25 novembre : France Télévisions se mobilise contre le silence autour du viol

Viol, un crime pas suffisamment dénoncé par les victimes ? C’est ce qui ressort en général des documentaires télé consacrés à la question, qui du coup, centrent leurs documentaires sur les témoignages de celles-ci. France Télévisions échappera-t-elle à la règle cette semaine ? En tout cas, le service public a mis le paquet en proposant deux documentaires et un webdoc + plateforme interactive sur le net. Je ne les ai pas encore vus, mais au vu des résumés, malheureusement, il semblerait encore une fois que le témoignage prime. Toutefois, et c’est assez nouveau, une volonté affichée de « faire prendre conscience à la société de l’ampleur et la gravité du crime », et de dénoncer le manque de soutien et de prise en charge des victimes y est présente.

Pour accompagner les diffusions télé, une plateforme web avec un webdoc interactif : Les voix du silence

Un webdoc avec des témoignages, mais aussi des espaces pour ouvrir la parole de façon anonyme, inspirés de la campagne #jenaipasportéplainte. Et de nombreux éclairages, au fil du documentaire, de spécialistes de la question, dont Muriel Salmona (Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie), Emmanuelle Piet (Présidente du CFCV), des avocate et magistrate, etc. qui permettent d’aider les victimes à mieux comprendre les mécanismes traumatiques et le silence imposé par la société.

Premier documentaire : « Viol, double peine », au titre intéressant, sera diffusé demain soir sur France 5. Réalisé par Karine Dusfour, il sera diffusé sur France 5 à 20h40.

Voici ce qu’en dit la critique de Télérama : « Au-delà des chiffres glaçants (200 femmes sont violées chaque jour en France et seuls 1 700 violeurs sont condamnés sur les 10 000 plaintes déposées chaque année), le film amorce une ­réflexion sur deux axes : la banalité de ce crime et le manque de soutien apporté aux victimes en France. Dans l’immense majorité, celles qui ont osé porter plainte restent démunies, sans aide psychologique, dans l’interminable attente d’un procès, quand l’affaire n’est pas classée sans suite ».

Quant à la réalisatrice, on sent dans cette interview sa volonté de faire reconnaître la gravité du crime :

Qu’attendez-vous de ce film ? Quel message voulez-vous faire passer ?
K. D.
: Dans les années 1980, quand une femme était battue, on n’appelait pas la police, parce que cela devait rester dans la sphère privée ; c’est la même chose pour le viol. Aux yeux de la loi, il s’agit d’un crime, mais pas dans la tête des gens. Je ne suis pas particulièrement féministe et mon intention n’était pas de réaliser un film militant, mais d’en appeler à la responsabilité citoyenne de chacun. J’espère que mon documentaire sera vu autant par les hommes que par les femmes, qu’il permettra de libérer la parole, d’en parler plus librement.

Second documentaire, sur le mode « manifeste contre le viol » diffusé par France 2, dimanche à 20h50 : « Elles se « Manifestent »,

Le film, réalisé par Andrea Rawlins, a été soutenu et porté par Clémentine Autain. Il sera également accompagné d’un manifeste publié par Le Nouvel Observateur jeudi. En voici l’intention :

« A l’instar de leurs aînées qui avaient signé le manifeste pour le droit à l’avortement en 1971 – Manifeste des 343 –, aujourd’hui, des centaines de femmes anonymes et connues ont décidé collectivement de briser le silence sur le viol dont elles ont été victimes. Elles sont peut-être votre soeur, votre mère, votre fille, votre compagne, votre collègue de travail…
Pour toutes, le dire publiquement, massivement, est un acte politique. Ensemble, elles ont décidé d’avancer à visage découvert pour interpeller les pouvoirs publics et la société tout entière. Objectif : favoriser l’émergence de la parole pour que la loi soit enfin appliquée. C’est à cette condition sine qua non que notre société fera reculer le viol..« .

Lorsque nous, féministes militantes, avons eu vent de ce projet, nous avons été plus que dubitatives. En effet, en 1971, parler à visage découvert, c’était prendre le risque d’être poursuivie par la justice, parce que l’avortement était pénalisé. Ici, briser le silence est difficile, mais il n’y a rien à avouer ! Il y a surtout à dénoncer l’impunité des violeurs. Montrer des témoignages, c’est permettre à des femmes de s’identifier, et de se dire « je suis l’une d’elles, je suis toutes les autres », de sortir de l’isolement. Mais c’est aussi une expérience très traumatisante, surtout lorsqu’elle est faite au vu et au su de tous (et en particulier des hommes violeurs), de façon non-anonyme. Comme si c’était aux victimes de briser le silence, elles qui ont toujours parlé, mais ne sont tout simplement pas entendues !

