Tout ce qu’il me reste de la révolution

Toutcequ'ilmeresteVoilà un film très intéressant, réalisé par Judith Davis, marquée par le fait qu’elle a grandi sur les « Maréchaux », boulevards de ceinture de Paris aux noms des Maréchaux de France, et qui sont une sorte de « pré-périph » autour de Paris.

Intéressant, car sans jamais ennuyer, elle nous pose la question de ce qu’il reste de la « révolution », celle de 1968… pas grand chose ? un film avant les Gilets jaunes, qui, qu’on les honnisse ou les adore, ou qu’on ne sache vraiment pas quoi en penser, sont en quelque sorte en germe dans le récit du film… Intéressant, et drôle, aussi, et c’est une des grandes forces du film, comme l’explique la réalisatrice : « ne pas laisser le terrain de l’humour à la bêtise ».

Quelle bonne idée ! Un vent de liberté souffle sur ce film, qui fait aussi penser à « Oublier Cheyenne », sorti en 2005, et qui se posait le même genre de questions…d’ailleurs, on y reconnaît souvent la patte de la co-scénariste Cécile Vargaftig.
Angèle, la personnage principale interprétée par Judith Davies, a du mal à abandonner le mythe du grand soir, de la révolution. Et sa façon de continuer la lutte est tout d’abord rafraîchissante : engueuler son patron, ex-soixante-huitard qui la renvoie sans états d’âmes, se planter devant Pôle emploi en faisant une parodie des services de l’agence et arracher des sourires à celles et ceux qui font la queue devant la porte, en investissant une banque pour y lire un poème aux employé·es et client·es sidéré·es.

Recruter lors de ces actions des femmes et des hommes pour participer à des « groupes de parole politique », où « il n’y a pas de chef·fe », où il n’y a pas de bon et mauvais sujet, pas de règle… mais que c’est difficile à réaliser ! (la référence à des mouvements comme Nuit debout est évidente).

A l’opposé d’Angèle, sa soeur incarne l’anti-révolution. Elle, qui a renoncé depuis longtemps à la lutte, a choisi la société actuelle, où l’objectif, est d’avoir une belle maison, une grosse voiture qu’il faut garer « dans le bon sens » (mais à quel prix), beaucoup d’invité·es à l’anniversaire de l’enfant qui constitue l’épicentre d’une famille, celui sur qui se concentre toute l’attention -le contraire en fait de ce qu’elle a vécu dans son enfance à elle.

A travers elle, et en particulier à travers le personnage du beau-frère, elle montre la violence économique, comment la société capitaliste, en exacerbant la notion de compétition, de loi du plus fort (s’il faut écraser les autres pour réussir et avoir un intérieur bourgeois, alors on y fonce), broie ces individus qu’elle prétend glorifier, et en fait des bras armés pour l’élimination des plus faibles. A tel point qu’il manque de devenir fou, dans une scène d’une violence inouïe, où masculinité toxique et violence économique se mêlent alors qu’il rejoue une scène de son quotidien : renvoyer quelqu’un·e, qui est un « boulet » pour la société (société anonyme, l’entreprise, qui se confond avec la société -le peuple).

Liberté et révolution 

Angèle, contrairement à sa soeur, a gardé l’esprit de la révolution. Comme sa mère, qui les a « abandonnées » à ses 15 ans (la suite de l’histoire révèlera ce qu’il en est réellement de cet « abandon »), voit dans la famille un obstacle à la révolution. A tel point que cela la fait résister à l’amour. Mais on découvrira que c’est en fait sa situation individuelle, la non résolution de la crise de ses 15 ans, qui l’empêche de dépasser l’époque révolue de cette forme là de révolution. Et on découvre avec elle la responsabilité de son père, Simon le révolutionnaire, dans cette crise.

