Prostitution : le Sénat recule, l’abolition marche !

DSCF6912Il y a quelques mois, au moment de la marche de Rosen, nous brandissions un beau slogan trouvé par Claire : « le Sénat piétine, Rosen marche ». Aujourd’hui, le Sénat a changé de majorité, et c’est encore pire. Il ne piétine même plus, mais il vient de faire reculer un combat vers le progrès pour les femmes. En effet, comme je le disais la semaine dernière, les sénateurs ont voté pour le maintien du délit de racolage passif et  contre la responsabilisation-pénalisation des clients-prostitueurs.  1/ L’hypocrisie : la prostitution est une violence, il ne faut pas pénaliser les femmes, alors pénalisons-les ! En clair, cela veut dire qu’ils ont décidé de revenir à une politique d’un autre âge, celle qui consiste à pénaliser les victimes -tout le monde en effet pendant les débats n’a cessé de dire que la prostitution était une violence et qu’il ne fallait pas s’en prendre aux femmes (et aux hommes, très minoritaires), mais a conservé la seule mesure qui les pénalise à coup sûr; une hypocrisie dénoncée par le Mouvement du Nid (voir lien en fin d’article). Mieux, Jean-Pierre Godefroy, curieux député socialiste qui connaît très bien la violence de la prostitution (il a été l’auteur avec l’UMP Chantal Jouanno d’un rapport sans ambiguité sur le caractère violent et forcé de la prostitution), qui est celui qui a fait piétiner le Sénat pendant 16 mois avant de devoir démissionner dix jours avant le vote de la présidence de la Commission spéciale, s’est fendu d’un argumentaire dont la logique lui est propre. Il n’a cessé de dire qu’il était du côté des femmes, que c’est à elles qu’il pensait lors de ses interventions. Pour au final, affirmer qu’elles ne devaient surtout pas être pénalisées. Et du coup, il fallait donc les pénaliser par le délit de racolage, mais surtout il ne fallait pas pénaliser les clients-prostitueurs, car cela pénaliserait…les femmes. Allez savoir ! Mais au final, il se déclarait favorable à une pénalisation des clients qui « achèteraient » des des actes sexuels à des femmes qui se prostituent sous la contrainte. Curieuse idée qui a curieusement eu l’aval de Chantal Jouanno -mais qui aurait rendu la mesure caduque et dangereuse (l’amendement déposé par Chantal Jouanno a été retoqué). DSCF6837En effet : soit la mesure était appliquée, et ladite contrainte était systématique (et donc la précision inutile) : en effet, en matière d’acte sexuel, la règle est l’acte libre de toute contrainte. Or, un contrat, s’il règle des principes entre deux parties, instaure une contrainte : en effet, en échange d’argent, une personne DOIT un service. C’est donc une contrainte, légale, mais une contrainte. Or, en matière sexuelle, il ne peut y avoir de contrainte légale, car la contrainte fait partie de la définition des agressions sexuelles et viols. C’est donc absurde. Ou alors -et malheureusement c’est ce qui je crois se passerait, on applique la mesure à la façon dont la justice traite les affaires de violence sexuelle. C’est la connaissance du fait que la personne prostituée est sous contrainte, qui déterminerait la culpabilité du client -autant dire qu’il lui suffirait de dire, comme un triste sire célèbre, « qu’il ne savait pas » qu’elle était contrainte, et que cela suffirait -encore une fois, à rendre la mesure caduque et l’impunité des hommes totale. La vraie raison de cette proposition, était la défense du « droit du client », encore une fois…et de celui de se prostituer « librement ». En effet, selon Godefroy, il faudrait que la loi affirme haut et fort que celles qui le veulent ont le droit qu’on leur achète un acte sexuel, tout en reconnaissant que l’activité est source de violence, et qu’elles sont très minoritaires. Ainsi, on ferait une loi pour l’ultra-minorité qui -en suivant le raisonnement ci-dessus- permettrait de généraliser la situation à toutes…rendant encore une fois toute forme de pénalisation du client-prostitueur caduque. La liberté de quelques unes et de tous les prostitueurs étant décrétée plus importante que l’esclavage subi par l’immense majorité ! Pénaliser des personnes pour les protéger, la dernière trouvaille de la droite DSC_0091J’ai beaucoup aimé cet argument du « il nous faut le délit de racolage, parce que sinon, il n’y a aucun moyen de démanteler les réseaux : arrêter les femmes, c’est pour les protéger. En brandissant la menace de peines de prisons et d’amende, c’est tout à fait logique…on imagine en effet, qu’elles se sentent protégées depuis dix ans par le délit de racolage…à noter que le rétablissement du délit de racolage, voulu par l’UMP, qui l’a majoritairement voté (grâce à un scrutin public qui permet de voter pour les absents…il n’y avait quasiment personne dans l’hémicycle), n’a pas trouvé d’autre argument que celui-ci. Alors même que tout le monde reconnaît qu’en douze ans, il n’a en aucun cas aidé à renforcer la lutte contre les réseaux de proxénétisme. Sur la pénalisation du client ensuite, Jean-Pierre Godefroy -toujours lui- est allé très loin dans la logique de l’absurde : en effet, il a affirmé qu’être sanctionnable met le client en position de force face à la personne prostituée. Etant pour la première fois dénonçable par les personnes contre lesquelles il exerce des violences, il se retrouverait donc en position d’imposer des violences supplémentaires. Allez comprendre… Alors que la Suède montre que lorsqu’un client-prostitueur est arrêté, sa victime est guidée vers des associations qui peuvent l’aider. Bref, Jean-Pierre Godefroy, qui a donc été président de la Commission spéciale pendant 16 mois, nous a alors encore gratifié hier d’un argument imparable : « il faudrait encore du temps pour réfléchir ». Faut-il lui rappeler que c’est depuis le rapport Bousquet-Geoffroy en 2011, fruit d’une longue enquête, que la politique est discutée par les politiques, à l’Assemblée puis au Sénat ? Quatre ans de travail parlementaire ne seraient pas suffisant ? Est-ce une façon de nous faire croire qu’il n’avait pas, dès le départ, une idée bien précise de ce qu’il voulait et ne voulait pas, c’est-à-dire qu’il ne voulait pas du tout de la pénalisation des clients…pour protéger ce « droit de l’homme »?