Depuis 40 ans,ce n’est pas des témoignages et de femmes qui parlent dont on manque ! mais d’écoute, de prise en charge, de sérieux dans les enquêtes, et de juste sévérité de la justice à l’égard des criminels !

Et malheureusement, on a du mal à croire ou espérer que même une semaine dans les médias va y changer grand chose. Surtout quand on voit que les médias semblent incapables de sortir de leur rhétorique, malgré toutes les fois où on leur explique…cette phrase de l’article de France inter, par exemple :

« Le viol n’est pas un fait divers, c’est un crime effroyablement banal et massif. Un véritable fléau de société ». Oui, ce n’est pas un fait divers, c’est un crime massif. Mais ce n’est pas un fléau de société : un fléau, c’est une fatalité divine. Dire que c’est un fléau, c’est encore une fois effacer l’agresseur. Le viol, c’est tout simplement un crime de masse, commis par des hommes, en masse.

Favoriser l’émergence de la parole, c’est évidemment une bonne chose.
Et à chaque fois qu’il y a une campagne, ou un documentaire, les numéros d’aides aux victimes sont assaillis d’appel. Cela donne un espace pour parler. Et ne pas se sentir seule. Mais que se passe-t-il après ? Si rien ne change dans l’accueil médical, policier, judiciaire ? Dans la justice ?

Car ce dont les femmes ont besoin aujourd’hui, c’est d’accueil, c’est de soutien, de soins pour les victimes. Et de Justice. Les criminels doivent être poursuivis et condamnés. Des enquêtes doivent être faites sérieusement. A tous les niveaux, faire reconnaître que dans ce crime ignoble et massif, il n’y a pas que des victimes, il y a aussi des coupables, des criminels, des hommes, et qu’ils doivent rendre les armes et  se rendre à la justice.

Il faut cesser de couvrir les violeurs en continuant à faire comme s’ils n’existaient pas…: https://sandrine70.wordpress.com/2012/10/17/un-crime-sans-criminel-ni-victime/

Enfin, il faut que la honte change de camp. Mais il est temps aussi que la peur change de camp. Que les victimes n’aient plus peur de parler, mais que les violeurs aient peur de la justice. Pour cela, il faudra encore de nombreuses luttes et de combats, pour qu’on nomme enfin, pour qu’on dise les choses telles qu’elles sont.

Pas  de justice, pas de paix !

Sandrine GOLDSCHMIDT

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Un crime sans criminel, sans victimes, sans enquête, sans prison ?

 C’est une réflexion qui me vient en lisant les slogans issus des photos des différentes manifs (j’espère avoir suffisamment de lien pour les publier demain) « le viol est un crime », en entendant « non à l’impunité » crié (J’y rajoute « non à l’impunité des violeurs »), et après avoir été interviewée sur le fait que seulement une femme sur 10 peut porter plainte…sans pour autant obtenir justice, puisque l’on estime à moins de 2% les condamnations pour viol prononcées en France.

Le crime de viol bénéficie grâce aux combats féministes d’une reconnaissance légale « du viol ». Pour autant, il ne donne pas lieu à des condamnations.

Les victimes : elles ne sont pas crues, on fait d’elles les coupables, on ne les écoute pas, on ne mobilise pas les moyens nécessaires pour que justice leur soit rendue et qu’elles puissent aller mieux. Les coupables : les violeurs sont donc une infime minorité à être condamnés pour le crime commis, on laisse insulter leurs victimes pendant les procès, on veut absolument les réinsérer quand on ne fait rien pour aider les victimes à espérer reprendre une vie normale. On les laisse même se retourner contre leurs victimes après les procès (Créteil, DSK).