Au cours du film, sans que ce soit appuyé comme tel, la masculinité toxique est épinglée. Que ce soit le mari, ou le père, à l’opposé politique l’un de l’autre (le premier incarnant le capitalisme, le second la révolution) tous deux se révèlent à un moment clé, comme porteurs de cette « maladie » patriarcale, qui mènent la société et les femmes qui les entourent à l’impasse, qui les empêche d’être libres. 

Ainsi, alors que le film, analysé un peu rapidement, pourrait donner l’impression que « tout ce qu’il me reste de la révolution », c’est l’amour…en réalité, livre une réflexion fine et drôle sur l’imbrication du privé et du politique, et sur ce que peut signifier aujourd’hui être révolutionnaire.

La séquence-clé du film nous fait quitter Paris pour une nature idyllique, nous emmène à la campagne, ce fantasme de tant de Francilien·nes se sentant « en boîte » à Paris. En boîte,  pressé·es comme des sardines, que ce soit dans les transports ou au travail, pressé·es, ne travaillant que pour les vacances ailleurs, là où l’on peut se retrouver enfin comme un poisson dans l’eau, enfin libres d’étendre les bras, de nager (comme dans la dernière scène de la séquence, dans la rivière).

Je ne sais pas si c’est l’intention de la réalisatrice, mais le film est venu rencontrer une réflexion que j’ai eue avec une amie deux jours plus tôt : et si, être révolutionnaire, être libre, ce n’était ni se fondre dans l’impératif du « collectif révolutionnaire agissant pour le grand soir », ni se fondre  dans un libéralisme qui condamne chacun·e qui l’accepte à jouer pour soi de la loi du plus fort et permet, si l’on fait partie des plus forts, de « faire ce qu’on veut », tant pis pour les autres. Si c’était, tout simplement, à chaque instant, qu’on pouvait incarner la révolution dans nos actes,  dans nos idéaux, en étant en mouvement permanent donc en révolution, en n’arrêtant jamais les aiguilles de la montre, pas plus sur ses 15 ans que sur 1789 que sur 1917 ou 1968 ou sur le backlash des années 1980… mais en continuant à les laisser  tourner, en apprenant de nos erreurs, et en ne limitant jamais notre liberté d’être nous-mêmes qu’à celle de l’autre, à chaque instant ?

S.G

La bande annonce :

 

 

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Paris contre Trump en vidéo

Voici comme promis un petit montage de quelques moments dynamiques de la marche d’hier, en particulier de quelques jeunes états-uniennes !

Here are as announced a little edit of dynamic images of Pariswomensmarch, especially a groupe of young US of A women

Women against Trump

Wonderful weather and light in Paris for a great demonstration. To support the hundreds thousands of women who marched in The US of A.

Très beau temps et lumière à Paris ce samedi pour une belle manif’ de soutien aux dizaines, centaines de milliers de femmes ayant défilé contre le nouveau Président Donald Trump.

Galerie de photos  : vous pouvez cliquer sur chaque photo pour les voir en grand.

#8 mars de la MMF : « tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous marcherons »

DSC_0140C’est le slogan de la MMF qui organisait cette année la manifestation du 8 mars. Très joli parcours, très belle manifestation sous le soleil, environ 5.000 personnes, et une première étape pour aller vers la liberté des femmes, et notamment de celles qui sont sous le joug patriarcal de la prostitution : l’abolition et le vote de la loi, qui passera au Sénat fin mars. Mais tant que tous les enfants n’auront pas le droit de grandir, les femmes ne pourront non plus être libres, il faut encore le rappeler…
Voici donc plus qu’un long discours une longue série de photos, qui j’espère vous plairont (cliquez sur la première, vous aurez ensuite une galerie il suffira d’appuyer sur flèche droite pour que ça défile)

S.G
PS : et en ce #8 mars, je remercie Elaine Audet, qui a mentionné mon blog en des termes très agréables à lire sur Sisyphe 

De l’illusion de la puissance…à la possibilité d’agir

IMG_19512014 s’achève. Tant mieux. Cent ans après la mort de mon arrière-arrière-grand mère, Melanie, et après le début d’un cataclysme mondial il semblerait qu’on sache moins que jamais où on va…

Dans l’atmosphère catastrophiste où la France se complaît, les mots d’Ariane Mnouchkine n’ont pas été entendus. Rien ne va, mais c’est la faute…du Président, de son ex-compagne, des médias, des pauvres pour les riches, des riches pour les pauvres, des étrangers pour les Français qui croient l’être plus que d’autres, des hommes,… c’est la faute des autres, en résumé !