2/ Le mensonge sur la Suède, pour décrédibiliser la pénalisation DSC_0156Lors du débat, on a beaucoup entendu des copié-collé des discours des associations « de travailleuses du sexe », celles qui s’autoproclament représentantes des personnes prostituées. Ainsi, la décrédibilisation des chiffres concernant le modèle suédois. Malheureusement, le cadre du débat ne permettait pas vraiment de répondre à ces arguments. Mais pour l’opinion, il est important d’y revenir. -La pénalisation fragiliserait les personnes, et la violence augmenterait ? On a beaucoup entendu cela. En effet, Médecins du Monde, Act-up n’ont de cesse de dire que la pénalisation repousserait la prostitution dans des lieux encore plus reculés ou sur Internet, exemple de la Suède à l’appui. Or, quelle est la réalité des chiffres, ceux avancés par les adversaires de la pénalisation, comme la sénatrice Esther Benbassa, qui s’est drapée dans sa « formation scientifique » pour donner des chiffres « indiscutables »? Ainsi, si la prostitution de rue aurait diminué en Suède, mais elle aurait explosé sur Internet. Chiffres à l’appui d’un tout récent rapport commandé par le gouvernement, qui dit que « Le nombre d’annonces d’escorte a nettement augmenté au cours des huit dernières années entre 304 et 6965 annonces ». Certes, mais si l’on veut bien lire un peu plus loin : « les autorités qui ont étudié les annonces d’escorte sur internet constatent qu’une même personne prostituée se retrouve souvent sous différentes identités, et que chaque annonce peut être reprise sur de nombreux sites, portails, qu’il y a aussi d’anciennes annonces inactives… etc. (Ainsi les experts constatent qu’un même numéro de téléphone se retrouve sur de nombreux sites. Ceci est également confirmé par d’autres experts qui travaillent sur le terrain.) Il est écrit dans le rapport que : « DANS CE CONTEXTE, IL N’Y A RIEN QUI INDIQUE QUE LE NOMBRE RÉEL DE PERSONNES PROSTITUÉES A AUGMENTÉ. » . Voilà donc pour cette belle affirmation scientifique. Ce n’est qu’un exemple de la façon dont un même chiffre peut être sorti de son contexte et utilisé pour dire le contraire de ce qu’il dit. Et cela sans compter que l’augmentation de ce type de chiffres sur internet, n’est absolument pas plus forte en Suède qu’ailleurs, et donc qu’on ne peut pas en tirer une comparaison. Il y aurait nombre d’autres exemples à tirer de ce rapport, mais il faut un peu de temps pour les traiter sérieusement, et des articles à ce sujet paraîtront probablement dans les semaines qui viennent. Celui-ci, mis en ligne sur la mine d’informations « Ressources prostitution », est à lire : « Les données montrent que mettre fin à la demande fonctionne » (voir le lien en fin d’article) On a également entendu dire donc, que la violence envers les personnes prostituées n’aurait pas diminué, et que le modèle suédois ne marcherait pas. Pourtant, voilà deux chiffres incontestables qui viennent nous signaler que ce n’est peut-être pas tout à fait exact. Ainsi, alors qu’il y a en moyenne 5 prostituées assassinées par an en France, il n’y en a pas eu depuis dix ans en Suède. Par ailleurs, le taux de prévalence du SIDA en Suède chez les personnes prostituées est 5 fois inférieur à ce qu’il est chez nous. Comment interpréter dans ce contexte, ce « haro sur la Suède », sinon comme un effet de propagande, qui arrange le législateur ?

