Sur le pont des arts, l’amour cadenassé

Petit article court sur un phénomène qui me fascine…en traversant les ponts…et pas qu’à Paris.IMG_3769

« Si par hasard, su’ l’pont des arts, tu crois le vent… »

IMG_3778L’amour n’a pas de frontières. Mais beaucoup de barrières. Ou plutôt, des cadenas. Faut-il que l’amour, pris dans le carcan néo-libéral et hétérosocial soit devenu à ce point dénué de sens qu’une des activités préférées des couples du monde entier en visite à Paris soit d’aller défigurer le Pont des arts d’un cadenas censé être la marque de leur « amour éternel » ? Voici qu’est cadenassée leur relation, des années même après être terminée ? A l’heure où l’amour dure…ce qu’il doit durer, où nos vies étant plus longues, il est plus fréquent que les couples se séparent, faut-il donc laisser une « trace » symbolisant un amour enchaîné ? Certes, « de tout temps », les amoureux ont gravé leur nom sur des arbres en les entourant d’un cœur. Ou sur les murs des monuments. Enfin, de tout temps, je ne sais pas. Déjà c’était donner l’impression qu’il fallait imprimer -graver dans le marbre- une relation pour qu’elle existe. Et puis, un « cadenas », franchement…
IMG_3758Plus facile peut être que d’essayer de la faire exister au quotidien, et de trouver des formes plus élaborées pour s’exprimer de l’amour ? qui s’écrit encore des lettres d’amour ? Aujourd’hui on préfère les SMS…et les cadenas.

Après tant d’années de libération sexuelle affichée, ne reste-t-il plus d’idéal de l’amour que le mariage, la pornographie et des objets qui nous enchaînent ? Ainsi, on cadenasse cette chose sur la grille d’un pont autrefois magnifique, et maintenant recouvert de pans de bois graffitiés pour empêcher que les grilles ne s’effondrent… Et en plus on abime Paris dont les clichés hollywoodiens ont fait la ville de l’amour.

Constat amer encore : au lieu de mettre en valeur un amour qui s’autorise à se terminer, lorsqu’il n’est plus vrai, parce qu’il respecte la liberté de chacunE des personnes qui le partagent, au lieu de mettre en avant que le plus important c’est de conserver dans la relation son intégrité et sa liberté, pour qu’elle soit vraiment désirante et réciproque, on s’attache les unEs aux autres aujourd’hui avec des objets qui nous contraignent. S’attacher, se contraindre, s’emprisonner dans des objets, cela fait penser à l’autre « must » de l’amour tel que d’autres images nous le montrent (cf 50 machins…).  Quel rapport avec la « libération sexuelle » pour laquelle certainEs se sont mobiliséEs ?

IMG_3771Au-delà de la volonté de s’affranchir de « l’ordre moral », et de la nécessité de libérer la sexualité des liens que l’hétérosexualité « obligatoire » entretient avec la reproduction, a-t-on jamais réfléchi à cette liberté sexuelle comme l’envie de créer des relations sexuelles épanouissantes et libératrices pour chacunE… à les libérer de la violence et de la contrainte (dans le mariage, la dépendance entre époux, la domination du désir de l’un sur la personne de l’autre). On aurait oublié de créer, d’imaginer, d’inventer comment l’amour, affranchi de la religion et de la grossesse, pouvait aussi revêtir quantité d’autres formes ? On aurait oublié que la libération pouvait permettre enfin à deux êtres de se rencontrer,  d’inventer ensemble plutôt que de se matérialiser dans des objets qui à nouveau les enchaînent dans une symbolique de contrainte,  comme les menottes ou des cadenas pour avoir l’illusion du plaisir ?

Heureusement, qu’il y a aussi -même si c’est plus rare, celles et ceux qui nous apprennent que le plaisir, c’est autre chose que ces images.

S.G

Saint-Valentin ou la défaite de l’amour

Aujourd’hui c’est la Saint-Valentin. Pas elle, me direz-vous ? Elle ne va tout de même pas en parler elle aussi ?

Pourtant, si. Je vais en parler, pas de la Saint-Valentin, mais de l’amour. Déjà, je vous en parle tous les ans en re-publiant l’article de Melanie, mon arrière-arrière-grand-mère, dybbuk issu de mon imagination qui a son propre blog. Tous les ans, elle vient nous rappeler que le principal événement historique accolé à la Saint-Valentin en France est un acte qui signe la défaite de l’amour, et la victoire de l’obscurantisme religieux, sur fond de « grande peur » (la peste)  : « Le samedi 14 février 1349, jour de la Saint-Valentin, on cerna le quartier juif. Tous ses habitants furent traînés par la foule au cimetière de la communauté, où on les entassa sur un immense bûcher. Deux mille Juifs furent brûlés vifs. Seuls échappèrent un certain nombre d’enfants et quelques adultes qui abjurèrent leur foi ». 

