Pas de plan contre la traite sans pénalisation du client

les chiffres fournis par le gouvernement
les chiffres fournis par le gouvernement

Aujourd’hui, le gouvernement présente son plan de lutte contre la traite des êtres humains.
Un plan préparé avec la Miprof, mission interministérielle pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la traite des êtres humains, qui veut s’attaquer au fait que la France est à la fois un pays de destination privilégié des trafiquants d’êtres humains et de leurs victimes, ainsi qu’un pays de transit.

22 millions de personnes sont victimes de la traite dans le monde. Exploitées à des fins d’esclavage : travail forcé, un peu, prostitution, beaucoup. Car il ne faut pas s’y tromper, et rappeler deux faits à nouveaux très signifiants :

-les « personnes » victimes de la traite, ce sont en immense majorité des femmes et des enfants (dont surtout des filles) (source gouvernement, pas de chiffres à l’ONU)

-Les victimes de la traite le sont en grande majorité à des fins de prostitution : 80% selon l’ONU pour l’Europe

Ainsi, le plan que va proposer le gouvernement n’ignore pas cette dimension et prévoit de « construire un parcours de sortie de prostitution », assurer un accompagnement spécifique des mineurs victimes de la traite et mobiliser tous les moyens d’enquête (justice, inspecteurs du travail ou Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances) contre les réseaux.

Construire un parcours de sortie de prostitution, c’est bien. Se mobiliser pour lutter contre les réseaux, c’est bien. Mais il manque ici un élément législatif essentiel pour que le dispositif soit complet : la pénalisation du client-prostitueur. Car ce qui nourrit la traite, c’est le fait qu’elle génère beaucoup d’argent pour les trafiquants, parce qu’il y a demande de la part des clients prostitueurs. Les exemples de l’Allemagne ou des Pays-Bas montrent que là où la demande est favorisée par la loi ou la libéralisation, le trafic et la traite explosent. En Suède en revanche, où le client est pénalisé, les trafiquants ne sont pas intéressés.

Donc, il ne peut y avoir de plan contre la traite des êtres humains sans loi d’abolition du système prostitueur qui interdise l’achat d’un acte sexuel.

Ce qui se passe avec le sort fait aux filles et femmes au Nigéria en est un exemple d’actualité frappant, et c’est ce que souligne notre communiqué Abolition 2012 d’hier : c’est pour les clients-prostitueurs français et européens que des femmes et des enfants sont victimes de la traite. Il y a deux jours encore, un réseau nigérian de prostitution était démantelé à Caen. 5 l’avaient déjà été l’an dernier. Tant qu’il y aura de la demande, il y aura de la traite. Et même si on ne sait pas quel sera le sort des jeunes femmes enlevées par Boko Haram (on espère surtout qu’elles seront libérées), on sait qu’il y a un risque majeur pour qu’elles soient victimes de la traite à fin de prostitution pour des clients de nos pays européens.

Il ne reste donc plus au gouvernement qu’une seule chose à faire à l’heure le Président Hollande affiche sa volonté de lutter contre la traite, pour que la politique soit cohérente :  inscrire la loi sur le renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour du Sénat avant l’été, loi déjà votée à l’Assemblée nationale en décembre et qui inclut une disposition essentielle pour un véritable changement : la pénalisation du client-prostitueur !  ABOLITION !

Pour vous convaincre du lien entre prostitution et trafic, revoici le lien vers l’intervention de Rachel Moran, survivante irlandaise de la prostitution et brillante féministe, que j’avais traduite ici : https://sandrine70.wordpress.com/2013/10/12/rachel-moran-la-prostitution-nest-pas-le-lieu-ou-opere-le-trafic-mais-la-cause-du-trafic-sexuel/

S.G

Lutte contre le système prostitueur : il faut pénaliser le client !

Place de l'AbolitionLe 13 avril, et ces derniers mois, nous l’avons répété : la politique néo-abolitionniste est une politique globale de lutte contre le système prostitueur. Son premier objectif est d’imposer une nouvelle norme sociale concernant la prostitution, qui découle de ce que le logo du collectif Abolition 2012 exprime : prostitution = violence.
Cela, si l’on veut bien regarder la réalité en face, est une évidence. Tout le monde s’y accorde. C’est une violence pendant et après la prostitution (voir à cet égard la déclaration d’abolition ci-dessous) et qui prend sa source dans les violences patriarcales. C’est une violence sans nom, dont sont victimes des millions de femmes, des enfants et quelques hommes à travers le monde. Alors, si c’est une violence, que devons-nous faire pour l’enrayer ?

