Le cinépatriarcat à l’oeuvre

Hier, j’ai lu le résumé d’un film : « Ouf » sur le site d’Ugc :

« À 41 ans, François avait tout pour être heureux : une femme qu’il adore, deux enfants d’une précédente union, un bel appartement. Mais un jour il a pété les plombs : la rage l’a envahi, il a voulu foutre le feu, a mis ses proches en danger. Alors on l’a interné. À sa sortie d’hôpital, Anna, l’amour de sa vie, ne veut plus le voir. Réfugié chez ses parents, fragilisé, infantilisé par ses proches, il serait bien tenté de retourner à l’hôpital. Mais il va plutôt se démener pour reconquérir la femme de sa vie ». Immédiatement je me suis dit : je vais le voir, parce que ça va m’énerver et que je pourrai en parler et dénoncer/démonter les mécanismes de la propagande cinématographique. Celle qui nous montre de la violence conjugale l’air de rien, comme si c’était juste un type qui a eu un coup de folie et qui sinon est tout à fait gentil avec « l’amour de sa vie ».

Eh bien je n’ai pas été déçue ! j’ai été énervée, tout le long, ne restant jusqu’au bout que pour voir si la curée serait totale…ce qu’elle fut. Car dès la première scène, on voit Anna, mère de deux enfants, qui se déguise en Wonder Woman et fait un bide devant ses enfants (dévalorisation). Pire, au même moment, son ex qui vient de sortir de l’hôpital et qu’elle ne veut pas voir s’est caché dans un carton et regarde la scène. S’ensuivent une série de scènes où il harcèle Anna au téléphone et en sonnant à la porte, alors même qu’elle ne veut pas lui répondre, mais qui ne sont pas montrées comme telles. On a plutôt l’impression qu’elle est froide et que quand même, elle pourrait lui répondre. Ensuite, il s’impose chez elle, et quand elle le fait ressortir, il fait mine d’accepter, puis sonne chez le voisin et essaie de rentrer par la fenêtre, ce qui amène à sa réhospitalisation. Mais alors, on justifie le fait de le réhospitaliser par ces mots :  « vous avez mis votre vie en danger » et non « vous avez harcelé et nié la volonté de votre ex en allant jusqu’à tenter de rentrer par effraction en faisant une grande scène, donc en la terrorisant ». Ce qui pourtant est exactement ce qu’il fait.

Il y a aussi une allusion claire au masculinisme des pères, avec d’un coup, alors qu’il se comporte en agresseur, il dit à quelqu’un « je crois qu’Anna et Céline (son ex femme) vont se liguer contre moi pour que je ne voie plus mes enfants ». Comme s’il s’agissait de se liguer et non de protection contre la violence d’un père (alors même que les deux femmes ne se liguent pas du tout).

Mais au moins, pendant toute la première partie du film, la famille, les psys, les amis, lui disent que son comportement est inadmissible (maissans l’identifier comme de la violence conjugale). Dans la deuxième partie du film, il n’est plus question de cela.

Une fois réhospitalisé, après quelques jours dans cet hôpital, il semble calmé. Sa psy lui conseille d’être « chevaleresque » s’il veut reconquérir sa femme. Et d’un coup, il « s’échappe », et puis donne un rendez-vous à Anna alors qu’elle est sur le point de se libérer de son emprise par le biais de l’éloignement (elle a accepté une mutation à Turin). Elle dit alors à quelqu’une: « parfois, il a un côté irrésistible ». Et là, on sait que la femme qui a courageusement résisté à l’homme violent a dû céder face à l’emprise, et qu’elle va aller au rendez-vous. Alors qu’elle va à ce rendez-vous,-il l’emmène au milieu de nulle part et elle ne sait pas où, lui non plus, elle est donc totalement à sa merci-  elle semble totalement anesthésiée, perdue. Et tout d’un coup, il lui dit que c’est un endroit qui ne serait rien s’ils ne s’embrassent pas, et elle se met à sourire Mais au lieu de montrer tout cela comme la réussite d’un agresseur dans sa manipulation perverse, c’est ce qui constitue dans ce film le « happy end ».

C’est bien un film du cinépatriarcat, qui apprend aux hommes qu’ils ont bien raison d’être des agresseurs (les rires des spectateurs hommes à chaque agression déguisée ou humiliation de la femme ne trompant personne), et aux femmes qu’elles doivent se soumettre.