D’une religion dont le message nous dit-on était un message d’amour, naît la haine, la destruction, et meurt ce qui fait la vie : le lien d’amour, c’est-à-dire la reconnaissance de l’autre, vivant comme moi, comme une personne vivante que je dois respecter. Voila qui résonne fort cette année à nos oreilles, avec la question de l’obscurantisme religieux,  et de la haine des juifs sur le devant de la scène.

Quel rapport avec la Saint-Valentin aujourd’hui ? 

Mais l’obscurantisme ne s’arrête pas là, se nourrit aussi de la haine des femmes, par le biais de l’amour réifié. L’obscurantisme de l’amour, n’a rien à voir pour le coup avec la religion, mais bien avec la nouvelle religion de notre monde : l’argent, et l’ultime forme de notre société qui tente de transformer tout ce qui fait le vivant -le désir, le lien, la finitude qui pousse à se reproduire- en marchandise inerte.

Et c’est là qu’entre en jeu l’arnaque de la Saint-Valentin, l’arnaque de la société capitaliste. Tout notre système contribue aujourd’hui à transformer la pulsion de vie, le désir, le plaisir d’être en objet marchand, qu’on consomme et qu’on jette. Alors que dans le même temps, on essaie de transformer l’humain en une machine intelligente et éternelle -qui ne mourra pas. C’est la pulsion de mort qui s’exprime.

securedownload-2C’est en effet extraordinaire comme d’un côté on cherche à prolonger au maximum le vivant, oubliant que ce qui fait la vie, c’est qu’elle s’arrête, ce qui pousse au désir de créer la vie, c’est qu’elle se renouvelle, et comme de l’autre, on détruit le vivant en le réifiant. On assimile l’amour à des actes marchandisables, la sexualité à des techniques inertes à l’objectif d’atteindre un orgasme normé (1). On impose à toutes et tous un devoir de jouir pour imposer sur le marché des objets (sex-toys, mais aussi être humains entraînés dans la prostitution et qu’on assimile à des objets (2), on impose aussi une façon de jouir qui transforme l’autre -la femme en général- en objet masturbatoire, au profit de la consommation de sexe par des hommes qu’on élève à ne pouvoir ressentir autre chose. Ainsi la femme-objet devient instrument masturbatoire pour l’homme, et reçoit aujourd’hui l’injonction « d’aimer » cela, même s’il s’agit d’être violentée(3). Enfin, la Saint-Valentin associe l’expression de l’amour à l’échange commercial, la réduisant encore une fois à l’inerte (4).

Il semblerait donc  que notre société, fondée sur  patriarcat+capitalisme, soit empêtrée dans la spirale de la pulsion de mort, qui se manifeste jusque dans la volonté d’être éternellement jeune, de faire disparaître la vieillesse, la mort et l’amour. Etre effacé par la mort plutôt que vieux et mourant (suicide assisté) pour ne pas perturber la jeunesse éternelle, être inerte plutôt qu’aimant et désirant, donc être immobile plutôt qu’en permanent mouvement vers nous-mêmes. C’est le modèle qu’on nous propose, mais contre lequel heureusement nous résistons encore !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) sur la norme hétérosexuelle, écouter l’excellent documentaire de F.Pollet-Rouyer sur France Culture)

(2) Dans les jours prochains je ferai une Revue de presse sur le #Carlton et l’inscription de la PPL prostitution à l’ordre du jour du Sénat. Déjà un lien http://www.humanite.fr/proces-carlton-une-plaidoirie-pour-labolition-565586

(3) sur comment le cinéma (et pas que la pornographie) apprend aux femmes à « aimer » ne pas être actrices de leur désir, cf le même documentaire, + son contre-exemple absolu, preuve de nos dires : 50 nuances de Grey.

(4) Le Gorafi a encore frappé : bien meilleur que tout billet sur l’horreur de la Saint-Valentin, cet article :http://www.legorafi.fr/2015/02/13/saint-valentin-recrudescence-des-theories-du-complot-qui-affirment-que-lamour-existe/

 

 

C’est beau le bruit d’une claque sur la fesse au lit ?

Bon, j’ai vu « La vie d’Adèle ». Parce que c’est bien de parler des films qu’on n’a pas vu pour ce qu’on en lit, mais c’est encore mieux d’en parler quand on l’a vu.