C’est comme si, 40 ans après que le viol a été reconnu comme un crime, ce crime restait une coquille vide, sans victimes ni coupable, ni enquête, ni prison. Une simple comparaison avec les meurtres permet de nous éclairer : 50 % de condamnations y font suite. Et de fait, il y a des meurtriers, et des victimes de ces meurtriers ou assassins. De fait, quand il y a meurtre, les commissariats ne se font pas prier pour enregistrer les plaintes, les moyens sont mis pour retrouver le criminel, considéré comme un danger pour la société. Enfin, personne ne se demande si condamner sévèrement le meurtre surcharge les prisons, si la prison est vraiment le meilleur moyen de réinsérer les meurtriers. Concernant le viol, cela fait 40 ans que cela dure : on se pose ces questions-là. Comme si la personne qui compte, c’était l’homme, le violeur, et tous les autres violeurs qui bénéficient de l’indulgence de la justice, et pas la femme, la victime, et toutes les femmes,  les futures victimes du violeur laissé en liberté.

Du coup, je me dis, que le féminisme radical a bien raison : on ne peut plus se contenter de dénoncer « le viol », cela permet juste à la société de s’acheter bonne conscience, voire de prolonger l’impunité des violeurs. C’est encore un moyen de mettre la faute sur les victimes, si on ne trouve pas de preuves, si elles ne se souviennent pas de tout, si parfois, le stress post-traumatique les fait se contredire. Non, nous ne pouvons plus nous passer de nommer l’agresseur. Nous ne devons plus laisser disparaître des crimes derrières des formulations destinées à perpétuer l’impunité des violeurs.

Tournantes ? Non, viols collectifs par des hommes. Impunité ? non, impunité des violeurs. Crime passionnel ? Non, crime sexiste de fémicide. Fait divers ? Non, crime caractéristique de la guerre systématique contre les femmes.Présumé consentement ? Non, présumé  non-consentement.

Client de la prostitution ? Non, homme qui achète l’impunité d’un viol. Inceste ? Non, viol par une personne ayant autorité, et responsabilité de protection et d’amour et meurtre de notre avenir, donc crime contre l’humanité qui doit être imprescriptible.

S.G

A lire aussi : http://journalennoiretblanc.blogspot.fr/2012/10/ce-que-ma-appris-le-verdict-de-creteil.html

Les femmes du bus 678, nos héroïnes

Il faut qu’un film vienne d’Egypte, soit fait par un homme, nous montre une situation encore un peu moins favorable qu’ici, pour qu’on s’interroge…et si c’était comme elles, qu’il fallait faire ? L’histoire du film de Mohamed Diab , « Les femmes du bus 678 » c’est celle des femmes du monde entier, avec des lois et des habitus qui n’aident pas. En Egypte, l’immense majorité des femmes sont excisées, le harcèlement sexuel dans les bus est massif, et le délit d’agression sexuel n’était pas reconnu.

Ainsi, dans le film, inspiré de faits réels, une femme qui est violemment agressée sexuellement dans la rue décide de porter plainte : elle est la première égyptienne à le faire, et bien sûr, dans son milieu progressiste et aisé, d’un coup, tous les beaux principes s’envolent : on veut lui faire retirer sa plainte, en raison du qu’en-dira-t-on.

Une autre, a été agressée sexuellement à la sortie d’un match de football, et professe à la télévision l’autodéfense. Une troisième, voilée, n’en peut plus d’être tous les jours tripotée -agressée sexuellement-dans le bus. C’est elle, qui a l’apparence la plus soumise, qui va, la première, passer à l’acte : répondre à la violence par la violence, en poignardant avec un petit couteau les parties de ses agresseurs…

jusqu’à ce qu’un commissaire de police s’intéresse à l’affaire, qui fait grand bruit, et un temps, décourage les agresseurs (le film n’est d’ailleurs pas dénué d’humour, quand la femme prend le bus après que les journaux en ont parlé, qui d’un coup, se retrouve vide d’hommes)…

Dans ce film, les 3 femmes se rencontrent, s’allient, puis face au backlash, à leurs propres doutes face à leur propre violence, se retournent les unes contre les autres, avant d’enfin, se libérer du patriarcat et faire changer la société.

Ce sont elles, les héroïnes, auxquelles in extremis, deux hommes se rallient. Les héroïnes d’un monde nouveau, ou la justice remplacerait l’impunité des agresseurs. Et on se prend à se demander si ce ne sont pas elles, qui ont raison. Si, pour faire bouger la société, il ne faut pas créer un choc suffisamment fort pour que la peur change de camp…

Parce que les petits chocs que nous parvenons parfois, à provoquer, dans la mobilisation suite à l’affaire du Sofitel, avec la campagne #jenaipasportéplainte, avec les plaintes contre le Conseil constitutionnel suite à l’abrogation du délit de harcèlement sexuel, ne suffisent toujours pas à nous offrir une justice qui soit aussi pour les femmes.
Pas de justice, pas de paix !