Il faut instaurer une nouvelle norme sociale, qui dise ces 2 choses :

-1- Les personnes prostituées étant les victimes de cette violence, elles doivent être traitées et considérées comme telles : cela veut dire qu’il faut les aider, les accompagner vers la sortie de la prostitution, leur proposer des soins, et des alternatives, et cesser de les abandonner ! Il faut donc y mettre tous les moyens possibles.

-2-Les coupables de cette violence doivent être pénalisés, comme tous auteurs de violence. Car de qui les personnes prostituées sont-elles victimes ? Des proxénètes, de l’Etat (qui en tire des revenus fiscaux) et doit donc cesser de tirer profit de la prostitution d’autrui.

Et surtout , elles sont victimes des hommes-prostitueurs qui achètent l’impunité d’un viol.
Si des hommes ne considéraient pas des femmes comme violables et achetables, la prostitution n’existerait pas. Si les hommes n’étaient pas éduqués à considérer qu’ils ont le droit -que ce soit par la norme sociale, la force ou l’argent ou la manipulation- de prendre possession d’autres êtres humains pour leur satisfaction-jouissance personnelle, qu’ils ont le droit ou qu’il est toléré de contribuer à la destruction d’autres êtres humains en échange d’un billet, parce qu’il y aurait des êtres humains destinés à cela, il n’y aurait pas de prostitution.

Aujourd’hui, face aux résistances de la société, qui ose à peine nommer le client comme responsable de cette violence, il n’ y a donc qu’une seule solution : pénaliser le client-prostitueur.

Ce n’est pas faire preuve d’ordre moral. Ce n’est pas une atteinte à la liberté de qui que ce soit. Je le dis pour ceux qui vont hurler si l’on ose proposer une peine de prison pour ce crime : se sont-ils tant affolés quand la loi a prévu 6 mois de pénalisation pour les victimes du système lors de la loi sur le racolage, alors que celle-ci pénalisait LES VICTIMES ?

Quelle peine faut-il mettre en place ? Si la prostitution est un viol, doit on alors rendre le client passible de peines de l’ordre du crime ? Sans doute, ce serait la logique d’une justice qui veuille mettre fin à la domination et à la violence, à la tolérance envers ce plus grand scandale de l’humanité. On ne peut imaginer en effet de commencer par un simple délit qui serait moins pénalisé que le simple vol de biens, encore moins par une simple amende : on verbalise pour les infractions au stationnement de véhicules, pas pour la destruction active et volontaire d’autrui.

Puisque la prostitution est une violence, une atteinte aux droits humains il faut d’urgence établir la norme sociale de l’interdiction d’achat d’un acte sexuel, et ensuite définir le viol prostitutionnel pour ce qu’il est.

Et il faudra que la loi frappe fort : parce que quand on sait déjà qu’en matière de violences sexuelles commises par les hommes contre les femmes, les peines sont très inférieures à ce que dit la loi, les viols sont correctionnalisés une fois sur deux, que les peines prononcées pour ces crimes sont souvent très faibles ce n’est pas en instaurant une infraction qu’on transformera une société prostitueuse en société de droits humains.

Sandrine GOLDSCHMIDT

Anti-abolitionniste et abolitionniste, ce n’est pas pareil…

Manif du 25 novembre
Manif du 25 novembre

Globalement, je ne trouve pas que les anti-abolitionnistes soient très forts sur les arguments qu’ils avancent. Ceux-ci sont très bien démontés à des tas d’endroits (ici ou là) par les militantes abolitionnistes de terrain.

En revanche, en particulier depuis qu’ils ont mis à la tête de leur « syndicat » (le STRASS, qui je le rappelle, n’est qu’une petite association non représentative), Morgane Merteuil, celle-ci a obtenu une audience sans pareille. Sa parole est entendue comme si elle était seulement le témoignage d’une personne mise en prostitution. Alors qu’elle n’est que secrétaire générale d’un groupe de pression et que c’est à ce titre qu’elle est invitée, et qu’elle est là pour promouvoir le message de ce groupe.