Rien ne va oui, il y a des choses terribles : la pauvreté, les trafics d’êtres humains, les violences envers les femmes, enfants, que l’on refuse de voir et de combattre suffisamment, la montée d’une idéologie génocidaire contre les femmes « sous l’égide de Dieu », la haine des autres avec la montée de l’extrême droite…et malgré les tentatives militantes, les choses n’ont pas l’air de beaucoup avancer. Mais elles ne peuvent avancer si on ne regarde que ce qui ne va pas, ce qui n’est « pas assez », pas suffisant, ce que les autres font de mal ou ne font pas…et si l’on ne  se concentre pas sur soi et sa capacité d’agir sur ce monde…

Rien ne va, je n’en suis pas si sûre. Hypothèse : le problème ne serait-il pas que l’humain n’aime pas la perte de maîtrise sur son environnement ? Et que là, comme ailleurs, il faut d’abord lâcher prise, et essayer déjà d’être maître-sse de soi ? Mais ma vision, là aussi, est peut être intimement liée à ma position dans ce monde aujourd’hui, ici et maintenant, ce n’est donc que l’hypothèse qui me convient le mieux… en tout cas, je ne vois pas de raison objective de penser que le monde court à sa perte plus que les paysans de l’an mil, les écrivains de l’apocalypse, les juifs au moment de la seconde guerre mondiale ou les Occidentaux qui avaient peur de l’arme nucléaire.

Rien ne va, et pourtant pour peu que l’on regarde un peu au dessus de la zone de flottaison, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas si mal et qui se font, des gens qui agissent pour que ça aille mieux. Je n’ai pas envie de laisser gagner les partisans de la haine, ceux pour qui il vaut mieux que rien n’aille ou n’ait l’air d’aller, parce que ça les nourrit… Il y a plein de gens qui font de leur mieux pour mettre un peu d’amour, de « care », dans ce monde. Il y a plein de gens formidables, qui se préoccupent des autres et d’eux-mêmes (équilibre nécessaire…) qui inventent des solutions pour rendre la vie un peu plus belle et parfois dans des situations difficiles. Il y a des enfants qui naissent et apportent -pour peu qu’on veuille bien les voir, les entendre, les respecter comme des personnes, leur regard sur le monde et un fol espoir avec eux et elles.

DSCF6832Alors tout va bien ? Certainement pas. Il y a des tas de choses qui « ne sont pas bien allées » et je suis pour les regarder en face. Mais surtout pour celles qui nous concernent directement nous, et sur lesquelles on peut agir. Parce que c’est nous mêmes, parce que c’est notre métier, parce que c’est là qu’on milite… Mais si l’on ne peut rien y faire, à quoi cela sert-il de se complaire de notre impuissance ? Ainsi, partager et re-partager par le biais des réseaux sociaux, des infos qui nous scandalisent, qu’on n’a pas vérifié, qui viennent confirmer l’idée vraiment -que c’est la faute des autres-, n’est-ce pas « agir » sur ce sur quoi on ne peut pas agir ? Et nous rendre malade, malheureu-se, triste, désespéré-es… Alors qu’agir est possible et qu’on peut  faire bouger les choses.

