Ce qui nuit aux personnes prostituées, ce n’est pas la loi, c’est la prostitution.

Je publie ce matin une tribune d’Abolition 2012, collectif d’associations pour la lutte logo_abolition2-3contre le système prostitueur

A entendre les détracteurs de la loi, les violences se seraient abattues sur les personnes prostituées depuis le 13 avril 2016. Leur santé se serait subitement dégradée. Le Collectif Abolition 20121 tient à rétablir les faits.

La précarité, l’insécurité et un état de santé dégradé ont toujours été le lot quotidien des personnes prostituées. Selon l’étude ProSanté de 20132, au moins 38% des personnes prostituées avaient été victimes de viols (contre moins de 7% pour les femmes en général), 51% avaient subi des violences physiques, 64 % des violences psychologiques au cours des 12 derniers mois.

Ce n’est pas la loi du 13 avril 2016 qui en est la cause. C’est la prostitution elle-même. C’est la prostitution, en soi, qui exploite les plus précaires des précaires, qui met à profit leurs vulnérabilités, qui leur inflige des violences répétées, dont les premiers auteurs sont les clients, un « détail » prouvé par les enquêtes mais étrangement passé sous silence. C’est la prostitution qui pèse sur la santé, physique et psychique, des personnes prostituées.

La loi du 13 avril 2016 a précisément pour but de faire reculer cet état de fait dont beaucoup, en ne touchant à rien, semblent vouloir s’accommoder.

Dépénalisation des victimes, responsabilisation des clients

La loi du 13 avril 2016 a mis fin à une aberration des politiques françaises qui consistait à pénaliser les victimes de ce système prostitueur, les personnes prostituées, et à garantir l’impunité aux clients de la prostitution. Imposer un acte sexuel par l’argent est une violence. Alimenter financièrement les réseaux proxénètes et de traite en achetant un acte sexuel, c’est contribuer au système prostitueur. Les clients sont aujourd’hui responsabilisés, 937 d’entre eux ont été verbalisés (chiffres du Ministère de l’Intérieur), et c’est une bonne chose.

Oui, la loi est appliquée. Oui, son objectif est de faire diminuer le recours à la prostitution (qui aujourd’hui touche de plus en plus de mineur.e.s) et de lutter contre cette atteinte à la dignité, cette violence incompatible avec les efforts menés pour l’égalité femmes-hommes.

La répression policière est si peu l’objet de la loi que nous ne rencontrons pas moins de personnes prostituées sur les lieux de prostitution. En revanche, elles comptent sur les alternatives que met en place la nouvelle loi comme le montre le nombre croissant de celles qui nous demandent de l’aide pour sortir de l’impasse prostitutionnelle.

Pas plus de violences, mais de nouveaux droits

Rien ne permet d’affirmer que les personnes prostituées sont aujourd’hui davantage victimes de violences, d’autant que la loi française crée justement une circonstance aggravante pour les violences qu’elles subissent. Depuis plus d’une décennie, nos associations tiennent le sinistre décompte des agressions et des meurtres dont elles ont été victimes dans l’indifférence générale, dans un contexte de totale impunité pour les clients. Huit d’entre elles ont été tuées en France en 2014, donc avant la loi ; aucune en Suède depuis qu’a été votée la même interdiction de l’achat d’actes sexuels en 1999. En revanche, dans les pays qui ont prétendu légaliser la prostitution et ont donc entraîné une explosion du « marché », comme l’Allemagne et les Pays-Bas, le bilan en matière d’agressions et de meurtres est lourd.

Depuis le 13 avril 2016, plus aucune personne prostituée n’a été arrêtée pour racolage et les condamnations précédentes sur ce chef d’accusation ont été supprimées des casiers judiciaires. Les personnes prostituées sont cependant toujours arrêtées dans certaines villes qui ont prononcé des arrêtés anti-prostitution, ce contre quoi nous nous élevons et demandons leur abrogation.

Pour la première fois en France, nous disposons d’une politique publique qui fait des personnes prostituées des publics prioritaire en matière d’hébergement d’urgence et de logement social, qui délivre automatiquement des titres de séjour à celles qui participent à une enquête contre leur réseau de proxénétisme ou de traite, qui permet l’accès à un titre de séjour aux personnes souhaitant sortir de la prostitution avec une aide financière et un accompagnement global (social, sanitaire, juridique et insertion professionnelle). Dans chaque département, une politique de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains doit être mise en place.

Pas de lien entre l’interdiction d’achats d’actes sexuels et le SIDA

Certains affirment à coup d’études et de rapports que la pénalisation des clients de la prostitution augmenterait le taux de prévalence du VIH chez les personnes prostituées. Or, toutes les études épidémiologiques sérieuses montrent qu’il n’y a pas de lien entre l’interdiction d’achat d’actes sexuels et le taux de prévalence du VIH. Nous renvoyons notamment à la méta-analyse publiée en mars 2013 dans le British Medical Journal qui synthétise de manière exhaustive toutes les études publiées entre 2000 et 2011 sur les facteurs de risque d’infection par le VIH chez les femmes prostituées en Europe. Les pays ayant adopté des positions réglementaristes visant à encadrer la prostitution comme les Pays-Bas et l’Espagne n’ont pas des taux de séroprévalence du VIH chez les personnes prostituées particulièrement bas, bien au contraire. Et utiliser le récent article paru dans The Lancet pour prouver le contraire est malhonnête. Cet article affirme noir sur blanc qu’on ne constate aucune différence notable entre les pays qui pénalisent les clients et ceux qui permettent l’achat et la vente d’actes sexuels. Par ailleurs, le pays ayant selon cette étude le plus haut taux de prévalence du VIH est la Lettonie, qui dépénalise les clients et les personnes prostituées…

Une autre ambition pour notre société

Le Collectif Abolition 2012 tient à rappeler enfin que la situation sanitaire et sociale des personnes prostituées ne peut se résumer aux maladies sexuellement transmissibles, comme le soulignait l’IGAS en 20123. L’activité prostitutionnelle est porteuse de nombreux autres risques pour la santé, moins visibles mais aussi sévères, notamment la santé psychique.