***

Pour continuer sur ce cinépatriarcat,  je parlais de sexisme des Oscars dans mon dernier billet, mais il y avait pire à venir :la cérémonie fut semble-t-il un paroxysme du genre : à lire  We saw your boobs, une célébration du viol aux oscars. Et l’analyse du blog Féministes radicales : Rape joke, quand les virils font de l’humour

Pas étonnant dans ce contexte, qu’avec une telle propagande au cinéma et partout dans la société, il y en ait encore qui défendent les assassins de femmes, et prétendent qu’il n’y a pas récidive en cas d’assassinat conjugal (qu’une émission de France Inter osait encore appeler drame passionnel récemment)…alors que tous les mécanismes sont connus. Cette semaine, cet article de Metro est venu révéler ce qui ne nous étonne pas, à propos de Bertrand Cantat, qui a passé 4 ans en prison pour le meurtre de Marie Trintignant, et dont l’ex-femme, Kristina Rady s’est « suicidée ».

Elle était victime de violence conjugale, et les faits qui ont été révélés cette semaine sont accablants, en particulier le message vocal qu’elle a laissé sur le répondeur d’une amie : Kristina Rady : des témoignages accablent Bertrand Cantat
« Hier, j’ai failli y laisser une dent, il m’a frappée, mon coude est complètement tuméfié, un cartilage s’est même cassé. Mais ça n’a pas d’importance, tant que je pourrai encore en parler », dit-elle. « Bertrand est fou, il croit que je suis l’amour de sa vie et que (…) tout va bien », poursuit-elle. Puis elle détaille le carnet scolaire (bien faible) de ses enfants. « J’espère qu’on va pouvoir s’en sortir et que vous pourrez encore entendre ma voix… Sinon vous aurez au moins une preuve que… mais des preuves il y en a « , lance t-elle avant de passer le combiné à sa fille Alice ».

« Il croit que je suis l’amour de sa vie » : ça ne vous rappelle pas le résumé d’un film cité plus haut ?

Quand j’avais écrit ceci il y a trois ans, dénonçant déjà la propagande médiatique, certain-e-s m’avaient dit que l’homme ayant purgé sa peine, j’allais trop loin…Ce noir désir d’euphémisme et d’oubli.

Mais pour finir sur une note un peu plus optimiste, je signale cette info d’hier : le Congrès américain a enfin reconduit une loi contre les violences conjugales de 1994,, qui accorde protection et assistance aux femmes victimes. Elle était retardée depuis plusieurs mois par des Républicains qui s’opposaient à l’ajout de clauses protégeant les victimes homosexuelles, immigrées et autochtones.

 

Maintenant, que le gouvernement rencontre les féministes !

arton856Depuis mon article lundi, le gouvernement a donc rencontré les associations de pères se disant lésés, la presse a commencé à se faire l’écho de qui se cachait derrière l’homme en haut de la grue, et les stratégies masculinistes ont été mises au jour.
De plus, le gouvernement a affirmé que la garde alternée ne serait pas systématique, et souhaite favoriser la médiation pénale. Il est donc logique et indispensable qu’il entende maintenant la voix des féministes : la médiation familiale en cas de conflit, ne peut en effet surtout pas concerner les situations de violences faites aux femmes, étant une mise en danger des femmes sous emprise.

Je relaie ici le communiqué de presse du Collectif national droits des femmes qui demande une rencontre (espérons qu’il ne soit pas nécessaire de monter en haut d’une grue pour l’obtenir. Parce que là où un homme a été glorifié, ne doutons pas que des femmes seraient insultées), et quelques articles supplémentaires sur la question des pensions alimentaires très majoritairement impayées, et les stratégies masculinistes.

Le communiqué du CNDF

« Par un geste spectaculaire Serge Charnay vient de relancer le focus sur le « combat des pères ».
En l’occurrence il s’agit d’un père qui s’est vu retirer le droit de visite sur son fils et qui se plaint de ne pas l’avoir vu depuis 2 ans. Celui ci, par son geste, dénonce la prétendue partialité des juges femmes qui attribuent quasi systématiquement la garde à la mère. Il oublie cependant de dire que la majorité des pères ne la réclame pas et que ce sont les mères qui, du fait du non partage des tâches, prennent en charge encore très majoritairement l’éducation des enfants. Il oublie aussi de dire que les situations de garde alternée sont en progression, pas toujours dans les meilleurs conditions pour les enfants d’ailleurs.
En fait, il faut savoir qu’en France, au nom du maintien à tout prix du sacro saint lien familial, il est rare que le droit de visite et l’autorité parentale soient retirés au parent qui n’a pas la garde de l’enfant. De fait Serge Charnay a été condamné en septembre 2012 pour « soustraction d’enfant ». Il a menacé son ex compagne et a été violent contre son beau père.

