carte d’identité, c’est marqué. Je suis une femme. J’y reviendrai.

Les cheveux courts : l’anti-nature

J’ai les cheveux longs. Voilà que Samson, personnage biblique mythique ne verrait rien de genré à cela. Il s’agit seulement de bon sens : les cheveux longs, ça donne de la force. Ou pas. En tout cas, j’ai aujourd’hui les cheveux longs, c’est féminin. Cela l’est d’autant plus que les hommes n’ont plus les cheveux longs. Comme si la remise en cause du genre leur faisait craindre qu’on ne les confonde. Alors ils recourent à cette pratique tout à fait anti-naturelle (mais le masculin, n’est-ce pas ce qui rompt avec la nature…) qui consiste à se couper les cheveux pour qu’on voie bien qu’ils sont des hommes.

J’ai une poitrine. Certes. Mais je pourrais aussi ne pas en avoir. Les femmes qui n’en ont pas ou presque sont légion. Et les hommes qui en ont ne sont pas si rares.

Mon visage est fin. Bien. Mais regardez bien. Si on m’y met des cheveux courts, excluez-vous vraiment de vous tromper ? Combien sont les personnes pour qui, si on enlève la barbe et qu’on fait la même coupe de cheveux, on reconnaîtra si c’est un hommes ou une femme ?

J’ai un large bassin. Ah bon ? Nous entrons là dans le pur fantasme. En effet, vous avez déjà conclu des critères précédents que je suis une femme. Vous en avez donc certainement conclu que j’avais un bassin large. Celui-ci s’est bel et bien élargi quand j’ai été enceinte. Mais depuis, il a repris sa « largeur habituelle ». Mon bassin n’est pas très large. Pourtant, vous l’avez toujours entendu : les femmes ont un bassin plus large. Savez-vous d’où vient cette observation, si « consensuelle » ? Du 19e siècle. Quand on a reproduit pour la première fois deux squelettes mâle et femelle, dessinés dans un ouvrage, l’un à partir d’un modèle homme, l’autre à partir d’un modèle femme. Il semble à les voir que la femme a le bassin plus large. Mais figurez-vous que les deux bassins sont identiques ! Ce qui donne cette impression, c’est que le thorax de la femme est plus étroit. Et savez-vous pourquoi le thorax de la femme est plus étroit ? Parce que le modèle est une femme de catégorie sociale élevée, qui dès sa formation physique, a été contrainte de porter un corset… qui a empêché sont thorax de se développer. En réalité, le bassin n’est en rien plus large.

Un squelette mâle, un squelette femelle ?

Revenons sur le squelette. Il doit bien, donc, y avoir une différence entre le squelette des hommes et des femmes ? Demandons à une spécialiste : Evelyne Peyre, qui a dirigé avec Joëlle Wiels l’ouvrage « Mon corps a-t-il un sexe » qui vient de paraître aux éditions La Découverte et qui met fin « une bonne fois pour toutes » (mais non, je sais bien que dans un siècle, on débattra toujours de la binarité sexuelle) aux idées fausses sur l’existence de deux sexes biologiques.

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J’aime la mention : « ideal proportions » used…proportions idéales utilisées

Eh bien, Evelyne Peyre a étudié de très nombreux squelettes d’habitants d’un village au premier millénaire de notre ère et s’est retrouvée devant un problème scientifique qui allait rendre possible la réflexion que nous avons ici aujourd’hui : 70% des squelettes qu’elle observait ne présentaient pas de caractères typiques qui permettent de déterminer avec certitude leur sexe (1).

70% où ce n’était pas clair du tout. En revanche, aux deux « extrêmes d’une courbe en cloche », on avait des squelettes avec des os « faibles », légers, et des squelettes avec des os « lourds », forts. Les premiers sont à coup sûr des squelettes de femmes et les autres d’hommes. Mais pourquoi une telle conclusion, puisqu’une majorité des autres ne présentent pas une différence de « force des os » qui permette de différencier le masculin du féminin ? C’est là que la connaissance des habitudes sociales des individus de l’époque permet de comprendre : ce n’est pas le sexe biologique qui apparaît ici, mais comme pour le corset cité plus haut, les effets de la croissance différenciée et hiérarchisée des enfants filles et garçons. La nourriture donne la force aux os. Les protéines sont nécessaires pou cela. Le village était constitué de nombreuses personnes pauvres, c’est à dire miséreuses. Souvent donc, il ne devait pas y avoir la possibilité de donner de la viande à tout le monde parfois pendant plusieurs années. Qui en bénéficiait alors ? Pas chacunE à tour de rôle, mais les hommes en priorité. Les fillettes pauvres pouvaient ainsi avoir des carences alimentaires fortes entraînant une fragilité osseuse. On peut donc déterminer ici le sexe du squelette, uniquement sur des critères environnementaux et de connaissances historiques des modes de vie et de l’idéologie qui décide que les hommes doivent être mieux nourris.(2)

Ca veut dire quoi être une femme biologique ?

Continuons. j’ai dit donc, que ma vulve poilue permettait d’affirmer que j’étais une femme. Bien. Une mauvaise femme toutefois. Puisqu’il semblerait que pour être une femme aujourd’hui « appréciée » par notre monde à l’envers, il faille l’épiler. Mais passons. Revenons à nos sexes biologiques.

Ca veut dire quoi être une femme ? Ah oui, avoir deux paires de chromosomes XX et non pas, comme les hommes, deux paires de chromosomes XY, ces différenciateurs qui permettent la procréation sexuée, celle qui prend les gènes de deux être distincts pour en faire un troisième (quand la reproduction est simplement à l’identique, et empêche donc toute variabilité, et dans une certaine mesure donc, la résistance à la variabilité de l’environnement (3)). Donc, nos organes génitaux permettent-ils de dire que je serais sans aucun doute une femelle ? En vérité, je le suis, car ayant mis au monde un enfant, je sais que je ne suis pas stérile. Mais ce n’est pas la vue de mes organes génitaux qui permet de l’établir. Je pourrais en effet parfaitement avoir des seins typiquement « féminins » et une vulve etc…et avoir une formule chromosomique XY. Ou XXY. Ou XXX. En effet, si XX et XY ont été découverts en 1956, dès 1958 environ, on sles scientifiques se sont rendus compte qu’il n’y avait aucun systématisme ni obligation à avoir ces chromosomes pour exister. Des XXX, n’ont aucun signe extérieur de différence, peuvent donc passer totalement inaperçus. S’agit-il d’exceptions, d’anomalies qui n’ont pas d’impact sur la « majorité’ ?