Et je dois dire que ce fut une expérience très positive ! Pendant les 3 interminables heures que dure le film, j’ai eu le temps d’aiguiser mon sens de l’humour et d’affuter mes réflexions sur la représentation du sexe en images et au cinéma.

Oui, Kechiche a l’habitude de faire long. Parfois, j’ai aimé son talent de mise en scène à nous montrer des repas en longueur, à laisser le temps aux relations entre les êtres d’émerger. C’est un peu cela au tout début de La vie d’Adèle. Et puis rapidement (donc au bout de 3 quarts d’heures :P) la longueur devient ennui.

En fait, cela commence au moment de la première scène de sexe du film. Ensuite, le réalisateur égrène ces scènes d’une grande banalité cinématographique et des scènes de la vie professionnelle des héroïnes. On ne compte plus le nombre de fois où l’on voit Adèle institutrice dans sa classe. Cela pourrait être bien si ce n’était pour montrer le désastreux manque d’ambition de l’héroïne qui ne veut « que » s’occuper d’enfants et n’est pas artiste comme la femme aux cheveux bleus qu’elle aime et qui le lui reproche amèrement d’ailleurs…un amour sur fond de « gap » social réduit aux pires clichés. Comme si une artiste ne pouvait pas trouver très bien que la femme qui partage son lit (et je ne me limite pas au lit pour rien) aime transmettre sa passion de la langue aux enfants…

Oui je dis « partage son lit » parce que dans la Vie d’Adèle, tout dans l’amour -la passion- est ramené à la sexualité. Dans une veine hitchcockienne qui aurait pu être un bel hommage, sexe et nourriture sont ainsi associés dès le début du film. Adèle explique qu’elle aime manger, qu’elle pourrait manger toute la journée, qu’elle est gourmande…mais bien sûr c’est une allusion oh combien subtile à son désir sexuel. Seulement même ce désir là est banalement trivial et manque de classe. Car la voilà qui affirme qu’elle n’aime pas les huitres, ce comble du raffinement culinaro-sexuel…des huitres pour évoquer la sexualité lesbienne…voilà qui fait preuve d’une grande inventivité qui vaut bien une Palme d’or !

D’ailleurs, nous subirons un repas d’une violence inouïe où Adèle subit un interrogatoire sur son manque d’ambition par la mère d’Emma…et où il faut qu’elle mange des huitres…la même scène en parallèle chez les parents d’Adèle, qui regardent « Questions pour un champion » et sont très gentils avec Emma…mais elle doit manger des spaghettis bolognese (le tout toujours en gros plan, allez savoir pourquoi…)

Les premiers bien sûr sont lesbophiles (même si le mot lesbienne n’est jamais vraiment prononcé ou peut être une fois) et les seconds il ne faut pas leur dire…

Donc, je disais, tout est ramené à la sexualité. Ainsi, pour montrer ce fameux gap social insurmontable entre les deux femmes, nous avons une scène ou Emma l’artiste invite ses amiEs. Adèle a bien sûr tout préparé, et fait « bonne impression ». Mais elle manque d’ambition, toujours, et Emma lui reproche, en fin de soirée, une fois couchées, de ne pas vouloir écrire pour d’autres qu’elle-même. De toute évidence une distance s’est créée entre les deux amantes depuis le début du film. Comment le manifester alors ? Parce qu’Emma refuse de faire l’amour avec Adèle…

« c’est beau le bruit d’une claque sur les fesses au lit » ?

bleuMais bon, dans tout ça vous vous demandez toujours pourquoi j’ai intitulé mon article « c’est beau le bruit d’une claque sur les fesse au lit » ? Parce que je n’ai pas encore abordé « les scènes de sexe lesbien ». Enfin non, d’après Kechiche, cela n’a pas tellement d’importance que ce soient deux femmes. Et d’ailleurs, il nous le montre bien dans tout le film, à la fois dans la manière dont il les filme et dans le fait qu’il rattache toujours Adèle à la sexualité hétéro (elle trompe Emma avec un homme, et un homme aussi peu ambitieux qu’elle lui semble promis à la fin…)

Donc, les scènes de sexe lesbien sont-elles lesbiennes comme on l’a dit ? Oui, elles sont plus longues que les scènes de sexe dans les films où ce ne sont pas deux femmes…

Sont-elles crues comme on l’a dit ? Peut-être, mais bon pas tant que ça.

Sont-elles réalistes ? Bon pas en ce qui me concerne, mais je me garderais bien de généraliser, ne prétendant en rien être représentative…

Pour moi, la seule question intéressante, est : parviennent-elles à montrer ce qui fait le désir et l’intimité puis le plaisir, d’une façon qui nous fasse ressentir quelque chose à quoi on pourrait -même vaguement- se sentir reliées, en tant que lesbienne, ou en tant que femme ?