Nos associations ont une autre ambition pour les futures générations que la résignation à la précarité, à l’insécurité et à la violence. Notre pays s’est doté d’outils concrets qui doivent non seulement permettre aux victimes de la prostitution d’en sortir mais aussi à la société tout entière de franchir une marche décisive : changer les mentalités pour que les personnes prostituées ne soient plus stigmatisées mais considérées comme les victimes d’un système patriarcal archaïque, qui rejaillit sur l’ensemble de la société et notamment sur les femmes, sur leur image et sur leur statut.

Nous attendons plus de sérieux de la part d’associations qui disent se soucier des personnes prostituées : qu’elles s’intéressent enfin aux nouveaux outils créés pour répondre globalement à l’enjeu, et améliorer ainsi concrètement la situation des personnes prostituées.

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1 Le collectif Abolition 2012 lutte contre le système prostitueur. Il est composé de 62 associations (www.abolition2012.fr) .

2 Etude ProSanté de l’InVS et la FNARS de 2013

3 Prostitution, les enjeux sanitaires, IGAS, Décembre 2012 (http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/RM2012-146P_sdr_Sante_et_prostitutions-2.pdf)

Réflexions sur la lutte contre l’extrême maigreur des mannequins

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publicité Chanel que j’avais dénoncée en 2012 https://sandrine70.wordpress.com/2012/08/09/cadavres-olympiques-chanel-ca-suffit/

Que penser des mesures prises par l’Assemblée nationale pour lutter contre l’encouragement à l’extrême maigreur ? Deux amendements à la loi santé ont été votés, tous deux controversés, notamment critiqués par certains comme étant liberticides.

Tout d’abord, on a parlé « d’interdiction aux femmes trop maigres de devenir mannequin ». C’est vrai, mais partiellement. Ce qui sera puni, c’est le fait pour des responsables d’agence de mannequins d’employer des femmes trop maigres (ce qui sera évalué par rapport à l’IMC, indice de masse corporelle et sur ce point on peut estimer que ce n’est pas parfait, mais il faut bien un mode d’évaluation). Ils ou elles seront passibles d’une peine de prison et d’une amende (2).  Personnellement, cela ne me choque pas. C’est enfin reconnaître l’aspect normatif de la mode et de l’effet des médias et dire qu’on ne peut cautionner une maigreur qui affaiblit les jeunes femmes, met en danger leur vie, et les empêche, à un âge où c’est crucial, de se développer pour être des adultes en bonne santé.

Autre mesure, celle qui vise à interdire et rendre passible d’une peine d’un an de prison et 1.000 euros d’amende les sites encourageant à l’extrême maigreur (1). Sur ce point, on est face à un problème délicat : en effet, de nombreuses femmes atteintes d’anorexie, s’expriment sur Internet et parfois donnent des « conseils » aux autres pour « manger moins » et maigrir encore (on les appelle les « sites pro-Ana »). C’est, dans leur cas, une façon de sortir de leur isolement avec la maladie, et une forme d’expression de ses symptômes. Là, a priori, j’aurais tendance à penser -comme toujours- qu’on ne peut considérer que c’est en pénalisant les victimes qu’on va résoudre un problème. En revanche, on peut considérer que le blog étant accessible à d’autres jeunes femmes, il ne peut donc être exempté de la responsabilité qui incombe à toute personne qui publie. Ce n’est pas comme la parole au journal intime ou au professionnel qui dans un cadre sécurisé, où tout doit pouvoir être dit.

Des arguments qui sonnent curieusement à nos oreilles d’abolitionnistes

Par ailleurs, l’amendement voté à l’Assemblée nationale prévoit de faire la distinction entre les sites dont le but est de pousser à l’extrême maigreur et ceux qui sont l’expression…de la liberté d’expression des personnes malades, qui ont besoin de parler de leur maladie. On peut admettre que cela ne sera pas facile, mais on peut aussi estimer que les réactions indignées de certains détracteurs de l’amendement son peu honnêtes. Plus étonnant, leurs arguments font incroyablement penser à nos oreilles d’abolitionnistes de la prostitution à ceux des défenseurs des clients-prostitueurs.

Interdire certains de ces sites provoquerait,  selon un sociologue« probablement un effet de déplacement des blogs et des sites vers des lieux encore plus cachés. Nous allons rentrer dans une phase encore plus extrême de clandestinité, qui s’est déjà aggravée depuis 2010 avec ce climat de censure généralisée. Le risque, c’est que les familles, les spécialistes ou les associations n’aient plus accès à ces sites web« . Ca ne vous rappelle rien ? On dirait un copié-collé des arguments contre la pénalisation du client-prostituer, arguments absolument pas fondé sur une réalité observée mais sur des suppositions. Et pardonnez ma naïveté, mais c’est quoi, un site « encore plus caché » ? La police serait tellement bête qu’elle ne saurait pas trouver des sites ou blogs que les jeunes femmes victimes sauraient trouver (3) ?