En résumé, je crois plus que jamais qu’on peut agir, mais d’abord sur soi, depuis soi, en essayant de ne pas être dans l’illusion humaine de la toute puissance…et j’ai plus envie aujourd’hui de partager  avec vous mes coups de coeur et celles qui incarnent cette possibilité de l’action…

En voici quelques unes, militantes, littéraires et cinématographiques qui ont marqué pour moi 2014 :

La marche de Rosen (ancienne personne prostituée qui milite pour l’abolition de la prostitution), bien sûr, elle symbolise pour moi l’intelligence de l’action militante : plus dans le faire que dans le dire ou l’écrire, et qui agit depuis sa juste place. Rachel Moran, autre survivante irlandaise, qui a écrit « Paid For », « Achetée », son témoignage d’enfant mise en prostitution et son parcours vers la lutte pour un monde plus juste; je vous reparlerai de son remarquable livre.

Doris Lessing, « journal d’une voisine », ou le « care » aux personnes âgées vu par une grande autrice il y a déjà 30 ans…Willa Cather, autrice que je ne connaissais pas, qui avec « Mon Antonia », signait au début du siècle dernier un chef d’oeuvre trop peu connu. Et deux films, réalisés par des femmes, l’un documentaire, « La Cour de Babel », et l’autre fiction à partir d’une histoire vraie, « Les héritiers ». Deux magnifiques films qui, comme Ariane Ascaride le dit et l’incarne dans Les Héritiers, ne se laissent pas aller à la morosité, qui abandonnent l’illusion de l’impuissance, pour se consacrer à agir..là où c’est possible.

 

S.G

25 novembre : Mirabal, abolition, « nous avons quelque chose à vous dire »

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Peu de temps pour faire le point sur les nombreuses initiatives à l’occasion du 25 novembre, journée mondiale pour l’élimination des violences contre les femmes. Focus sur trois initiatives.

1/Le communiqué de presse des associations de lutte contre les violences faites aux femmes pour demander la mise à l’ordre du jour de la loi d’abolition du système prostitueur au Sénat. Un an après le vote à l’Assemblée nationale, il est grand temps ! A lire ici : https://abolition13avril.wordpress.com/2014/11/24/prostitution-inscription-de-la-loi-au-senat/

2/Ensuite, c’est la « Mirabal », manifestation organisée par « Tremplin 94 », association d’aide aux femmes victimes de violences masculines du Val-de-Marne, et le conseil général. De nombreuses associations y participent, dont le Mouvement du Nid 94 dont je fais partie et qui y tiendra un stand.
Surtout, venez marcher le dimanche à midi, pour la marche d’engagement et retrouver l’ambiance de la marche de Rosen, qui sera avec nous ! Si vous voulez y participer, laissez un commentaire sur ce blog je vous donnerai les infos.

3/Autre initiative intéressante, organisée par Libre Terre des Femmes, c’est samedi 29 de 17h à 20h30, en voici l’affiche, ce sont des femmes du collectif qui ont  créé et monté elle-même la soirée et le spectacle, une très belle initiative, allez-y si vous le pouvez, pour les soutenir ! 

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L’abolition en marche : bravo à la DDF du Sénat, et au Canada

abolitionloiDe bonnes nouvelles pour la transformation de notre monde en un monde plus humain ces derniers jours : depuis que la France a voté la loi d’abolition à l’Assemblée nationale et s’apprête à le faire au Sénat, on dirait que la politique abolitionniste a fait des émules à travers le monde. Ainsi, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution abolitionniste de type modèle suédois -c’est une petite révolution- et le Parlement européen a adopté une résolution  (rapport Honeyball) qui recommande également une politique abolitionniste qui s’attaque à la demande. Cette semaine, c’est le Canada, conseillé par Jimmy Carter, prix Nobel de la paix et ancien Président des Etats-Unis qui a clairement pris position pour le modèle suédois, qui a présenté une loi d’abolition du système prostitueur qui protège les victimes et pénalise (amendes et peines de prison) les clients-prostitueurs-violeurs.