Et la réponse est – pour moi toujours- non, non et non…

Car ce que l’on voit, ce sont des acrobaties sexuelles, des positions sans tabou (jusque là tout va très bien), mais des expressions du désir et du plaisir qu’on croirait sorties de n’importe quelle vision pornographique du cinéma. En effet, toute la jouissance qui semble si difficile à atteindre, se manifeste par des cris et bouches ouvertes, et de forts bruyantes claques sur les fesses (les « bruiteurs ingénieurs du son ont du se marrer, ça c’est sûr)…Ah oui, on a parfois aussi l’impression que pour bien remplir le cadre cinématographique, il faut tordre les corps et trouver des positions qui font que surtout, les têtes des deux amantes sont les plus éloignées possible, et qu’il faille se toucher sur le moins de surface à la fois possible…sauf pour la fameuse claque sur la fesse…

Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les scènes représentant la sexualité à l’écran. Et je me dis : il y  a un problème. Quel est ce problème ? Que ce soient des hommes et seulement des hommes qui tournent et donc, à la Ozon, nous montre leurs fantasmes et n’essaient pas de trouver une vérité ?

Oui, c’est sûr, mais après tout, c’est ça le cinéma : non pas une représentation de la réalité, mais la vision d’une personne -le metteur en scène, sur cette réalité. Il est donc bien évident que ce que l’on voit ici c’est ce qui la vision de Kechiche, et non un discours sur la sexualité lesbienne…

Se sentir appartenir à une histoire ?

Donc, si l’on veut adapter une bande dessinée, celle de Julie Maroh, « Le bleu est une couleur chaude », dont le succès vient du fait que de nombreuses lesbiennes se sont senties enfin appartenir à une histoire et une vision auxquelles elles pouvaient s’identifier, ce n’est pas possible d’être un homme pétri du culture cinématographique pornifiée, c’est une quasi évidence.
Seule une femme, et une femme ayant réfléchi à comment les images nous représentent, et, hétéro ou lesbienne, ayant réfléchi à comment notre sexualité est hétéronormée et envahie par la domination du désir masculin, pourrait essayer d’y arriver. Et ce n’est pas sûr qu’elle y parviendrait.

Je m’explique. Comment représenter des scènes où on fait l’amour ? Pourquoi et quel sens cela a-t-il ? Eventuellement de vouloir transmettre ce qui se produit dans l’émotion, le désir et le plaisir de l’échange amoureux/sexuel. Mais quel intérêt y a-t-il à voir, montrer, détailler d’un point de vue extérieur un acte sexuel ?

Qui, dans la vraie vie, regarde un acte sexuel, sans l’accord des partenaires ? DES VOYEURS.

Le réalisateur en premier, et le spectateur.trice de cinéma après lui sont donc uniquement des voyeurs. Non pas qu’il ne faille pas montrer ou essayer de faire ressentir ce qui se produit dans l’acte sexuel, mais bien parce que la position de la caméra pour représenter la sexualité est aberrante.

Je m’explique encore par un autre exemple : une des choses qu’on apprécie le plus dans la peinture ou dans le cinéma, ce sont les paysages. En effet, ce que nous voyons à ce moment là, c’est bien ce que nous pouvons aussi voir et aimer dans la vie. Et la capacité de l’artiste, comme du réalisateur, de nous montrer son émotion et de nous la faire partager, vient du fait que ce regard nous pouvons aussi l’avoir.

En revanche, ce que l’on pourrait vouloir faire partager d’un acte sexuel, c’est l’émotion et le désir, le plaisir de la rencontre sexuelle de deux êtres. Or cela, on ne le ressent pas à regarder, de loin (avec plus ou moins de zoom) les sexes des autres se toucher, ni à voir des femmes se donner des claques très bruyantes sur les fesses. En effet, cela ne nous fait rien ressentir à mon avis parce que cela n’est tout simplement pas ça dans la vie, on ne prend pas notre désir et plaisir de regarder d’autres faire l’amour…

Et du coup, pour arriver à trouver l’excitation dans cette position du voyeur, loin de tout ce qui fait l’émerveillement de deux peaux qui se frôlent, de deux regards qui s’embrassent, de deux désirs qui se respectent et s’interrogent en permanence sur leur réciprocité, que reste-til sinon que d’inventer des choses très compliquées et/ou violentes ?

Pas grand chose que de la technique, de l’acrobatie et du bruit. Et c’est donc ce pas grand chose qui nous est donné à voir, qui éteint immédiatement le désir, et qui pourtant nous est donné comme la norme pornographique avec laquelle il nous faudrait jouir….