A ce titre, qu’elle affirme que « la prostitution est un choix par défaut », n’est absolument pas une nouveauté. Cela fait belle lurette que des représentants du STRASS ne disent pas autre chose. En revanche, ils ajoutent : cela ne l’est pas plus qu’autre chose, par exemple vendre sa force de travail à l’usine en faisant des gestes répétitifs.

Ce que certains ne veulent pas comprendre, alors même qu’ils reconnaissent que l’acte commis par ledit « client prostitueur » est un viol, c’est qu’un viol, ce n’est pas la même chose qu’un acte répétitif sur une machine-outil. Ce n’est pas « la location de son corps » : c’est la chosification-mortification d’une personne humaine au service du « plaisir » (provoqué non par une sexualité désirante mais par la construction d’une petite mort, jouissance-anesthésie de la destruction de l’autre) d’hommes déshumanisés (en effet, l’humain étant normalement muni de la capacité d’empathie, il ne devrait pas pouvoir supporter d’imposer un acte sexuel ou une pénétration non désirée, et devrait s’arrêter dès lors qu’il a le moindre doute sur l’envie de la personne d’être pénétrée -doute dont le client ne s’embarrasse pas puisqu’il a payé pour ne pas s’embarrasser). En outre, lorsqu’ils affirment que le « choix par défaut » est un choix de la misère, ils écartent l’autre cause majeure et première de ce non choix : la violence du système patriarcal.

Donc, l’argument selon lequel les anti-abolitionnistes se rapprocheraient de nous en demandant surtout l’abolition du racolage passif et des mesures d’accompagnement pour l’emploi est un leurre. Et apparemment, un leurre qui obtient désormais une certaine audience, même chez les abolitionnistes. Cela part clairement d’un bon sentiment : celui de ne pas s’en prendre à une femme (mais il ne s’agit pas là  seulement de la parole d’une individue, encore une fois, mais de la représentante d’un groupe de pression). Mais c’est un leurre, parce que le STRASS sait très bien qu’il doit passer pour celui qui défend les personnes prostituées pour empêcher l’adoption d’une loi globale d’abolition du système prostitueur.

Il me semble donc nécessaire de rappeler qu’au-delà des mots dits dans une émission télé, ce que fait le STRASS, c’est poursuivre des féministes en justice ou traiter les abolitionnistes (leurs discours) de première cause de mortalité des personnes prostituées, rien que ça !). Et tout faire pour se rapprocher d’un groupe politique (EELV) -(voir conférence de presse du STRASS avec E.Benbassa en décembre) pour qu’il fasse voter une loi d’abolition sur le racolage en urgence, et ainsi faire passer aux oubliettes une loi d’abolition du système prostitueur (lire à ce sujet l’article de Christine Le Doaré : http://christineld75.wordpress.com/2013/01/21/eevl-abolition-du-delit-de-racolage-oui-mais-pas-seulement/)

Pour participer à quasiment toutes les réunions du collectif Abolition 2012, riches en informations, enseignement, pour avoir eu la chance de suivre les deux jours de formation nécessaires pour entrer au Mouvement du nid, pour avoir vu et diffusé de nombreux films qui présentent les témoignages de personnes prostituées à travers le monde (ici et ou encore ou et …oui, oui, il y en a beaucoup), je peux témoigner du fait que les associations de terrain sont en pointe du combat pour l’accompagnement des personnes prostituées. C’est ce qu’elles font au quotidien en en rencontrant plusieurs milliers par an (au Mouvement du Nid ou Amicale du Nid) ou encore en militant pour le soin aux victimes (et en le pratiquant) :  Association mémoire traumatique et victimologie.

A chaque réunion, l’une ou plusieurs d’entre elles insiste sur la nécessité que la future loi soit forte sur ce point.

On y insiste moins sur le délit de racolage, puisqu’il sera abrogé. C’est une évidence et il le sera, fort heureusement, et nous y veillerons. Mais rien ne changera alors, si ces mesures d’accompagnement ne sont pas prises. Et elles ne le seront pas si un principe fondamental de société n’est pas posé : l’interdiction d’achat d’un acte sexuel.