En France donc, on attend pour bientôt l’inscription à l’ordre du jour du Sénat de la loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel : en effet la loi fait partie (même si elle est d’initiative parlementaire) des avancées citées par le premier ministre Manuel Valls au sommet mondial des femmes à Paris, selon ce tweet de Claire Chahnez-Schmitt, de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale.

Pour cela, la Commission spéciale du Sénat est en train de terminer ses travaux et rendra son rapport début juillet.

Mais déjà hier, la Délégation aux droits des femmes du Sénat, avec à sa tête Brigitte Gauthier-Morin, s’est réunie et a voté largement en faveur du rapport de Brigitte Gauthier-Morin favorable à la loi tout en l’assortissant de recommandations très pertinentes ! C’est une très bonne nouvelle, voici le communiqué de presse !

Communiqué de presse 
Paris, le 5 juin 2014 

« Prostitution: la plus vieille violence du monde faite aux femmes» un rapport et 11 recommandations adoptés par la Délégation sénatoriale. 

La Délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, a examiné le rapport présenté par Mme Brigitte Gonthier-Maurin (CRC, Hauts-de-Seine), présidente, sur la proposition de loi (n° 207, 2013-2014), adoptée par l’Assemblée nationale, renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.

La délégation a considéré que la prostitution est avant tout une violence qui s’exerce contre les femmes, qu’elle ne saurait être considérée comme un métier et que le débat sur la prostitution pose, en réalité, la question de l’égalité entre hommes et femmes.

La délégation a assorti le rapport de onze recommandations, parmi lesquelles :

– l’adoption des dispositions de la proposition de loi concernant la pénalisation de l’achat d’actes sexuels et la responsabilité des acheteurs ;

– l’abrogation du délit de racolage ;

– l’attribution de moyens suffisants et pérennes au financement du parcours de sortie de prostitution ;

– l’accompagnement et la formation des associations qui participeront à sa mise en œuvre ;

– l’élaboration d’une circulaire du garde des Sceaux concernant la qualification de traite des êtres humains.

La délégation souhaite également, dans une logique de prévention, renforcer la sensibilisation à l’égalité entre hommes et femmes dès le plus jeune âge. Dans cet esprit, elle souhaite que l’égalité entre les hommes et les femmes s’insère dans les programmes d’enseignement de l’école, du collège et du lycée et dans toutes les disciplines.
Elle recommande également la généralisation des ABCD de l’égalité à tous les enseignants du primaire (maternelle et élémentaire) et du secondaire, ce qui suppose que la formation initiale et continue
des enseignants comporte obligatoirement cette dimension.

 

 

Femmes du monde indien, de Colombie et du Rwanda

Trois événements à vous annoncer aujourd’hui : non, pas le nouveau gouvernement, peut-être en parlera-je tout à l’heure à Radio libertaire, mais pour cela vous n’avez pas besoin de moi. Taubira gardée à la justice, Vallaud-Belkacem aux droits des femmes, ville, jeunesse et sports, et la parité conservée (la parité mais aux postes que les hommes ne jugent pas régaliens -sauf la justice, comme avant), on va dire que le changement n’est pas très significatif pour l’instant….

Les événements que je veux annoncer sont pour les Parisiennes et les Parisiens, même s’ils concernent tout le monde.
D’abord,

une rencontre de l’association  « Filles du Monde Indien » (FMI) au cinéma la Lucarne à Créteil demain 3 Avril à partir de 18h30.