L’autre père qui a imité son acte était lui accusé par son ex compagne de violences conjugales.

En effet, la famille n’est pas toujours le havre de paix et d’amour que d’aucuns se plaisent à imaginer. C’est en son sein que la plupart des violences sont perpétrées contre les femmes et /ou les enfants dans leur grande majorité, les enquêtes en attestent. Et ces violences laissent des traces de toutes sortes sur les enfants que leurs mères sont parfois amenées à protéger lors d’un divorce.
C’est pour cette raison que quand la garde alternée a été instituée par la loi du 4 mars 2002, les féministes se sont félicitées de son principe mais ont réclamé qu’elle soit interdite en cas de violences perpétrées au sein de la famille, ce qu’elles n’ont pas obtenu. Le problème reste entier et la revendication la même.

Jean Marc Ayraut a réclamé que les associations de pères soient reçues promptement par Christiane Taubira. Ce qu’elle a fait. A l’issue de cette rencontre, elle a suggéré de donner une place plus importante à la médiation pénale dans les conflits familiaux. Nous réaffirmons encore une fois qu’en aucun cas des violences conjugales ne doivent être assimilées à un « conflit familial » et demandons l’interdiction totale de la médiation dans ces situations.

Nous demandons que les associations féministes qui luttent contre les violences faites aux femmes soient reçues aussi promptement par Mme Taubira que l’ont été les associations de pères qui s’estiment sans cesse lésées par les avancées du mouvement féministe en faveur de l’égalité. »

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A lire aussi le communiqué des Effrontées : http://effrontees.wordpress.com/2013/02/19/cp-le-masculinisme-haut-perche-et-bien-recu/

Sur les pensions alimentaires, cet article des Nouvelles news :Les pensions alimentaires, l’autre pomme de discorde des séparations

pomme de discorde oui, mais pomme d’Adam, puisque ce sont les hommes qui ne la paient pas…

Sur la répartition des gardes, les chiffres d’un Juge aux affaires familiales sur rue89

Et sur les stratégies masculinistes :

Le masculinisme : son histoire et ses objectifs

Le mouvement masculiniste au Québec : l’antiféminisme démasqué

Masculinistes : le gouvernement va-t-il vraiment céder au chantage ?

Capture d’écran 2013-02-18 à 16.53.44Alors maintenant, pour avoir une chance d’être reçu-e-s par le gouvernement, c’est cela qu’il faut faire ? Monter en haut d’une grue et faire du chantage ? Apparemment oui, et le masculiniste qui s’est retranché ne s’y est pas trompé. En effet, il ne s’arrête pas à la complaisance du Premier ministre, qui a dit que les associations de pères connues pour avoir des positions extrémistes et en leur sein des hommes violents déjà condamnés, il n’a pas moins osé dire que il ne descendrait de sa grue « que si Christiane Taubira accepte de faire adopter le projet de loi sur la résidence alternée.».

Voilà, en 3 jours, ce qu’un homme seul, condamné par la justice pour enlèvement d’enfant à deux reprises, réussit à obtenir dans une société démocratique ? Un homme seul exige d’une ministre qu’elle fasse adopter une loi, par la voie de chantage ?

Il faut dire qu’il aurait tort de se priver : deux jours de mascarade médiatique, et le Premier ministre lui-même demande à ses ministres de recevoir les assos de pères ? Et la ministre de la famille de se laisser impressionner et affirmer qu’elle est pour la médiation familiale et un « rééquilibrage » ? Quand toutes les personnes qui s’intéressent à la question des violences conjugales des hommes contre les femmes savent que la médiation conjugale est un danger pour les victimes, dès lors qu’elles sont sous emprise, que cela les prive de tout moyen de défense ?

Est-il possible que le gouvernement n’aie pas compris à 3 jours d’une manif du lobby des pères masculinistes et alors qu’ils  essaient de faire entrer de force la garde alternée par défaut dans la loi (contre tous les avis d’expert-e-s) quel chemin il empruntait ?

