L’après 8 mars : dès le 9, on libéralise les femmes!

Bon. Je ne suis pas très 8 mars. Mais c’est un passage obligé de la visibilité des thèmes essentiels de la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Et il s’y passe de bonnes choses : Valérie Létard a convié Isabelle Germain, Natacha Henry et Isabelle Fougère, trois journalistes de l’AFJ (Association des femmes journalistes) à remettre leur livre « Respect, les filles », un petit guide à l’usage des filles en train de devenir des adultes, pour leurs 18 ans. Un guide percutant et juste, pour les aider à devenir des femmes qui savent ce qu’elles veulent et qui osent faire, demander, vouloir.
Autre bon cru de ce 8 mars, l’accent mis sur le difficile accès à l’égalité professionnelle, qui, malgré son inscription dans plusieurs lois, est encore un objectif lointain et sur la nécessité d’envisager -enfin- des sanctions pour les entreprises réfractaires à la mettre en oeuvre.

Mais on a aussi lu ceci, dans le journal qui symbolise le plus, par son titre, « la femme ». « Elle » s’interroge : « le féminisme est-il ringard ? ». Et commence son article par trois citations mêlant contresens et backlash :
– « je ne suis pas féministe. Je ne me reconnais pas du tout dans cette agressivité des vieilles chiennes de garde« . Il faudrait un jour faire la part des choses : qui est agressif ? Un homme violent ou une femme qui en a marre de jouer les « gentilles » ?
-« L’égalité avec les hommes, c’est ridicule. Je ne suis pas, et je ne veux pas être, comme un homme« . Là, deux remarques : d’abord égal n’a jamais voulu dire même. Ensuite, personne n’oblige quelque femme que ce soit à être comme un homme. Ni ne l’empêche, si c’est ce qu’elle veut…
-Enfin, « aujourd’hui, c’est presque plus dur d’être un homme, on dirait qu’ils sont tétanisés par le pouvoir gagné par les femmes ». La faute à qui, pour ceux des hommes chez qui cette phrase se vérifie ? Aux femmes, ou à eux, qui n’arrivent pas à renoncer à certains privilèges, ou tout simplement à partager ?

Mais le summum du blues du 9 mars, ce n’est ni dans « Elle » ni dans le fait qu’il faille maintenant faire avec 364 jours masculins avant de retrouver une journée des femmes que je l’ai trouvé, c’est plutôt à la une de ce journal gratuit, qui, une fois n’est pas coutume est consacrée à une « femme » . Quelle femme ?
Barbie! Cétait l’anniversaire de Barbie, 50 ans, et cela vaut la une…et une double page intérieure.
50 ans d’une icône commerciale qui n’hésite pas à se parer des atours des traditions les plus contestées pour se vendre (on trouve des Barbie voilées), elle a les honneurs d’une interview d’une pédiatre, qui affirme que les fillettes s’identifient en jouant avec elle à une femme surpuissante (mais elle garde de souligner qu’elle est irréelle, et anorexique).
Mieux, elle a les honneurs d’un long article, qui nous révèle, par un « inter » (tête de paragraphe en langage journalistique) qu’elle est le symbole de la…libéralisation de la femme!
Ainsi, quand « Elle » nous affirme que les jeunes générations n’en peuvent plus des féministes d’arrière garde, ici, on nous ramène aux vraies valeurs actuelles, celles du libéralisme forcené ! Féminine, blonde et soi disant parfaite (mais une poupée qui ne pourrait pas tenir debout si elle était femme peut-elle être la femme idéale ?), ce qui compte avec Barbie, ce n’est pas qu’elle libère les femmes, mais qu’elle libéralise ces objets, je ne parle pas des poupées, non, mais bien des femmes qu’elles représentent, un bien de la société masculine qui s’échange bien souvent comme un autre… ? à moins que je n’aie pas compris, qu’il s’agisse d’une simple coquille (libéralisation aurait malencontreusement remplacé libération ?), ou plutôt d’un simple lapsus… mais de si beau et si signifiant, dans la presse, je ne suis pas sûre que j’en avais encore lu…
Sandrine Goldschmidt
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Résistons aux tâches ménagères.