Voici ce que sa présidente en dit : « Nous vous accueillerons avec quelques douceurs, salées et sucrées, le tout accompagné d’un tchai de printemps. Il y aura des stands d’artisanats pour pouvoir acheter des souvenirs et soutenir les femmes Indiennes, Bangladeshies (…) A 19h nous vous projeterons le documentaire : « Mother Anonymous » de sheela saravanan (10mn) sur la question de la grossesse pour autrui. 19h15 début de la conférence en présence de Kuljit Kaur qui est arrivée en France. Elle nous parlera des avancées des lois indiennes en faveur des femmes et notamment la récente mesure contre le harcèlement sexuel au travail, les mesures nouvelles contre les violences faite aux femmes. A demain ! »

lucarne

Par ailleurSamedi 5 avril à 15 heures à la fontaine Stravinsky près de Beaubourg aura lieu un rassemblement en solidarité avec les femmes rwandaises qui ont porté plainte pour viol contre des militiaires français (voir le site http://contreviolsrwanda.info/)

Et au comptoir Général à partir de 14 heures, un autre événement important : « Luttes des femmes en Colombie », avec une conférence-débat avec Florence Thomas et Olga Gonzaler, la projection d’un documentaire « guérisseuses de maintes lunes » (voir ci-dessous) et enfin des chants féministes par le groupe Aquelarre, que vous connaissez si notamment vous êtes venues à Femmes en résistance.

Toutes les infos sur l’affiche ci-dessous

colombie

Documentaires : La petite Roquette, luttes des femmes LIP et Kate Millett

Trois événements à ne pas manquer en huit jours, trois projections très intéressantes…on pourrait se demander pourquoi tout en même temps, mais contentons-nous de nous réjouir…

Dès demain soir au Nouveau Latina (20, rue du Temple) à 20h, la projection de « La petite Roquette », documentaire de Guillaume Attencourt sur la prison de femmes qui accueillit de 1836 à 1974 des femmes en détention préventive ou condamnée à des peines de prison de moins de 1 an.

La séance aura lieu en présence de Nadja Ringart, sociologue et féministe, qui a été détenue à la petite Roquette trois mois en préventive pour des raisons politiques avant d’être mise en liberté provisoire puis condamnée à 6 mois avec sursis. Elle a d’ailleurs écrit dans le cadre du mouvement de libération des femmes un texte sur la prison : « toutes ces femmes…une caricature, la prison », que vous pouvez retrouver dans les « Textes premiers » édités à l’occasion des 40 ans du mouvement .

Un petit extrait : « Ce n’est pas non plus de la même façon qu’un homme et une femme arrivent en prison. La population pénale féminine est différente. On trouve beaucoup plus de petits coups dans lesquels lesfemmes sont entraînées directement par le mari ou par isolement qu’elle ne peuvent assumer. Sans sparler de celles qui viennent se réfugier là contre le froid ou le mari pour quelques mois d’hiver, il est très rare qu’elles soient enfermées pour un délit dans lequel elles sont seules impliquées ou qu’elles ont seules organisé ». (publié à l’origine dans Partisans « libération des femmes année zéro »).

Deuxième projection importante, jeudi soir à Créteil, un film de Et en présence de Kate Millet, féministe « historique » américaine et auteur de « Sexual Politics », qui est cette année l’invitée d’honneur du festival.

« Three Lives », le documentaire réalisé en 1971 par Kate Millett sera projeté : c’est le portrait de trois femmes qui parlent de leur vie, « évoquent les conflits passés, les décisions et les conséquences de leurs actions qui les mènent à se réaliser en tant que femmes ».

La projection sera précédée d’une rencontre avec Kate Millett, animée par Christine Lemoine de la librairie Violette and co.

Enfin, à ne pas manquer non plus, à l’occasion de la semaine des Arts à Paris 8, la projection-rencontre « Images des LIP, lutter au féminin ».

C’est de 14h à 17h30, amphi Y. La rencontre sera animée par Hélène Fleckinger, enseignant-chercheuse en cinéma. Ca devrait donc être très intéressant. Toutes les infos complémentaires sont dans le flyer ci-dessous !