S.G

Du Sofitel à #jenaipasportéplainte

Hier, le New York Post a affirmé que DSK portait plainte contre Nafissatou Diallo pour fausses accusations et lui réclamerait 1 million de dollars. La nausée continue, même si l’on est pas étonnées. Pour le manifeste pas de justice pas de paix, nous revenons avec Muriel Salmona sur le site Slate.fr sur une année qui a provoqué de nombreuses réactions de féministes et de femmes, dont la campagne #jenaipasportéplainte

A lire sur Slate.fr : un an après, les enseignements féministes pour la lutte contre le viol  :    http://www.slate.fr/tribune/55019/dsk-un-an-apres-feminisme

 

 

 

Les moutons noirs dans la lumière : une loi digne pour les victimes d’inceste !

Ces jours-ci nous nous sommes insurgées contre la décision du Conseil constitutionnel, non pas d’abroger la loi sur le harcèlement sexuel, mais de faire prendre effet immédiat à cette abrogation, qui laisse les victimes en rade, et les agresseurs en position d’impunité.

Nous l’avons évoqué, mais il faut le redire, ce n’était pas la première fois que le « Conseil des sages », prend une décision qui, par souci de constitutionnalité, met en danger les victimes.

Auparavant, il y a eu la loi sur l’inceste, retoquée pour insuffisante définition de la famille, Sauf que cela fait près d’un an, et que, malgré les propositions existantes, rien n’a été fait.
Voici le texte d’une pétition que vous pouvez signer pour exiger une loi  et le lien pour le faire :

http://www.change.org/petitions/nous-exigeons-une-loi-digne-pour-les-victimes-d-inceste#

 

Une loi digne pour les victimes d’inceste !

Le 16 septembre 2011, le Conseil Constitutionnel abrogeait l’article article 222-31-1 du Code Pénal (Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait.) estimant que cet article était contraire à la Constitution.

Afin de revoir la loi, il fallait donc, rédiger une définition plus claire de la famille et agraver la peine encourue en cas d’inceste.

Mme Fort, instigatrice de la loi sur l’inceste, a en sa possession une proposition de définition de la famille rédigée par des associations de lutte contre l’inceste en collaboration avec les victimes. Rien n’a été fait.

L’article 6 (qui n’a pas été abrogé) de cette même loi prévoyait que « Le Gouvernement remet au Parlement, avant le 30 juin 2010, un rapport examinant les modalités d’amélioration de la prise en charge des soins, notamment psychologiques, des victimes d’infractions sexuelles au sein de la famille, en particulier dans le cadre de l’organisation de la médecine légale. Ce rapport examine les conditions de la mise en place de mesures de sensibilisation du public, et notamment des mesures d’éducation et de prévention à destination des enfants. »

Ce rapport est déterminant dans l’avancée et la finition de cette loi. Il n’a jamais été réalisé malgré les multiples fausses promesses du Gouvernement et du Ministère de la santé.
Après l’inceste, les conséquences sur la santé des victimes sont pourtant lourdes ! (voir sur http://www.crifip.com)
Le Gouvernement est donc hors la loi.

Mobilisons-nous ! Exigeons des lois claires et précises pour protéger les victimes de violences sexuelles !
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C’est aussi l’occasion de vous reparler d’un livre qui va sortir (je vous en parle plus dès que je le reçois – je l’ai commandé), par le collectif « les moutons noirs » : « Rien vu, rien entendu », livre de BD satirique qui dénonce le silence et l’hypocrisie de la société patriarcale qui ne veut pas entendre ce qu’elle fait subir à ses enfants. Le livre sort ces jours-ci, voici le site de la maison d’éditions où vous pouvez le commander : http://www.i-editions.com/catalogue/livres/?id=140

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Enfin, un mot du manifeste Pas de justice, pas de paix, dont l’action #jenaipasportéplainte continue à faire des petits. Ces jours-ci, c’est en Allemagne que le hashtag a été lancé, il s’appelle #ichhabnichtangezeigt, il y a une page facebook : http://www.facebook.com/ichhabnichtangezeigt, un site internet : http://ichhabnichtangezeigt.wordpress.com/, nous leur souhaitons un grand succès !

