DSK et prostitution : deux enseignements majeurs du #Carlton

15 octobre : manif suite verdict de Créteil

Je voulais faire une revue de presse des articles les plus intéressants à propos du procès du Carlton et de l’implication de Dominique Strauss-Kahn. Voici qu’un article de Slate fait absolument le tour de la question, sur un des deux points que je voulais aborder.
En effet, ce procès est exemplaire de deux faits transversaux de la question de la prise en compte judiciaire des violences sexuelles faites aux femmes. La première, c’est la question de l’impunité que la justice à tendance à perpétuer pour les perpétrateurs de viols. La seconde, c’est la question de la légalité de l’imposition d’un acte sexuel par l’argent, qui d’un coup ne semble pas relever de la contrainte, qui caractérise le viol.

Affiche de « NO » The Rape Documentary

Sur le premier point en effet, toutes les révélations des témoignages du Carlton nous disent ceci (voir liens à la fin de l’article) : les faits décrits par certaines femmes qui ont été prostituées pour DSK (à son insu ou non, ce n’est pas le point central, même si malheureusement c’est sur celui-là qu’il est jugé), sont des faits de viol. Donc, alors même que les accusations de proxénétisme à l’encontre du bonhomme semblent tomber, ce qui est révélé ici est plus grave : cela relève du crime et de la cour d’assises. Bien sûr, on a entendu la défense de l’intéressé : « moi je ne l’ai pas ressenti comme ça ». C’est d’un grotesque sans nom : en effet,  en quoi est-ce le ressenti de celui qui pénètre qui devrait compter dans des faits de viol ? Ce qui compte, c’est le ressenti de celle dont l’intimité est pénétrée. Et si le monde tournait à l’endroit, ce n’est pas celui de l’homme qu’on interrogerait, car il ne devrait pas y avoir d’ambiguité, s’il s’était préoccupé de ce que ressentait la femme. Il est donc urgent, (mais je rêve) que la notion de consentement soit revue : ce n’est pas le consentement qui doit être présumé, mais le non-consentement. Les militantes de la lutte contre le viol le disent comme Aishah Simmons aux Etats-Unis, en affirmant que oui, c’est oui, non c’est non, et le silence, ou l’hésitation, c’est non. Je discutais également cette question ici : « présumé-non-consentement » ?  au moment de l’affaire du Sofitel.

La réponse est donc claire : il faut, comme le redit dans ce documentaire radio de Frédérique Pollet-Rouyer  Marilyn Baldeck de l’AVFT, inverser l’adage : qui ne dit mot consent, c’est faux. La seule solution, c’est de partir du principe que « qui ne dit mot ne consent pas » ! Et que le consentement est donc à obtenir, puisqu’il semblerait que de trop nombreux hommes ne sont pas capables de ressentir le désir ou non-désir des femmes.

On n’en est pas là, malheureusement, et voici ce qui se profile, en ce qui concerne d’éventuelles poursuites de Strauss-Kahn pour viol :

« Selon Philippe Conte, pour que le parquet lance une nouvelle enquête, il faudrait qu’un témoignage entendu pendant le procès en cours indique clairement qu’il y a eu viol, mais le professeur juge l’hypothèse «peu probable» ».

Peu probable, alors que toute personne qui a bien écouté, bien lu les témoignages, se demande ce qui pourrait bien ne pas « indiquer clairement qu’il y a eu viol », et ce qui mériterait à tout le moins d’être jugé.

Deuxième point, le procès de la prostitution

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Marche de Rosen

Au-delà de l’affaire « Strauss-Kahn », qui semble avoir un comportement hors normes, même dans le cadre de soirées prostitutionnelles organisées, les témoignages du procès auront -on espère définitivement- permis de lever le voile sur la réalité de la prostitution, telle que nous la décrivons pourtant si souvent avec des témoignages. Même si les victimes souhaitaient le huis clos, on peut se dire que c’était mieux que le procès soit public. Ainsi, il n’est désormais plus possible de se voiler la face. Non seulement le proxénétisme c’est dégueulasse, mais de toute évidence, les clients-prostitueurs sont ceux pour qui cela existe, et s’en contrefichent des femmes qui leur sont ainsi « vendues » ou « offertes ». Elles sont pour eux des choses qu’ils utilisent à des fins de plaisir et d’exercice de violence en toute impunité.
S’il y a donc une chose que ce procès aura permis, c’est de mettre en lumière que sans client, il n’y a pas de prostitution, de violence prostitutionnelle, et que consentement ou pas, ce qu’à un moment l’argent permet, c’est l’achat du consentement, et l’achat de l’impunité si ce consentement n’est pas donné (car on l’a bien vu, un non ou des pleurs d’une femme ne les arrête pas). Connaissant la définition du viol (tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise), connaissant les motivations de l’entrée en prostitution des femmes (« remplir le frigo », « survivre »), on voit bien qu’il s’agit de contrainte.

La moindre des choses était donc que le Sénat inscrive enfin à l’ordre du jour le texte de la proposition de loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel. Elle sera discutée les 30 et 31 mars prochains. Désormais, à voir comment ce procès et les actions militantes précédentes, dont la marche de Rosen, ont permis d’ouvrir les yeux de l’opinion, on peut raisonnablement espérer qu’elle finira par être votée, avec son volet de sanction du client, et tous les autres qui dépénalisent et aident les personnes mises en prostitution. En tout cas, on continuera à faire tout pour !

Procès Carlton : une plaidoirie pour l’abolition 

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La déclaration de DSK est typique des paroles de violeurs 

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Edito de Libé: réalité 

Communiqué du Mouvement du Nid sur la PPL

Et soudain, la dignité s’est exprimée

DSK : nous ne voulons pas l’entendre, sauf devant la justice !