Alors qu’on veut sans cesse nous faire croire que l’égalité est faite, qu’il n’y aurait plus pour les femmes -et les hommes ? de combat féministe à mener, une petite étude du cereq publiée sur l’observatoire des inégalités vient nous remettre les idées en place. Bien sur, celles et ceux qui regardent les chiffres plutôt que les stéréotypes véhiculés par les journaux, savent qu’au sein des ménages hétérosexuels dits traditionnels, on est loin du compte. Partage des tâches et des loisirs sont d’autant plus en défaveur des femmes qu’elles sont en couple et ont des enfants. Mais on dit souvent que les chiffres sont anciens (même si en des décennies ils ont à peine bougé), et qu’ils ne concernent pas les « nouveaux hommes », ceux des couples de jeunes. Or cette étude s’intéresse aux personnes qui sont dans leur septième année de vie active. Où l’on voit que rien n’a changé.

D’abord, dans l’emploi. Alors qu’on se voit toujours répondre que la France est mieux que les autres en matière d’égalité entre les femmes et les hommes -regardez le taux d’activité, nous dit on, on observe une profonde différence entre les hommes et les femmes dans le taux d’activité, une fois qu’ils ont des enfants. Le tableau disponible ici montre que le taux d’activité des hommes n’est en rien affecté par le fait d’avoir un à plusieur enfants, alors que si les femmes qui n’ont pas d’enfant sont 79% à travailler à temps plein, avec 3 enfants elles ne sont plus que 40 pourcents. Mêmes inégalités concernant le chômage…

Pire, l’attitude face à trois tâches ménagères de base (document joint du cereq sur le site de l’observatoire) : plus les hommes ont des enfants, moins ils s’impliquent dans les tâches ménagères et plus les femmes s’y impliquent. Alors on nous dira qu’elles ne travaillent pas…justement! c’est un travail non comptabilisé et sans assurance sur l’avenir qui les empêche d’en avoir un reconnu et cotisant pour la retraite! Mais rien de brillant non plus du côté de l’implication des hommes en couple sans enfant : ils sont déja 17% à ne rien faire sans enfant, 31% quand ils en ont trois…

Il est temps de résister aux tâches ménagères ou d’exiger qu’elles soient vraiment partagées… comme serait partagé le travail, pour une égalité de tou-te-s devant l’avenir!

Et si les femmes avaient leur mot à dire…

Pas facile de s’exprimer sur la question du voile intégral… surtout si on veut essayer d’être nuancée. Voici, un peu revu, l’article que j’ai écrit il y a quelques semaines. La lecture de cet article d’Alain Lipietz sur son blog m’a donné envie de dire seulement deux trois petites choses sur le sujet :

– On est encore une fois confronté-es, avec la proposition de loi sur le niqab à une logique répressive qui est celle de notre gouvernement actuel. Comme pour la loi sur le racolage pour la prostitution (voir billet précédent), on choisit, en proposant de donner une amende à une femme qui porte le niqab, la voie de la répression de la personne qui est sujette de l’oppression, et non la lutte contre celui qui opprime. Une constante des politiques conservatrices.

– La loi doit sanctionner les violences faites aux femmes. Cela fait plusieurs années que nous revendiquons que la loi soit plus complète, et surtout que son application soit mieux pensée, que suffisamment de mesures d’accompagnement soient prises. Les violences faites aux femmes, ce n’est pas une affaire de religion, d’origine, c’est un fléau universel, qui transcende toutes les sociétés, y compris la République. C’est un fléau grave, fruit du patriarcat, auquel il faut s’attaquer quotidiennement, encore et toujours, et sûrement pendant encore des années, voire des siècles. Alors je dois avouer que je suis un peu étonnée de voir la même Elisabeth Badinter, qui dans « Fausse route », mettait en cause l’importance de ces violences en contestant l’enquête enveef (enquête nationale sur les violences envers les femmes en France) , s’ériger en défenseure des femmes en disant qu’il faut leur interdire le voile. Que c’est pour leur bien, pour empêcher que la burqa soit la seule solution aux agressions dont elles risquent d’être victimes si elles s’habillent comme elles le souhaitent.