Des différences normales et non pathologiques

70717358_000_CV_1_000Le problème, c’est le nombre de personnes concernées (difficile à déterminer, puisque la plupart du temps on n’enquête pas dessus). Or, les estimations, dont les dernières, pour la première fois publiées par la très institutionnelle revue scientifique « Nature », donnent un chiffre 1% de personnes qui ne seraient ni XX ni XY. Une autre étude reconnue parle de 2%. Une étude enfin menée sur des vaches en Allemagne a permis de relever 4% de non XX ou XY. Or, scientifiquement, un tel taux ne peut être qualifié « d’anomalie ». cela pousse au contraire à considérer qu’il n’y a pas deux sexes, mais une grande variabilité, un continuum. Les écrits de Joëlle Wiels biologiste moléculaire, nous éclairent là-dessus.

Ainsi, ce continuum chromosomique est pourtant considéré par la société qui tient tant à la binarité comme des « anomalies », qui somme toute (et de façon totalement non-scientifique), n’infirmeraient pas la règle. Les personnes qui les portent, lorsque cela se voit à la naissance, sont celles qu’on appelle les « Intersexes ». Le drame qui les touche, c’est qu’aujourd’hui encore, le corps médical (quelle expression !) décide d’opérer -quand ils sont repérés- ces enfants à la naissance pour les assigner à un sexe ou un autre, car ce qui n’est pas « normal » est considéré par la médecine comme « pathologique ». Des opérations sont réalisées sur des enfants sans leur demander leur avis (avec il faut le dire, peut-être la meilleure intention du monde : leur « faciliter » la vie dans un monde binaire). Ici, la reconnaissance scientifique qu’il ne s’agit pas d’anomalies pourrait favoriser une acceptation sociale qui permettrait de mettre fin définitivement à ces mutilations sexuelles médicalisées (4)

De désillusion en désillusion pour « Dame Nature » féminine

Je continue ma description. Ma voix est celle d’une femme. On ne m’a jamais prise pour un homme au téléphone. En revanche, autour de moi, je connais de très nombreuses femmes à qui on dit systématiquement « bonjour Monsieur ». Qu’elles soient souvent des femmes fortes et affirmées aurait-il quelque chose à y voir ? La voix n’aurait-elle pas, elle non plus, de sexe (de désillusion en désillusion pour les tenants de « Dame nature » féminine). Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que la voix est -là encore- extrêmement variable, et dépend beaucoup de la croissance et de la posture. Comme l’explique Mireille Ruppli, linguiste, chacunE d’entre nous a deux voix possibles : une de tête, l’autre de poitrine. L’une étant beaucoup plus aigüe que l’autre. Le thorax des hommes est plus développé que celui des femmes, par l’exercice. Bien. Voilà donc qui peut mener à une voix qui porte mieux…les cours de placement de sa voix, liés à la posture du corps et à l’occupation de l’espace transforment la voix de certaines femmes, de fluette à bien entendable. C’est souvent lié à des formations qui encouragent et aident à la confiance en soi.

Aujourd’hui, à la radio ou la télé, on n’accepterait plus des voix de femmes hyper aigües comme autrefois. Au contraire, le nombre d’hommes contre-ténors explose : alors que leur voix au quotidien n’est pas forcément du tout suraigüe (point besoin d’avoir été « émasculé » pour être contre-ténor, en clair).
Mais l’argument le plus intéressant, c’est celui des personnes qui veulent changer de sexe. Lorsqu’un homme veut devenir une femme, il se soumet souvent à des opérations sur ses organes génitaux. Souvent aussi, il veut que sa voix ne permette pas de l’identifier en tant qu’homme. Mais là, l’opération est risquée et peu efficace (réduction des cordes vocales). Ainsi, il est plus judicieux de choisir un travail sur la posture du squelette pour obtenir une voix plus aigüe. On fabrique ainsi des voix féminines…

Une femme douce et sage

Ensuite, si je parle, si vous observez mon comportement, vous allez donc reconnaître que je suis une femme parce que je serai plus douce sage, non ? Que mon caractère est féminin ? Là-dessus, c’est le cerveau qui aurait donc un sexe. Je ne vais pas m’étendre là-dessus très longtemps, Catherine Vidal ayant depuis longtemps tordu le cou à cette idée trop bien reçue (5) je vous renvoie donc à ses travaux sur le cerveau, très plastique, où la variabilité est là encore la règle, et rien ne permet de deviner le sexe du cerveau, en dehors des effets de l’environnement, et encore…

Heureusement, il y a la testostérone ?

Voilà. Aucune des caractéristiques qui font de moi une femme ne sont donc probantes. Mince alors. Cela voudrait-il dire que si je veux construire ce monde sur une binarité sexuelle qui permette à un sexe d’être plus fort que l’autre, donc d’occuper toutes les positions de pouvoir et de garder le contrôle sur l’autre, jusqu’à le posséder, il faut donc y mettre de l’idéologie ?

Ah non, j’oubliais ! Il y a les hormones. Je suis sûre que les hormones vont nous sauver. Les hommes, produisent de la testostérone, et quand une femme veut devenir un homme, elle prend de la testostérone. On le sait d’ailleurs, les femmes et les hommes sont gouvernés par leurs hormones. Et si ce n’est pas le cerveau qui rend ces derniers agressifs et violents, et les femmes douces et instables d’humeur, ce doivent bien être les hormones ?

IMG_0751Mince, encore raté ! Ainsi, explique Evelyne Peyre, la testostérone, ce n’est pas une hormone mâle, apprend-on en cours de biologie. C’est une hormone produite par l’effort. Donc, les bébés puis enfants puis hommes qui sont perpétuellement poussés par l’environnement à « faire plus d’efforts » physiques, ont forcément des taux de testostérone plus élevés. Ainsi, des travailleuses soviétiques, qui portaient les rails sibériens, pouvaient très bien avoir des taux d’hormones nettement plus élevés que la moyenne des femmes. Et donc des « caractères sexués secondaires » apparents les rendant d’apparence plus « masculines ». Mais pas forcément ayant à voir avec une binarité biologique (6).

En conclusion, voilà qui est désormais clair, grâce à ce livre qui s’annonce fondamental puisqu’il réunit en un seul lieu et en quatre parties les articles de biologiques et de spécialistes en sciences humaines: il n’y a pas deux sexes biologiques. On ne devrait plus pouvoir se servir de cet argument-là pour asseoir la domination d’une partie des individus sur une autre.

En revanche, il y a bien deux sexes. Et je suis bien une femme. Politiquement parlant. Car sur ma carte d’identité, s’il est marque « Sexe : F » ce n’est pas parce que je suis une « femelle de l’homme ». Mais bien parce que la société s’est organisée sur une binarité hiérarchisée entre les sexes. C’est bien parce qu’il faut que déjà, sur mes papiers, à la Sécurité sociale, on puisse savoir si je suis citoyenne de première ou de seconde classe (n° 1 ou 2). Et cela, même si la science nous aide à démontrer que cela n’a rien à voir avec la nature, nous ne pouvons pas pour autant l’effacer en disant simplement : supprimons les catégories sexuelles. Il faut encore -malheureusement-peut-être pour longtemps, les reconnaître, pour ce qu’elles sont : le signe d’un patriarcat -d’un idéologie- qu’il faut combattre. 