Par ailleurs, selon ce sociologue, il s’agirait de « jeter en prison des personnes qui souffrent de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc.) simplement parce qu’elles en ont parlé sur internet ». Même s’il était effectivement difficile de faire le distingo entre des sites manipulés par des adultes ayant intérêt à la maigreur et des sites où simplement les malades expriment leur souffrance, il me semble peu probable qu’on jette en prison des jeunes femmes victimes à tour de bras…en revanche, qu’on ne laisse pas des jeunes femmes en pousser d’autres à faire comme elles, même si c’est l’expression de la maladie, ça ne me choque pas plus que cela.

Un an de prison ici, même pas une amende là ? 

Déjà, ce n’est pas parce que la loi instaure une peine qu’on « jette systématiquement » les gens en prison, et cette formulation est particulièrement malhonnête. Même Dieudonné, dont on imagine que la justice n’a pas envie d’être clémente avec lui, a eu du sursis pour ses propos « d’apologie du terrorisme ». Même dans ce terrible « pays liberticide » qu’est la Suède selon ses détracteurs, les clients-prostitueurs passibles d’un an de prison ne se sont jamais retrouvés derrière les barreaux !!! En revanche, l’effet normatif de la loi a joué vers la dissuasion (et je suis bien sûr contre qu’on mette de jeunes femmes malades en prison, même qu’on leur donne une amende).

Enfin, je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point il est difficile au législateur, au système patriarcal, d’être cohérent, en matière de définition des délits et de fixation des peines, et ce en rapport avec le débat sur la prostitution : un amendement UMP de Valérie Boyer prévoyait jusqu’à 3 ans de prison, l’amendement final prévoit 1 an pour les sites faisant apologie de l’extrême maigreur, quand pour la pénalisation des clients-prostitueurs, qui ne sont en rien des victimes, mais les vrais responsables de l’existence de la prostitution, et des violences que les personnes prostituées subissent au quotidien, on n’a même pas voulu instaurer une peine de prison ! Les sénateurs ne veulent même plus les pénaliser du tout, les députés avaient fini par admettre un délit avec amende…Comment peut-on justifier dans un cas une peine de prison et pas dans l’autre ? A part par la volonté de maintenir les hommes agresseurs sexuels dans une forme d’impunité ?

En résumé, il me semble nécessaire de donner un signe, comme quoi « la liberté de disposer de son corps » ne permet pas de faire tout et n’importe quoi pour le profit de quelques-uns -toujours les mêmes. En effet, les arguments développés par ceux qui disent que ces mesures sont liberticides ne me semblent donc pas très convaincants de par leur outrance et plutôt relever de la logique d’un statu quo qui arrange le marché du partriarcat ultra-libéral. La « liberté de disposer de son corps » est pour ce système un bénéfice dont, que ce soit en matière de prostitution ou de troubles alimentaires, les bénéficiaires sont ceux qui en font du profit, et jamais les femmes qui y sont poussées.

Sandrine Goldschmidt

(1) Cet amendement, voté par les députés dans le cadre de la loi Santé, proscrit désormais le fait de « provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l’exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé ».

(2) Le fait, pour toute personne qui exploite une agence de mannequins ou qui s’assure moyennant rémunération le concours d’un mannequin, de ne pas « veiller au respect de l’interdiction » sera puni d’un emprisonnement de six mois et d’une amende de 75 000 euros.

(3) pour la prostitution, les anti-abolitionnistes affirment que si la Suède a fait baisser la prostitution de rue, celle sur Internet aurait augmenté, comme si la police était incapable de repérer une transaction prostitutionnelle sur internet…alors que l’unité de lutte contre la prostitution en Suède travaille justement avec Internet.

Prostitution : le Sénat recule, l’abolition marche !