Il y a là pour moi une espèce de contradiction profonde. Pense-t-elle raisonnablement que c’est en interdisant aux femmes musulmanes de mettre un voile qu’on va solutionner le problème de la violence sexiste ? La seule solution pour les femmes qui le font « sous influence », sera sûrement de rester à la maison. Là, on ne les verra pas, la société ne sera plus « dérangée ». Mais l’oppression, elle, sera toujours là.

-Le problème principal est-il dans le port du voile intégral ou dans le fait que encore aujourd’hui les femmes ne peuvent pas se promener dans la rue en sécurité, sans être victimes de remarques, d’injures et/ou de violences physiques parce qu’elles ont envie de décider pour elles mêmes de leur apparence, de ce qu’elles ont envie de faire dans la vie, de leur orientation sexuelle, de leur destin ? Ne faut-il pas plutôt s’interroger sur le pourquoi, dans la France républicaine du XXIème siècle, on n’arrive pas à être dans une vraie égalité des devenirs pour les femmes, pour toutes les femmes, y compris celles qui n’ont pas la même culture d’origine que Mme Badinter ? Une politique qui permette de les laisser décider pour elles-mêmes de la façon dont elles veulent se vêtir ?

-Par ailleurs, évidemment, je préfèrerais que les femmes ne se cachent pas derrière une burqa (je parle de celles qui le font volontairement). Mais est-ce à la loi de dire aux femmes : vous ne devez pas vous habiller ainsi, parce que c’est un signe de votre oppression, moi, je le sais ? N’est-ce pas encore une infantilisation des femmes ? On leur dit ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas faire ? Parce que si on pousse cette logique là jusqu’au bout, doit-on leur interdire d’être en couple avec un conjoint violent ? Quand une femme est victime de violences, lui donne-t-on une amende si elle ne veut pas porter plainte parce qu’elle a des sentiments pour son conjoint ou qu’elle est sous son emprise ? La loi doit-elle lui interdire de rester avec lui ?

Je doute que qui que ce soit parle d’aller jusque là…

Récemment le rappeur OrelSan portait plainte contre les féministes qui protestent contre les appels à la violence envers les femmes contenus dans ses chansons, et on nous dit qu’on ne peut pas l’interdire au nom de la liberté d’expression… alors les appels à la violence, on ne peut pas les interdire, mais quand il s’agit de la tenue vestimentaire des femmes, on a le droit ?

Alors, moi aussi, quelque chose me heurte quand je vois ces images de femmes en niqab, cela me fait mal et j’ai envie de dire, « soyons libres ». Mais je ne crois pas que c’est en approuvant la loi répressive et sans accompagnement aucun ni politique d’envergure en matière de lutte contre les violences faites aux femmes qu’on résoudra le problème.
Commençons par une politique nationale pour l’égalité femmes/hommes, qui aide les jeunes filles issues de tous les milieux à être maîtresses de leur destin…

Sandrine Goldschmidt

Women of Soul

Une initiative originale à signaler. L’émergence du collectif « Women of Soul ».

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Une poignée d’artistes, chanteuses, musiciennes, auteures et poètesses qui se sont regroupées pour promouvoir, en même temps que leur art, leur pensée. Elles souhaitent inviter à une prise de conscience presque politique concernant les problématiques d’oprression (de genre, des minorités socio-ethniques et des diasporas). Elles s’inscrivent aussi dans un héritage artistique et musical négro-africain (jazz, soul, world music, musiques traditionnelles). Et accueillent toutes personnes se reconnaissant dans leur philosophie. 