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) Rappelons au passage que nous ne savons absolument pas avec certitude si Lucy notre « ancêtre » était une femme ou un homme, et qu’elle doit son nom à la célèbre chanson des Beatles « Lucy in The Sky with Diamonds » que les anthropologues écoutaient au moment de sa découverte.

(2) aujourd’hui les filles dans de nombreux pays sont mieux nourries. Mais ne voilà-t-il pas que le système a trouvé un autre moyen pour les maintenir en infériorité physique ? La violence sexuelle + les injonctions de beauté qui poussent tant de jeunes femmes à devenir anorexiques et boulimiques arrive au même résultat que la misère des premiers siècles et le corset d’autrefois : rendre les femmes moins fortes physiquement. Et dans un système de plus en plus pervers, plus il est difficile de défendre une binarité sexuelle naturelle pour fonder la hiérarchie, on a trouvé des alliées  les femmes elles-mêmes, qui aujourd’hui arguent de leur liberté et de leur choix. Mais quel choix, au regard de cette histoire ?

(3) Evelyne Peire a expliqué de façon édifiante ce que nous apprenaient les découvertes de la science moins idéologiquement sexuellement hiérarchisée.  Ainsi, une espèce de boa a été découverte en Amérique, qui a la particularité d’alterner les types de reproduction. Tantôt le recours à la parthénogénèse, reproduction du même, tantôt recours à la procréation. Voilà quelque chose de révolutionnaire. Et comme maintenant on va pouvoir rechercher ce type de choses, on risque d’en trouver bien d’autres…
La variabilité permise par la procréation, qui permet de créer un être unique et différent à partir de deux être uniques (et non du même à partir d’un), permet d’être plus fortEs face aux accidents de l’environnement. Ainsi, face à un cataclysme, beaucoup d’individus vont mourir, mais certains pourront y échapper. Et la survie de l’espèce ne sera pas menacée. D’où la possibilité -quand l’espèce n’est pas menacée, de recourir à la parthénogénèse, et la possibilité de recourir à la procréation à d’autres moments. La nature n’est-elle pas géniale ?

(4) le dernier chapitre du livre mentionné ici laisse place à des témoignages de personnes intersexes et transsexuelles

(5) venue je le rappelle d’une étude sur 20 cerveaux, très rapidement démentie, mais dont le démenti n’a lui, jamais été « bien reçu »

(6) les effets principaux de l’environnement sur la biologie du corps, sont : l’alimentation, l’activité ou la contrainte physique.

Saint-Valentin ou la défaite de l’amour

Aujourd’hui c’est la Saint-Valentin. Pas elle, me direz-vous ? Elle ne va tout de même pas en parler elle aussi ?

Pourtant, si. Je vais en parler, pas de la Saint-Valentin, mais de l’amour. Déjà, je vous en parle tous les ans en re-publiant l’article de Melanie, mon arrière-arrière-grand-mère, dybbuk issu de mon imagination qui a son propre blog. Tous les ans, elle vient nous rappeler que le principal événement historique accolé à la Saint-Valentin en France est un acte qui signe la défaite de l’amour, et la victoire de l’obscurantisme religieux, sur fond de « grande peur » (la peste)  : « Le samedi 14 février 1349, jour de la Saint-Valentin, on cerna le quartier juif. Tous ses habitants furent traînés par la foule au cimetière de la communauté, où on les entassa sur un immense bûcher. Deux mille Juifs furent brûlés vifs. Seuls échappèrent un certain nombre d’enfants et quelques adultes qui abjurèrent leur foi ». 

D’une religion dont le message nous dit-on était un message d’amour, naît la haine, la destruction, et meurt ce qui fait la vie : le lien d’amour, c’est-à-dire la reconnaissance de l’autre, vivant comme moi, comme une personne vivante que je dois respecter. Voila qui résonne fort cette année à nos oreilles, avec la question de l’obscurantisme religieux,  et de la haine des juifs sur le devant de la scène.

Quel rapport avec la Saint-Valentin aujourd’hui ? 

Mais l’obscurantisme ne s’arrête pas là, se nourrit aussi de la haine des femmes, par le biais de l’amour réifié. L’obscurantisme de l’amour, n’a rien à voir pour le coup avec la religion, mais bien avec la nouvelle religion de notre monde : l’argent, et l’ultime forme de notre société qui tente de transformer tout ce qui fait le vivant -le désir, le lien, la finitude qui pousse à se reproduire- en marchandise inerte.

Et c’est là qu’entre en jeu l’arnaque de la Saint-Valentin, l’arnaque de la société capitaliste. Tout notre système contribue aujourd’hui à transformer la pulsion de vie, le désir, le plaisir d’être en objet marchand, qu’on consomme et qu’on jette. Alors que dans le même temps, on essaie de transformer l’humain en une machine intelligente et éternelle -qui ne mourra pas. C’est la pulsion de mort qui s’exprime.

securedownload-2C’est en effet extraordinaire comme d’un côté on cherche à prolonger au maximum le vivant, oubliant que ce qui fait la vie, c’est qu’elle s’arrête, ce qui pousse au désir de créer la vie, c’est qu’elle se renouvelle, et comme de l’autre, on détruit le vivant en le réifiant. On assimile l’amour à des actes marchandisables, la sexualité à des techniques inertes à l’objectif d’atteindre un orgasme normé (1). On impose à toutes et tous un devoir de jouir pour imposer sur le marché des objets (sex-toys, mais aussi être humains entraînés dans la prostitution et qu’on assimile à des objets (2), on impose aussi une façon de jouir qui transforme l’autre -la femme en général- en objet masturbatoire, au profit de la consommation de sexe par des hommes qu’on élève à ne pouvoir ressentir autre chose. Ainsi la femme-objet devient instrument masturbatoire pour l’homme, et reçoit aujourd’hui l’injonction « d’aimer » cela, même s’il s’agit d’être violentée(3). Enfin, la Saint-Valentin associe l’expression de l’amour à l’échange commercial, la réduisant encore une fois à l’inerte (4).