Iacub, Auschwitz et le viol

« Il y a des gens qui ont été à Auschwitz et qui ont été traumatisés et d’autres non ».

Oui, je sais, c’est choquant. Surtout quand c’est utilisé, tel le point Godwin, pour décridibiliser une femme qui lutte pour aider les victimes de viol.

Vous vous en doutez, ce n’est pas moi qui le dit. Vous savez qui l’a dit ?

C’est Marcela Iacub, la juriste.

Vous savez dans quel cadre cela a été dit ? Dans une émission d’une radio privée pour jeunes, en catimini ?

Non, dans l’émission de Finkielkraut sur France Culture.

Vous imaginez que ces propos ont fait réagir l’animateur, a priori très sensibilisé à la question ?

Non, il n’a même pas relevé.
Il faut dire que cela a été dit le plus vite possible. au détour d’une phrase, à un moment de tension dans une émission.

Ah, et aussi. Vous savez dans quelles circonstances cela a été dit ? C’était lors de l’émission, Répliques, intitulée « la domination masculine », où, pour parler du livre de Iacub « Une société de violeurs ? », Finkielkraut avait invité  en face de la juriste, Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue et présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, avec qui je milite étroitement.

Cette phrase, a donc été dite, vers la fin de l’émission, pour essayer de discréditer le propos de Muriel Salmona, qui expliquait que la vie des victimes de viol est un terrain miné en raison des  troubles posttraumatiques. Marcela Iacub essayant de nous faire croire que Muriel Salmona « condamne les victimes » au malheur en poussant à faire reconnaître l’existence desdits troubles psychotraumatiques, à les identifier pour pouvoir les traiter.. Alors que bien sûr, c’est le crime de viol subi qui mine la vie des victimes, à moins qu’il soit pris en charge de façon appropriée. Ce qui est très exactement le combat que mène Muriel Salmona, forte de 20 ans d’expérience professionnelle et de son expertise scientifique.

Il faut dire que face aux arguments factuels et précis de Muriel, vers la fin de l’émission, Marcela Iacub n’avait plus qu’une solution : l’empêcher de finir ses phrases et, avec une méthode à l’efficacité éprouvée, faire dire systématiquement à la personne en face le contraire exact de ce qu’elle dit.

Plus c’est gros, plus ça passe ? La réalité, c’est que je crois que cela ne passe plus. Quand essayer de faire sortir de ses gonds son adversaire est le dernier argument qu’on est capable de produire, c’est qu’on est proche d’un aveu d’échec à débattre.

Ce que finalement je trouve très éclairant dans cette émission, c’est la posture de l’animateur, Alain Finkielkraut, qui cache à peine qu’il est à charge contre Muriel Salmona, reprenant une fois qu’elle a parlé à plusieurs reprises par « c’est vrai MAIS ». Dans la posture de l’homme terrorisé à l’idée de l’innocent accusé à tort, il a du mal à entendre que les victimes ne s’amusent pas à porter plainte à tout va, et essaie de ramener toujours la question aux mensonges de Nafissatou Diallo dans l’affaire DSK. Comme si ceux-ci avaient prouvé quoi que ce soit quant à la culpablité ou non de DSK.

Le viol conjugal, une violence non sexuelle ?

Enfin, il se livre, sur la question du viol conjugal, à une intervention surprenante. Je m’explique. Dans le cours du débat, Marcela Iacub affirme qu’elle ne comprend pas que le viol conjugal soit considéré comme un viol, pire, un viol aggravé (ce qui est le cas depuis une dizaine d’années, passible de 20 ans contre 15) : « je trouve absurde qu’on pénalise le viol entre époux », dit-elle. Parce qu’il faudrait certes, le pénaliser, mais pas comme de la violence sexuelle. C’est un viol, mais pas de la violence sexuelle….Sur ce, Muriel Salmona tente de lui faire expliquer comment peut ne pas être qualifiée de viol une pénétration obtenue par surprise, menace ou contrainte (définition légale du viol) sous prétexte que c’est dans le cadre du couple légal. Ce à quoi Iacub ne trouve rien à répondre.