Car pourquoi aider les personnes prostituées à ne pas faire de « choix par défaut » si ce choix n’est pas pire qu’un autre, source de toutes les violences et les traumatismes. Pourquoi aider les personnes prostituées à ne pas faire ce choix si dans le même temps, on trouve tout à fait normal que des hommes paient pour avoir le droit de violer une femme ? Car si c’est normal, il faut bien qu’ils puissent y avoir accès…

Donc, si l’abrogation du délit de racolage est quasi acquise, si les mesures d’accompagnement, nous luttons au quotidien et travaillons d’arrache-pied pour qu’elles soient prises en compte par l’Etat, en particulier en faisant connaître les conséquences des violences et les possibilités de soin et d’accompagnement, en diffusant les témoignages très nombreux des personnes prostituées survivantes qui expliquent la réalité de la prostitution (de la torture et du viol à répétition), il nous faut l’expliquer encore et encore : rien ne changera si l’interdit d’achat d’un acte sexuel n’est pas posé*.

Et sévèrement pénalisé. Parce qu’acheter pour la déshumanisation d’une femme, c’est un crime. Et que lorsque le principe sera posé, il se passera comme en Suède (si la loi est correctement faite, dotée et appliquée, et nous nous battrons pour cela), une évolution des mentalités. Ce ne sera plus alors la personne prostituée qu’on verra comme un problème, mais le client prostitueur qui apparaîtra pour ce qu’il est : un violeur, que nul n’aura envie de soutenir.

Sandrine Goldschmidt

*à ce propos, sur le terrain, aujourd’hui les personnes prostituées nous disent que le délit de racolage n’a jamais été aussi appliqué que depuis que la gauche est au pouvoir. Cela, dépend du choix des préfets dans l’application de la loi.  Et rien n’empêche, en attendant  que la loi globale soit votée pour abolir ce délit et inverser la charge pénale, les préfets ou le ministre de très facilement donner les instructions pour ne pas traquer les personnes prostituées. Qu’ils le fassent !

 

Une résolution adoptée, un discours entendu !

La résolution réaffirmant l’engagement abolitionniste de la France a été votée aujourd’hui à l’Assemblée nationale.

C’est une étape historique. Ca n’est bien sûr que le début. Mais la violence des tenants du système prostitutionnel ces derniers jours montre bien combien ce début était important. Depuis 60 ans, la France est abolitionniste. Mais les dernières actions de l’Etat, qui visaient plutôt à pénaliser les personnes prostitutées que les clients, en particulier avec la loi de 2003 sur le racolage, ne laissaient présager rien de bon. Et pourtant, l’acharnement d’une député-e à faire connaître à ses collègues la vérité de la situation des personnes prostituées, loin des clichés entretenus par les médias et les tenants de ce commerce (qui représente tout de même 15% des échanges mondiaux. Leur faire renoncer à monnayer des êtres humains n’est donc pas un tout petit enjeu…), ont payé.

Ainsi, être abolitionniste, c’est d’abord et avant tout vouloir une société sans prostitution, donc sans clients. C’est favoriser le monde des possibles pour tous les êtres humains et surtout les femmes pour qui c’est un enjeu économique et migratoire. Tant qu’il y aura des hommes qui pensent que l’on peut acheter le corps ou les services sexuels d’une femme ou d’un homme ou d’un enfant, il y aura des situations qui feront que certain-es feront ce faux choix.

Bien sûr, dans un monde qui fait n’importe quoi et dans lequel la France est certainement complice de nombreux trafics humains, cela peut paraître idéaliste. Mais c’est justement cela qui est important : qu’enfin, au moins là-dessus, la France, devenue si différente de l’image qu’elle a d’elle-même, affirme une position progressiste et tire le reste du monde vers le haut…pour y arriver, il y a encore beaucoup de boulot, c’est pour cela que ce n’est que le début. Merci aux député-es Bousquet et Geoffroy, aux militantes et militants qui luttent ensemble.

