#Soutien Thuram et des « éléments sans gravité » ?

Twitter a fait une nouvelle fois preuve ce samedi de la façon dont il pouvait faire ressortir le pire de nos concitoyennEs, ce qui après tout permet de se rendre compte de l’état de la société..
C’est suite à la nouvelle selon laquelle Karine Lemarchand, l’ex-compagne de Lilian Thuram, a porté plainte contre lui pour violences conjugales (il l’aurait attrapé par les cheveux et plaquée 3 fois contre le réfrigérateur), plainte qu’elle a annoncé ensuite avoir retiré, dans un communiqué conjoint avec son ex (et présumé agresseur, donc), qu’a été créé un hashtag, #SoutienThuram.

Alors, ici, il ne s’agira pas de savoir si l’homme est coupable : la justice elle même ne s’en saisira donc pas.

Mais plutôt ceci : on critique souvent les féministes, estimant qu’elles jugent trop vite malgré la présomption d’innocence. Mais que dire de ce « mot-dièse »  où viennent se ruer n’importe qui pour défendre l’ancien joueur de football et condamner la femme qui a porté plainte, l’un au prétexte qu’il serait un héros national, l’autre parce qu’elle serait une « spécialiste de l’événementiel » ? Ont-ils des éléments que nous n’avons pas pour, eux, juger les faits ?

Et que sont ces éléments ? Qu’il a mis un jour un ballon dans les filets donnant un titre de gloire à la France et, par procuration, à des millions de Français et certaines Françaises qui ont l’illusion qu’ils et elles avaient quelque chose à y voir par ce que tous sont FrançaisEs ? Ce serait donc là une raison de penser qu’il n’aurait pu être capable d’être violent ? (demandez à Zidane…)

La femme qui porte plainte, connue elle aussi, qui anime une émission de télé, est friande de nouvelles people croustillantes, c’est son métier. Est-ce donc une raison de penser qu’elle ment ? Une femme qui ferait de l’événementiel n’aurait donc pas le droit de porter plainte lorsqu’elle est victime ? On se croirait dans les plus sombres heures de l’affaire DSK, dans les récits des victimes des réactions des entourages lorsqu’elles dénoncent la violence, avec l’amer sentiment que jamais, rien, ne change.

Est-ce enfin une raison de s’en prendre aux féministes ?

Car oui, c’est le deuxième aspect de l’affaire, dès lors que les féministes prennent au sérieux la nouvelle, alors voila qu’on leur tombe dessus, ouqu’elles deviennent « fascistes ». En effet, on a pu lire, que l’on ne pouvait les écouter sur Thuram, parce que par ailleurs elles ne défendraient pas les femmes voilées agressées ou ne critiqueraient pas les Femen… Mais ici, les féministes sont les seules à remettre les choses à l’endroit en prendant la nouvelle avec le sérieux qu’elle mérite, Thuram ou pas Thuram !

Un mot ensuite sur le retrait de la plainte. Que dire d’un communiqué conjoint avec la personne qui a été l’objet de la plainte, à quelques jours d’une nouvelle remise de médaille pour le footballer ?

Faut-il expliquer ce que peut être la pression sur une femme qui a porté plainte, dès lors qu’elle met à mal l’image d’une « légende » ? Faut-il redire combien de femmes qui portent plainte s’entendent dire qu’elles ne voudraient quand même pas nuire à la réputation, la carrière, de leur conjoint, ni à sa famille ?

Combien de femmes, tous les jours, renoncent à porter plainte, pour toutes ces raisons ? Combien d’enfants développent des amnésies parce qu’ils ont vécu des violences reconnues mais qu’on leur a dit que ce n’était rien et qu’il ne fallait plus jamais en parler ? (ce qui pose des bombes à retardements pour eux à l’âge adulte)*_

Enfin, que dire des mots du communiqué, affirmant qu’il s’agissait de « éléments sans gravité » (oui, des éléments dit le communiqué, apparemment le mot est bien choisi faits a une qualification juridique précise) ? Il n’est pas dit qu’elle a menti. Il est dit que les éléments étaient sans gravité. Et le message qui passe, puisque les éléments publiés ne sont pas démentis, c’est que :
la violence conjugale, pousser à plusieurs reprises une femme contre le réfrigérateur, ce sont des « éléments sans gravité ».