DSCF6912Il y a quelques mois, au moment de la marche de Rosen, nous brandissions un beau slogan trouvé par Claire : « le Sénat piétine, Rosen marche ». Aujourd’hui, le Sénat a changé de majorité, et c’est encore pire. Il ne piétine même plus, mais il vient de faire reculer un combat vers le progrès pour les femmes. En effet, comme je le disais la semaine dernière, les sénateurs ont voté pour le maintien du délit de racolage passif et  contre la responsabilisation-pénalisation des clients-prostitueurs.  1/ L’hypocrisie : la prostitution est une violence, il ne faut pas pénaliser les femmes, alors pénalisons-les ! En clair, cela veut dire qu’ils ont décidé de revenir à une politique d’un autre âge, celle qui consiste à pénaliser les victimes -tout le monde en effet pendant les débats n’a cessé de dire que la prostitution était une violence et qu’il ne fallait pas s’en prendre aux femmes (et aux hommes, très minoritaires), mais a conservé la seule mesure qui les pénalise à coup sûr; une hypocrisie dénoncée par le Mouvement du Nid (voir lien en fin d’article). Mieux, Jean-Pierre Godefroy, curieux député socialiste qui connaît très bien la violence de la prostitution (il a été l’auteur avec l’UMP Chantal Jouanno d’un rapport sans ambiguité sur le caractère violent et forcé de la prostitution), qui est celui qui a fait piétiner le Sénat pendant 16 mois avant de devoir démissionner dix jours avant le vote de la présidence de la Commission spéciale, s’est fendu d’un argumentaire dont la logique lui est propre. Il n’a cessé de dire qu’il était du côté des femmes, que c’est à elles qu’il pensait lors de ses interventions. Pour au final, affirmer qu’elles ne devaient surtout pas être pénalisées. Et du coup, il fallait donc les pénaliser par le délit de racolage, mais surtout il ne fallait pas pénaliser les clients-prostitueurs, car cela pénaliserait…les femmes. Allez savoir ! Mais au final, il se déclarait favorable à une pénalisation des clients qui « achèteraient » des des actes sexuels à des femmes qui se prostituent sous la contrainte. Curieuse idée qui a curieusement eu l’aval de Chantal Jouanno -mais qui aurait rendu la mesure caduque et dangereuse (l’amendement déposé par Chantal Jouanno a été retoqué). DSCF6837En effet : soit la mesure était appliquée, et ladite contrainte était systématique (et donc la précision inutile) : en effet, en matière d’acte sexuel, la règle est l’acte libre de toute contrainte. Or, un contrat, s’il règle des principes entre deux parties, instaure une contrainte : en effet, en échange d’argent, une personne DOIT un service. C’est donc une contrainte, légale, mais une contrainte. Or, en matière sexuelle, il ne peut y avoir de contrainte légale, car la contrainte fait partie de la définition des agressions sexuelles et viols. C’est donc absurde. Ou alors -et malheureusement c’est ce qui je crois se passerait, on applique la mesure à la façon dont la justice traite les affaires de violence sexuelle. C’est la connaissance du fait que la personne prostituée est sous contrainte, qui déterminerait la culpabilité du client -autant dire qu’il lui suffirait de dire, comme un triste sire célèbre, « qu’il ne savait pas » qu’elle était contrainte, et que cela suffirait -encore une fois, à rendre la mesure caduque et l’impunité des hommes totale. La vraie raison de cette proposition, était la défense du « droit du client », encore une fois…et de celui de se prostituer « librement ». En effet, selon Godefroy, il faudrait que la loi affirme haut et fort que celles qui le veulent ont le droit qu’on leur achète un acte sexuel, tout en reconnaissant que l’activité est source de violence, et qu’elles sont très minoritaires. Ainsi, on ferait une loi pour l’ultra-minorité qui -en suivant le raisonnement ci-dessus- permettrait de généraliser la situation à toutes…rendant encore une fois toute forme de pénalisation du client-prostitueur caduque. La liberté de quelques unes et de tous les prostitueurs étant décrétée plus importante que l’esclavage subi par l’immense majorité ! Pénaliser des personnes pour les protéger, la dernière trouvaille de la droite DSC_0091J’ai beaucoup aimé cet argument du « il nous faut le délit de racolage, parce que sinon, il n’y a aucun moyen de démanteler les réseaux : arrêter les femmes, c’est pour les protéger. En brandissant la menace de peines de prisons et d’amende, c’est tout à fait logique…on imagine en effet, qu’elles se sentent protégées depuis dix ans par le délit de racolage…à noter que le rétablissement du délit de racolage, voulu par l’UMP, qui l’a majoritairement voté (grâce à un scrutin public qui permet de voter pour les absents…il n’y avait quasiment personne dans l’hémicycle), n’a pas trouvé d’autre argument que celui-ci. Alors même que tout le monde reconnaît qu’en douze ans, il n’a en aucun cas aidé à renforcer la lutte contre les réseaux de proxénétisme. Sur la pénalisation du client ensuite, Jean-Pierre Godefroy -toujours lui- est allé très loin dans la logique de l’absurde : en effet, il a affirmé qu’être sanctionnable met le client en position de force face à la personne prostituée. Etant pour la première fois dénonçable par les personnes contre lesquelles il exerce des violences, il se retrouverait donc en position d’imposer des violences supplémentaires. Allez comprendre… Alors que la Suède montre que lorsqu’un client-prostitueur est arrêté, sa victime est guidée vers des associations qui peuvent l’aider. Bref, Jean-Pierre Godefroy, qui a donc été président de la Commission spéciale pendant 16 mois, nous a alors encore gratifié hier d’un argument imparable : « il faudrait encore du temps pour réfléchir ». Faut-il lui rappeler que c’est depuis le rapport Bousquet-Geoffroy en 2011, fruit d’une longue enquête, que la politique est discutée par les politiques, à l’Assemblée puis au Sénat ? Quatre ans de travail parlementaire ne seraient pas suffisant ? Est-ce une façon de nous faire croire qu’il n’avait pas, dès le départ, une idée bien précise de ce qu’il voulait et ne voulait pas, c’est-à-dire qu’il ne voulait pas du tout de la pénalisation des clients…pour protéger ce « droit de l’homme »?

