Après les César : la guerre des sexes n’aura pas lieu

Au surlendemain de la cérémonie des César, voici une vidéo du rassemblement. A écouter en entier : « vous saurez tout sur Polanski », « le violeur c’est toi », et « libérez nos soeurs ».

Vendredi 20 février, Place des Ternes, à proximité de la salle Pleyel où se déroulait la soirée des César
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La colère retombée (ou pas), que dire de plus des César 2020 ?

D’abord, que malgré tout quelque chose a changé. Ce qu’on retiendra cette année ce n’est pas la gloire de Polanski, mais la honte qu’il ait eu un nouveau César. Et le courage de celles qui ont refusé publiquement de cautionner, Adèle Haenel en tête.

Que Portrait de la jeune fille en feu ait été volontairement boudé, on ne peut finalement guère s’en étonner. Car les César ne se sont jamais vraiment intéressés au cinéma en tant qu’art, plus à son industrie. On regrette juste que parce que c’est un film exigeant, mais aussi parce que c’est un film subversif (montrer l’amour entre femmes et dans l’égalité, c’est bien plus subversif que céder aux sirènes du regard pornographique comme dans « la vie d’Adèle »), il ne puisse être accessible au-delà d’un nombre de personnes qui reste trop restreint.

Collage féministe post-César. Merci à la personne qui a fait la photo.
Je la citerais volontiers si vous avez son nom…

Et on observe, amusée de l’éternelle répétition des mêmes « backlash » (retour de bâton), ceux qui hurlent encore et toujours que cette cérémonie a été celle du grand lancement d’une guerre contre les hommes. Comme si le but du féminisme, n’était pas celui-ci : mettre fin à la guerre des hommes contre les femmes, en vue de la paix, donc…

C’était déjà pareil au moment de l’affaire DSK, j’en parlais ici…il y 9 ans ! https://sandrine70.wordpress.com/2011/11/11/elle-et-la-guerre-des-sexes/

Mais ce qui est intéressant, c’est qu’à l’époque l’article était dans Elle…et qu’aujourd’hui on n’imagine plus que dans des journaux vraiment réacs, comme Transfuge, qui critiquait déjà tout récemment le concept de « female gaze » expliqué par Iris Brey.

Pourtant, ce qui reste, deux jours après ce beau rassemblement et cette triste cérémonie, c’est le panache de l’équipe du Portrait de la jeune fille en feu, la ringardisation définitive de la brochette de mâles sur scène des Misérables, et l’idée qu’après 10 ans de combat (depuis l’affaire DSK), de #jenaipasportéplainte (premier hashtag contre le viol que nous avions créé en 2012), à #metoo puis #jesuisvictime, les choses changent, le refus du statu quo grandit, la vieille garde se marginalise.

« La guerre des sexes n’aura pas lieu », donc, car elle est lancée depuis si longtemps contre les femmes et que la seule possibilité aujourd’hui c’est de continuer à lutter jusqu’à ce que le patriarcat dépose les armes, écoute, que la justice pour les femmes et les enfants existe et qu’enfin, la paix existe pour les femmes. Et l’on y revient toujours : « pas de justice, pas de paix »

Voici quelques articles intéressants suite aux César

Adèle Haenel réagit après sa sortie des César

Caroline de Haas : ce n’est qu’un soubresaut

https://awardswatch.com/what-happened-at-the-cesar-awards-was-a-setup-for-silence/

Césars 2020…dégoûtée

J’avais pourtant combattu contre mon pessismisme d’origine, qui me faisait me dire…que le film « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma ne serait pas distingué à la hauteur de sa qualité aux Césars pour au moins 3 raisons :

-le manque de visibilité persistant en France malgré #metoo pour des films réalisés par des femmes et qui parlent de l’expérience de celles-ci, et de leur volonté de réinventer les rapports humains…ou au moins d’en montrer une image moins univoque (le regard misogyne) à l’écran.

-les honneurs répétés pour un homme dont depuis dix ans je dénonce avec d’autres féministes ici le fait qu’on lui déroule le tapis rouge (je ne dirai pas son nom). Un homme qui se présente en permanence en victime, et retournant toujours la culpabilité (typique de la stratégie de l’agresseur).

-la volonté de discréditer un mouvement féministe -qui ne cesse pourtant de grossir- et qui essaie, non pas de pousser à la vindicte des coupables, mais bien de donner aux victimes les moyens de ne pas sombrer dans le désespoir de n’être pas entendues. Le « sort » qui devait être réservé à Adèle Haenel, dans ce contexte, était particulièrement étudié, celle-ci ayant contribué à jeter un pavé dans la mare et à importer enfin le mouvement #metoo jusque dans le cinéma français.