Et c’est peut-être là qu’il est fait le plus de mal, car ce message est désastreux pour les victimes, qui ainsi ont toutes les chances de ne jamais porter plainte. Et extrêmement bénéfique pour les agresseurs, qui viennent de recevoir la confirmation que pousser une femme un peu fort peut être, bah, c’est pas si grave…

Sans aucun doute, les petits soldats du patriarcat sont bien en place…

S.G

*selon une étude citée par Muriel Salmona, 40% des enfants qui avaient subi des violences enregistrées dans des hôpitaux ou services de police, violences donc avérées, ne s’en souvenaient plus du tout à 17 ans. Parmi eux, nombreux sont ceux uqi développeront un jour des troubles post-traumatiques.

Hommes : l’occupation de notre espace sonore

nuitDans la série le patriarcat en été, voici encore un article pour parler des hommes…et de comment ils occupent l’espace, même sonore…

On parle souvent en effet de l’espace qu’occupent, dans le patriarcat, très largement les hommes et très peu les femmes. Ainsi, des études ont montré comment les activités que font les garçons -le football en premier- font qu’ils occupent tout le centre de la cour de récréation et que la plupart des filles sont confinées sur les bords. Les budgets sports des communes, montrent que les financements pour des espaces dédiés aux équipes sportives masculines sont ultra majoritaires. Dans le métro, récemment un blog montrait comment les hommes s’étalent, jambes écartées, quand les femmes replient leurs jambes et cherchent un espace. Quant aux cafés, regardez le nombre d’entre eux où il n’y a pas une femme en terrasse. Enfin, on sait que la rue, la nuit, n’est pas pour les femmes. La peur les maintient à l’écart, et pour celles qui osent encore, le harcèlement de rue est là pour les rappeler à l’ordre*.

Mais on parle moins souvent d’une occupation de l’espace un peu différente, mais tout aussi excluante : l’occupation -voire la pollution sonore de l’espace. On sait que dans les assemblées, les hommes prennent dix fois plus facilement la parole que les femmes. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler. Plutôt de la pollution sonore par le bruit qui, en ces temps caniculaires, nous dérange jour et nuit. Ouvrez un peu au genre vos oreilles et vous aurez tôt fait de la constater. Dans le bus, les jeunes ados mâles s’invectivent bruyamment. Dès qu’un groupe de 3 ou 4 garçons se forme, il est accompagné d’un volume sonore, qui non seulement gêne mais fait peur si l’heure est tardive et écarte les femmes.

Ensuite, il y a les deux roues. Les motos qui pétaradent à n’importe quelle heure du jour et de la nuit quand on essaie de dormir fenêtre ouverte ? Ce sont très majoritairement des hommes qui les occupent, et qui semblent prouver leur virilisme en en faisant le maximum.

Autre exemple, lié à une initiative vue à plusieurs endroits des villes cet été, et dans les gares SNCF, où un piano est en libre accès. J’y ai toujours vu des hommes l’occuper, bruyamment, parfois simplement pour taper sur les touches, je n’ai pas encore vu une seule femme. Il faudrait encore que nous osions nous approcher…

Enfin, il y a des activités dont l’absurde égale la gêne provoquée. Je ne sais pas si vous avez remarqué cette innovation qui consiste à mettre dans les mains des jardiniers municipaux (majoritairement des hommes), des soufflets électriques, destinés à aider au ramassage des feuilles. Le hic, c’est que le ramassage des feuilles, normalement, c’est en automne…
Vous comprenez, vous, pourquoi en plein mois de juillet, on a droit au moins une fois par semaine si ce n’est tous les jours au soufflage des feuilles ? Et le jardinier peut bien avoir un casque sur les oreilles, c’est nous qui en subissons les désagréments. Est-ce motivé par la nécessité de faire travailler ? Mais alors, il serait bien plus simple et plus sain de fournir un rateau pour ramasser les quelques feuilles d’été, non ? Quelle est donc cette société productiviste et patriarcale qui préfère enlever quelques feuilles avec des engins pollueurs de notre espace sonore plutôt que de les ramasser une fois de temps en temps et en silence ?