2/ Le mensonge sur la Suède, pour décrédibiliser la pénalisation DSC_0156Lors du débat, on a beaucoup entendu des copié-collé des discours des associations « de travailleuses du sexe », celles qui s’autoproclament représentantes des personnes prostituées. Ainsi, la décrédibilisation des chiffres concernant le modèle suédois. Malheureusement, le cadre du débat ne permettait pas vraiment de répondre à ces arguments. Mais pour l’opinion, il est important d’y revenir. -La pénalisation fragiliserait les personnes, et la violence augmenterait ? On a beaucoup entendu cela. En effet, Médecins du Monde, Act-up n’ont de cesse de dire que la pénalisation repousserait la prostitution dans des lieux encore plus reculés ou sur Internet, exemple de la Suède à l’appui. Or, quelle est la réalité des chiffres, ceux avancés par les adversaires de la pénalisation, comme la sénatrice Esther Benbassa, qui s’est drapée dans sa « formation scientifique » pour donner des chiffres « indiscutables »? Ainsi, si la prostitution de rue aurait diminué en Suède, mais elle aurait explosé sur Internet. Chiffres à l’appui d’un tout récent rapport commandé par le gouvernement, qui dit que « Le nombre d’annonces d’escorte a nettement augmenté au cours des huit dernières années entre 304 et 6965 annonces ». Certes, mais si l’on veut bien lire un peu plus loin : « les autorités qui ont étudié les annonces d’escorte sur internet constatent qu’une même personne prostituée se retrouve souvent sous différentes identités, et que chaque annonce peut être reprise sur de nombreux sites, portails, qu’il y a aussi d’anciennes annonces inactives… etc. (Ainsi les experts constatent qu’un même numéro de téléphone se retrouve sur de nombreux sites. Ceci est également confirmé par d’autres experts qui travaillent sur le terrain.) Il est écrit dans le rapport que : « DANS CE CONTEXTE, IL N’Y A RIEN QUI INDIQUE QUE LE NOMBRE RÉEL DE PERSONNES PROSTITUÉES A AUGMENTÉ. » . Voilà donc pour cette belle affirmation scientifique. Ce n’est qu’un exemple de la façon dont un même chiffre peut être sorti de son contexte et utilisé pour dire le contraire de ce qu’il dit. Et cela sans compter que l’augmentation de ce type de chiffres sur internet, n’est absolument pas plus forte en Suède qu’ailleurs, et donc qu’on ne peut pas en tirer une comparaison. Il y aurait nombre d’autres exemples à tirer de ce rapport, mais il faut un peu de temps pour les traiter sérieusement, et des articles à ce sujet paraîtront probablement dans les semaines qui viennent. Celui-ci, mis en ligne sur la mine d’informations « Ressources prostitution », est à lire : « Les données montrent que mettre fin à la demande fonctionne » (voir le lien en fin d’article) On a également entendu dire donc, que la violence envers les personnes prostituées n’aurait pas diminué, et que le modèle suédois ne marcherait pas. Pourtant, voilà deux chiffres incontestables qui viennent nous signaler que ce n’est peut-être pas tout à fait exact. Ainsi, alors qu’il y a en moyenne 5 prostituées assassinées par an en France, il n’y en a pas eu depuis dix ans en Suède. Par ailleurs, le taux de prévalence du SIDA en Suède chez les personnes prostituées est 5 fois inférieur à ce qu’il est chez nous. Comment interpréter dans ce contexte, ce « haro sur la Suède », sinon comme un effet de propagande, qui arrange le législateur ?

3/ Le machisme du Sénat s’incarne dans la défense du « client »-prostitueur DSC_0107En effet, avec le Mouvement du Nid, je ne peux que souligner que la question de la volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes et de faire reculer la violence envers les femmes est centrale dans le cas qui nous occupe. Ainsi, le fait qu’une société soit avancée en matière d’égalité ou non influence le vote. Je cite le CP du Mouvement du Nid : « Le Mouvement du Nid rappelle que dès le 8 juillet 2014 en commission spéciale, 75% des sénateurs ayant voté pour la pénalisation des clients étaient des femmes alors que 75% des sénateurs ayant voté contre étaient des hommes. Il rappelle aussi que dans son classement mondial sur l’égalité femmes-hommes, publié en octobre 2014, le Forum Economique Mondial indiquait que la Suède, la Norvège et l’Islande, trois premiers pays au monde à avoir dépénalisé les personnes prostituées et pénalisé les clients, faisaient partie des quatre pays au monde les plus avancés en matière d’égalité femmes-hommes. Il note enfin que la Suède comptait, dès 1999, 48% de femmes au Parlement au moment de l’adoption de sa législation abolitionniste. Dans cette continuité, le Mouvement du Nid tient à saluer la mobilisation remarquable de nombreuses sénatrices de tous bords qui se sont exprimés avec cohérence, force et clarté lors du débat. (…)Ce sont ces voix fortes et claires que l’Histoire retiendra très prochainement. Je citerai pour ma part la formidable cohérence et clarté de la sénatrice Laurence Cohen (PC)…ce qui n’est pas étonnant puisqu’elle travaille sur la question depuis 15 ans !

