Voter Macron aujourd’hui, c’est peut être Mélenchon (ou Le Pen) dans 5 ans. Ne pas voter Macron aujourd’hui, c’est Le Pen maintenant

coqsJ’ai très longuement hésité à écrire. Ne pas écrire, parce que j’ai l’impression que tout le monde en ce moment prend tout comme des leçons ou des injonctions, comme un sentiment de supériorité. Or je n’ai pas envie, en écrivant, d’avoir l’effet inverse de celui que je souhaite. Je ne souhaite dicter à personne son vote. Je souhaite juste argumenter, et pourquoi pas convaincre.

Ecrire, parce que j’ai peur, et que je pense avoir des arguments qui justifient cette peur, . Ma peur n’est pas une peur déraisonnée, c’est une peur fondée sur des faits réels. Mme Le Pen pourrait gagner l’élection présidentielle, sur un malentendu démocratique : s’imaginer qu’on peut élire Macron sans voter pour lui.

Je n’ai pas voté Macron au 1er tour. Je ne crois pas que Macron soit la solution pour une société meilleure demain ou après-demain. Je pense en revanche, que c’est un démocrate. Le Pen n’en est pas une. Je voterai donc pour lui au second tour, et voici mes arguments, et pourquoi je ne suis pas convaincue par les arguments pour l’abstention, que j’ai considérés.

Je commence par ces arguments :

-Le Pen ne peut pas gagner.

Je ne sais pas si Le Pen ne peut pas gagner. Qui peut se permettre d’être aussi péremptoire, dans une situation totalement inédite, avec des votes essentiellement « par défaut » pour le candidat d’en face, quand les votes pour elle ont été d’adhésion ? Le risque d’affirmer que présente au second tour, elle ne peut accéder à la présidence, est réel : c’est décourager les gens de prendre leur responsabilité pour voter contre, malgré leur aversion pour le candidat d’en face. J’en profite pour saluer ici le nombre d’électeurs et d’électrices de Mélenchon qui ont déjà affirmé qu’ils prendraient leurs responsabilités.
Mais surtout, dire je m’abstiens ou vote blanc « parce que Le Pen ne peut pas gagner » c’est dire « si elle pouvait gagner, alors mon attitude serait différente ». Donc, c’est reconnaître qu’il y a danger. Le problème, c’est qu’une telle attitude, revient à donner la responsabilité de la faire échouer à d’autres. De reconnaître qu’il faut qu’il y ait une majorité contre elle, donc pour Macron, mais « sans moi ». Donc qu’on peut faire élire Macron sans voter pour lui.

-Il faut que Macron ait une majorité minimaliste, sinon, il va croire que tout est permis.

Là encore, outre le fait que c’est jouer avec le feu, le risque que les choses soient inverses est plus fort. En ce moment, ce n’est pas Macron qui progresse, c’est le FN. Si il gagne de peu, les législatives seront plus propices au FN. Pas sûr qu’une nouvelle partie de la droite ne se rallie à Le Pen, après Dupon-Aignan. Que se passe-t-il si c’est la droite, avec l’extrême droite qui l’emporte aux législatives ?

S’il fait au moins 60% (mais imaginer ne serait-ce que 40% pour Le Pen me donne des sueurs froides), alors, aux législatives, les forces de gauche qui pourront faire pression sur lui.

-Macron aujourd’hui, c’est Le Pen dans 5 ans.
Peut être. C’est un peu « Mme Irma » comme raisonnement, mais oui, peut être que la poursuite du « système » entraînera Le Pen. Mais si ce n’est pas Macron aujourd’hui, c’est Le Pen maintenant ! Ca, c’est juste un fait. 


En revanche, si ce n’est pas Le Pen aujourd’hui, ami.e.s Mélenchonistes, vous avez une chance historique de pouvoir faire basculer la France dans 5 ans.
Car si vous avez foi en votre dynamique de France insoumise, il n’y a aucune raison que celle-ci faiblisse avec Macron au pouvoir ! Puisque justement, il fera ce qui fait que votre politique a été appréciée par de plus en plus de monde. Je le dis très sincèrement, je pense que les Mélenchonistes ont tout intérêt à voter Macron, car c’est leur chance pour 2022. En revanche, pour Le Pen, c’est plus probablement maintenant ou jamais. Si elle échoue aujourd’hui, elle échouera demain car son parti n’est pas tendre, et que les choses vont mal se passer après l’élection.