Il semblerait donc  que notre société, fondée sur  patriarcat+capitalisme, soit empêtrée dans la spirale de la pulsion de mort, qui se manifeste jusque dans la volonté d’être éternellement jeune, de faire disparaître la vieillesse, la mort et l’amour. Etre effacé par la mort plutôt que vieux et mourant (suicide assisté) pour ne pas perturber la jeunesse éternelle, être inerte plutôt qu’aimant et désirant, donc être immobile plutôt qu’en permanent mouvement vers nous-mêmes. C’est le modèle qu’on nous propose, mais contre lequel heureusement nous résistons encore !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) sur la norme hétérosexuelle, écouter l’excellent documentaire de F.Pollet-Rouyer sur France Culture)

(2) Dans les jours prochains je ferai une Revue de presse sur le #Carlton et l’inscription de la PPL prostitution à l’ordre du jour du Sénat. Déjà un lien http://www.humanite.fr/proces-carlton-une-plaidoirie-pour-labolition-565586

(3) sur comment le cinéma (et pas que la pornographie) apprend aux femmes à « aimer » ne pas être actrices de leur désir, cf le même documentaire, + son contre-exemple absolu, preuve de nos dires : 50 nuances de Grey.

(4) Le Gorafi a encore frappé : bien meilleur que tout billet sur l’horreur de la Saint-Valentin, cet article :http://www.legorafi.fr/2015/02/13/saint-valentin-recrudescence-des-theories-du-complot-qui-affirment-que-lamour-existe/

 

 

Soyons vieilles, et heureuses de l’être !

Je suis vieille. Je suis vieille, et fière de l’être, et j’espère que vous aussi à la fin de cet article vous serez vieilles. Parce que ce matin, en lisant un court ouvrage de Marie de Hennezel et Bertrand Vergely, « Une vie pour se mettre au monde », c’est le constat que je me suis fait. En effet, l’auteure y décrit les peurs auxquelles les « seniors » qu’elle reçoit en « stages de bien vieillir », sont confrontés. La première d’entre elles, c’est la peur de ne plus séduire.

securedownloadUne peur qui touche en particulier les femmes, évidemment. Or, à lire ce qu’elle en dit, je me dis non seulement que je suis déjà vieille, mais que le problème de notre société capitalo-patriarcale, c’est ce jeunisme du malheur, celui de la séduction obligatoire, celui du narcissisme mal placé. Et qu’il serait bon d’être vieille beaucoup plus tôt.

Le narcissisme mal placé, c’est celui du mythe de Narcisse compris par Freud : Narcisse se regarde dans le lac et tombe à l’eau. C’est celui de la « marâtre » de Blanche-Neige. C’est celui de notre société contemporaine. En effet, Marie de Hennezel explique que la première peur de vieillir, c’est donc de ne plus séduire. Pendant des décennies, on a expliqué aux femmes qu’il fallait être belle, avoir la peau lisse, ressembler à un modèle de plus en plus irréaliste et conformé au supposé désir des hommes, lui-même conformé par ce qu’ils en apprennent dès le plus jeune âge, d’abord avec les contes de fées, ensuite avec la pornographie. Arrivées à un certain âge, quoi que l’on puisse faire, les rides arrivent. Le corps change. Et personne, ne ressemblera à 80 ans à qui elle était à 20 ans. Or, au lieu de trouver cela formidable, on nous dit que c’est l’horreur et qu’il faut mettre des crèmes « anti-âge », ou aller se faire refaire le portrait. Conséquence, on vieillit toujours, mais en plus on ne laisse plus rien voir de nos expressions sur notre visage. Ces expressions qui sont pourtant ce qui fait la vraie beauté, à tout âge, et le charme.

IMG_0890Ce qui compte nous dit-elle pour bien vieillir c’est donc le regard qu’on a sur le monde. Au lieu d’être en permanence centrée sur son reflet dans le miroir (qui nous fera un jour sombrer dans le lac de la vieillesse, mais d’un coup /cf Dorian Gray), on peut choisir de comprendre le mythe de Narcisse à la façon de Lou Andréas-Salomé. il s’agit du « narcissime cosmique », où Narcisse est fasciné par son visage au milieu de la nature. Il se voit comme faisant partie d’un tout, et non plus comme étant le monde à lui tout seul. Adopter ce regard rend non seulement la vieillesse plus plaisante mais également ce qu’on donne à voir aux autres. Ainsi ne pas être centréE en permanence sur ses bobos, douleurs, soucis de vieille, permet de s’intéresser aux autres, et de les attirer.

L’auteure nous dit qu’il faut passer « du corps que l’on a au corps que l’on est« , pour s’accepter vieille (ou vieux, mais ici je procède par l’identification donc je le mets au féminin). Et elle explique qu’avec l’avancée en âge, la peur de ne plus séduire disparaît : « (…) et nombreuses sont celles qui osent dire qu’être libérée du souci de plaire et de séduire les soulage. Quelle liberté, finalement, de pouvoir simplement être ».

Une sexualité de vieux à tout âge

Je suis donc tout à fait d’accord avec elle, mais j’ajouterais : ce n’est pas seulement parce qu’on est vieille, qu’il faut penser et se voir ainsi, mais cela devrait être le cas à tout âge ! Ceci est encore plus vrai lorsqu’elle aborde la question de l’amour et la sexualité chez les personnes âgées, en particulier chez les pensionnaires de maisons de retraites, qui nous montre à quel point c’est le regard de la société sur l’amour vrai et la sexualité qui est malade, et non pas les vieilles personnes qui s’aiment.

9782253157953-TL’autrice nous explique en effet que le tabou de la sexualité est persistant, notamment parce que les enfants, une fois que leurs parents sont en institution, ne supportent toujours pas l’idée que la sexualité puisse exister chez les parents, et comme désormais ils exercent un contrôle sur ceux-ci…

C’est certainement en partie vrai. Mais c’est surtout, à mon avis, à cause de ce que -comme pour la beauté, notre société impose comme norme de la sexualité. Que ce soit la sexualité non libre d’avant, où le désir et le plaisir des femmes n’avait aucune place, ou la sexualité mécanisée, industrialisée, commercialisée et performante d’aujourd’hui (commercialisée donc on fait des femmes des objets), les normes sont anxiogènes. Il « faut atteindre l’orgasme » à tout prix, l’orgasme étant LE critère d’évaluation de la performance. On définit comme « expertes » en sexualité les personnes qui subissent la violence prostitutionnelle ou pornographique, on encense -jusqu’en maison de retraite- « ‘l’outillage » sexuel (appelés sex toys), comme gages de libération et de plaisir.

Or, Marie de Hennezel souligne que la sexualité vieillissante et bien vécue par de nombreuses personnes âgées, c’est tout autre chose. « On est dans la perception de l’autre, de son rythme, on est à l’écoute de l’autre« , dit-elle, comme une danse. Mais la sexualité, cela ne devrait-il pas être ainsi à tout âge ? C’est en tout cas ainsi que le désir réciproque se définit, non ?

Elle explique encore que la sexualité change, qu’elle devient plus sensuelle. « Elle est moins pulsionnelle et plus affective. Mais le plaisir peut être infiniment plus profond« . Là encore, n’est-ce pas tout simplement une merveilleuse définition de ce qu’est la sexualité partagée, désirante, et qui procure cet extraordinaire bien-être, et qui donc, ne se limite surtout pas à des pulsions, pas à des positions, un outillage ou une performance ?