C’est comme le marteau-piqueur à 21h30 en semaine. Peut-être que plus tôt, ce lundi, il faisait trop chaud pour les ouvriers, mais le sommeil des enfants, na valait-il pas qu’on essaie plutôt le matin ? Et ci ici hommes comme femmes en subissent les conséquences, cela ne vient il pas d’une façon de penser la société par et pour les hommes ?

En bref, c’est un petit coup de colère caniculaire, pour attirer l’attention sur le fait que les hommes ont des ressources inépuisables pour occuper le maximum d’espace, et que quand ce n’est pas physiquement c’est bruyamment !

S.G

*D’où la nécessité de faire, encore et toujours, des espaces non-mixtes d’occupation de l’espace avec des marches lesbiennes et féministes où l’espace de quelques heures, on peut crier, chanter, « la rue, l’espace, la place pour noues ».

 

 

 

Des casseroles et des hommes

Ah, le football. Ses ballons, ses millions, ses bonshommes…et ses casseroles !

Vous savez, le football, cette activité où déjà on érige en héros des bonshommes qui poussent un ballon du pied, en les payant des fortunes, et en les félicitant d’être des clients-prostitueurs. On ne compte plus le nombre d’émissions radio ou télé où des bonshommes passent une heure, voire deux, à « disserter » de savoir si untel est digne ou pas de faire partie de telle ou telle équipe, chacun se donnant l’impression d’être vraiment compétent et d’avoir quelque chose à dire. (je le sais pour en avoir écouté ado, et pour les subir les quelques fois où je prends le taxi…)

Mais le pire -et il y a deux pires- c’est donc :

-l’impunité supplémentaire que donne aux joueurs le fait d’être ceux qui permettent aux hommes d’être encore plus entre eux et à tous de se sentir compétents (car l’intérêt de ces discussion sans fin c’est que chacun peut se targuer d’avis d’expert, l’expertise n’étant pas bien sorcière à obtenir) en matière de violences sexuelles. Ainsi, j’entendais -dans le taxi justement, discuter autour de Benzema, joueur de ballon rond très connu, non pas pour savoir si c’était un criminel qui se « payait » des prostituées mineures, mais pour savoir si vraiment ou pas il méritait sa place dans l’équipe de je ne sais qui. Ainsi, ce qu’il fait aux femmes, et comment il les traite, alors même qu’il est poursuivi par la justice, et comparaîtra en juin prochain n’a guère d’importance au regard de ses performances en culotte courte et crampons.

-le surcroit de misogynie et d’insultes sexistes récurrentes que cela provoque. L’an dernier sur RMC avec les joueurs -de rugby je crois- et l’idée que ce serait « bon pour le teambuilding » de se payer des femmes de chambres, Louis Nicollin (du foot encore, je crois ?) qui eut le prix du macho de l’année des chiennes de garde, et là, un certain gérard Lacombe ? ou est-ce Pierre ? ou Nicolas ? Ah non c’est Bernard. Il paraît qu’il a été connu à une époque, comme footballer.

Il affirme, pour toute réponse à une auditrice qui lui posait une question sur le même Benzema, lors d’une de ces passionnantes émissions qui remplissent le vide de bruit en attendant notre fin inévitable : «Je ne discute pas avec les femmes de football. Je le dis parce que c’est mon caractère. C’est comme ça. Qu’elles s’occupent de leurs casseroles et puis ça ira beaucoup mieux». Ah. Je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à une héroïne de dessin animé, Raiponce, dans le Disney. Vous savez, quand elle se saisit d’une poêle, et l’écrase sur la tête de tous les bonshommes qu’elle croise sur son chemin, et qui s’imaginent qu’elle n’est à sa place qu’enfermée dans sa tour….S.G

A l’agenda : Maryse Condé et Ladies’ Turn

Deux annonces aujourd’hui d’événements à ne pas manquer si vous êtes à Paris :

-demain soir  Violette and co, organise une rencontre avec Maryse Condé pour la sortie de son récit autobiographique « la vie sans fards » aux éditions Jean-Claude Lattès. Attention, exceptionnellement, la rencontre ne se déroule pas à la librairie mais en face, là où souvent nous nous retrouvons à la fin, au Bistrot Beyrouth au 103, rue de Charonne.