-Enfin, l’argument le plus inquiétant à mon avis : « ni Le Pen, ni Macron », c’est-à-dire Le Pen et Macron, c’est la même chose, juste deux variantes du fascisme.

C’est là que je vais le plus diverger avec mes proches Mélenchonistes. Non, je ne pense pas que Le Pen et Macron, ce soit la même chose. Avec Macron, nous aurons à lutter contre des politiques libérales qui affaiblissent les plus pauvres, probablement, et qui nous ralentissent sur la voie d’une société en phase avec l’avenir (nouvelles énergies, écologie, transformation du travail en participation citoyenne tout au long de la vie, rénovation de nos institutions et de nos pratiques démocratiques pour les rendre plus participatives, etc.).

Les arguments contre Le Pen

En revanche, avec Le Pen, non seulement nous n’aurons pas mieux en termes économiques, mais surtout :

-nous aurons au quotidien une France raciste et xénophobe, puisqu’elle traitera différemment les Français des autres, et les personnes racisées des personnes non racisées.

-les personnes pour lesquelles nous nous battons au quotidien : réfugié.e.s, personnes prostitué.e.s étrangères victimes de la traite et de la prostitution, personnes étrangères vivant et travaillant en France, seront purement et simplement exclues de la société et de l’accès aux droits, quand elles ne seront pas expulsées. Ainsi, une des grandes lois de ce quinquennat Hollande tant honni, la loi d’abolition du système prostitueur qui nous donne enfin une ébauche de moyens pour venir en aide aux femmes prostituées étrangères, sera abandonnée. Adieu les titres de séjour que nous avons déjà tant de mal à obtenir, mais après ce ne serait plus possible du tout. Qu’est-ce que nous dirons, demain, aux femmes nigérianes que nous recevons, et qui aujourd’hui nous disent, au lendemain du 1er tour : « I don’t like the Lady. I don’t want her for president », elles qui ont déjà tous les jours la peur au ventre, l’auront-elles encore plus demain ? Pareil pour les sans-papiers en général.

Cela, moi, qui ait la chance d’avoir la nationalité française et d’être blanche, qui est une chance parce que je peux voter, parce que pour moi, les démarches sont toujours plus faciles, l’accès aux droits nettement plus envisageable, je pense que cela me donne une responsabilité suppplémentaire dimanche prochain pour aller mettre un bulletin Macron dans l’urne.

-La lutte dans la rue contre les politiques libérales.
Vous avez lutté activement – plus activement que moi contre la loi travail .Vous avez eu un courage formidable face à une police qui se durcit énormément et des maifestations dures. Certaines et certains d’entre vous ont été blessé.e.s pendant ces manifestations. Une partie de la raison de cela, outre la responsabilité du gouvernement, c’est que, dit-on, la police est maintenant à 50% pro-FN. Qu’est-ce que cela signifiera si demain Le Pen est élue ? Que les garde-fous qui les empêchaient encore de totalement céder à la répression, n’existeront plus. Ils auront les encouragements du pouvoir, si ce n’est les consignes. Se battre dans la rue, cela s’arrêtera donc très vite. Parce que le droit de manifester, s’étiolera de lui-même en raison des violences policières subies.

Donc, encore une fois, à mon avis, pour pouvoir continuer la lutte dans la rue contre les politiques libérales, il vaut mieux voter Macron !

-Les droits des femmes et des personnes homosexuelles, transexuelles, etc.

Le mariage pour tous, Le Pen est la seule à vouloir revenir dessus. L’IVG, elle est la seule à vouloir le limiter. Sur ces deux points, le quinquennat de Hollande a permis de réelles avancées. Il n’est peut être pas allé assez loin, soit. Néanmoins, la situation est meilleure qu’en 2012. Il existe de vrais contre-pouvoirs au sexisme et à l’homophobie. Demain, avec Le Pen, ce n’est pas en 2012 qu’on reviendra, mais à nos heures les plus sombres !

-Voter en 2022 ?

Le Pen pourrait employer l’article 16 de la constitution, lit-on ici ou là, celui qui lui donnerait des pouvoirs étendus. Franchement, je ne sais pas si elle irait jusque là. Ce que je sais, c’est qu’avec du pouvoir, pendant 5 ans, elle ferait en sorte de verrouiller les contre-pouvoirs, de les empêcher de s’exprimer. L’atttitude des mairies FN avec la presse (cf Hénin-Beaumont et son maire Steeve Briois), qui l’empêche de faire son travail, montrent ce que c’est en matière de liberté d’expression d’avoir le FN au pouvoir. Cela veut dire que si elle est élue en 2017, le scénario de 2022 n’est pas du tout forcément celui d’une élection démocratique.