Devenir lesbienne ou acheter des sex toys ?

C’est en tout cas ainsi que j’ai personnellement coutume de définir les merveilles de la sexualité…

SoAu lieu de vouloir régler la question de la sexualité des personnes devenues fragiles ou perdant de l’autonomie en faisant du commerce, en proposant des « services sexuels » pour celles et ceux qui « ne pourraient plus ou pas faire de rencontre », si on promouvait ce discours sur une sexualité désirante et sensuelle ? Ainsi, si la société était féministe et s’intéressait au désir des femmes, elle n’aurait pas l’idée saugrenue de faire des « réunion sex toys » en maisons de retraite : il s’agit là en effet non pas de pallier le « problème » de l’absence d’hommes à partir d’un certain âge mais bien de vendre. Car si c’était la possibilité d’une sexualité épanouie et donc redéfinie qui nous intéressait, on favoriserait la rencontre en institution, on adapterait nos quartiers pour que les rues et les lieux publics soient accueillants pour les personnes âgées. Enfin, on oublierait les normes hétérosexuelles et on encouragerait la rencontre entre individues, ouvrant ainsi un grand champ de possibles à 80% de femmes au lieu de les mettre en concurrence et de positionner le « petit vieux » en petit roi de la maison de retraite (à qui il faut donner du viagra parce qu’il a d’autant plus de « pression à la performance »)…

En conclusion : en lisant cette définition de la sexualité, de la beauté, de la liberté, et du bonheur d’être vieille, je me dis… si être vieille, cela veut dire prendre soin de soi pour être plus à l’écoute des autres et en phase avec le monde, avoir plus de sensualité et plus de plaisir parce qu’on est dans une danse avec l’autre, parce qu’on est tournée vers le monde et non seulement vers soi, je le redis alors : je suis déjà vieille, et soyons toutes vieilles (et vieux), et heureuses de l’être ! 

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

Sacrée liberté d’expression !

Sophia Aram a fait une excellente chronique sur France Inter intitulée « Le droit de blasphème, c’est sacré ». C’est très drôle, et magnifiquement juste, pour défendre le droit au blasphème de Charlie Hebdo. Ce qu’elle décrit, c’est exactement la liberté d’expression qu’on a envie de défendre.

Hier, 4 millions de personnes se sont rassemblées en France, munies d’un message en faveur de la liberté d’expression, et je crois, d’une forte envie de mettre un peu plus de lien et d’amour dans notre société. De reboiser l’âme humaine et s’aimer à tort et à travers, comme l’a écrit Julos Beaucarne dans le magnifique texte que je mets en lien tout en bas de l’article*

10898090_10205475474275596_7680048931794421129_n L’émotion passée, la récupération par les puissants un peu ridicule au regard du nombre de citoyennEs lambda qui se sont mobilisées, de nombreuses interrogations naissent. On a défendu par millions la liberté d’expression, il me semble qu’il est temps maintenant de l’expliquer, et d’essayer de la mettre en pratique en respectant les opinions des unEs et des autres, dès lors qu’elles s’expriment autrement que par la haine et la violence.

 

Expliquer, cela me paraît essentiel, d’abord pour les jeunes en formation dans notre Ecole républicaine. Essentiel, pour rendre la liberté d’expression efficiente, de ne pas la brandir comme une valeur à laquelle il faut adhérer « parce que c’est comme ça », sans réfléchir (c’est même très contradictoire) mais parce qu’on a longuement réfléchi et qu’on est capable de l’expliquer et de la justifier. Ensuite, il nous faut être capables d’en expliquer les limites, d’entendre les critiques, et d’être capables d’y répondre, ou de faire grandir la liberté d’expression avec elles.

Première partie : expliquer la liberté d’expression pour la rendre plus efficiente

Pour en parler, je vais commencer par citer le film « Les Héritiers », qui selon moi pourrait aujourd’hui être montré dans toutes les classes à partir de la 4e. Ce film relate l’histoire vraie de la seconde du lycée Léon Blum à Créteil. En disant à des jeunes de seconde totalement désorientés, violents, repliés sur leur mal-être, qu’ils sont capables de participer à un concours national de la résistance et de la déportation, leur professeure d’histoire incarne ce que peut être la République : capable de faire sortir de chacunE le meilleur de soi-même. Capable de donner du sens à nos vies, de créer du lien. ET capable de nous faire adhérer à ses valeurs.

Il y a une scène dans le film qui fait encore plus que les autres écho à ce qui se passe aujourd’hui…une scène, qui aurait pu se produire ces derniers jours. En effet, de nombreux enseignants relatent qu’ils ne parviennent pas à aborder la question des caricatures de Mahomet avec certains de leurs élèves qui se se01-450x320-pixels_28ntent insultés par toute critique du « Prophète ». Certains auraient refusé de faire la minute de silence (personne d’ailleurs n’est censé y être obligé…juste ne pas empêcher les autres de la faire, mais demander ça à des élèves dès la primaire qui ne sont pas en âge d’avoir une conscience politique…hum) Pour moi, c’est vraiment dommage de partager ces infos sans plus de réflexion, pour en conclure : regardez où on en est ? Or que nous disent ces informations ? Que les élèves de nos écoles ont besoin qu’on leur explique ce que c’est que la liberté d’expression, pas qu’on leur impose ! C’est légitime de leur expliquer pourquoi il est légitime de critiquer les religions, et qu’ils peuvent ne pas en prendre ombrage, parce qu’on ne s’attaque ni à eux ni à leur foi (même si je conçois que cela peut être difficile face à la violence !).

Ce qui s’est passé pendant les minutes de silence, c’est exactement la même chose qui se produit donc dans Les Héritiers, quand Mme Guéguen (la prof d’histoire) montre à ses élèves une fresque historique, dans laquelle Mahomet est aux côtés de Satan en enfer (si mes souvenirs sont exacts). Un des élèves musulmans, qui deviendra un des principaux personnages du film, n’attend aucune explication, il s’insurge, se fache, commence à partir, en disant « ça ne se fait pas » de dire ça, accusant la prof d’être hostile à l’islam et d’en vouloir à ses élèves. Celle-ci parvient à le calmer. Et ensuite à leur faire comprendre peu à peu ce dont il s’agit.

Qui a peint ceci, leur demande-t-elle ? Des chrétiens qui sont en guerre contre les musulmans et pour qui il y a donc intérêt à dépeindre Mahomet aux côtés de Satan. C’est donc une image de propagande. Ils parviennent à le comprendre, et à voir ce qu’ils peuvent faire de ce qu’ils viennent d’apprendre dans leur vie de tous les jours. En une séance, les voilà déjà un peu plus citoyens. Plus tard dans le film, ils feront d’ailleurs eux-mêmes le lien entre cette fresque et une caricature de propagande antisémite de l’entre-deux guerres, et en feront matière à réfléchir et penser.