Un féminisme sans vague-arrière (à l’âme)

IW8Parfois, la tournure que prend la représentation du féminisme dans la société et jusque dans les manifestations de rue nous donne un peu du vague à l’âme. Quand d’un coup, se revendiquent féministes les tenantEs d’une pensée qui selon nous reproduisent le système de domination patriarcale. Quand on veut nous faire croire qu’il y a un « nouveau féminisme » et qu’il s’agirait simplement de courants, et non de divergences profondes entre un féminisme d’une part, et un anti-féminisme de l’autre, qui est d’autant plus efficace qu’il prend les atours et les mots du premier (voir l’appropriation -judicieuse parce que la formule initiale est insuffisamment précise mais n’est qu’une formule et non une pensée- du « mon corps m’appartient » par le néolibéralisme patriarcal : puisque mon corps m’appartient je peux le vendre…d’où la nécessité de préciser « mon corps c’est moi » et je suis inaliénable..).

Les plus grandes penseuses féministes sont souvent restées peu connues. Cela fait partie du système oppresseur : si l’on ne diffuse pas la pensée qui conteste l’ordre établi, on l’empêche de se répandere. Forcément la transmission ne se fait pas, et vague après vague, les femmes doivent tout recommencer. C’est le cas de Maria Deraismes (1823-1894), oratrice, dramaturge et journaliste républicaine et anticléricale. Ses textes furent édités sous le titre « Eve dans l’humanité’. Elle avait fondé l’hebdomadaire « Le droit des femmes » et l’organisation féministe « L’association pour le droit des femmes ». Nicole Pellegrin, dans son anthologie « Ecrits féministes, de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir », décrit son apport -très original pour l’époque, de la façon suivante :

« Son originalité s’exprime plus encore dans la défense des droits féminins au plaisir sexuel -un sujet tabou- et dans ses condamnations, explicites et réitérées, de la prostitution, dont elle fait moins une « plaie sociale » et un problème d’hygiène publique qu’un sous-produit du patriarcat »

En clair, on est il y a 150 ans dans les mêmes problématiques qu’aujourd’hui. D’un côté ceux qui prétendent qu’il faut réglementer la prostitution « pour des questions de santé et d’hygiène », de l’autre celles et ceux qui font le lien avec le patriarcat, la domination masculine qui ravage la santé des personnes prostituées et va à l’encontre de la dignité humaine.

Voici ce qu’elle écrit, qui remet les pendules à l’heure et le monde à l’endroit :

« L’Occident favorise la prostitution, en d’autres termes le commerce de la chair humaine elle viole en même temps la liberté et la dignité de l’être conscient. […]

La prostitution régie par l’Etat réduit à néant les principes de justice, de droit, de solidarité sur lesquels s’appuient les sociétés modernes. Le mépris de la loi, dans ce qu’elle a de plus auguste et de plus sacré, est quotidiennement autorisé.

En effet, dans l’esprit de la loi, toute peine, tout châtiment infligé a toujours comme but la moralisation présumée du condamnée, lors même que les moyens expiatoires employés sont défectueux. Or, le contraire arrive dans la prostitution patronnée par l’Etat, la délinquante est considérée comme incurable et loin de s’efforcer à la moraliser, on l’oblige à récidiver d’office. C’est ainsi qu’une jeune fille, une femme appréhendée sur la voie publique pour excitation à la débauche, est immédiatement inscrite comme devant continuer à se prostituer, suivant la volonté des passants. Dans ce cas, c’est l’Etat qui est récidiviste ».

NDLR : ici, elle dénonce le fait qu’il y a des zones réservées à la prostitution : l’activité n’est pas interdite, mais est délinquante celle qui « racole en dehors des clous ». On la remet sur le trottoir « dans les clous ». C’est donc comme aujourd’hui, avec le délit de racolage…elle ne soutient donc pas que les femmes qui se prostituent sont délinquantes, mais critique l’attitude de l’Etat à leur égard.