Alors oui, Kechiche aurait presque raison en disant que « ce n’est pas très important que ce soit deux femmes », si la sexualité hétéronormée qu’il reproduit ici n’était pas la règle, et qu’il essayait de créer une nouvelle forme cinématographique de représentation du désir, qui aurait un rapport avec la vie. Mais pour le coup, il n’y a ici vraiment rien de neuf, ni d’innovant, ni même de vaguement stimulant qui pourrait justifier une palme d’or…

Sandrine GOLDSCHMIDT

Abolition de la prostitution pour toutes et tous, c’est la seule solution !

Je suis assez contente que mon texte sur l’échec -cuisant- des pays réglementaristes, soit paru hier dans Slate, pour le 8 mars, et faire conrtepoids à l’avalanche d’articles de ces derniers jours qui tentent de nous faire passer des vessies pour des lanternes.

http://www.slate.fr/tribune/69153/prostitution-abolition-impasse-reglementarisme

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Contente aussi parce que, même s’il n’aborde pas le sujet, cela permet de faire lire un peu autre chose que le concert de n’importe quoi autour de la prostitution pour personnes handicapées, qu’ils appellent assistanat sexuel, qui allie au mépris de celles-ci par les valides la promotion de l’esclavage sexuel des femmes. En effet, lors d’un débat après le film « L’apollonide » de Bertrand Bonello (que j’ai d’ailleurs trouvé intéressant et un très bon support pour le débat) auquel je participais jeudi soir à Choisy-le-roi avec Claire Quidet pour le Mouvement du nid, le sujet n’a pas manqué d’arriver dans la discussion.

« Comment faire pour les pauvres gens (hommes, bien sûr) trop handicapés, trop malades, trop vieux, trop timides, pour avoir une vie sexuelle quand même ?  »
Oui, la sexualité des personnes en situation de handicap est une vraie question. Mais la société doit-elle décider que pour cette raison une catégorie de personnes doit être mobilisée-désignée-convoquée pour satisfaire ce qu’on veut d’un coup à nouveau faire passer pour des besoins sexuels (et serait réduite à des actes techniques et/ou purement factices) ? Et être obligées, alors que la sexualité doit être fondée non sur le seul consentement mais sur la relation entre personnes désirant avoir une relation, de « fournir des services sexuels » ? Et qui seraient ces personnes désignées (ah non, qui auraient le droit de choisir…)  Mais pas n’importe lesquelles ! On est dans une société de domination où on n’a pas les mêmes possibilités de refuser, selon qu’on est femme ou homme, pauvre ou riche, immigrée ou non-immigrée, valide ou invalide, victime de violences dans l’enfance ou pas. Qu’il y ait argent ou pas  (à lire l’article de Christine Delphy « la condition de la possibilité du don, c’est l’égalité). Donc,  seraient chargées de pallier ce problème, des personnes qui sont soient contraintes d’accepter de l’argent, soient contraintes de faire un don.  Tout en les privant elles du droit à une sexualité désirante, et en les mettant en danger de risque de domination et violences supplémentaires. Est-ce supportable dans une société humaine ? Non. Est-ce satisfaisant pour les personnes en situation de handicap qu’on contraint à ne pouvoir espérer plus ? Non. Alors qu’on pourrait, enfin, essayer d’avoir une politique ambitieuse pour rendre la société moins brutale envers les personnes en difficulté, plus accessible. On pourrait permettre les rencontres au lieu de les interdire dans certaines institutions, continuer à tout faire pour que les enfants handicapé-e-s puissent aller à l’école avec les autres et y nouer des relations etc…mais bien sûr, cela demanderait plus d’efforts -et pas que financiers- à la société des valides, qui devrait aussi changer de regard…

manifslateBref, tout cela pour dire qu’alors que certains journaux très influents (mais désespérants de partialité sur le sujet, je parle bien sûr de Libé, le journal qui publiait sans sourciller Iacub lorsqu’elle disait que le viol c’est pas bien grave, mais d’un coup se trouve offensé que celle-ci ne les ait pas prévenus de sa relation avec DSK…) promeuvent en Une un film qui parle d’un cas tout à fait exceptionnel pour en faire un outil de propagande pour ce qu’ils appellent l’assistanat sexuel (The Sessions, sorti sur les écrans mercredi), qui serait une entorse à la loi sur le proxénétisme, il nous faut nous battre pour arriver à faire publier nos arguments.