Certains articles ont bien rendu compte des enjeux du débat, comme celui-ci du Point (comme quoi les mêmes sont capables du meilleur et du pire…). Même des émissions de télé, qui en parlent, et enfin, donnent la parole à des abolitionnistes. Quand d’autres ne parviennent encore qu’à entendre le Strass et présentent son point de vue comme un évidence : « Alors que s’ouvre aujourd’hui à l’Assemblée nationale le débat sur l’abolition de la prostitution, qui fait une large place à la question de la pénalisation des clients, Le Plus accueille Thierry Schaffauser, travailleur du sexe et activiste (notamment au sein du STRASS), qui nous explique en quoi la pénalisation du client est une erreur.

En quoi la pénalisation est une erreur, même pas « selon lui »… c’est dire. Mais après tout, pire et meilleur, c’est aussi sur l’obs qu’on lit cela.

Il y a, chez les blogueuses qui « parlent de sexe », une grande complaisance envers le client, au nom de la liberté sexuelle…il faut donc redire comme Clémentine Autain a dû le faire face à des critiques indignes et malhonnêtes, combattre le viol (et l’ensemble des violences sexuelles, donc la prostitution), c’est libérer le désir.

Et bien sûr, on a les sites qui prônent un peu plus d’égalité dans l’information, qui en parlent :

Egalités infos, et Les nouvelles news

Enfin, encore une fois, un blog, celui de Rebecca Mott, toujours, survivante de la prostitution…

Tout ceci, pour dire que cela valait bien une résolution, même qui reste symbolique, pour qu’enfin on commence à entendre une autre voix, celle des hommes qui disent non et montrent la voie (zero macho vient d’ouvrir), en s’engageant à ne pas être clients.

Enfin, en attendant que « L’imposture » sorte en France,: vous pouvez voir le film de Marie Vermeiren, celui qu’il faut voir si ce n’est déjà fait en deux parties en cliquant sur les videos dans cet article.

et une chanson à propos…

« il y a des clients y a des salauds… »

S.G

Prostitution et respect des femmes : au fil des commentaires

Après une semaine de débat…et alors qu’on a tout entendu, en particulier la trouille des clients de ne plus pouvoir disposer de corps « libres » pour un peu d’argent…Quelques articles notables, qui replacent le débat là où il est sur Les nouvellesnews.

Et, ici même, suite aux deux articles publiés, un fil de commentaires qui me rend très fière de mes lectrices et lecteurs.

En tout cas, la plupart, et en particulier celui-ci, qui tout comme l’article des Nouvellesnews, dit ceci :

Il y a pourtant une question toute simple à se poser : la souffrance de quelques-unes à être empêchées de se prostituer est-elle plus vive que la souffrance de la grande majorité à y être obligées ou forcées ?

Il semblerait que beaucoup de gens intelligents le pensent…
Mais si intelligence était synonyme d’humanisme, le monde ne serait pas si laid ! L’humanisme sélectif se porte bien…
Je ne m’habitue pas à ce que des femmes soient solidaires des clients prostitueurs et pas des femmes prostituées.

Et aussi, la réponse de Lulu, remarquée dans le fil de commentaires,  et remarquable à une lectrice qui s’interrogeait.

«  vous semblez confondre deux choses qui n’ont rien à voir : le droit de coucher avec qui l’on veut simplement parce que l’on en a envie, qui est une revendication féministe, et le droit de ne pas être obligée de coucher avec qui l’on ne veut pas parce qu’on n’en a pas envie, qui est aussi une revendication féministe.
Si vous pensez que les prostituées choisissent leurs clients, ou si vous croyez que les clients des prostituées sont de jeunes hommes désirables qui savent bien faire l’amour, ou si vous croyez qu’une prostituée apprécie les nombreux actes sexuels qu’elle doit effectuer chaque jour, ou si vous vous imaginez que les clients cherchent le plaisir des prostituées et vont se comporter en conséquence, vous êtes mal renseignée sur ce qu’est la prostitution. Ou naïve et crédule.