On croit rêver. Ou plutôt on est en plein cauchemar.

(depuis, l’homme est redescendu, avec ces mots qui on l’espère, calmeront l’ardeur à le recevoir de ses cibles : « Je me casse, j’ai autre chose à faire. On se fait encore balader par des femmes ministres qui n’en ont rien à foutre des pères. » Serge Charnay

S.G

Heureusement, après un suivi en « live » des médias très complaisants, quelques infos et articles sont venus faire contrepoids.
D’abord, des chiffres sur les réalités de la garde en France, avec ce ommuniqué d’SOS Les mamans, qui remet les choses à leur place : http://www.lepoint.fr/societe/sos-les-mamans-monte-au-creneau-17-02-2013-1628409_23.php

Et la Fédération nationale solidarité femmes : http://www.solidaritefemmes.org/ewb_pages/a/actualite-853.php

Et Osez le féminisme : http://www.osezlefeminisme.fr/article/faut-il-qu-on-s-accroche-a-une-grue-pour-etre-entendu-e-s

Un article sur Les nouvelles news : http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/2579-le-lobbying-des-peres-des-grues-

Puis divers blogs, qui ont rappelé de quoi il s’agissait ici :

http://www.rezocitoyen.org/Pour-etre-entendu-e-s-grimpons-sur-des-grues.html

Une opération médiatique du lobby masculiniste : le show des grues

L’escalade des pères à Nantes cache une proposition de loi

Et un carton rouge absolu au Figaro, qui dans cet article, traite les femmes de SOS Les Mamans de « grues ».

Le journalisme, ce n’était pas un métier ?

Revue de presse d’indispensables

Photo Hélène Epaud

C’est  bien aussi de se faire plaisir : on dénonce parfois les horreurs qui sont écrites ici ou là (Badinter and co…) et puis on lit des écrits ou des résumés passionnants.Et on peut dir que ces jours-ci, nous n’en manquons pas. Avec des articles féministes et féministes radicaux, qui touchent notre intelligence par leur pertinence. Revue de presse

Ce soir, sur le blog d’Antisexisme : Sexisme et sciences humaines, féminisme « Un blog féministe pour déceler les mécanismes sexistes qui maintiennent les inégalités entre hommes et femmes », un article sur l’ouvrage de la féministe radicale Andrea Dworkin sur les femmes de droite.

http://antisexisme.wordpress.com/

A lire, en attendant si vous souhaitez de le commander il vient de paraître et s’envole déjà dans les librairies québécoises, selon un de ses traducteurs, Martin Dufresne, et arrivera en Europe en mars. Libraires et individus peuvent le commander à la Librairie du Québec 30 Rue Gay-Lussac 75005 Paris, France +33 1 43 54 49 02 :

Tout y est particulièrement lumineux dans l’optique de l’actualité. Je citerai ce passage, sur la violence reproductive :

Dworkin fait ensuite une comparaison entre le modèle de la ferme et le modèle du bordel.
Selon elle, le modèle de la ferme, qui sert au sexe et à la reproduction, est peu efficace. Il implique une relation particulière entre le fermier et sa terre. Le fermier peut ressentir certains sentiments, une certaine tendresse et compassion pour sa terre, même s’il l’exploite. De plus, il y a une certaine valorisation de la maternité.
A l’inverse, le modèle du bordel, qui sert seulement au sexe, est très efficace. Le joug est trop lourd. Les femmes n’arrivent pas à se rebeller collectivement.
Le modèle de la ferme a connu quelques rebellions. Le fait qu’il y ait eu les luttes féministes, formées par des femmes issues de ce modèle, démontrent son inefficacité.

Dworkin pense que les technologies reproductives vont permettre l’application du modèle du bordel à la reproduction. La reproduction va devenir une marchandise comme l’est déjà le sexe.