4/ Pénaliser le « client-prostitueur », pour réaffirmer les droits humains En résumé si l’on analyse jusqu’au bout ce qui s’est produit au Sénat, on peut souligner en citant  l’article du Monde « Le Sénat pénalise les prostituées mais pas leurs clients », que c’est le résultat logique du lobbying des associations hostiles à la pénalisation. En effet, en affirmant des contre-vérités sur les effets de cette mesure, ils ont non seulement mis à mal la cohérence d’un projet reposant sur 4 piliers dont la responsabilisation du client, un projet de progrès pour les droits humains, mais en plus ils ont encouragé les plus rétrogrades des législateurs à maintenir une pénalisation des prostituées, puisque tout le monde est obligé de constater, qu’avec 97% de personnes soumises au trafic, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas de problèmes et ne rien faire du tout. Sauf qu’au lieu de faire avancer les choses, on fait la même chose que ce qui ne marche pas depuis dix ans. En revanche, je reste optimiste, car l’abolition est en marche, et marche ! La France a toujours aujourd’hui la possibilité de faire changer les choses, en faisant adopter à l’Assemblée nationale un texte auquel aura été rendue sa cohérence. C’est ce pour quoi nous nous mobiliserons bien évidemment, et il n’y a pas de raison de penser que cela ne se produira pas. De nombreuses députées seront en effet là comme fin 2013 pour y réussir. Dommage qu’il ait fallu perdre de précieux mois qui font perdurer une situation actuelle qui est inique et insupportable pour les personnes prostituées.

5/ Revue de presse  Une nouvelle tribune de médecins, dont le fondateur du SAMU social, Xavier Emmanuelli, en faveur de la pénalisation : Dépénaliser les prostitué(e)s, pénaliser les acheteurs de sexe!

réactions au vote L’article du Monde Article des Nouvelles News

CP du Mouvement du Nid : un vote réac, déshonorant et irresponsable ! 

CP d’Osez le féminisme : « Pour le Sénat, le client est roi » ! 

CP des Effrontées : une loi en avant, dix ans en arrière

CP du CNDF : « Ils ont osé » ! 

Marisol Touraine tient à la pénalisation du client

La décision d’un Sénat de machos

Réactions de Laurence Cohen et Brigitte Gauthier-Morin

Communiqué de Catherine Coutelle

Réaction de Zeromacho

CP d’Abolition 2012 avant le vote Haut comité à l’égalité F/H

Retours sur le modèle suédois : 

Abolir le système prostitueur pour réaffirmer les droits humains

Pourquoi la Suède est un bon modèle

L’impasse du réglementarisme

Les données montrent que mettre fin à la demande fonctionne

De nombreux autres articles ici

Prostitution : le Sénat-UMP marche sur la tête

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Certaines personnes arguent en ce moment que droite et gauche « molle » au pouvoir, c’est pareil. Certes, la gestion des affaires « habituelles », économie, budget, déficit ne semble pas particulièrement différente. En revanche, si vous voulez voir où est la différence, c’est sur l’archaïsme de la politique en matière de droits et défense des personnes humaines. Ainsi, le Sénat de l’époque du PACS avait-il voté un PACS sans l’article sur le PACS…heureusement remis ensuite par les députés de l’Assemblée nationale.

Sur la lutte contre la prostitution, qui est la source d’un trafic mondial d’être humains et de mise en esclavage sexuel de femmes et d’enfants (en immense majorité), le Sénat repassé à droite l’an dernier a décidé de frapper fort. En effet, la Commission spéciale, nouvellement dirigée par le sénateur UMP Jean-Pierre Vial après démission de Jean-Pierre Godefroy (PS), a décidé, comme l’indique le Mouvement du Nid dans son communiqué (voir ci-dessous), de revenir 10 ans en arrière, après avoir fait traîner le texte 16 mois en commission… (depuis le vote par l’Assemblée nationale du texte de progrès en décembre 2013). Bref, un texte qui sera discuté la semaine prochaine qui ne sert à rien, puisqu’il entérine le status quo.

Oui, vous avez bien lu : non seulement la Commission spéciale se dit défavorable à l’amendement qui rétablit la responsabilisation-pénalisation des clients-prostitueurs (ceux qui sont à la source de la demande et dont la violence envers les femmes n’est plus à démontrer, cf cet article), mais en plus elle s’annonce favorable à l’amendement qui rétablit le délit de racolage, actuellement en vigueur, mais que le texte supprimait fort heureusement.

Ainsi, on en revient à la politique classique du mâle : on pénalise les personnes prostituées (qui restent ainsi les seules victimes que la loi pénalise), et on dédouane les prostitueurs de toute responsabilité dans le trafic mondial d’êtres humains et les violences faites aux femmes.

Voici donc qu’il est nécessaire de rappeler les éléments de base : aujourd’hui

-L’abolition est la seule solution

-Pourquoi il faut pénaliser le « client » prostitueur, car c’est lui qui est auteur des violences et à la source du trafic 

-Une politique abolitionniste n’a de sens que globale, avec des accompagnements à la sortie de la prostitution, avec un simple traitement normal et humain des personnes,

En  résumé, « Pour les personnes prostituées, contre le système prostitueur »

Abolir le système prostitueur c’est oeuvrer pour les personnes prostituées

Gageons qu’il faudra donc encore attendre la deuxième lecture à l’Assemblée nationale pour aller vers cet objectif…la lutte continue !

 

Communiqué de presse du Mouvement du Nid
Alerte PPL prostitution 
Répression pour les victimes et impunité pour les auteurs :
le Sénat travaille 16 mois pour revenir 10 ans en arrière !
 
