Oscars 2013 : toujours sexiste !

Bon ce n’est pas un scoop que le cinéma, que je qualifie parfois d’outil de propagande du patriarcat, est sexiste.
Mais comme l’an dernier, je publiais ceci : 7 sur 9 des films nominés aux Oscars ne passent pas le bechdel test

et que ce soir ce sont les Oscars, me suis dit que c’était intéressant de voir en un an les différences.
Eh bien voilà, Hollywood est toujours sexiste, pas de femmes nominées comme réalisatrices, et guère de progrès pour le Bechdel Test dont je rappelle les règles. Il faut qu’il y ait dans un film :

1-au moins deux femmes identifiées par leur nom »

2-2 femmes qui se parlent

3-D’autre chose que d’un homme

En 2013, il y a plus de films que l’an dernier qui passent : « Les misérables », « Amour », « Happiness Therapy » (en anglais : Silver Linings Playbook). Dans « Life of Pi », il n’y a pas de femme, mais bon, il n’y a qu’un personnage humain, Pi. Enfin, dans « Zero Dark Thirty », ce n’est pas facile à déterminer (deux femmes parlent politique mais de Ben Laden, un homme). Donc 3/4 sur 9 (ce qui est déjà peu, puisque dans la vraie vie, c’est 100% de situations où il y a des femmes et où elles parlent, sur un temps long, d’autre chose que d’hommes).
Mais ce qui est encore plus intéressant que ces chiffres, c’est que les deux films nominés qui parlent de la vraie vie, et d’histoire des Etats-Unis, « Lincoln » et « Django Unchained », ne passent pas le test. L’histoire, c’est bien connu, s’est faite sans femmes. On se demande à ce propos comment les hommes sont nés. Ah oui j’oubliais, c’est un truc de dieu.

Enfin, si l’on considère l’ensemble des films, il n’y a que « Les Misérables » et « Happiness Therapy » où une interaction entre deux femmes pour parler d’autre chose que d’hommes dure plus d’une minute, sur 2 heures de film en moyenne.
Pour avoir toutes les précisions, vous pouvez lire cet article en anglais :

Oscar 2013 nominations do they pass the bechdel test

Enfin, il n’y a donc pas de réalisatrices nominées encore cette année (comme à Cannes l’an dernier). A lire à ce propos l’article (toujours en anglais) de l’écrivaine et féministe Soraya Chemali qui explique qu’en 85 ans de cérémonie, il n’y a eu que 4 femmes nominées à ce rôle, et revient sur toutes les raisons qui brident l’accès des femmes au cinéma/ (En France, il y a environ 11% de réalisatrices, c’est autour de 5 aux Etats-Unis, où il y a 18% de femmes scénaristes). Je n’entre pas dans les détails de la démonstration et vous laisse lire l’article :

Dear Academy : Why won’t you nominate women ?

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7 sur 9 des films nominés aux Oscars ne passent pas le bechdel test !

Grâce à une « tweeteuse » ce matin, j’ai pu voir cette video qui fait passer le bechdel test aux films nominés aux oscars 2011. Vous savez que je m’intéresse au « Bechdel test », ce test sur le sexisme des films. Pour qu’un film le passe, il faut :

-que deux femmes parlent dans le film, se parlent et parlent d’autre chose que d’hommes. Hier soir, je me faisais la réflexion, que le film de Stephen Frears que je revoyais, « Tamara Drewe », bien que proposant de nombreuses femmes qui parlent et étant soi disant consacré à un personnage féminin, réussissait la performance de donner de multiples scènes où des femmes se parlent -sans en laisser une où elles parlent d’autres choses que d’hommes (je me suis arrêtée au bout d’une heure, donc ne peut garantir qu’il n’y a pas une phrase dans les dernières 40 minutes).

Aux oscars donc, le résultat est : 7/9 !…ne passent pas le bechdel test  (dont 2 où une phrase pourrait presque…dans tout le film y arriver…).
Les deux seuls qui le passent sont « The descendants », et « La couleur des sentiments », qui est le seul à être « female centered » où le films est centré autour de personnages de sexe féminin.