Encore un d’ailleurs : imaginons qu’on accepte cette entorse à la loi sur le proxénétisme. Qui seraient les prochains sur la liste ? Les vieux ? Les timides ? Les hommes mariés -qui sont le profil type du client-prostitueur et qui s’estiment lésés ou qui ont « un malaise » parce que leurs femmes veulent être leurs égales (cf L’Express) et ne pas être violées ? Ah, et qui serait chargé de déterminer si le degré de handicap, de timidité, est suffisant pour « avoir le droit de bénéficier de ce service » ? Et qui fixerait les limites d’âge ? Les limites tout court ?

Bref, une vaste fumisterie, disons-le, qui ne s’adresse qu’aux hommes : dans tous les films sur le sujet, on n’a jamais vu l’idée qu’une femme en situation de handicap aurait le droit à une sexualité. Non, le lot quotidien très fréquent des femmes handicapées, c’est la violence sexuelle, et la violence tout court, par l’interdiction d’accès à toute information sur la sexualité : elles sont trois fois plus exposées aux violences, selon les études, et encore plus vulnérables  si leur handicap est survenu à la naissance, les laissant à la merci des valides, et dépourvues d’informations sur leurs droits humains. Et ça, tout le monde -ou presque, s’en fout !

Une vaste fumisterie enfin, qui reprend les armes habituelles du patriarcat : ne sachant organiser une société où tous ses membres peuvent espérer s’épanouir, il désigne au sacrifice et à la loi du marché une partie d’entre elles, à qui il n’hésite pas à retirer ses -vrais- droits humains.

S.G

Le consentement, un paravent de la propagande pour l’impunité des violeurs

Au moment de l’affaire DSK, j’ai écrit deux articles s’interrogeant sur la notion de consentement :

https://sandrine70.wordpress.com/2011/05/17/ce-qui-est-sur-cest-que-le-presume-consentement-nexiste-pas/

https://sandrine70.wordpress.com/2011/09/19/presume-non-consentement/

Depuis, j’ai encore beaucoup eu l’occasion de réfléchir à cette notion de consentement à la sexualité.

Et je suis frappée par le fait qu’il n’y a qu’en matière de sexualité que le consentement est utilisé comme excuse au criminel.

En effet, en matière de meurtre, de ratonnade, de torture, d’esclavage, le consentement n’est jamais considéré comme pertinent.
Si demain je demande qu’on me batte me tue pour que mes proches aient l’argent de l’assurance-vie, la personne qui m’assassinera n’en sera pas moins un-e assassin-e. Si un homme est torturé pendant la guerre, alors qu’il s’est lui-même engagé dans cette guerre pour une raison ou une autre, on n’ira pas dire que c’est bien fait pour lui, que s’il s’est engagé dans la guerre, c’est qu’il est consentant. On dira qu’il a été torturé.

Or, quand une femme s’engage dans des actes sexuels sado-masochistes, que les agresseurs la torturent de façon inimaginable, le fait qu’elle ait été à un moment d’accord pour avoir des relations sado-maso est considéré comme une circonstance atténuante à la torture !!!

Et ces jours-ci, on apprenait qu’un père violeur multirécidiviste puisque c’est sur plus d’une décennie, se défendait aux assises au prétexte du consentement de ses filles (dont une qui à eu un enfant du viol), dont une déclare l’aimer Alors que la première fois qu’il l’a violée, elle avait 10 ans.

Alors oui, on imagine qu’il soit possible qu’une fille violée depuis l’âge de 10 ans, qui ne connaît de l’amour que ce que ce criminel contre l’humanité lui a imposé, qui est sous son emprise : (il avait l’autorité, le devoir de protéger, il l’a utilisé pour exercer une violence assassine sur ses filles, et a fait comme tous les agresseurs : assuré son impunité en maintenant son emprise sur ses filles), puisse vouloir défendre ce criminel. L’emprise est trop forte, et c’est une stratégie de survie. D’autant que jusque là, ni la mère, ni l’entourage, ni la société ne l’ont défendue.

Le consentement n’a rien à voir avec la qualification des faits
Mais non, il n’est pas possible que la société considère cet argument : il y a un principe simple, qui est l’âge du consentement à des relations sexuelles. En France, la majorité sexuelle est à 15 ans. Et ce n’est pas pour rien.

C’est parce qu’avoir autorité sur des enfants, c’est être en devoir de les protéger, parce qu’ils ou elles n’ont pas encore acquis tous les savoirs qui leur permettraient de se défendre et d’agir pour leur bien, et d’être libérés de l’influence qu’exercent sur eux ceux qui ont cette autorité, et sont en plus censés les aimer. Cette arme que possède celui ou celle en qui l’enfant est bien obligé de placer sa confiance, est une bombe. C’est pour cela que la société devrait être sans faille à ce sujet. En même temps elle protégerait les enfants, en outre elle fixerait clairement les limites aux parents.