C’est alors que l’animateur intervient :

« il peut y avoir une certaine difficulté. Les couples traversent des hauts et des bas. Des rapports consentis du bout des lèvres ou par fatigue ». Plus loin « la vie conjugale n’est pas un long fleuve tranquille ». Ce qu’il semble craindre ici, c’est que des femmes qui ont fini, par fatigue, par dire oui alors qu’elles pensaient non, qu’elles cèdent donc, et ne consentent pas, portent plainte ? Ne devrait-il pas s’interroger sur les raisons pour lesquelles un homme, fut-il un mari, s’autorise à se contenter d’un « consentement » par fatigue ? Je mets entre guillemets consentement, bien sûr, parce que même Iacub, qui place le consentement entre adultes au pinnacle, le reconnaîtrait j’espère : « céder n’est pas consentir ». Encore moins désirer.

La psychiatre qui reçoit depuis 20 ans des victimes a beau l’expliquer : les plaintes pour viol conjugal sont rarissimes, justement parce que les victimes ne réalisent pas elles-mêmes qu’il s’agit de viol, alors qu’elles ont parfois subi des sévices très importants. Il n’y a donc que très peu de risque d’abus de plainte pour un changement d’avis intempestif. En revanche, il y a tous les risques qu’une femme soit dès lors encouragée à céder, si le viol conjugal n’était plus reconnu…

Si Iacub milite comme elle le dit pour la liberté sexuelle ( selon elle « c’est la sexualité qui est dévalorisée et non pas les femmes » ), pourquoi alors ne veut-elle pas reconnaître que le viol conjugal est un viol ? Ce qui permettrait d’encourager une sexualité libre dans le désir et la valorisation réciproque, plutôt que d’encourager les femmes à céder sans désir, et les hommes à se contenter de cet abusif « consentement du bout des lèvres » dont parle Finkielkraut*.

Sandrine GOLDSCHMIDT

*on peut raisonnablement imaginer que les femmes, ayant déjà du mal à porter plainte et à dire non alors même que le viol conjugal est reconnu, le pourraient encore moins si l’on revenait en arrière de 20 ans. Et que cela  les découragerait un peu plus de faire respecter leur désir…tout en encourageant encore moins  les hommes à se poser a question de le faire…

Comme toujours, il y aurait encore énormément à dire, il y a aussi beaucoup à lire

je vous conseille la lecture

De l’explication de texte par Muriel Salmona elle-même : http://stopauxviolences.blogspot.fr/2012/04/la-domination-masculine-le-21-avril.html

de la note du blog « Féministes en tous genres » : http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/04/25/le-sexe-a-l-etat-de-brut-e.html

Je remercie A.Schmitt de m’avoir signalé la citation qui fait le titre de cet article.

Et voici le lien vers l’émission, pour que vous puissiez vous faire votre propre opinion : http://www.franceculture.fr/emission-repliques-la-domination-masculine-2012-04-21#.T5JyBwBJ64h.facebook

Enfin, si cela vous intéresse, le programme des interventions de l’Association mémoire traumatique et victimologie

http://stopauxviolences.blogspot.fr/2012/04/emissions-et-debats-en-avril-et-en-mai.html

#Jenaipasportéplainte vous donne rendez-vous au festival de Créteil

Le film "Inivisible", diffusé demain à 17h à la maison des arts de Créteil

Demain, à l’occasion de la diffusion du long métrage « invisible », de Michal Aviad au 34ème festival de films de femmes de Créteil, qui traite des viols et de la libération de la parole, le manifeste pas de justice, pas de paix a été invité à présenter la campagne #jenaipasportéplainte, qui a permis à des centaines de femmes de trouver un espace de liberté de parole.
Merci à Jackie Buet de nous permettre de diffuser le clip video, et de parler de la nécessité de poursuivre ce combat contre le silence, contre le tabou, contre le silence, pour la justice.

 

A 21h, nous devrions également présenter la campagne avec la diffusion du long métrage documentaire le corps d’une femme de Dominique Bartoli et Richard Bean, dont vous pouvez voir le résumé ici.

 

Par ailleurs, je vous rappelle que vous pouvez aller sur notre site http://pasdejusticepasdepaix.wordpress.com où il y a désormais une page entière dédiée aux témoignages #jenaipasportéplainte, et envoyer, si vous souhaitez « tweeter » et n’avez pas de compte twitter ou voulez garder l’anonymat complet, vous pouvez nous envoyer votre texte (le plus proche possible de 140 signes, ce qui est la règle de twitter), à l’adresse suivante : pasdjusticepasdpaix@gmail.com