Ainsi, pour celles et ceux qui aujourd’hui défendent la prostitution utérine, autrement appelée GPA, dont je parlais en début d’année dernière :

https://sandrine70.wordpress.com/2010/12/14/la-gpa-pour-ou-contre/

 

dénoncée à nouveau aujourd’hui par Christine Le Doaré :

http://christineld75.wordpress.com/2012/12/20/elisabeth-badinter-et-irene-thery-ou-la-caution-intellectuelle-du-systeme-patriarcal

 

et par Osez le féminisme ici : http://www.osezlefeminisme.fr/article/gestation-a-tout-prix

Par ailleurs, toujours pas de réaction à nos réactions au tapis rouge déroulé à un proxénète lors de l’émission de Taddeï Ce soir ou jamais. Et ce malgré les multiples protestations envoyées à la chaîne :

Avec la remarquable réponse de Sophie Péchaud : http://avft.org/article.php?id_article=685

Cet article de Christine à nouveau sur la question de la prostitution toujours : http://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

Elle y cite un réseau à connaître absolument, pour répondre à l’idée que des associations comme le Strass seraient représentatives des personnes prostituées -ce qui ne résiste pas à l’anayse : http://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

Un article intéressant de Mona Chollte dans Le Monde diplomatique : la maman et la putain, le retour, qu’elle conclut ainsi :

Exercer un métier qui vous plaît, exister socialement par des compétences autres que maternelles ou de séduction, et en retirer l’indépendance financière qui permet de coucher avec qui on désire : quand on est une femme, surtout si on n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, ça n’a jamais été vraiment gagné. Désormais, il semblerait que ce ne soit même plus un objectif.

Enfin, une émission à écouter, sur Radio Libertaire, avec Justine Rocherieux, coordinatrice Ile-de-France du Mouvement du Nid, qui parle du travail de terrain de l’association auprès des personnes en situation de prostitution, et de la mobilisation abolition2012

http://media.radio-libertaire.org/backup/51/mercredi/mercredi_1830/mercredi_1830.mp3

 

Ce soir ou jamais : une féministe à la télé !

Si vous n’avez pu la voir en direct, voici le replay de l’émission « Ce soir ou jamais » animée par Frederic Taddei, où Typhaine Duch, comédienne, féministe radicale, membre de Femmes en résistance a été  brillante. Face à d’autres qui pensent que le monde n’existerait que depuis l’ORTF (« le patriarcat, on se croirait au temps de l’ORTF »…)… l’émission commence vers la 30e minute.

L’émission s’intitulait « la guerre contre le sexisme se trompe-t-elle de cible », en réaction aux réactions à une phrase de Stéphane Le Foll qui induisait que les femmes seraient moins techniciennes que les hommes. C’est d’une telle évidence  c’est tellement vrai, que la phrase est sexiste, comme l’a dit Typhaine, que cela n’a pas énervé que les féministes. Et c’est tellement une montée en épingle médiatique d’une façon de pointer les féministes qui ne s’attaqueraient pas aux vrais problèmes, qu’il fallait bien quelqu’une pour dire que : « mais si, tout cela est un système ». Et que si peut être cette phrase sexiste n’est qu’un petit rouage, il faut bien aussi la dénoncer.

Mais surtout, le comble est de partir des réactions à cette phrase pour critiquer les féministes, comme si ce n’étaient pas elles, et ELLES SEULES ! qui luttent au quotidien contre les crimes sexistes, quand les médias préfèrent se gorger de polémiques à deux balles.

Il fallait donc beaucoup de courage pour affronter ces médias (et je dois reconnaître que l’animateur a été moins pire que je n’imaginais), et y porter une parole, qu’on n’avait peut-être jamais entendue de cette façon à la télévision. En espérant que certaines et certains prendront la perche tendue par Typhaine.

Un grand bravo à elle !

Vous pouvez revoir l’émission ici : http://www.pluzz.fr/ce-soir–ou-jamais—2012-10-30-22h50.html

Femen : des soldates contre le patriarcat ?

Hier, donc, les Femen se sont installées en France.
Après des semaines d’annonce, c’est fait. Elles revendiquent de vouloir faire une « armée de soldates aux seins nus » contre le patriarcat !

En attendant une analyse plus structurée et détaillée de ce débarquement dans les jours qui viennent, une réaction « à vif » et à colère…

Il faudrait selon elles, renouveler le féminisme qui ne se fait pas entendre. Pour cela, elles ont trouvé une solution : écrire des slogans clamant leur liberté sur leur poitrine nue.
Alors, le comble de la subversion ? Dans une société où la pornification des femmes est omniprésente, on trouve cela louche, dès le départ.
Un regard sur leur site, ne fait que renforcer cette impression :

Des mortes (femmes sans tête) nues, qui plus est bleu, blanc, rouge, (quand on pense au tollé qu’avait soulevé la première affiche 2011 de la marche des fiertés, on se dit que les indignations sont sélectives), qui lancent aux femmes de France une injonction : « déshabillez-vous » !