Revenons à la majorité sexuelle. Elle n’est pas pertinente après 15 ans, dès lors que la personne consentante a affaire à quelqu’un qui a autorité sur elle (parent, professeur, médecin, juge, etc.) En matière familiale, il n’y a jamais consentement possible. L’inceste est interdit. Parce qu’on peut imaginer qu’un acte consenti même pour la première fois après la majorité viendra forcément d’une emprise et/ou d’un défaut de protection avant, même si le passage à l’acte n’est pas intervenu.

Donc, dans les affaires de viols par inceste, on ne doit pas se poser la question du consentement. Que le procès se déroule de façon équitable et que l’accusé cherche à se défendre, en invoquant des circonstances atténuantes, c’est normal. Mais l’argument selon lequel l’adulte femme aujourd’hui affirme qu’elle est consentante ne peut être entendu : elle a été violée à 10 ans et les années qui suivent, c’est suffisant en soi pour qualifier le crime.

Alors pourquoi entend-on de plus en plus ces arguments dans les prétoires et les lit-on dans les journaux ? Pourquoi est-ce cela qui est mis en avant systématiquement ? Les médias parlent d’histoires « d’amour » et de « faits divers » pour les crimes de la guerre contre les femmes, la société fait des victimes les coupables et les tribunaux ne veulent pas « briser la vie des criminels » en les mettant en prison…

La société d’impunité est sur ses gardes

Pourquoi ? Parce que derrière cette mise en avant du consentement comme critère suprême de la qualification des actes, c’est la propagande d’une société d’impunité des violeurs, qui promeut la prostitution et la pornographie, et l’objectfication des femmes préparées par les crimes commis contre les enfants, qui est en marche.

A l’oeuvre, ce sont les pornographes et prostitueurs, ceux qui engrangent des milliards d’euros ou de dollars en affirmant que torturées à l’écran, obligées parfois d’être anesthésiées pour « supporter » les tortures et viols subis, seraient consentantes, en les montrant hurler de douleur en affirmant que ce sont des salopes qui aiment ça.

-Ce sont ceux qui affirment que la liberté d’expression des uns, les mêmes, est beaucoup plus sacrée que le droit à l’intégrité de sa personne, à vivre en sécurité et avoir un avenir, dès lors qu’on est une femme, un enfant, ou un-e opprimé-e.

-C’est la société  qui ferme les yeux sur les crimes commis par des parents sur leurs enfants pour protéger un homme, ou une institution, la famille, de peur que leur suprématie soit ébranlée.

-C’est la société qui refuse de nommer les crimes pour ce qu’ils sont : viols d’enfants et non inceste ou histoires « d’amour » (les guillements ne changeant rien à l’affaire)

-C’est la société qui refuse de nommer les criminels pour ce qu’ils sont des violeurs, et des assassins, mais parle à la place de pères aimants voire de victimes !

Le consentement, c’est donc une notion non-pertinente, un paravent utilisé par tous les masculinistes et les tenants de l’ordre patriarcal (dont la famille hétérosexuelle, lieu de violences inouïes envers les femmes et les enfants,) pour pérenniser l’impunité des criminels et la perpétuation du système face aux progrès des luttes féministes et pour les droits de la personne humaine.
On ne pourra d’ailleurs s’empêcher de noter que ce sont les mêmes qui défendent la « famille » et s’insurgent contre le fait que tout le monde ait les mêmes droits adultes (mariage pour tous et toutes), en étant consentant-e et désirant-e (sachant que le consentement se définit là comme un oui actif et hors de toute contrainte, que celle-ci soit de l’argent, la misère, la violence ou de l’emprise patriarcale), et qui par ailleurs couvrent les crimes contre l’humanité commis par les leurs (hommes, pères, prêtres) sur les enfants au sein même de cette « famille » qu’ils sacralisent.

Sandrine GOLDSCHMIDT

« La pornographie, c’est la théorie, et le viol, la pratique »

Merci à Euronews de me faire travailler la nuit…du coup, en fin de travail, j’ai enfin eu le temps de lire le texte de cette conférence qu’on me disait magistrale de Rebecca Whisnant. En quelques mots, quelques lignes, me voici totalement réveillée, dans tous les sens du terme : http://sisyphe.org/spip.php?article4191#.T6N-Z_4E7WI.facebook

Des mots donnent corps à mes rêves, à mes réalités, un texte limpide, qui explique tout, qui comprend tout, qui répond à tout. Son  titre c’est :

« Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman »

Explication à la fois de pourquoi certaines féministes qui se disent de la troisième vague croient pouvoir être plus fortes que l’oppresseur, pourquoi c’est si difficile de lutter contre toutes ces force qui sont contre nous, mais pourquoi aussi c’est merveilleux, réjouissant, parce que, peut-être pour la première fois de notre vie, il y a pour nous, « classe des femmes » (voir citation ci-dessous), un espoir.  Mais bien sûr, il faut tout lire, pour que tout s’articule.