Vos courriels déroulent une erreur du début à la fin : parce que vous êtes pour la reconnaissance du plaisir des femmes, vous devriez être contre la prostitution, et ne pas vous laisser embobiner par les arguments dignes des mimiles du café du commerce. Parce que vous voulez pouvoir assumer votre vie, comme vous dites, vous devriez vous opposer à une situation qui ne laisse justement aux femmes que la possibilité de subir et de survivre et vous demander pourquoi 90% des prostituées sont des femmes : si c’était si innocent et lucratif que ça, pourquoi les hommes exercent-ils aussi peu cette « profession » ? n’aurait-on pas ici une asymétrie qui met en valeur ce qu’est réellement la prostitution : le pouvoir exercé par l’argent (je simplifie), détenu majoritairement par les hommes, et non pas le « choix » des femmes ?

Tout comme les Mimiles cités plus haut, vous semblez confondre votre plaisir et le leur, votre liberté et leurs envies, vos droits – qui sont ceux de tout être humain – et leurs exigences d’enfants gâtés – reprenez-vous, réfléchissez à ce que vous êtes et à ce que vous pouvez faire pour réellement faire de votre vie ce que vous en voulez.

Quant à choisir d’épouser un homme uniquement pour son argent, puisque vous avez l’air de penser que cela est courant, si vraiment cela vous tente, personne ne vous en empêche. Remarquez toutefois que le contrat de mariage aussi bien que les us et coutumes vous garantissent une situation et des droits sans commune mesure avec l’argent et les dangers récupérés lors d’une passe. On ne voit pas bien alors comment on pourrait exciper d’une situation favorable (même si elle peut être très déplaisante) pour réclamer le maintien d’une situation proche de l’esclavage dans la plupart des cas.

En résumé, il y en a d’autres, et pour moi, la confrontation s des un-es et des autres, fait un joli débat, où à mon avis, certains arguments d’une grande rigueur et sorte d’évidence comme ceux cités ci-dessus (mais il y en a aussi d’autres), amènent à la même conclusion…

Bonne journée, et merci à toutes et tous. S.G

Réponse d’une abolitionniste à Badinter : à lire et écouter !

Suite à l’interview remarquée d’Elisabeth Badinter en réaction au rapport Bousquet , Cécile Aubry a écrit et dit cette lettre en réponse. C’est excellent, n’hésitez pas à la diffuser autour de vous ! Et merci à elle de la prêter à A dire d’elles.

Vou pouvez écouter la video, le texte est retranscrit ci-dessous.

 

« Madame Badinter,

Vous qui telle une pléiade d’étoiles médiatiques arborez le glorieux titre de philosophe,

Vous qui, par un curieux dévoiement, par approximation ou par hasard ? situez en France le moralisme victorien,

Vous qui haïssez les écologistes au point de faire de petits groupes de résistants qui tentent désespérément de préserver du massacre industriel et touristique quelques espèces et quelques ethnies sans défense les ennemis publics N°1.

Vous vous prononcez en faveur de la liberté sexuelle ABSOLUE comme si l’on ne pouvait lire au cœur même de la déclaration des droits humains que la liberté se définit par des limites.

 Qu’est-ce à dire que cette liberté dont vous parlez ?

 Certes vous reconnaissez que des filles, pauvres petites, pas même des femmes, sont dans les rouages de la traite, que l’esclavage, ce n’est pas beau et qu’il n’y a pas assez de policiers qui font bien leur boulot pour les sortir de là.

 Mais en dehors de ça, celles qui ne viennent pas d’un autre pays miséreux, les vraies femmes responsables et libérées, c’est-à-dire celles qui assument pour de bon leur sexualité féminine d’objet consommable, elles le veulent. C’est vraiment, une vocation puisqu’elles le font dans leur propre pays et, semble-t-il, sans souteneur.  Et quand femme veut, Dieu le veut, donc du moment qu’une minorité de femmes le veut, qu’importe ce que les clients font de toutes celles qui ne veulent pas. La volonté élite libre et festive mériterait donc selon vous qu’on négligeât les nombreuses autres infiniment moins chanceuses dont la prostitution mine l’existence violemment ou à petit feu.

 Or dans cette affaire où est-il question de liberté sexuelle ? Veut-on limiter la fréquence ou la durée des rapports sexuels, restreint-on la diversité de toutes les positions imaginables connues au répertoire ou même le nombre de partenaires participant au coït ?

Cela n’en a pas l’apparence. Peut-être espère-t-on limiter la toute puissance de l’argent sur les êtres humains tout comme les écolos que vous détestez tant espèrent sauver le vivant de son emprise, parce que les corps libres ne sont pas monnayables.