Plus d’infos sur le livre ici : http://www.violetteandco.com/librairie/article.php?id_article=578

Par ailleurs, la semaine prochaine, la belle carrière de « Ladies’ Turn » continue, avec une projection organisée jeudi soir au Latina par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir. Après « Elles tournent », festival de film de femmes de Bruxelles dont elle a fait l’ouverture, et Femmes en résistance où elle était présente, Hélène Harder sera là pour présenter son film qui raconte la tournée des footballeuses sénégalaises et le tournoi organisé pour obtenir le droit de jouer dans les grands stades. La projection se déroulera également en présence de Seyni N’dir Seck, protagoniste du film pionnière du football féminin au Sénégal et des Dégommeuses.

 

Benzema et Ribery en correctionnelle

Il arrive encore ces derniers temps, qu’on lise des horreurs sur le fait qu’une jeune femme connue sous le nom de Zahia, « se soit fait connaître » par le fait d’avoir été prostituée mineure par des exploitants de café et des footballers célèbres. Oubliant que sa notoriété toute relative n’était due qu’aux faits justement reprochés par la justice aux deux personnages : ils n’auraient pas su qu’elle était mineure, nous disait-on, et alors .? Nul n’est censer ignorer la loi et donc s’assurer d’être dans son cadre…et nul ne devrait pouvoir effacer par un billet le consentement libre et désirant à un acte sexuel. Nul ne peut donc les dédouaner de leur rôle actif dans le système prostitueur, système où l’argent assure l’impunité du viol (aïe mes genoux).

Donc, me voici satisfaite de relayer cette info : les deux stars n’ont pas obtenu le  non-lieu espéré, mais sont renvoyés en correctionnelle pour répondre de « sollicitation de prostituée mineure ». http://www.liberation.fr/societe/2012/08/14/benzema-et-ribery-renvoyes-en-correctionnelle-dans-l-affaire-zahia_839758
Justice n’est pas encore faite, mais au moins elle suit son cours…j’en profite pour republier le billet écrit à l’époque, alors que tout le monde minimisait la responsabilité des deux hommes (dont la réputation n’a d’ailleurs guère été ternie par cette affaire, contrairement à celle de la jeune femme, encore une fois, victime de toutes les insultes sur internet)

PETIT AVERTISSEMENT : pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, il vaut mieux lire l’article en entier…il m’a été en partie inspiré par cette interview parue dans Le Monde

Et oui, il s’agit bien de football…en ce moment, les « bleus » sont martyrisés. Victimes. D’un complot à quelques semaines d’un événement si important dans leur vie. On accuse leur star, le ch’ti gars du Nord, d’être impliqué dans un scandale de proxénétisme. Parce que le pauvre, il a été client. Et on l’a trompé sur la marchandise. La femme n’était même pas majeure ! Et c’est mal. Coucher avec une prostituée mineure, ce n’est pas permis. Mais comment savoir ? Si elle a 17 ans et qu’elle en a 18 ? Doit-on lui demander sa carte d’identité ? Et être le client d’un proxénète, est-ce être un proxénète soi-même ? Alors en plus, l’ami Ribéry, il dit qu’il ne lui a pas donné 2000 euros, mais qu’il lui a juste payé le voyage pour venir lui rendre ce service amical à Münich ?

Les footballeurs, ce sont des jeunes hommes, en pleine santé. Ils accomplissent des exploits exceptionnels, qui font la gloire de tout un pays (mettre une balle avec  le pied dans un filet, vous vous rendez compte, quand ce n’est pas avec la main…), la liesse et le moral des ménages de la population entière. C’est beaucoup pour eux, il faut bien qu’ils décompressent.