Je me disais donc, surtout au moment du rassemblement qui a précédé la cérémonie place des Ternes à Paris, qu’il y avait un petit espoir. Personne de l’équipe du film J’accuse ne serait dans la salle, les instances dirigeantes des César avaient démissionné, le rassemblement était massif et réjouissant dans sa forme.

Enfin, Florence Foresti, « maîtresse de cérémonie » n’hésitait pas à se mettre du côté des victimes dans un discours vif où elle ne prononçait pas le nom du réalisateur.

Et pourtant, 3 heures plus tard, elle commentait le résultat de la cérémonie par « Ecoeurée ». Comme nous. Car il avait encore eu un César de la meilleure réalisation. Et Portrait de la jeune fille en feu, nominé dix fois, repartait avec le seul César de la meilleur photo (mérité) pour Claire Mathon.

Anaïs Demoustier est superbe dans « Alice et le maire », pour autant, les performances de Noémie Merlant et Adèle Haenel dans « Portrait de le jeune fille en feu » sont incomparables, nous transmettant par le regard des émotions d’une complexité et authenticité exceptionnelles.

Les Misérables, c’est -selon moi- un bon téléfilm, mais c’est un film où encore il n’y a quasiment que des hommes (voir la photo de famille sur scène à la fin) alors qu’on avait l’occasion de voir un film où il n’y a quasiment que des femmes, certes, mais qui surtout est une révolution dans le cinéma, apporte quelque chose de nouveau. L’accueil extraordinaire du film dans des pays comme la Corée du sud ou les Etats-Unis ne trompe pas.

C’est bien triste que la France du cinéma soit en même temps celle qui ne reconnaît pas cette révolution à l’écran et qui continue de récompenser un cinéaste accusé de viol et qui a fui la justice et trouvé « refuge » en France, et se victimise au point d’utiliser l’affaire Dreyfus… (ce qui achève de me révolter) pour se victimiser. « Refuge » ? Mais c’est qui la victime ?

Heureusement, Adèle Haenel et Céline Sciamma qui ont quitté la salle…bravo et merci pour leur courage.
On aurait voulu qu’elle se vide entièrement…

Ces Césars 2020 resteront peut être ceux de la honte (et ne sont pas les premiers), j’espère que ce sera parce qu’après eux, les choses changeront.

Césars 2020 : ce qui m’énerve le plus…n’est pas Polanski

Vous savez ce qui m’énerve le plus avec les Césars 2020 ?

Que Polanski soit nominé douze fois ? C’est odieux, certes, mais ce n’est pas ça.

Ce qui m’énerve, vraiment, c’est qu’encore une fois, il attire toute l’attention à lui. Alors qu’en même temps qu’il est nominé douze fois, un autre film, le meilleur film, en 2019 (according to me et beaucoup d’autres) est nominé dix fois, et qu’on n’en parle pas assez, alors que c’était une occasion rêvée de mettre en avant un film de femmes, et un autre regard sur les femmes.

Oui, Portrait de la jeune fille en feu est nominé dix fois. C’est le film le plus novateur, cinématographiquement et dans son propos, féministe, film qui révolutionne le regard sur les femmes au cinéma. Qui, comme l’a superbement dit Noémie Merlant (qui y fait une performance incroyable en Marianne) en recevant le prix de la meilleure actrice pour la presse internationale (voir ci-dessous), qui crée un imaginaire pour les femmes. Et pourtant, à cause de Polanski, personne n’en parle. Et c’est ça, qui m’énerve le plus.

Mon palmarès, pour rendre visible

Les féministes, ainsi que l’ensemble du cinéma français, ne devraient parler que de ça. Des nombreuses nominations pour ce film qui n’a pas eu la même promotion que les autres, ce film qui change les codes, renouvelle le cinéma.

Et au lieu de cela, c’est Polanski qui monopolise l’attention, et encore une fois, invisibilise le travail extraordinaire de femmes, de lesbiennes.

Alors, pour tenter de contrer ça (mais je me sens un peu seule), je reprends la liste des nominations aux César cette année et vous donne mon palmarès, de cinéphile autant que de féministe.