 Ainsi, Madame Badinter, ce n’est pas en soutenant le pouvoir de tout acheter que vous serez secourable à la Liberté humaine. »

Cécile Aubry

Printemps et progrès humain : ressources

Il n’y a pas à dire…cette période, mi-avril, est bien particulière…printemps, entre renaissance, nouvelle vie, disparitions, renoncements au passé…le temps où les arbres ont encore de belles fleurs mais déja quelques feuilles vertes…rose et vert…une période où il fait bon courir pour libérer les toxines et observer la nature.

Est-ce pour cela qu’on voit aujourd’hui une floraison d’articles nous aidant à voir dans l’abolition de la prostitution un progrès humain ?
C’est surtout parce que le rapport parlementaire de Danielle Bousquet est sorti, et, qu’une fois n’est pas coutume printanière, on donne la parole à celles et ceux qui croient qu’on peut aller vers ce progrès.

Avec cette tribune dans Le Monde de Danielle Bousquet et Guy Geoffroy. Avec le dernier numéro d’Osez le féminisme qui se consacre à la question et prend clairement le parti d’une politique du côté des personnes prostituées et de la responsabilisation du client. Avec ces articles des Nouvelles News qui mettent en avant qu’il ne s’agit pas seulement de punir le client. Et bien sûr, ici, encore et toujours

A lire et faire partager, c’est le printemps, un autre monde est possible….

« Payer pour un rapport sexuel, c’est l’imposer »

C’est terrible, une couverture médiatique. Une ministre, somme toute courageuse, parle de pénaliser le client…et voilà que les sites internet (le parisien, orange…) font des sondages instantanés à la con êtes-vous pour ou contre ?

Mais évidemment, ça fait râler, on crie au moralisme, à la répressivité. Parce que c’est une question débile ! Parce qu’avoir une politique de pénalisation du client, cela veut dire beaucoup PLUS qu’être pour taper sur les doigts des clients. Cela veut dire faire une politique globale dont le fond est le renversement de la honte et de la focalisation sur les personnes prostituées. C’est pour ça que j’ai écrit ce billet il y a deux jours. Il ne s’agit pas de punir, il s’agit de faire prendre conscience, enfin, à la société, que le corps des femmes n’est pas à vendre, et que quand il y a prostitution, ce n’est pas parce qu’une femme a envie de chercher son plaisir de cette façon (si si, c’est une idée qui court) et encore moins parce que c’est « la même chose que vendre son travail manuel »…que « payer pour un rapport sexuel, c’est l’imposer », comme le dit un homme dans le clip ci-dessous.

C’est de dire que seule l’existence d’une demande de sexe tarifé, c’est à dire dans le déni du désir de l’autre, explique l’existence de ce trafic. C’est juste une déclinaison de l’esclavage. Le « maître » de l’esclave a « besoin » du « travail de l’esclave », en fait du tout pouvoir sur son corps pour ne pas avoir à chercher une autre forme de relation ou à s’interroger sur sa position. Le maître et le proxénète, a « besoin » du « travail du sexe », en fait du tout pouvoir sur le corps d’une femme pour ne pas avoir à chercher une autre relation ou à s’interroger sur sa position de maître, de dominant.
Ainsi, ce qu’on demande lorsqu’on dit qu’on est pour la pénalisation du client, ce n’est pas de punir. C’est seulement de dire : ce ne sont pas les personnes prostituées qu’il faut incriminer. C’est la demande qu’il faut éliminer. Pour cela, l’amende n’est qu’un moyen, au sein d’une politique beaucoup plus globale, qui consiste d’une part à communiquer sur le fait que le corps des femmes n’est pas à vendre, d’autre part à encourager les hommes qui pensent qu’on achète pas le corps des femmes, à le dire haut et fort (tout en faisant des politiques de sortie de la prostitution pour les personnes prostituées).
C’est ce qui se passe en Suède, où cette politique globale existe, et qui est le seul pays où la prostitution diminue, contrairement à ceux où la réglementation fait des personnes prostituées les proies tout à fait légales du système.

Voici deux clips qui montrent que les choses peuvent être différentes