Cela passe quasi inaperçu. Dominique Strauss-Kahn a été interviewé pour ses « idées » en économie et cela a été diffusé sur une chaîne française.
Un an même pas et demie après son arrestation pour viol d’une femme employée au Sofitel, un an après l’abandon des charges pénales dans cette affaire, quelques mois après sa mise en examen pour proxénétisme dans l’affaire du Carlton en France, l’ancien Directeur du FMI fait un retour médiatique certes discret, mais significatif. D’autant plus quand on lit comment les journalistes en parlent.

Le voici impliqué dans des « scandales sexuels » : il s’agit en réalité d’implication dans des crimes. Le viol est un crime. Le proxénétisme et le viol des personnes prostituées aussi.

La formulation exacte dans le NouvelObs est la suivante : « Empêtré dans des scandales sexuels qui lui ont coûté son poste de directeur général du FMI et ses ambitions présidentielles ». 

Voilà. Un an et demie après des manifestations contre le sexisme quotidien et le fait qu’on ne s’intéressait qu’à DSK, qu’on invisibilisait les victimes, qu’on le présentait comme une victime, après ce qui a semblé être une prise de conscience -d’au moins les femmes dans la société-, nous serions revenus au point de départ ? DSK serait donc la victime de scandales ?

Dans La voix du nord, il n’y a même aucune allusion aux raisons pour lesquelles il a dû quitter son poste au FMI, et au fait qu’il est mis en examen.

Dans Le Figaro, ce sont bien des accusations contre lui qu’on parle, dans l’affaire de viol en réunion d’une prostituée ouverte au printemps. Il semblerait que le dossier soit bientôt classé. on pourrait également analyser cette affaire, où l’on lit que « DSK n’a pas été correct », qu’il y a eu « rapport de domination », mais que comme il n’y a pas eu coups, l’affaire serait classée. Comme si, encore une fois, le viol avait besoin de violence physique pour être un viol !

Dans les interviews qu’il a donné, il dit ne pas vouloir revenir sur la scène politique. Tant mieux. Mais nous ne voulons pas non plus qu’il donne son avis publiquement sur l’économie. Dominique Strauss-Kahn est un homme qui est poursuivi par la justice pour des faits d’une gravité sans nom.

Pis, il donne cette interview exclusive à LCI, alors même que dans 4 jours, l’affaire pour laquelle il est mis en examen pour proxénétisme aggravé sera examinée par la justice à Lille, dans un plan médiatique qui ne pourrait être mieux orchestré.

Il va donc falloir le redire, et sans relâche, que les féministes redonnent de la voix. Il est temps que la complaisance cesse. Cette homme n’a rien à nous dire, sur rien. Tout ce que nous voulons, c’est qu’il réponde de ses actes devant la justice.

Pas de justice, pas de paix !

Le crépuscule des dominants ? (DSK et autres)

En cette période, c’est l’hécatombe des dominants… qui s’enfoncent tous seuls.

Ainsi, ici même j’expliquais comment Marcela Iacub la juriste était allée tellement loin qu’elle s’était décridibilisée toute seule face à Muriel Salmona.

Ailleurs, il me semblait plutôt nécessaire de laisser le président sortant et bientôt sorti j’espère s’enfoncer de lui-même…

Enfin, il y a DSK. Qui réussit à faire son come-back entre les deux tours de l’élection présidentielle, dans un journal américain (il dira certainement qu’il ne voulait pas que cela paraisse à ce moment-là…), pour dire qu’il a été victime d’un complot. Alors que c’est son seul comportement qui est responsable de son écartement des affaires…car même s’il y avait eu complot (non pas que j’y croie), c’est bien parce qu’il l’avait rendu possible…

Je n’imagine pas qu’il croie que cela va servir la France, donc le candidat du parti dont il est issu, François Hollande, de déballer sa rancoeur. Il devrait savoir que cela ne peut faire qu’embarrasser son camp qui l’a trop soutenu trop longtemps. Il semble plutôt qu’il fasse ça « pour lui-même ». Ainsi quand le journaliste du New York Times, Jay Epstein, raconte leur entrevue, il fait part d’une interrogation : » Was it that, as a man of huge international renown used to being courted around the world, he perhaps felt he was invincible, a Master of the Universe? » « Est-ce que c’est cela, le fait qu’en tant qu’homme internationalement reconnu et habitué à être courtisé, il se sentait peut-être invincible, un maître de l’univers » ?

Il semblerait bien que oui, lui qui « ne doute pas qu’il aurait gagné l’élection présidentielle », et qui pense qu’il aurait eu de fortes chances de convaincre Merkel de sauver la Grèce…se prenne pour le maître de l’univers.

C’est clair. Un dominant ne renonce jamais. Et comme il croit que son impunité lui est dûe (cf les réactions de son ami BHL qui comprenait pas qu’on le traite comme n’importe quel prévenu), il est prêt à tout, même mettre en danger son pays, visiblement, pour conserver cette image de maître de l’Univers.

Il faut juste espérer que cela n’aura pas l’effet du pire.

S.G

Une remarque supplémentaire : un journaliste du NYT semble déterminé à suivre DSK et mettre en avant le maximum d’infos -peu probantes et interprétables- à sa décharge. Est-ce un hasard que ce soit un homme ? Une femme pourrait-elle simplement envisager de le rencontrer pour une interview ? Et quand aurons-nous une femme journaliste qui s’intéresse au sort de Nafissatou Diallo ? Et lui accordera au moins un peu d’importance ? Pour nous éviter de penser qu’encore une fois, elle n’était QUE femme, QUE noire, QUE immigrée, QUE femme de chambre ?