Meilleur film : Portrait de la jeune fille en feu

Meilleure réalisatrice/eur : Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu)

Meilleures actrices : Adèle Haenel et Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu) / Eva Green (Proxima)

Meilleure actrice dans un second rôle : Sara Forestier (Roubaix une lumière) qui fait une performance inouïe

Meilleur scénario original : Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu)

Meilleurs costumes : Dorothée Guiraud (Portrait de la jeune fille en feu)

Meilleure photographie : Claire Mathon (Portrait de la jeune fille en feu)

Meilleure espoir féminin : Loùana Bajrami (Portrait de la jeune fille en feu)

Meilleur premier film : Papicha

Meilleurs décors : Thomas Grizeaud

Pour le reste, je pourrais ajouter Roschdy Zem meilleur acteur dans Roubaix une lumière encore, mais comme je suis énervée, je mets l’accent sur ce palmarès encore une fois cinéphile, orienté certes féministe, mais pas plus orienté que d’autres…

Et je me prends à rêver que le soir des César, Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma, Adèle Haenel et Noémie Merlant notamment, obtiennent tous ces César là, pour qu’on ne parle plus de celui qui devrait enfin tomber dans l’oubli, et porter notre attention sur ce qui peut nous faire du bien…

A lire aussi sur le thème : Lettre à Adèle Haenel

Noémie Merlant aux Lumière 2020

Polanski, « j’accuse » et les victimes de viol

pdjpdpx.pngJe ne crois pas qu’il faille interdire à Roman Polanski de tourner. En revanche, on pourrait éviter de l’inviter sur les plateaux, de lui dérouler le tapis rouge, au moment même où une énième accusation de viol à son encontre, très sérieuse, et datant de 1975, lui est faite.

Quelques jours après le témoignage d’Adèle Haenel (voir mon dernier article), et quelques jours avant la sortie du film, pourquoi « s’en prendre encore une fois à Polanski », diront certain.es ? Parce que l’homme est puissant. Et que si le cinéma français et la presse ne font rien, ne se refusant tel l’écrivain Philippe Labro à aucun superlatif pour le film du réalisateur accusé à de multiples reprises de viols par des femmes qui n’ont jamais été entendues depuis dix ans, alors c’est l’omerta qui fonctionne déjà de nouveau à plein.

A quoi servirait-il que la presse, le monde du cinéma soutienne Adèle Haenel dans ses accusations contre l’obscur Ruggia, si c’est pour dédouaner par principe Polanski parce que c’est Polanski et parce qu’il traite -opportunément- d’un sujet hyperconsensuel d’une ignoble injustice antisémite, l’affaire Dreyfus ?

Adèle Haenel l’a dit elle-même : si elle a pu parler, c’est parce qu’elle est aujourd’hui plus puissante que son agresseur ; et donc qu’elle bénéficie d’une prime à la parole dont Valentine Monnier ne bénéficie pas. Dans le soutien public qu’elle a donné à celle-ci, Adèle Haenel le souligne d’ailleurs. Monnier n’est pas puissante. Elle prend donc des risques inimaginables en osant dénoncer un viol vieux de 45 ans, prescrit. Quel pourrait bien être son intérêt ? Elle n’en a aucun, sinon celui de pouvoir supporter l’affront d’un homme qui fait de son oeuvre un bouclier contre la justice, qui se pose en victime. Comme Adèle Haenel qui ne pouvait plus se taire alors que Ruggia préparait une suite aux « Diables », elle, ne supporte plus de se taire face à ce « J’accuse ». Peut-être se dit-elle, peut être à tort -car il reste à démontrer qu’un puissant puisse être condamné pour une violence sexuelle qu’il a commise, qu’aujourd’hui elle pourrait être entendue.

Pourquoi cela paraît il insupportable qu’il fasse un film sur Dreyfus ?

Dreyfus était innocent des faits de trahison qui lui étaient reprochés, oui. Pas Polanski. des faits de viol qui lui sont reprochés et ne sont pas tous prescrits. On le sait avec certitude au moins pour le viol d’une jeune femme qui avait 13 ans.

D’une façon perverse, il ne dit pas qu’il « est le capitaine Dreyfus », il dit « j’accuse » à ses accusatrices, et il laisse entendre qu’il serait victime d’acharnement judiciaire. Il compare le féminisme qui lui demande des comptes pour ses actes à l’acharnement contre Dreyfus !

Relativement passé inaperçu, ce communiqué autour du film, dont parle ici Marie-Claire, est hallucinant.

A la question de Pascal Bruckner, pas du tout orientée :  « En tant que juif chassé pendant la guerre et cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au McCarthyisme néo-féministe actuel qui, en plus de vous poursuivre partout dans le monde et essayer d’empêcher la projection de vos films, entre autres vexations, vous a expulsé de l’académie des Oscar ? »

En guise de réponse, Polanski parle d’un acharnement médiatique à son égard, qui n’est pas sans lui rappeler celui subi par le général Dreyfus en son temps (…). 

« Faire un film comme celui-ci m’aide beaucoup. Mon travail n’est pas une thérapie. Cependant, je dois avouer que je connais un grand nombre des rouages de l’appareil de persécution présenté dans le film et que cela m’a clairement inspiré. »

Soyons claire, encore une fois. Cela ne me dérangerait pas plus que ça, que Polanski fasse des films dans son coin, pour lui même et sa « thérapie », s’il ne choisissait pas justement de se comparer à un homme injustement accusé parce qu’il était juif. Ici, l’amalgame marche à plein. Et comparer les féministes, qui tentent de faire entendre la parole des femmes, enfin, dans le cinéma français, à l’armée française de la IIIe République ? Le stratagème est il si gros qu’il passe d’autant mieux ?