Et puis, ils ont des besoins sexuels plus forts que les autres, paraît-il. Et ils ne peuvent pas trouver une jeune femme adulte consentante, sans avoir besoin de la payer ? Il faut les comprendre. Ils s’entraînent toute la journée, ils ne font rien d’autre, ils sont servis par des gens biens payés pour toutes leurs activités. Et ils ont tout ce qu’ils veulent, tout de suite. Alors, si on peut leur fournir des services sexuels sans avoir besoin de passer par un biais gratuit ( parce que payer, d’habitude, ça évite le scandale provoqué par de jeunes écervelées qui pourraient avoir envie, après avoir cédé à la star, de provoquer un scandale ou de récupérer de l’argent), n’est-ce pas normal qu’ils utilisent leur argent de poche (2000 euros, pour eux, c’est un peu comme une baguette de pain pour nous) comme ils le veulent ? Pourquoi ne le feraient-ils pas, puisque tout le monde sait (enfin, les dirigeants des clubs, et les journalistes), que ça se passe toujours comme ça dans le football ? Vraiment, on en fait trop sur cette affaire….

Et enfin, c’est qui, cette « Zahia D. » « par qui le scandale arrive », comme je lis dans les journaux. « La jeune prostituée par qui le scandale arrive », « la jeune prostituée qui a provoqué un scandale dans le monde du football », « l’affaire qui fait mal aux bleus » ?

« Stop! »

Retour en arrière : cette jeune femme n’est pas responsable de l’affaire. La police a enquêté  sur un renseignement menant à une affaire de proxénétisme liée à un café parisien. C’est dans cette enquête que les noms de plusieurs joueurs de l’équipe nationale de football ont été cités. C’est dans cette enquête qu’elle a été interrogée et qu’elle a cité les joueurs concernés. En quoi est-elle responsable ? En rien. Ni de la sortie de  l’affaire, ni de l’acte. Et le joueur, majeur, plein aux as, avec tous les moyens de connaître le monde qui l’entoure, il est « obligé » , lui ?

S’il a un besoin irrépressible de sexe (?!? notion bien sûr, que jamais personne ne conteste…), est-il obligé de faire appel aux services d’un réseau ? (ah oui, mais c’est peut-être comme pour le dopage, on ferait tout à son insu…)

Est-il obligé d’être toujours tombé de la dernière pluie ? Peut-être que la jeune femme avait l’air d’avoir 18 ans et pas 17. Mais est-il si naïf qu’il peut imaginer qu’il est sûr que la personne en face lui dit la vérité (surtout qui se prostitue, et donc fait facilement plus que son âge ) ? Si la parole d’une personne qui espère recevoir 2000 euros si elle ment de quelques mois sur son âge lui suffit…est-ce qu’il avait vraiment envie de savoir ?

Et puis, même si elle avait 18 ans, pourquoi trouve-t-il normal ce rapport de domination qui fait qu’il peut faire venir une jeune femme chez lui, pour 2000 euros, et obtenir des services sexuels ? Parce qu’il croit qu’il lui fait du bien ? Qu’il lui permet d’avoir une activité bien rémunérée ? Que c’est un commerce ou un travail comme un autre ?

Un exemple de plus, pour moi, des raisons pour lesquelles seule la pénalisation du client peut faire avancer vers une société sans prostitution, qui fait partie des violences faites aux femmes pour lesquelles nous sommes dans une grande cause nationale en 2010, faut-il le rappeler ? Parce que tant qu’on ne s’attaquera qu’aux réseaux de proxénétisme, il y aura une demande, qu’une offre, en réseau ou pas, cherchera à satisfaire, par besoin d’activité économique. Et les prostituées seront toujours « celles par qui le scandale arrive ».