Communiqué de presse du Mouvement du Nid – 26 mars 2015
 
Réunis en Commission spéciale mardi 25 mars, à quelques jours du vote en plénière sur la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, les sénateurs ont annoncé leur intention : ne surtout pas toucher à l’impunité des clients prostitueurs et rétablir au contraire la répression à l’encontre des personnes prostituées. Le Mouvement du Nid dénonce avec la plus grande vigueur cette tentation de revenir à une politique archaïque et injuste qui va à l’encontre des engagements croissants contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité femmes-hommes des Gouvernements, de droite et de gauche, en France et en Europe, depuis 15 ans.
« Nous sommes consternés de constater que ceux qui, pendant 16 mois, ont fait obstruction à la pénalisation des clients afin de soi-disant protéger les personnes prostituées, proposent aujourd’hui de s’attaquer directement à elles en maintenant le délit de racolage » a déclaré Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid.
« Il y a quelques semaines seulement, à l’occasion du procès Carlton, la France réalisait à l’écoute des personnes prostituées accompagnées par le Mouvement du Nid, à quel point la prostitution était une violence dont les clients prostitueurs sont les premiers responsables. Et voilà qu’aujourd’hui, le Sénat leur répond : « pas question de pénaliser les clients, nous maintenons la répression contre les personnes prostituées » » a renchéri Claire Quidet, porte parole du Mouvement du Nid.
La Commission spéciale, nouvellement présidée par le sénateur UMP Jean-Pierre Vial, a en effet donné un avis favorable à l’amendement UMP visant à rétablir le délit de racolage, et un avisdéfavorable à l’amendement socialiste visant à interdire l’achat d’un acte sexuel.
 
La position de la rapporteure socialiste, Michelle Meunier, soutenue depuis mardi par une position du groupe socialiste en faveur de l’inversion de la charge pénale, et par le Gouvernement représenté la semaine dernière en audition par la Secrétaire d’Etat aux droits des femmes, Pascale Boistard, n’aura donc pas résisté à un clivage partisan déshonorant, qui semble malheureusement prendre le dessus à une semaine du vote.
Alors que l’Assemblée nationale avait construit de façon transpartisane un texte global, cohérent et ambitieux autour de son président de commission spéciale, Guy Geoffroy (député UMP) et de sa rapporteure, Maud Olivier (députée PS), le Mouvement du Nid déplore les 16 mois perdus au Sénat pour aboutir au status quo, c’est-à-dire à la pénalisation des personnes prostituées et à l’impunité de ceux qui exploitent leur précarité pour leur imposer un acte sexuel par l’argent.
« Parce que les victimes du système prostitutionnel et de la traite des êtres humains, 16 mois après le large vote de l’Assemblée nationale en décembre 2013, demeurent abandonnées par les politiques publiques françaises, le Mouvement du Nid appelle solennellement le Sénat à être à la hauteur de l’enjeu représenté par cette proposition de loi pour la construction d’une société plus juste et moins violente » conclut Jacques Hamon, président du Mouvement du Nid.

DSK et prostitution : deux enseignements majeurs du #Carlton

15 octobre : manif suite verdict de Créteil

Je voulais faire une revue de presse des articles les plus intéressants à propos du procès du Carlton et de l’implication de Dominique Strauss-Kahn. Voici qu’un article de Slate fait absolument le tour de la question, sur un des deux points que je voulais aborder.
En effet, ce procès est exemplaire de deux faits transversaux de la question de la prise en compte judiciaire des violences sexuelles faites aux femmes. La première, c’est la question de l’impunité que la justice à tendance à perpétuer pour les perpétrateurs de viols. La seconde, c’est la question de la légalité de l’imposition d’un acte sexuel par l’argent, qui d’un coup ne semble pas relever de la contrainte, qui caractérise le viol.

Affiche de « NO » The Rape Documentary

Sur le premier point en effet, toutes les révélations des témoignages du Carlton nous disent ceci (voir liens à la fin de l’article) : les faits décrits par certaines femmes qui ont été prostituées pour DSK (à son insu ou non, ce n’est pas le point central, même si malheureusement c’est sur celui-là qu’il est jugé), sont des faits de viol. Donc, alors même que les accusations de proxénétisme à l’encontre du bonhomme semblent tomber, ce qui est révélé ici est plus grave : cela relève du crime et de la cour d’assises. Bien sûr, on a entendu la défense de l’intéressé : « moi je ne l’ai pas ressenti comme ça ». C’est d’un grotesque sans nom : en effet,  en quoi est-ce le ressenti de celui qui pénètre qui devrait compter dans des faits de viol ? Ce qui compte, c’est le ressenti de celle dont l’intimité est pénétrée. Et si le monde tournait à l’endroit, ce n’est pas celui de l’homme qu’on interrogerait, car il ne devrait pas y avoir d’ambiguité, s’il s’était préoccupé de ce que ressentait la femme. Il est donc urgent, (mais je rêve) que la notion de consentement soit revue : ce n’est pas le consentement qui doit être présumé, mais le non-consentement. Les militantes de la lutte contre le viol le disent comme Aishah Simmons aux Etats-Unis, en affirmant que oui, c’est oui, non c’est non, et le silence, ou l’hésitation, c’est non. Je discutais également cette question ici : « présumé-non-consentement » ?  au moment de l’affaire du Sofitel.

La réponse est donc claire : il faut, comme le redit dans ce documentaire radio de Frédérique Pollet-Rouyer  Marilyn Baldeck de l’AVFT, inverser l’adage : qui ne dit mot consent, c’est faux. La seule solution, c’est de partir du principe que « qui ne dit mot ne consent pas » ! Et que le consentement est donc à obtenir, puisqu’il semblerait que de trop nombreux hommes ne sont pas capables de ressentir le désir ou non-désir des femmes.