028486Tout est dit sur les images. Qu’ il est fondamental de parvenir à les remettre dans leur contexte, de se demander qui parle, quand comment et dans quel but, qu’un dessin/ une caricature peut être un instrument de propagande qui incite à la haine et joue un rôle dans les violences commises comme d’être un outil de réflexion et d’ouverture d’esprit. Les caricatures des années 30 sur « le péril juif » manifestent ce que sont les limites de la liberté d’expression. Celles de Charlie Hebdo, alors, sont-elles différentes ?

Oui. Car l’intention des dessinateurs n’est pas d’appeler à la haine contre les musulmans  ou les juifs ou les catholiques mais de dénoncer l’obscurantisme religieux. Elles peuvent mettre en colère. On peut estimer et dire qu’elles nourrissent un discours anti-musulman (comme on peut estimer qu’elles nourrissent, parfois, la haine des femmes). Mais dépassent-elles les limites de la liberté d’expression ? Je ne crois pas, dès lors qu’elles ne font pas d’amalgame entre tout musulman et les terroristes islamistes, entre tout musulman et les intégristes. Néanmoins, il est parfaitement légitime de donner des explications du pourquoi c’est une expression de la liberté de conscience, et de répondre par des arguments à celles et ceux qui s’interrogent. Même quand il y a de la manipulation dans les interrogations, il est important de répondre, non pas pour faire taire les manipulateurs, mais pour donner des arguments autres à ceux qui les écoutent.

Il me semble même légitime de d’abord se demander ce qui fait que des personnes sont heurtées et de s’assurer que le dessin est bien choisi… Et si on considère qu’elles excèdent les limites de la liberté d’expression, que les caricatures sont racistes (point de vue qui se défend), alors ont peut toujours recourir aux moyens démocratiques et légaux : écrire pour critiquer, faire part de son désaccord, voire entamer une action judiciaire. Certainement pas assassiner.

Autre exemple de la nécessité d’expliquer : le piège Dieudonné. C’était prévisible. A peine la manifestation terminée que l’individu connu comme humoriste et apprécié – à mon grand dam, mais c’est un fait- par de très nombreuses personnes, fait une sortie qui déclenche la polémique, mais qui surtout, est très exactement destinée à plonger tout le monde dans la confusion. Reprenant le principe de #Jesuischarlie, il a dit qu’il se sentait ce soir (le 11 janvier) « Charlie Coulibaly ». C’est très très fort.

Car ces propos sont -peut-être- passibles de la loi contre l’apologie du terrorisme. Sauf que bien sûr, Dieudonné se revendique humoriste et est reconnu comme tel par ses fans. Donc, il dira « je fais de l’humour ». Or, ces derniers jours, on a entendu en permanence, qu’on « pouvait rire de tout » (Cabu l’aurait dit semble-t-il), que les caricatures de Charlie c’est de l’humour, etc.

Donc, si on veut justifier d’ouvrir une action judiciaire, on est un petit peu obligé, après avoir passé des jours à dire « on peut rire de tout », de dire « on ne peut pas rire de tout ». Et ce n’est pas forcément évident à justifier…

Ces deux exemples posent évidemment le problème des limites de la liberté d’expression. Pourquoi quand Charlie dit devant une caricature du prophète « c’est dur d’être aimé par des cons » c’est la liberté d’expression et pourquoi quand Dieudonné dit « être Charlie Coulibaly », c’est hors limites. Pourquoi parle-t-on de pays liberticides qui enferment à tort des gens pour avoir émis une opinion et pourquoi condamne-t-on des personnes pour avoir dit, écrit ou dessiné certaines choses ?

En réalité, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse qui convaincrait les fans (peut être Mme Guéguen ?). Je trouve que la phrase redoutable car il joue sur l’humour pour dire qu’il se sent proche d’un terroriste, mais ce qu’il vise en réalité c’est le slogan  #jesuischarlie et les interrogations que le slogan a soulevé. En effet, à mon avis ce qui l’intéresse ce n ‘est pas de faire de Coulibaly un héros, c’est de pointer le fait qu’il y a une contradiction entre les attaques judiciaires dont il fait l’objet et le propos de #jesuischarlie, et de poursuivre son intérêt personnel : passer pour la victime et faire de l’audience.

Les événements de ces derniers jours nous rappellent donc autant la nécessité de la liberté d’expression que la difficulté d’en dessiner les limites.

Un pays avec une liberté d’expression sans limite n’existe pas et tant mieux. De nombreuses personnes revendiquent même de mettre des limites supplémentaires à la liberté d’expression. Car si elle n’est pas totale, c’est qu’elle doit être délimitée. Et si elle est délimitée, alors se pose la question de la définition de ses limites, qui sont susceptibles d’être liées aux rapports de pouvoir dans la société.

2è partie : -Les limites et critiques de la liberté d’expression.

IMG_0814Les  limites légales d’abord. La « provocation aux crimes et délits » et « l’incitation à la haine et à la violence » sont interdites. On peut interdire un livre ou un spectacle pour « trouble à l’ordre public ». L’injure et la diffamation contre un individu ou un groupe  sont également condamnables. L’apologie de crime de guerres, l’apologie du terrorisme sont interdits. On n’a pas le droit de tenir des propos (mots ou dessins) racistes ou antisémites. En revanche, il n’y a pas d’interdiction des propos sexistes à proprement parler. Enfin, il existe depuis une dizaine d’années un délit d’outrage aux symboles nationaux (comme le drapeau français), souvent considérée comme une atteinte à la liberté d’expression.

Le blasphème (cf ci-dessus Sophia Aram) n’est pas une limite de la liberté d’expression aujourd’hui en France (il l’a été autrefois). Son principe est qu’on a le droit de critiquer les religions, comme les politiques, comme tout système idéologique, on a le droit de s’en moquer, dès lors qu’on n’est pas dans les limites évoquées ci-dessus.

Ce droit de critiquer les puissants a été conquis en France et n’existe pas partout. C’est la conquête centrale de notre liberté d’expression. Et il est clair qu’à travers le monde, de nombreux croyants et surtout institutions religieuses l’acceptent  mal…pour exemple cette vidéo de Holly Near : « I ain’t afraid ». Elle y critique ce que font les humains au nom de leur Dieu. Et se prend des volées de bois vert en commentaire. Pourtant, elle n’incite jamais à la haine, et ne diffame ni n’insulte personne…

Les critiques de la liberté d’expression

Elles sont légitimes, car il est normal d’avoir le droit de critiquer la liberté d’expression si on défend la liberté d’expression…

Il y a d’abord les critiques sur la définition des limites : le délit d’outrage par exemple considéré par beaucoup comme une atteinte à la liberté d’expression. Il y a aussi celles et ceux qui pensent qu’il ne devrait pas y avoir de limites.