Tout ici est révoltant. Faudra-t-il qu’à chaque fois qu’une avancée est faite (le témoignage d’Adèle Haenel), la presse parle de « levée de l’omerta », pour que trois jours après, la chape de plomb s’abatte à nouveau sur les femmes victimes de viol ?

Je ne veux pas « la peau de Polanski ». Je m’en fous de lui. Je veux que les femmes victimes de viol soient écoutées, et entendues. Enfin.

S.G

 

Lettre à Adèle Haenel

Chère Adèle Haenel,

je crois que je vous ai vu jouer dans un film pour la première fois en allant voir Le Daim au mois d’août dernier. Je vous connaissais peu, et j’ai pensé : rôle pas facile, mais qu’est-ce qu’elle joue bien ! A peine 6 semaines plus tard, j’ai vu pour la première fois Portrait de la jeune fille en feu, le film fait pour vous par Céline Sciamma. Je ne savais même pas alors que celle-ci avait été votre compagne (je ne regarde pas les César ;-). Je savais évidemment encore moins ce que depuis vous avez confié.

C’était à Montreuil, au Méliès et vous étiez toutes les deux présentes. Alors que le film m’avait bouleversée et enthousiasmée (j’en parlais ici), vous mettiez exactement, toutes les deux, les mots sur ce que j’avais ressenti en regardant le film. Intelligence, talent, respect pour les femmes, regard politique sur l’amour parce que pour une des premières fois, c’était un regard vrai sur le désir, un regard source de vie pour les femmes et non d’emprisonnement dans un regard objectifiant (« male gaze »).

Un peu le même genre de choc que quand j’ai vu les portraits de nues de la grande peintre allemande (malheureusement décédée à 31 ans des suites de son accouchement), Paula Modersohn Becker, qui pour la première fois, me montraient qu’on pouvait peindre des femmes nues sans ce « male gaze », qui réduit la femme peinte au désir de ceux qui la regardent.

PJFFDans Portrait de la jeune fille en feu donc, même choc. Les scènes de sexualité ne sont pas montrées, on ne voit que la montée du désir, la montée du « dégel », la naissance de la vibration. Ne pas les montrer, c’était osé, mais indispensable. Parce que même si probablement Céline Sciamma, en dialogue avec vous et Noémie Merlant, aurait été capable de filmer des scènes d’une façon différente, l’état du cinéma est tel que cela aurait encore été emprisonné par le regard appris par des décennies de ce « male gaze ».  Et aurait été utilisé contre les femmes et les lesbiennes.
Tant que les hommes ne sont pas en mesure de penser les lesbiennes autrement qu’en support pornographique à leur excitation, et les femmes en général autrement qu’en objet de leur désir, il me semble nécessaire de ne pas les laisser regarder des femmes qui s’aiment.

Mais depuis que j’ai regardé en entier votre interview sur Mediapart, je sais que ce film est encore beaucoup plus. Alors que vous disiez, vibrante d’authenticité et de justesse, ce que vous aviez subi enfant, victime de cette violence sexuelle patriarcale du cinéaste, que vous livriez votre analyse des ressorts de ce système, une analyse approfondie, nuancée et ancrée dans le vécu de tant de femmes, vous avez parlé de la nécessité de remettre le monde à l’endroit.

Cela a été une nouvelle révélation du pourquoi Portrait de la jeune fille en feu m’avait tant et profondément bouleversée, chacune des trois fois que je l’ai vu. En effet, il est désormais clair que ce film est, outre une déclaration d’amour et politique sur l’amour, un film de réparation. Pour vous et toutes les femmes. Un film où le cinéma, la cinéaste et les actrices rendent aux personnages -et aux femmes- leur humanité de sujet désirant et souverain de son corps et de sa vie. Là où Ruggia vous avait volé votre humanité pour faire un objet entre ses mains, Portrait de la jeune fille en feu vous dévoile actrice de votre vie, de votre rôle, de votre art, de votre désir. Et cela rejaillit sur nous toutes.

Avec Portrait de la jeune fille en feu, la vie revient aux femmes, en image. Avec votre témoignage, elle nous revient aussi, en mots.

J’espère que des millions de femmes auront l’occasion d’être touchées par ce que vous nous avez offert là. Et que des millions d’hommes pour une fois écouteront et s’abstiendront de commenter, si ce n’est pour vous remercier d’avoir parlé.

Sandrine Goldschmidt