Sandrine Goldschmidt

Shame on the Olympics

Vous avez peut-être vu passer l’info, dans un journal ou à la télévision : pour les JO de Londres, le besoin de « femmes de ménage » est grand. Pendant quinze jours, des milliers de personnes vont répandre leurs déchets, des athlètes vont jouer les stars, sous les caméras de télévision dans un espace restreint. Je parle des télévisions, parce l’on fête les 50 ans de la retransmission d’images par satellites, celle-là même qui fait des Jeux Olympiques un « événement » planétaire : plus de 4 milliards, voire 5 d’être humains vont le regarder,  pour s’intéresser à une chose sans importance pendant 15 jours, qui sera le/la meilleure,  qui courra le plus vite, sautera le plus haut, sera le plus fort (et la plus vite, la plus haute, la plus forte…). Et quel pays (oh, comme par hasard, les plus riches ou puissants) emporteront le plus d’or…

Glorification de l’esprit patriarcal de compétition, et son corollaire, l’exploitation des opprimées. Si certains sont au sommet de la gloire, d’autres sont là pour nettoyer leurs déchets.

Des centaines de femmes de ménage ont donc été embauchées pour l’occasion. Seulement elles ne sont là que pour faire le ménage, cette activité pourtant essentielle. Une activité qui a beau avoir toute la noblesse de faire ce que souvent les gens qui se pensent importants et/ou qui ont suffisamment d’argent ne souhaitent pas faire, l’organisation olympique londonienne n’a rien trouvé de mieux que de les installer dans un mini-camp de concentration (voir photo): 10 par chambre, 1 wc pour 25, 1 douche pour 75. et j’imagine que personne ne s’est posé la question de qui ferait le ménage… Surtout que le lieu est totalement insalubre, le terrain inondé à la moindre pluie (qui a été plus qu’abondante cette année), et la pluie qui coule à l’intérieur des baraquements.

En outre, ce logement qui n’en mérite pas le nom, n’est pas gratuit, loin de là : 18 dollars par jour sont retirés de la paie pour vivre dans ces conditions misérables (ce qui équivaut à 500 euros par mois) !

A lire sur la question de la nouvelle domesticité

Beaucoup des femmes de ménage (beaucoup sont venues d’Espagne, d’autres d’Europe de l’est) ont refusé de signer le contrat. D’autres ont quand même accepté

Une personne des autorités sanitaires aurait dit que le site n’était pas adéquat. La société qui emploie les femmes de ménage n’en a pas tenu compte. Et critique les employé-e-s qui ont parlé à la presse (cela leur est interdit par contrat (!), ainsi que d’avoir des visites de leurs familles).

Voici ce qu’a dit un responsable de Locog : « This is not a prison. Nobody is forced to stay there. Many of our staff have come from areas where there is extremely high unemployment and are very happy to be working in the Games.

« Ceci n’est pas une prison. Personne n’est obligé de rester ici. Beaucoup de nos employés viennent de zones de fort chômage et sont très contentes de travailler pour le jeux ».
Tout est dit dans cette phrase : je fais une seconde traduction : Ce n’est pas une prison. Tout le monde est « libre » de partir et de crever de faim. Mais comme elles ont vraiment besoin de boulot, elles pourraient nous être reconnaissantes quand même de les traiter comme des riens du tout ».

L’image du choix d’entrer dans la gueule du patriarcapitaliste…

C’est exactement comme pour les personnes prostituées (et on n’ose imaginer ce qui se trame autour des jeux olympiques à ce propos). Dans ce monde où les femmes sont maintenues dans la pauvreté par le système patriarcal et victimes de violences multiples (même hors crise, mais en crise elles sont les premières touchées -80% des personnes pauvres dans le monde sont des femmes), voilà à quoi se résume leur choix : payer pour vivre dans des conditions indignes. Voila de quoi elles sont libres : et tout ça pour que l’image sur l’écran des athlètes des jeux olympiques soit bien propre, cette image destinée à distribuer partout dans le monde la bonne parole du patriarcat capitaliste…

Un dernier mot : les médias britanniques se sont émus de ce que les emplois qui « devaient » être proposé à des anglais-e-s, ne leur aient pas été réservés. Encore une démonstration qu’il est malheureusement beaucoup plus facile d’exploiter la misère des immigrant-e-s que celles de ses propres citoyenn-e-s…qui ne manquent pas de se retourner ensuite contre les mauvaises personnes…

A lire aussi ici : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/femmes-de-menage-jo-londres-2012

S.G

Foot, for love !