Mais il y a aussi les critiques quant à l’exercice de la liberté d’expression

Dans une société républicaine égalitaire, le peuple est souverain, les lois doivent être l’expression de la volonté générale. Le problème, c’est que dans les faits certains ont plus accès aux libertés que d’autres… (tout le monde y a droit mais tout le monde n’a pas accès à ce droit) et la liberté de certains est plus défendue que celle de certains autres…ainsi, tous les oppriméEs, et en particulier les femmes et les minorités ont moins accès aux médias, et leurs expressions sont moins souvent publiées, peut-être même plus facilement interdites, et ont une moins large audience.

Premier problème : certaines atteintes à la liberté d’expression sont moins prises en compte que d’autres

Le sexisme n’est pas ou peu reconnu comme un motif de condamnation pour ses auteurs : en effet, avoir des propos incitant à la haine des femmes est beaucoup plus facile que d’avoir des propos incitant à la haine des noirs ou des juifs. Pire, dessiner et diffuser des images incitant à la haine et à la violence contre les femmes est largement toléré dans notre société. C’est le cas de la publicité et de certains dessins. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas reconnu comme incitant à la haine et donc comme étant une limite de la liberté d’expression.

Ainsi, certaine personnes pensent que certains dessins de certains dessinateurs de Charlie Hebdo, sont une incitation à la haine des femmes. Personnellement, j’aurais tendance à penser que oui et non. Rire de voir des femmes humiliées et soumises encourage à avoir beaucoup de tolérance pour ne pas dire plus envers l’humiliation et la soumission des femmes. Utiliser systématiquement la sexualisation comme façon de traiter d’un sujet (dans la pub ou la caricature) est à mon avis une façon extrêmement pernicieuse (parce que non comprise comme telle par les auteurs qui souvent, refusent de s’interroger dessus) de perpétuer le statu quo.  Mais je suis convaincue que ces hommes ne veulent pas inciter à la haine des femmes, souvent même ils cherchent à dénoncer ce qui explique que de nombreuses féministes les disent féministes. Le problème est que la réflexion sur le sens sexiste des images est à son degré zéro, et qu’ils n’ont pas l’air de vouloir l’entamer (à en croire les réactions quand des féministes les critiquent).

Bien évidemment, il ne viendrait pas l’idée à des féministes de souhaiter leur mort ou de vouloir les tuer pour avoir dessiné…c’est ce qui fait toute la différence entre la critique et le terrorisme assassin…

Deuxième problème : la défense des victimes n’est pas la même pour toutes et tous.

PDJPDPXAinsi, le week-end dernier, on a appris le massacre de 2.000 personnes au Nigéria. On a appris qu’une fillette avait été envoyée à la mort, bardée d’explosifs, pour tuer dans un marché. En décembre, plus de 130 enfants ont été massacrés dans une école au Pakistan. Tous les jours en France, des enfants -majoritairement des filles- sont violés battus et assassinés parce qu’ils n’ont juste aucun pouvoir ni moyen de faire défendre leurs droits. Tous les deux jours en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex parce qu’elle a tenté d’exercer sa liberté d’exister. A travers le monde, des femmes sont mises en prostitution, violentées sexuellement et victimes de trafic » au nom de la « demande sexuelle » des hommes. Or, lorsqu’on fait des manifestations pour le dénoncer, on n’est pas 4 millions, mais bien contentes si on est 2.000. Alors même si on ne peut que se réjouir du fait que tout le monde se lève pour défendre la liberté d’expression, il est légitime de se poser des questions sur la source de notre indignation et du pourquoi elle est ici si forte, et là inexistante.

Troisième problème : qui dispose de la liberté d’expression ?

Avoir le droit de s’exprimer c’est une chose, pouvoir le faire en est une autre. Or, qui a accès aux médias ? Les hommes, blancs, quadras, d’un certain milieu social. Pourquoi ? Parce que pour avoir accès aux médias de masse, il faut être accepté par ceux qui les dirigent et les financent. Pour pouvoir s’exprimer sur Internet et avoir de l’influence, il faut avoir accès, déjà, à un ordinateur…Dans les supports de presse, 80% des personnes interrogées sont des hommes, les experts également…

Alors bien sûr, il faut revendiquer la liberté d’expression, et tracer la « ligne rouge » : aucun dessin ne mérite la mort, ni aucune réponse violente. Mais dès lors qu’on n’est ni dans l’incitation à la haine ni dans la violence, on a le droit de critiquer…

Sandrine GOLDSCHMIDT

*http://www.youtube.com/watch?v=_E1HbACfWNo

Le Gorafi en vrai : sexisme quand tu nous tiens

DSCF6528En l’espace de 2 heures, ce matin, j’ai trouvé sur Facebook 2 informations qui -dans un monde que j’imagine à l’endroit- auraient dû figurer sur le site legorafi.fr

Vous connaissez le Gorafi ? Figaro mélangé, c’est un site satirique suffisamment subtil pour que nous nous fassions tous et toutes avoir à un moment ou à un autre. Criant des « non, mais c’est pas vrai » à la lecture d’une info…suffisamment proche de la limite pour qu’on ne se rende pas de suite compte que « eh bien non, ce n’est pas vrai » !

Or ces deux informations trouvées dans mon réseau justifient à elles seules que nous nous fassions avoir. Car ici encore, à n’en pas douter, la réalité dépasse la fiction !

-Première info, elle est de taille et son seul titre mériterait les félicitations du site satirique :

Houellebecq présente un projet politique dans « Lui », nous disent Le Parisien ou encore Libération

Oui, oui, vous avez bien lu, c’est le magazine Lui de Beigbeder, opus largement sexiste désigné aux seuls hommes qui sert désormais de lieu pour développer une plateforme politique !. Alors je sais bien que le monde de la pornographie et de « l’érotisme » machiste a un poids fondamental sur ceux qui détiennent le pouvoir, mais tout de même…

Ah, le contenu maintenant. C’est du même ordre de pantalonnade que le titre. Houelletruc défend d’abord le fait de présenter son projet dans « Lui  »

« Il est assez inhabituel de lancer une campagne politique dans Lui, mais je ne dispose pas de beaucoup de relais d’opinion sérieux, et puis il faut changer les habitudes anciennes », explique Michel Houellebecq, « qui redoute une guerre civile ».

Ben voyons.

 Il faut dire que son projet politique qui se repaît du mot « démocratie directe » que tant aiment à galvauder ces jours-ci vaut le déplacement ! Réaliste à souhait, pas populiste pour deux sous :

Il veut semble-t-il supprimer le Parlement et faire élire à vie le Président : » mais instantanément révocable sur simple référendum d’initiative populaire ».