Pour être féministe, il faudrait se déshabiller, et pour le coup, ce ne serait même pas un choix. Il suffirait d’écrire je suis libre sur sa poitrine pour le devenir?
-C’est vrai qu’on a parlé plusieurs fois dans les médias des Femen depuis un an, par des opérations seins nus dont en effet, les médias ont parlé. Mais pour quel résultat ? Qu’est-ce qui a changé ? Quels membres du patriarcat en ont été gênés ? Les hommes ? non. Cette fois, l’article de Libération sur le sujet dit bien la réalité : « elles descendent vers la rue Doudeauville entourées d’une nuée de journalistes et de badauds interloqués et souvent ravis ». Souvent ravis, oui. Ca ne m’étonne pas. Cela menace-t-il pour autant les industries du sexe et la société du viol ? De la pornification des femmes (morcellement des femmes, érotisation pornographique systématique) ?A mon avis, elles aussi sont ravies.

Les seules que cela menace ici, ce sont les femmes, qui sont mises en danger : si nous ne nous mettons pas seins nus, nous ne serions plus féministes, et nous serions ringardes ?

Et les féministes donc, qui, refusant de céder à la pornification, passeront une fois de plus pour dépassées ou « coincées »…
-D’ailleurs, le simple fait qu’elles critiquent le féminisme traditionnel et se revendiquent d’Elisabeth Badinter, une des pseudo-féministes qui a des intérêts dans la pornification publicitaire, devrait suffire. La critique qu’elles font aux féministes, est la même que celle de tous les antiféministes de notre histoire. Elle n’est pas fondée sur des faits mais sur des stéréotypes de backlash. C’est un peu court.

-Autre élément : en tête de cortège, des femmes seins nus certes, mais que des femmes conformes aux normes de « beauté » de la société pornifiante. .ainsi, il ne s’agit pas de revendiquer que le corps nu des femmes est non normé. Mais cela revient à afficher un peu plus la norme violente…

-Enfin, je me rappelle la première fois que j’ai entendu parler d’elles : une femme en soubrette qui déposait une pancarte devant chez DSK. Ce n’est pas elle qui a fait évoluer les mentalités. Mais c’est sûr, elle s’est fait suffisamment remarquer pour en arriver là un an après : à s’implanter en France, et clamer une révolution féministe mondiale, avec la complaisance des médias…

-Peut être sont elles totalement sincères et convaincues que leur méthode est révolutionnaire. Et ne se rendent-elles pas compte combien dans toutes leurs actions, elles se mettent en danger, pour un résultat au mieux minimal, plus probablement contreproductif : Ellesveulent créer une armée -méthode utlra-patriaracale, ce qui par définition les met en danger. D’autant qu’elles n’ont pas les armes (même si elles mettent en place un « camp d’entraînement »), et donc qu’il s’agit, comme elles l’ont déja-fait, d’aller au « casse-pipe » (ici casse-seins). Elles l’ont déja fait d’ailleurs en Ukraine, et cela leur a valu de devoir fuir, quitter le pays parce qu’elles n’y sont pas en sécurité, d’être kidnappées et maltraitées. Or, cette mise en danger me fait vraiment penser à celle dont parle Muriel Salmona en décrivant les mécanismes post-traumatiques : ne sachant pas qu’on n’est pas responsable des traumas parce que la société depuis toujours refuse de nommer les coupables, les hommes responsables des violences faites aux femmes, et revivant des moments intolérables mais non reconnus comme tel, on est amenées à prendre des risques inconsidérés pour sa vie et sa sécurité.

Je crois qu’un féminisme radical vraiment subversif devrait être tout le contraire : non pas se balader seins nus en criant qu’on est libres et en faisant une armée qui ne fera pas le poids. Mais c’est se protéger, nous protéger,  et agir pour que plus aucune femme ne soit en danger chez elle, dans la rue, ne soit contrainte de se conformer à un modèle patriarcal, condition d’une future liberté. Encore une fois, intimer l’ordre à des femmes de se déshabiller pour revendiquer leur liberté (liberté individuelles, mais liberté pour toutes ? ), ce n’est pas les libérer, c’est nous mettre toutes en danger.
Sandrine GOLDSCHMIDT
S.G