Il paraît qu’il y a du foot en ce moment…mais oui, bien sûr ! C’est cette semaine que vient la délégation sud-africaine, et l’équipe de footballeuses lesbiennes Thokozani Football Club.

Une initiative (des dégommeuses et des LOCs, voir ci-dessous) à suivre et soutenir, avec des événements à ne pas manquer !

Samedi 23 juin à 17h30 au Brady, une projection-débat aura lieu autour du documentaire « DIfficult Love » :
« Dans ce documentaire, la photographe et réalisatrice de renom Zanele Muholi fait un état des lieux émouvant sur la situation des lesbiennes noires en Afrique du Sud ». Un très beau film qui montre à la fois le travail de la photographe, et son implication dans la société. L’artiste, qui fait partie de la délégation, sera présente à la projection, c’est donc à ne surtout pas manquer !

Zanele Muholi sera ensuite reçue à la librairie Violette and Co mercredi 27 juin à 19h. Le 28, ce sera le vernissage de son exposition, à l’espace Canopy. Et le 29 juin, la délégation sera en tête du rassemblement d’action lesbienne, le RAL, devant le 2, rue Eugene Spuller (mairie du 3ème). Un RAL où viendront les soutenir de nombreux groupements, dont les Keepers of Ka, qui ont enregistré le clip video ci-dessous pour l’occasion.

http://www.youtube.com/watch?v=AL2VGNkoT5s&feature=youtu.be

Voici l’intégralité du programme :

Et l’appel au RAL, des LOCs, Lesbiennes of Colors :

Nous, les Lesbiennes of Color (LOCs), sommes heureuses de vous inviter à la soirée de la 2ème édition de notre RAL (Rassemblement d’Actions Lesbiennes) et co-organisé avec d’autres assos et groupes de lesbiennes féministes et politiques:
CLF (http://www.coordinationlesbienne.org/),
les Dégomeuses (http://footforlove.yagg.com/category/les-degommeuses-2/)
les Archives lesbiennes de Paris : http://arcl.free.fr/
et les Batucadykes: http://www.foleffet.com/BATUCADYKES
Cette année LOCs participe au projet « Foot for Love », un projet international de solidarité lesbienne initié par les Dégommeuses

Ce projet propose une semaine d’actions du 22 au 30 juin 2012 avec l’équipe de footballeuses lesbiennes sud-africaines du Thokozani Football Club engagé dans la lutte contre la lesbophobie et les viols correctifs à Durban.

Le RAL 2012 du 29 juin sera donc dédié à nos soeurs sud-africaines.

Alors venez nombreuses nous rejoindre pour une soirée de mobilisation contre les violences et les discriminations faites aux lesbiennes, pour une solidarité concrète et pour une visibilité lesbienne plus importante.

Nous aurons le plaisir d’accueillir la fondatrice de ce club, la photographe engagée Zanelé Muholi accompagnée par des lesbiennes survivantes de viols correctifs qui témoigneront de leur résistance.

En plus des associations, de nombreuses artistes lesbiennes of color et d’autres participeront au RAL 2012:
*Keepers of Ka: trio vocal afro-carabéen alternatif http://www.myspace.com/keepersofka

*Lo : chant et guitare http://www.myspace.com/punpunisbeautiful

*Reya Sunshine: Hip Hop / Musique Roots / Reggae http://reyasunshine.com/

*Silex au slam http://canalstreet.canalplus.fr/tendances/bandes-de-filles/bandes-de-filles-silex

*Audrey au slam
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=27787

*Aquelarre: chorale de féministes latino-américaines http://groupeaquelarre.wordpress.com/

*Batucadykes: groupe lesbiennes batucada http://www.myspace.com/punpunisbeautiful

Vous trouverez en page d’accueil de notre site : les dates, infos et liens sur le projet « Foot for Love » et le groupe de footballeuses sud-africaines et des photos.
www.espace-locs.fr

Alors retenez ces dates du programme de la semaine d’action « Foot For Love » mené par Dégommeuses et LOCs pour Thokozani Footfall Club…

Plus de détails : http://www.espace-locs.fr/