Quant au budget, citoyens au boulot, ce sera à vous de le faire !

« Enfin, dans le projet de l’écrivain, le budget de l’Etat est décidé par les citoyens « qui devront chaque année remplir une feuille avec des cases à cocher. Le peuple décidera ainsi quelle dépenses il juge prioritaires ». Cela nous promet de belles heures devant nous !

 

On imagine bien qu’il y a là surtout coup de pub et délire littéraire, à la fois pour l’écrivain qui a besoin d’exister, et pour le magazine « Lui » qui a aussi besoin de faire parler de lui…

Toutefois, l’égo de l’individu a de belles plumes :

« Si l’on n’adopte pas mes mesures, on court à la catastrophe », dit Michel Houellebecq à Frédéric Beigbeder.

La clé de compréhension de ce chef d’oeuvre d’imposture nous vient pourtant à la fin. Il y a en effet un vrai projet politique derrière tous ses écrits, il est androcentré (centré sur le mâle, masculiniste si vous voulez), et penser qu’il lui a été confié de post-facer « SCUM Manifesto » de Valerie Solanas me donne encore des sueurs froides…

 Le Parisien nous dit en effet :

« l’écrivain qualifie de « saloperie pure et simple » le projet de loi pénalisant les clients de prostituées. « Elles adorent leur métier et empêcher ces filles d’exercer est une première saloperie considérable », dit-il.
Elles adorent leur métier. Ah. Celle-là, même le STRASS ne va pas si loin ! Cela doit être pour cela que 90% d’entre elles rêvent d’en sortir !

A peu près chaque phrase pourrait être mise au négatif et nous remettrions ainsi le monde à l’endroit. On dirait alors que la saloperie pure et simple est celle de l’homme qui paie ne plus se préoccuper de l’être humain en face de lui et le violer, et cela serait certainement beaucoup moins littéraire, mais nettement plus juste…

Image 9-Deuxième info Gorafi-esque :

« Appli sur les règles : SOS PMS, le gadget sexiste de Sanofi pour « survivre » aux humeur des femmes
Des fausses applications mobiles, Le Gorafi nous en a déjà servies. Mais celle-là, elle est vraie ! Vous avez bien lu, une appli destinée à aider les hommes à savoir quoi faire pour éviter la mauvaise humeur de leurs femmes lorsqu’elles ont leurs règles…

(si vous comprenez l’italien, vous apprécierez la vidéo ci-dessous)

L’idée est donc d’associer à la vente d’un produit contre le syndrôme prémenstruel pour les femmes (des compresses effervescentes de Sanofi si je comprends bien) une appli mobile pour prévenir les hommes de l’arrivée des règles de la femme :

« Survivre au syndrome prémenstruel des femmes? Aujourd’hui, il existe enfin une solution pour vous: SOS PMS, l’application qui vous permet d’éviter la tragédie qui s’abat chaque mois sur tous les hommes », peut-on lire dans les premières phrases de la description de l’Apple Store.

Donc, une tragédie s’abat chaque mois sur tous les hommes lorsque les femmes ont leurs règles ! Voici à nouveau une belle illustration du monde à l’envers, quand c’est tous les jours que tant d’hommes sont pour tant de femmes une tragédie, avec des humeurs misogynes pour lesquelles ils n’ont pas besoin de règles…sinon celles d’un patriarcat bien compris !

Je ne sais encore pas me décider si ces infos sont sérieuses tant j’aurais apprécié de les lire dans Le Gorafi se moquant de notre monde. Et pourtant, elles sont diffusées dans des médias par ailleurs sérieux…

 

 

 

Je, je, je, le jeu monarchique de François Hollande

Je n’aurais jamais imaginé vous parler de ça…mais la phrase du Président de la République est trop sidérante…

« Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler »

C’est avec cette phrase que l’homme qui occupe la plus haute fonction de l’Etat a annoncé sa rupture avec sa compagne, alors que déjà, la presse à ragots avait annoncé partout que celle-ci était trompée par lui, dans la grande lignée des « femmes bafouées » par les monarques de l’histoire. Après l’avoir bafouée, il la répudie.

Il aurait pu dire :  Valérie Trierweiller et moi avons décidé de mettre fin à notre vie commune. Même si c’était lui et lui seul qui l’avait décidé, c’était plus décent. Il précise en l’annonçant que ce n’est pas le Président de la République qui parle…le je n’étais donc pas de circonstance. En employant le « je », il fait comme si c’était une décision qui lui revenait de par ses pouvoirs présidentiels. En employant le je trois fois, il insiste sur un fait. C’est MOI qui décide, elle n’est rien. Je peux tout. Monarque machiste.

Au moins aux temps monarchiques, le souverain employait le « nous ». Aujourd’hui, avec François Hollande, après Nicolas Sarkozy, on a l’impression d’avoir des petits garçons trop gâtés à la tête de l’Etat.

Mais comment est-ce possible ? Regardons du côté de notre constitution, et de l’apathie « consentante » du peuple souverain.

L’élection du PR au suffrage universel direct a été décidée par De Gaulle et votée par les Français par referendum en 1962. Ce n’était pas tout à fait le même contexte. Le général, (qui ne manquait pas d’hypertrophie du moi) avait sans aucun doute comme raison profonde de son engagement ce qu’il voyait comme l’intérêt de la France.

Mais la conjonction de cette constitution monarchique (dans la plupart des pays démocratiques du monde, c’est le ou la chefFE du gouvernement, qui est la plus importante personnalité de l’Etat et la notion d’équipe et de responsabilité devant les représentants du peuple est centrale) et d’une société qui favorise la liberté individuelle au mépris de la notion d’intérêt collectif, cela donne ça : pour pouvoir vouloir et avoir l’obsession nécessaire à occuper le poste de « monarque » républicain, il faut avoir un égo totalement démesuré. Car le monarque de sang, lui, même s’il ne manquait pas d’ego, savait dès la naissance que « c’était son destin » d’une part, d’autre part on le « dressait » à la fonction, c’est-à-dire à être destiné à s’occuper du sort du peuple. Hollande lui, passe son temps à dire « c’est MA vie privée », on doit ME respecter. Sans se préoccuper une seconde de savoir si lui respecte celle des femmes avec qui il vit. Sans se préoccuper une seconde du fait que « le privé est politique ».

Aujourd’hui, pour vouloir une fonction pareille, il faut avoir un « je » qui a plus que tout envie de « jouer au Président de la République ». Et puis, en plus, comme il n’est pas « sexiste », pourquoi ne pas en profiter pour jouer à la poupée… Et quand la seconde aura pris le même chemin que la première, il épanouira son je avec la troisième…