Je suis convaincue que si Le Pen est élue, nos libertés seront restreintes. La préférence nationale sera appliquée et le racisme et l’antisémitisme, le racisme anti-musulman qui s’expriment déjà de plus en plus ouvertement, auront la vie belle, n’étant pas sanctionnés mais encouragés. Si Macron est élu, cela ne nous garantit pas que la situation actuelle va s’améliorer, loin de là, elle va peut être empirer. Mais cela nous garantit la possibilité de continuer à pouvoir la dénoncer, proposer des choses nouvelles, manifester, imaginer un autre monde…à faire exister en 2022 !

Et pour finir sur le moins logique de mes arguments, et une « presque-boutade », si la situation n’était pas si sérieuse. J’ai lu que Gollnisch pourrait être ministre de Le Pen…ça, je ne crois pas que je pourrais le supporter ! Cela m’a déjà suffi, d’être confondue avec lui sur l’annuaire téléphonique  quand j’avais 16/17 ans, et qu’on appelait chez nous pour parler avec celui qui était alors député….

Plus sérieusement, c’était la même année que celle où nous avons reçu en pleine nuit un appel à 4h du matin. Mon père, très inquiet, a décroché, pour s’entendre traiter de « sale youpin ».
C’était en 1987, il y avait alors plus de 30 députés FN à l’Assemblée nationale…

Sandrine Goldschmidt

PS : rendez-vous demain dans la rue contre le Front national !

Paris contre Trump en vidéo

Voici comme promis un petit montage de quelques moments dynamiques de la marche d’hier, en particulier de quelques jeunes états-uniennes !

Here are as announced a little edit of dynamic images of Pariswomensmarch, especially a groupe of young US of A women

Women against Trump

Wonderful weather and light in Paris for a great demonstration. To support the hundreds thousands of women who marched in The US of A.

Très beau temps et lumière à Paris ce samedi pour une belle manif’ de soutien aux dizaines, centaines de milliers de femmes ayant défilé contre le nouveau Président Donald Trump.

Galerie de photos  : vous pouvez cliquer sur chaque photo pour les voir en grand.

#8 mars de la MMF : « tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous marcherons »

DSC_0140C’est le slogan de la MMF qui organisait cette année la manifestation du 8 mars. Très joli parcours, très belle manifestation sous le soleil, environ 5.000 personnes, et une première étape pour aller vers la liberté des femmes, et notamment de celles qui sont sous le joug patriarcal de la prostitution : l’abolition et le vote de la loi, qui passera au Sénat fin mars. Mais tant que tous les enfants n’auront pas le droit de grandir, les femmes ne pourront non plus être libres, il faut encore le rappeler…
Voici donc plus qu’un long discours une longue série de photos, qui j’espère vous plairont (cliquez sur la première, vous aurez ensuite une galerie il suffira d’appuyer sur flèche droite pour que ça défile)

S.G
PS : et en ce #8 mars, je remercie Elaine Audet, qui a mentionné mon blog en des termes très agréables à lire sur Sisyphe 

De l’illusion de la puissance…à la possibilité d’agir

IMG_19512014 s’achève. Tant mieux. Cent ans après la mort de mon arrière-arrière-grand mère, Melanie, et après le début d’un cataclysme mondial il semblerait qu’on sache moins que jamais où on va…

Dans l’atmosphère catastrophiste où la France se complaît, les mots d’Ariane Mnouchkine n’ont pas été entendus. Rien ne va, mais c’est la faute…du Président, de son ex-compagne, des médias, des pauvres pour les riches, des riches pour les pauvres, des étrangers pour les Français qui croient l’être plus que d’autres, des hommes,… c’est la faute des autres, en résumé !

Rien ne va oui, il y a des choses terribles : la pauvreté, les trafics d’êtres humains, les violences envers les femmes, enfants, que l’on refuse de voir et de combattre suffisamment, la montée d’une idéologie génocidaire contre les femmes « sous l’égide de Dieu », la haine des autres avec la montée de l’extrême droite…et malgré les tentatives militantes, les choses n’ont pas l’air de beaucoup avancer. Mais elles ne peuvent avancer si on ne regarde que ce qui ne va pas, ce qui n’est « pas assez », pas suffisant, ce que les autres font de mal ou ne font pas…et si l’on ne  se concentre pas sur soi et sa capacité d’agir sur ce monde…

Rien ne va, je n’en suis pas si sûre. Hypothèse : le problème ne serait-il pas que l’humain n’aime pas la perte de maîtrise sur son environnement ? Et que là, comme ailleurs, il faut d’abord lâcher prise, et essayer déjà d’être maître-sse de soi ? Mais ma vision, là aussi, est peut être intimement liée à ma position dans ce monde aujourd’hui, ici et maintenant, ce n’est donc que l’hypothèse qui me convient le mieux… en tout cas, je ne vois pas de raison objective de penser que le monde court à sa perte plus que les paysans de l’an mil, les écrivains de l’apocalypse, les juifs au moment de la seconde guerre mondiale ou les Occidentaux qui avaient peur de l’arme nucléaire.