Je vous laisse voir la video, en attirant votre attention sur la remarque à propos de Gertrude Stein dans « Midnight in Paris » de W.Allen : le réalisateur réussit la performance de dépeindre un personnage historique connu aussi pour être lesbienne, et ne trouve pas le moyen de lui faire s’adresser à une autre femme…

Et sur le fait que « The Artist » ne passe pas le test… Bref, les Oscars ne sont pas prêts d’être les OscarEs (ce que la statuette, d’ailleurs, ne viendra pas contredire cf photo).

Enjoy !

 

 

2012 : « le monde sera féministe ou restera barbare »

S.G, Photo Hélène Epaud

Ce n’est évidemment pas de moi. Mais de Marie-Victoire Louis, fondatrice de l’AVFT. J’aime cette phrase. Elle résonne dans ma tête très souvent, depuis que j’ai mis mes lunettes féministes…

En effet, c’est un peu comme la 3D, le féminisme. Si on n’a pas mis ses lunettes, le monde est à la fois, quand on est femme, flou, incompréhensible, on dirait qu’il lui manque une dimension. Celle de l’histoire, des femmes, écrites par les femmes, écrite sur les femmes. Un peu comme quand j’ai mis hier pour la première fois les pieds au musée du Quai Branly, m’attendant à un grand moment. Et que tout ce que j’ai vu, c’est des très belles oeuvres, faite pour la « maison des hommes » (sic), pour les activités des hommes -(la guerre, la spiritualité). Et je me suis dit : voici un musée consacré, enfin, à décentrer le monde de notre point de vue de microbe occidentalo-franco-colonial, qui oublie juste la moitié de l’humanité…

Donc, lorsqu’on ne met pas ses lunettes féministes, au moins une des  couches du relief n’existe même pas…les femmes ! et pourtant, il dût bien y en avoir, pour que l’humanité se perpétue, et pour faire toutes ces tâches qui ne sont pas élevées au rang de « valeurs » : domestiques, nourrir, soigner, éduquer, faire le lien…il y en a même qui ont dû penser, mais nous ne saurons jamais, parce qu’elles  n’ont pas eu accès à « la maison des hommes »…mais c’est ainsi partout, c’est pareil dans l’histoire de France, dans l’histoire qu’on raconte à nos enfants : puisque ce qui est jugé « digne » de faire l’histoire, ce sont les activités des hommes, alors les femmes disparaissent purement et simplement du tableau. Ainsi, dans de nombreux livres d’histoire, on parle des civilisations occidentales anciennes (grecs, romains, …), avec quinze représentations de personnes : sur une seule, il y a une femme, celle où l’on montre la famille.

Dans la grande majorité des représentations humaines, des tableaux, des films, il n’y a de femmes que pour faire-valoir des hommes. Et quand il y en a, parlent-elles ? Deux femmes se parlent-elles entre elles ? Et d’autre chose que d’un homme ? C’est le fameux « bechdel test », que j’ai commencé à appliquer à chacun de mes visionnages, et se révèle consternant jusqu’aux films les plus récents. C’est donc décidé. Cette année, je vais faire un recensement de tous les films que je vois, et m’interrogerai sur le bechdel test. Mais en plus, par souci de justice, je rajouterai un élément : est-ce que plus d’un homme parle, est-ce que deux hommes qui parlent entre eux parlent d’autre chose que d’une femme ? Et j’essaierai de vous faire part du résultat tous les mois…cela risque d’être édifiant.

Bien sûr, ensuite, il ne faut pas s’arrêter à la critique…car c’est aussi à nous de nous emparer de tout ça, de chausser nos lunettes féministes, et de dire, filmer, de montrer, et écrire un monde en plusieurs dimensions, une histoire où nous pensons, construisons, dessinons le monde…

Mes voeux pour 2012, seront donc, toujours, pour une année de justice, en écrivant le monde que nous souhaitons, qui ne soit pas celui des seuls dominants, en faisant une distribution  massive de lunettes féministes. Car sans elles, la majeure partie de la société ne voit même pas, le système qui se reproduit, les violences que subissent les femmes. Et les enfants, les voient sans les comprendre, quitte à n’avoir d’autres solutions de perpétuer la barbarie faute de grille d’analyse…

On commencera donc dès le premier trimestre 2012, avec le manifeste « Pas de justice, pas de paix », que nous avons écrit avec Muriel Salmona, et qui a désormais un blog. Mettez le dans vos favoris, il va bientôt s’y passer des choses !