Plutôt que d’en faire un texte compliqué, j’en ai extrait quelques citations bouleversantes. Qui j’espère vous donneront envie de le lire.

« La pornographie, c’est la théorie, et le viol, la pratique » . Robin Morgan

« Si tu ne peux pas avoir ce que tu désires, alors désire ce que tu as », affirme le proverbe.

Classe des femmes : « le destin de chaque femme – peu importe son appartenance politique, sa personnalité, ses valeurs, ses qualités – est lié au destin de toutes les femmes qu’elle le veuille ou non » .R.W

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« le meilleur moyen, et sans doute le moyen principal, par lequel les systèmes oppressifs se perpétuent, c’est de donner l’illusion à quelques membres du groupe opprimé qu’il y un enjeu/intérêt pour eux à suivre les règles établies ».  R.W

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 » dans la pornographie « alternative » ou féministe, nous voyons occasionnellement des femmes différentes du canon de beauté prescrit par Hollywood. (Le plus souvent, l’apparence « alternative » semble se composer principalement de tatouages et de piercings – mais j’ai remarqué que cela implique rarement d’avoir des poils pubiens »). R. W

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« . Puisque la culture porno devient de plus en plus invasive et destructrice, et que les gens sont de plus en plus conscients qu’elle affecte leur vie, de nombreuses personnes cherchent une échappatoire. Le problème c’est qu’ils ne trouvent pas d’alternative, et ce qu’on leur présente comme différent ne l’est pas vraiment en réalité. » R.W

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« La droite soutient l’appropriation des femmes (épouses ou filles) par les hommes dans la sphère privée, au sein du foyer, tandis que la gauche défend l’appropriation sexuelle des femmes par les hommes au niveau collectif, à l’extérieur du foyer, dans la sphère publique, y compris dans la pornographie et la prostitution » (…) . Les personnes qui se préoccupent de la justice et qui veulent trouver une issue à la culture porno doivent agir et penser de façon à déplaire à toute sorte de groupes qui haïssent les femmes » R.W

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« Mais il est vrai que notre camp ne doit pas être seulement « la part morbide du mouvement des femmes » , comme l’a formulé avec justesse Andrea Dworkin. Il y a quelque chose de cet ordre là, inévitablement : il n’y a pas moyen de mettre à bas les industries de l’exploitation sexuelle sans se confronter à d’horribles réalités. Nous ne devons pas flancher et nous devons trouver les moyens d’aider les autres à faire face à ces réalités sans mourir intérieurement. » R. W

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« Pour créer un espace de réflexion et d’expérimentation, nous devons nous désintoxiquer, nous dégager des messages cyniques, manipulateurs et haineux de la culture porno. Pour commencer à penser par nous-mêmes et rêver nos propres rêves, nous devons d’abord fuir les salauds qui nous hurlent dessus avec des mégaphones. » R.W
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. Deuxièmement, nous devons faire appel à nos propres expériences de l’amour et du sexe en tant que joie et communion (et encourager les autres à faire appel aux leurs)
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Nous avons besoin d’encourager les gens à utiliser ces expériences, ces petits je ne sais quoi, ces faibles lueurs – pour se souvenir de ce qu’ils savent de leurs vies, ce qu’aucun maquereau ou compagnie commerciale ne leur vendront ou ne pourraient même leur vendre, et à en vouloir davantage.
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A quoi ressemble la véritable liberté sexuelle et qu’est-ce qu’elle nous fait ressentir – celle que tout le monde peut avoir, plutôt que ce qui donne la liberté à certains au prix de celle des autres ? Nous devons imaginer et encourager ces autres à imaginer un autre monde : un monde dans lequel aucune femme n’est traitée de « trainée », « prude », « salope », « chatte », ou « gouine » ; où aucun-…e femme, homme, ou enfant n’aurait à craindre le viol ou d’en souffrir les dommages ; dans lequel les hommes ne contrôlent pas leur comportement et celui des autres hommes par peur d’être perçu ou traité comme une femme ; et dans lequel l’amour et les relations lesbien-nes ne se réduisent pas à du fétichisme porno pour homme.
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Nous devons utiliser le pouvoir de notre désir pour ce monde – notre désir de le faire advenir pour nous-mêmes, pour nos enfants, nos petits-enfants – pour nous unir, pour mobiliser notre pensée et des stratégies pour reprendre notre culture aux pornographes.