Rien ne va, et pourtant pour peu que l’on regarde un peu au dessus de la zone de flottaison, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas si mal et qui se font, des gens qui agissent pour que ça aille mieux. Je n’ai pas envie de laisser gagner les partisans de la haine, ceux pour qui il vaut mieux que rien n’aille ou n’ait l’air d’aller, parce que ça les nourrit… Il y a plein de gens qui font de leur mieux pour mettre un peu d’amour, de « care », dans ce monde. Il y a plein de gens formidables, qui se préoccupent des autres et d’eux-mêmes (équilibre nécessaire…) qui inventent des solutions pour rendre la vie un peu plus belle et parfois dans des situations difficiles. Il y a des enfants qui naissent et apportent -pour peu qu’on veuille bien les voir, les entendre, les respecter comme des personnes, leur regard sur le monde et un fol espoir avec eux et elles.

DSCF6832Alors tout va bien ? Certainement pas. Il y a des tas de choses qui « ne sont pas bien allées » et je suis pour les regarder en face. Mais surtout pour celles qui nous concernent directement nous, et sur lesquelles on peut agir. Parce que c’est nous mêmes, parce que c’est notre métier, parce que c’est là qu’on milite… Mais si l’on ne peut rien y faire, à quoi cela sert-il de se complaire de notre impuissance ? Ainsi, partager et re-partager par le biais des réseaux sociaux, des infos qui nous scandalisent, qu’on n’a pas vérifié, qui viennent confirmer l’idée vraiment -que c’est la faute des autres-, n’est-ce pas « agir » sur ce sur quoi on ne peut pas agir ? Et nous rendre malade, malheureu-se, triste, désespéré-es… Alors qu’agir est possible et qu’on peut  faire bouger les choses.

En résumé, je crois plus que jamais qu’on peut agir, mais d’abord sur soi, depuis soi, en essayant de ne pas être dans l’illusion humaine de la toute puissance…et j’ai plus envie aujourd’hui de partager  avec vous mes coups de coeur et celles qui incarnent cette possibilité de l’action…

En voici quelques unes, militantes, littéraires et cinématographiques qui ont marqué pour moi 2014 :

La marche de Rosen (ancienne personne prostituée qui milite pour l’abolition de la prostitution), bien sûr, elle symbolise pour moi l’intelligence de l’action militante : plus dans le faire que dans le dire ou l’écrire, et qui agit depuis sa juste place. Rachel Moran, autre survivante irlandaise, qui a écrit « Paid For », « Achetée », son témoignage d’enfant mise en prostitution et son parcours vers la lutte pour un monde plus juste; je vous reparlerai de son remarquable livre.

Doris Lessing, « journal d’une voisine », ou le « care » aux personnes âgées vu par une grande autrice il y a déjà 30 ans…Willa Cather, autrice que je ne connaissais pas, qui avec « Mon Antonia », signait au début du siècle dernier un chef d’oeuvre trop peu connu. Et deux films, réalisés par des femmes, l’un documentaire, « La Cour de Babel », et l’autre fiction à partir d’une histoire vraie, « Les héritiers ». Deux magnifiques films qui, comme Ariane Ascaride le dit et l’incarne dans Les Héritiers, ne se laissent pas aller à la morosité, qui abandonnent l’illusion de l’impuissance, pour se consacrer à agir..là où c’est possible.

 

S.G

25 novembre : Mirabal, abolition, « nous avons quelque chose à vous dire »

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Peu de temps pour faire le point sur les nombreuses initiatives à l’occasion du 25 novembre, journée mondiale pour l’élimination des violences contre les femmes. Focus sur trois initiatives.