On n’en est pas là, malheureusement, et voici ce qui se profile, en ce qui concerne d’éventuelles poursuites de Strauss-Kahn pour viol :

« Selon Philippe Conte, pour que le parquet lance une nouvelle enquête, il faudrait qu’un témoignage entendu pendant le procès en cours indique clairement qu’il y a eu viol, mais le professeur juge l’hypothèse «peu probable» ».

Peu probable, alors que toute personne qui a bien écouté, bien lu les témoignages, se demande ce qui pourrait bien ne pas « indiquer clairement qu’il y a eu viol », et ce qui mériterait à tout le moins d’être jugé.

Deuxième point, le procès de la prostitution

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Marche de Rosen

Au-delà de l’affaire « Strauss-Kahn », qui semble avoir un comportement hors normes, même dans le cadre de soirées prostitutionnelles organisées, les témoignages du procès auront -on espère définitivement- permis de lever le voile sur la réalité de la prostitution, telle que nous la décrivons pourtant si souvent avec des témoignages. Même si les victimes souhaitaient le huis clos, on peut se dire que c’était mieux que le procès soit public. Ainsi, il n’est désormais plus possible de se voiler la face. Non seulement le proxénétisme c’est dégueulasse, mais de toute évidence, les clients-prostitueurs sont ceux pour qui cela existe, et s’en contrefichent des femmes qui leur sont ainsi « vendues » ou « offertes ». Elles sont pour eux des choses qu’ils utilisent à des fins de plaisir et d’exercice de violence en toute impunité.
S’il y a donc une chose que ce procès aura permis, c’est de mettre en lumière que sans client, il n’y a pas de prostitution, de violence prostitutionnelle, et que consentement ou pas, ce qu’à un moment l’argent permet, c’est l’achat du consentement, et l’achat de l’impunité si ce consentement n’est pas donné (car on l’a bien vu, un non ou des pleurs d’une femme ne les arrête pas). Connaissant la définition du viol (tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise), connaissant les motivations de l’entrée en prostitution des femmes (« remplir le frigo », « survivre »), on voit bien qu’il s’agit de contrainte.

La moindre des choses était donc que le Sénat inscrive enfin à l’ordre du jour le texte de la proposition de loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel. Elle sera discutée les 30 et 31 mars prochains. Désormais, à voir comment ce procès et les actions militantes précédentes, dont la marche de Rosen, ont permis d’ouvrir les yeux de l’opinion, on peut raisonnablement espérer qu’elle finira par être votée, avec son volet de sanction du client, et tous les autres qui dépénalisent et aident les personnes mises en prostitution. En tout cas, on continuera à faire tout pour !

Procès Carlton : une plaidoirie pour l’abolition 

Ces audiences racontent un esclavage, pas du libertinage

La déclaration de DSK est typique des paroles de violeurs 

Sonia et Jade, le dessert de ces messieurs

Edito de Libé: réalité 

Communiqué du Mouvement du Nid sur la PPL

Et soudain, la dignité s’est exprimée

#enmarcheavecrosen : et maintenant, une date pour le Sénat

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Rosen et un groupe de survivantes devant le Sénat
Rosen à son arrivée devant le 22, rue du Colisée
Rosen à son arrivée devant le 22, rue du Colisée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Journée historique que ce 12 octobre, où nous avons marché avec Rosen pour l’abolition de l’esclavage sexuel, et pour que la proposition de loi sur le renforcement du système prostitutionnel, réassortie de la pénalisation des clients-prostitueurs, soit inscrite à l’ordre du jour du Sénat.
Rosen a été magnifique, et après ses 800 kilomètres en marche jusque Paris, elle a annoncé qu’elle ne repartirait pas sans une date, et qu’elle demandait à voir le premier ministre Manuel Valls !

Un groupe de survivantes de la prostitution était venu de Strasbourg pour soutenir Rosen, de nombreuses personnalités politiques, en tête desquelles la secrétaire d’Etat aux droits des femmes, se sont engagéEs pour faire avancer la loi !

Voici les photos de cette journée historique et émouvante

 

#enmarcheavecrosen, à dimanche et merci !

Aujourd’hui, j’ai marché de Bretigny à Evry avec Rosen et d’autres abolitionnistes. Un moment très fort que d’accompagner une femme de la force et de la détermination de Rosen dans les derniers kilomètres des près de 750 qu’elle a déjà parcouru ! Fatiguée, mais plus déterminée que jamais, elle a répondu à des journalistes russes, à une journaliste du Parisien, avant d’être accueillie à Evry par Maud Olivier et Eva Sas, députée de l’Essonne, ainsi que par Jérôme Guedj, le président du Conseil général, et par des militantes locales.

Désormais, on a hâte qu’elle arrive à Paris, et de l’accompagner et l’accueillir dimanche, avec du monde et des personnalités politiques ! Un rassemblement est organisé Place Saint-Philippe du Roule à 13h, celles et ceux qui voudraient l’accompagner dans ses derniers kilomètres peuvent retrouver Rosen à 10h30 à la Porte d’Orléans. A 15h, le cortège prendra la route vers sa dernière étape, le Sénat, pour demander -enfin ! l’inscription à l’ordre du jour de la loi !

Voici les photos de l’étape du jour, et merci encore à Rosen !