S.G

 

 

Mogambo ou quand Hollywood atteignait les sommets…du sexisme et du racisme…

J’ai revu aujourd’hui ce chef d’oeuvre hollywoodo-gablien qu’est « Mogambo », de John Ford.

En le voyant, on se dit que si les Américains s’interrogent sur le possible racisme d’Intouchables, ce n’est pas pour rien.

C’est qu’en la matière, la grande « nation » du cinéma a toujours eu de quoi se remettre en cause.

Avec quelques années de recul, une constatation s’impose : le racisme et le sexisme c’était le synonyme du cinéma de l’époque.

Raciste, d’abord, avec une multiplication de scènes à la « Tintin au Congo », Clark Gable le maître-sachant-tout-mais ne faisant rien servi par des hordes d’esclaves -pardon de serviteurs- noirs qui rament pour lui (au sens propre), tirent sur les cordes pour lui, cuisinent pour lui…alors que lui tout ce qu’il sait faire, c’est manier ses fusils…

Sexiste, ensuite, parce que c’est l’archétype du film qui ne passe pas le bechdel test  (pas plus qu’Intouchables, d’ailleurs) : certes, il y a presqu’autant de personnages féminins que masculins importants dans ce film. D’ailleurs, il y a deux stars femmes pour un seul homme…et pas des moindres : la brune sublime, Ava Gardner, et la blonde (sublime aussi, mais tellement nunuche ici), Grace Kelly.

Ainsi, il y a deux femmes qui parlent, même deux femmes qui se parlent à un moment, mais qui ne parlent que de LUI. L’homme, le gorille, Clark Gable, le mâle alpha ou dos-argenté (une partie du film est liée à la chasse au gorille, et la symbolique est fort appuyée). Et pendant la moitié du film, les deux femmes sont si souvent côte côte, sans se parler, à se mépriser ou ne pas se comprendre…

C’est Delphine Seyrig, qui la première, dans « Sois belle et tais-toi« , posait cette question à plusieurs actrices. Dans les films dans lesquels vous jouez, est-ce qu’on vous fait parler avec d’autres femmes et est-ce que parfois vous n’êtes pas leur rivale ? Et dans la vraie vie, les femmes sont elles vos rivales ? Les actrices, sidérées, s’apercevaient alors qu’on leur faisait jouer un rôle au cinéma qui était si loin de la vraie vie…car dans la vraie vie, les femmes sont amies, parlent de tout, s’entraident, se consolent, aussi…

Mais là, dans le film, c’est la bonne vieille solidarité masculine qu’on voit. Amoureux éperdu de Grace Kelly, Gable n’ose pas briser l’amour du mari de celle-ci, et sa « noblesse » reconnue est alors : il peut bien sacrifier une femme pour préserver un homme.

Dans tout cela, il y en a une qui pourrait toutes nous sauver. C’est Ava Gardner, qui met un peu de vie d’humanité, qui voit au travers de ces hommes occupés à chasser le gorille et surtout à plaquer sur ceux-ci les comportements de mâles-alphas qui sont en fait les leurs…

Il y a deux moments d’espoir d’un autre monde dans ce film qui sont brutalement balayés d’un revers de caméra par le réalisateur : quand Ava Gardner fait la cuisine avec un serviteur noir, seul moment de rapport qui pourrait être non dominant dans le film. Malheureusement,  le réalisateur fait alors dire au cuisinier : « elle ne sait même pas faire la cuisine », minant tous nos espoirs…

Enfin, l’espace d’un instant, on se prendrait à rêver : et si Ava Gardner choisissait la solidarité féminine, cette « sisterhood » plutôt que la rivalité ? Et si elle finissait par le plaquer lui, celui qui se fait servir par toutes  et tous celui qui gagne toujours ? Mais de là à ce qu’elle tende suffisamment la main à une autre femme, il y a un pas que la bienséance hollywoodienne et hétérosexiste ne franchit pas.
Pas plus que quand, à la fin, il y a cet instant où on se prendrait -encore- à rêver que Clark Gable va se faire planter là une bonne fois pour toutes par la sublime actrice : il finit par lui proposer de rester, elle décide de partir, qu’il ne la mérite pas…mais c’est sans compter  ces tristes finals hollywoodiens où l’on nous apprend à croire que revenir vers lui au dernier moment pour son sourire craquant est ce que l’on peut attendre, pour une femme, d’un HAPPY END…

S.G