Lors de leur premier concert collectif, le 17 Octobre à la Cantine de Belleville, elles ont su conquérir le public par l’ensemble de leurs qualités artistiques. Voix exquises de Kdja Nasé et Cae, textes très personnels, slam poétique féministe engagé de Faricia Fatia, et une invitée surprise, Melissa Laveaux, venue partager un moment avec ses soeurs en art.

Ca y est! Grâce à Internet, les femmes se sont mises au réseau. Et y excellent.

Toutes en réseau!

C’est la nouveauté des dix dernières années. Les femmes se sont mises aux réseaux, dans tous les domaines et tous les secteurs! Mais la plupart du temps, entre elles. Dans la première étude sur les réseaux féminins, EPWN (European Professional Women’s Network), réseau européen animé par Marie-Claude Peyrache  et Cécile Demailly (1), tirent un portrait des « réseauteuses » dans un petit livre très instructif, de la collection Women@work, « Réseaux- le nouveau fil d’Ariane ».

Premier résultat, les femmes cadres supérieures créent leur réseau avant tout pour des raisons sociales ou personnelles, c’est à dire pour rencontrer de nouvelles personnes,  et dans un second temps pour des raisons professionnelles. Trouver un nouveau travail, ou développer son activité ne viennent qu’en fin de liste de leurs motivations.

Internet libère les femmes

Autre enseignement, c’est bien l’émergence d’Internet qui accompagne l’explosion du nombre de réseaux féminins. Avec le web, les femmes sont libérées de deux des principaux freins à leur activité :  le web étant un outil neuf, il est peut-être exempt des freins habituels de la société patriarcale… freins qui font que les femmes sont peu dans les réseaux mixtes. Deuxièmement,  les contraintes personnelles et familiales sont levées -on peut réseauter de chez soi et au milieu de la nuit si on veut… avec d’autres femmes dans la même situation.  Mais les femmes sont aussi 30 à 60 % des membres des réseaux sociaux mixtes qui se sont multipliés ces dernières années, de Facebook à LinkedIn en passant par Viadeo et myspace.com.  Sur ce dernier, les femmes sont la majorité, et ce n’est certainement pas un hasard. Car les femmes savent que sur ces réseaux elles peuvent être visibles, là où dans les structures traditionnelles, la persistance des stétéotypes peut leur barrer l’accès.

Qui te connaît ?

Visibles, le sont-elles pour autant ?  Car la timidité ou la modestie restent très ancrées dans leurs réflexes : les femmes aiment répondre mais pas demander… Or pour être vue, il faut accepter de se montrer, dire ce qu’on fait, le faire savoir.Ca prend du temps qu’on préfèrerait peut-être consacrer à autre chose, mais c’est nécessaire… Ainsi, avoir plein de contacts sur ses réseaux, c’est bien (en moyenne, les femmes interrogées ont 396 contacts e-mails , 170 sur les réseaux sociaux type Viadeo/Facebook/linkedIn), mais ce n’est pas l’essentiel.

La vraie question à se poser est : parmi tes contacts, qui te connaît ?  Seuls ceux/celles qui savent associer  notre nom a des qualités, font vraiment partie de notre réseau. Et pour l’entretenir efficacement, son réseau, il faut être présente et active. Il faut participer, se montrer, aider les autres. En moyenne, un contact établi et maintenu, c’est 5 fois par an, par le biais du mail. 

Plus à l’aise sur la Toile que dans les cadres traditionnels, les femmes interrogées émettent enfin un souhait. Que le contact virtuel, soit de temps en temps complété par une rencontre en chair et en os. Et c’est souvent lors d’un dîner réseau que se concrétise un travail commencé sur le Net…

SG

(1)EPWN compte 3500 membres dans 13 pays européens, dont 1000 à ParisSa responsable France, Marie-Claude Peyrache,  fut la première femme à entrer au comité exécutif de France Télécom. 

Cécile Demailly est vice-présidente du Think Tank communities d’EPWN.