« La société croit se justifier en arguant qu’il n’existe ici ni jugement, ni condamnation, que c’est simplement un règlement de police, une mesure administrative, dont l’objet est d’assurer l’ordre public et la décence extérieure (NDLR : toujours vrai avec la loi Sarkozy / racolage passif…)« 

(…)

Qu’on avoue donc franchement que c’est une façon ingénieuse, mais absolument criminelle, de satisfaire la dépravation des hommes; et le comble de l’impunité, c’est que l’homme complice reste indemne. Evidemment, si les femmes étaient pour quelque chose dans l’élaboration des lois, cette iniquité scandaleuse n’eût jamais eu de réalité.

(…)

Deux solutions se présentent : ou les hommes peuvent régler leurs moeurs et s’en tenir au mariage; ou il faut déclarer les moeurs libres pour les deux sexes avec une égale responsabilité des deux parts : recherche de la paternité, etc.

Elle discute ensuite de ces pseudo « besoins sexuels des hommes » en disant que la nature n’y est pour rien et que l’homme social est bien capable de se contrôler. S’il ne le fait pas, donc…

« A quoi nous en prendre, si ce n’est au gaspillage des forces mal gérées en humanité ? Et qui est responsable de ce gaspillage si ce n’est l’éducation sotte et coupable donnée à la jeunesse masculine ? ».

Conclusion de tout cela, qui est un vrai ancêtre de manifeste abolitionniste ( 1- suppression du délit de racolage, 2-punition du vrai responsable, 3-éducation à une vraie liberté sexuelle pour tout le monde – il ne manque que les alternatives à la prostitution) :

« La prostitution est une tache, une ignominie séculaire qu’il faut au plus vite faire disparaître sous peine d’immobiliser le progrès »

(…)

Pour venir à bout de cette plaie sociale, il est nécessaire qu’une protestation publique se produise avec éclat; il n’y a plus à invoquer la question d’hygiène, la science médicale a fait justice de ces erreurs, elle a démontré par une série d’exemples probants que la réglementation était plus funeste que favorable à la santé publique ».

Conclusion :

« Considérant que la prostitution à laquelle l’Etat prête son appui est le plus grand outrage fait à la conscience humaine,

Considérant tous les maux sociaux qui en résultent;

Je demande que les femmes étrangères, dont les pays sont soumis à ces honteux règlements, s’unissent aux femmes françaises, pour réclamer l’abolition de la police des moeurs ».

Elle a prononcé ce discours dont je vous livre les meilleurs passages au Congrès du droit des femmes en juin 1889.

Aujourd’hui, 125 ans après, nous allons obtenir cette abolition en France. Elle avance aussi en Europe. Que de temps il aura fallu depuis Maria Deraismes ! Et que de résistance au backlash il nous faut avoir ! Car ce que n’avait peut-être pas prévu cette grande féministe, c’est la force de l’obscurantisme, qui vise à faire perdurer cet outrage à la conscience humaine. Et je voudrais que ceux qui, à Amnesty International, tentent aujourd’hui de faire passer l’idée que la prostitution ne serait pas une atteinte aux droits des femmes mais serait un « droit de l’homme », lisent et relisent ces mots écrits 100 ans après la révolution française.

Aujourd’hui encore donc, il faut lutter. Et des femmes remarquables le font à travers le monde, dont des survivantes de la prostitution avec un immense courage : Rebecca Mott, bien sûr qui nous rappelle l’évidence (« this is torture) concernant la prostitution, et Rachel Moran, qui en ce 8 mars, s’adressait aux Norvégiennes dans un discours à écouter.

Cliquez ici pour voir la vidéo (c’est en anglais)Elle s’adressait aussi à Amnesty. Et rappelait elle aussi quelques évidences, et posait quelques questions à l’organisation internationale :

– « Ce qui se passe dans les bordels n’a rien à voir avec de la sexualité et rien à voir avec du travail. C’est de l’oppression ».

– « Quand les droits des femmes ont-ils cessé d’être des droits humains » ?

J’ajouterais : quand les droits des femmes seront-ils enfin des droits humains ?

S.G