1/Le communiqué de presse des associations de lutte contre les violences faites aux femmes pour demander la mise à l’ordre du jour de la loi d’abolition du système prostitueur au Sénat. Un an après le vote à l’Assemblée nationale, il est grand temps ! A lire ici : https://abolition13avril.wordpress.com/2014/11/24/prostitution-inscription-de-la-loi-au-senat/

2/Ensuite, c’est la « Mirabal », manifestation organisée par « Tremplin 94 », association d’aide aux femmes victimes de violences masculines du Val-de-Marne, et le conseil général. De nombreuses associations y participent, dont le Mouvement du Nid 94 dont je fais partie et qui y tiendra un stand.
Surtout, venez marcher le dimanche à midi, pour la marche d’engagement et retrouver l’ambiance de la marche de Rosen, qui sera avec nous ! Si vous voulez y participer, laissez un commentaire sur ce blog je vous donnerai les infos.

3/Autre initiative intéressante, organisée par Libre Terre des Femmes, c’est samedi 29 de 17h à 20h30, en voici l’affiche, ce sont des femmes du collectif qui ont  créé et monté elle-même la soirée et le spectacle, une très belle initiative, allez-y si vous le pouvez, pour les soutenir ! 

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L’abolition en marche : bravo à la DDF du Sénat, et au Canada

abolitionloiDe bonnes nouvelles pour la transformation de notre monde en un monde plus humain ces derniers jours : depuis que la France a voté la loi d’abolition à l’Assemblée nationale et s’apprête à le faire au Sénat, on dirait que la politique abolitionniste a fait des émules à travers le monde. Ainsi, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution abolitionniste de type modèle suédois -c’est une petite révolution- et le Parlement européen a adopté une résolution  (rapport Honeyball) qui recommande également une politique abolitionniste qui s’attaque à la demande. Cette semaine, c’est le Canada, conseillé par Jimmy Carter, prix Nobel de la paix et ancien Président des Etats-Unis qui a clairement pris position pour le modèle suédois, qui a présenté une loi d’abolition du système prostitueur qui protège les victimes et pénalise (amendes et peines de prison) les clients-prostitueurs-violeurs.

En France donc, on attend pour bientôt l’inscription à l’ordre du jour du Sénat de la loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel : en effet la loi fait partie (même si elle est d’initiative parlementaire) des avancées citées par le premier ministre Manuel Valls au sommet mondial des femmes à Paris, selon ce tweet de Claire Chahnez-Schmitt, de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale.

Pour cela, la Commission spéciale du Sénat est en train de terminer ses travaux et rendra son rapport début juillet.

Mais déjà hier, la Délégation aux droits des femmes du Sénat, avec à sa tête Brigitte Gauthier-Morin, s’est réunie et a voté largement en faveur du rapport de Brigitte Gauthier-Morin favorable à la loi tout en l’assortissant de recommandations très pertinentes ! C’est une très bonne nouvelle, voici le communiqué de presse !

Communiqué de presse 
Paris, le 5 juin 2014 

« Prostitution: la plus vieille violence du monde faite aux femmes» un rapport et 11 recommandations adoptés par la Délégation sénatoriale. 

La Délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, a examiné le rapport présenté par Mme Brigitte Gonthier-Maurin (CRC, Hauts-de-Seine), présidente, sur la proposition de loi (n° 207, 2013-2014), adoptée par l’Assemblée nationale, renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.

La délégation a considéré que la prostitution est avant tout une violence qui s’exerce contre les femmes, qu’elle ne saurait être considérée comme un métier et que le débat sur la prostitution pose, en réalité, la question de l’égalité entre hommes et femmes.

La délégation a assorti le rapport de onze recommandations, parmi lesquelles :

– l’adoption des dispositions de la proposition de loi concernant la pénalisation de l’achat d’actes sexuels et la responsabilité des acheteurs ;

– l’abrogation du délit de racolage ;

– l’attribution de moyens suffisants et pérennes au financement du parcours de sortie de prostitution ;

– l’accompagnement et la formation des associations qui participeront à sa mise en œuvre ;

– l’élaboration d’une circulaire du garde des Sceaux concernant la qualification de traite des êtres humains.

La délégation souhaite également, dans une logique de prévention, renforcer la sensibilisation à l’égalité entre hommes et femmes dès le plus jeune âge. Dans cet esprit, elle souhaite que l’égalité entre les hommes et les femmes s’insère dans les programmes d’enseignement de l’école, du collège et du lycée et dans toutes les disciplines.
Elle recommande également la généralisation des ABCD de l’égalité à tous les enseignants du primaire (maternelle et élémentaire) et du secondaire, ce qui suppose que la formation initiale et continue
des enseignants comporte obligatoirement cette dimension.