3/ Le machisme du Sénat s’incarne dans la défense du « client »-prostitueur DSC_0107En effet, avec le Mouvement du Nid, je ne peux que souligner que la question de la volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes et de faire reculer la violence envers les femmes est centrale dans le cas qui nous occupe. Ainsi, le fait qu’une société soit avancée en matière d’égalité ou non influence le vote. Je cite le CP du Mouvement du Nid : « Le Mouvement du Nid rappelle que dès le 8 juillet 2014 en commission spéciale, 75% des sénateurs ayant voté pour la pénalisation des clients étaient des femmes alors que 75% des sénateurs ayant voté contre étaient des hommes. Il rappelle aussi que dans son classement mondial sur l’égalité femmes-hommes, publié en octobre 2014, le Forum Economique Mondial indiquait que la Suède, la Norvège et l’Islande, trois premiers pays au monde à avoir dépénalisé les personnes prostituées et pénalisé les clients, faisaient partie des quatre pays au monde les plus avancés en matière d’égalité femmes-hommes. Il note enfin que la Suède comptait, dès 1999, 48% de femmes au Parlement au moment de l’adoption de sa législation abolitionniste. Dans cette continuité, le Mouvement du Nid tient à saluer la mobilisation remarquable de nombreuses sénatrices de tous bords qui se sont exprimés avec cohérence, force et clarté lors du débat. (…)Ce sont ces voix fortes et claires que l’Histoire retiendra très prochainement. Je citerai pour ma part la formidable cohérence et clarté de la sénatrice Laurence Cohen (PC)…ce qui n’est pas étonnant puisqu’elle travaille sur la question depuis 15 ans !

4/ Pénaliser le « client-prostitueur », pour réaffirmer les droits humains En résumé si l’on analyse jusqu’au bout ce qui s’est produit au Sénat, on peut souligner en citant  l’article du Monde « Le Sénat pénalise les prostituées mais pas leurs clients », que c’est le résultat logique du lobbying des associations hostiles à la pénalisation. En effet, en affirmant des contre-vérités sur les effets de cette mesure, ils ont non seulement mis à mal la cohérence d’un projet reposant sur 4 piliers dont la responsabilisation du client, un projet de progrès pour les droits humains, mais en plus ils ont encouragé les plus rétrogrades des législateurs à maintenir une pénalisation des prostituées, puisque tout le monde est obligé de constater, qu’avec 97% de personnes soumises au trafic, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas de problèmes et ne rien faire du tout. Sauf qu’au lieu de faire avancer les choses, on fait la même chose que ce qui ne marche pas depuis dix ans. En revanche, je reste optimiste, car l’abolition est en marche, et marche ! La France a toujours aujourd’hui la possibilité de faire changer les choses, en faisant adopter à l’Assemblée nationale un texte auquel aura été rendue sa cohérence. C’est ce pour quoi nous nous mobiliserons bien évidemment, et il n’y a pas de raison de penser que cela ne se produira pas. De nombreuses députées seront en effet là comme fin 2013 pour y réussir. Dommage qu’il ait fallu perdre de précieux mois qui font perdurer une situation actuelle qui est inique et insupportable pour les personnes prostituées.

5/ Revue de presse  Une nouvelle tribune de médecins, dont le fondateur du SAMU social, Xavier Emmanuelli, en faveur de la pénalisation : Dépénaliser les prostitué(e)s, pénaliser les acheteurs de sexe!

réactions au vote L’article du Monde Article des Nouvelles News

CP du Mouvement du Nid : un vote réac, déshonorant et irresponsable ! 

CP d’Osez le féminisme : « Pour le Sénat, le client est roi » ! 

CP des Effrontées : une loi en avant, dix ans en arrière

CP du CNDF : « Ils ont osé » ! 

Marisol Touraine tient à la pénalisation du client

La décision d’un Sénat de machos

Réactions de Laurence Cohen et Brigitte Gauthier-Morin

Communiqué de Catherine Coutelle

Réaction de Zeromacho

CP d’Abolition 2012 avant le vote Haut comité à l’égalité F/H

Retours sur le modèle suédois : 

Abolir le système prostitueur pour réaffirmer les droits humains

Pourquoi la Suède est un bon modèle

L’impasse du réglementarisme

Les données montrent que mettre fin à la demande fonctionne

De nombreux autres articles ici

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Prostitution : le Sénat-UMP marche sur la tête

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Certaines personnes arguent en ce moment que droite et gauche « molle » au pouvoir, c’est pareil. Certes, la gestion des affaires « habituelles », économie, budget, déficit ne semble pas particulièrement différente. En revanche, si vous voulez voir où est la différence, c’est sur l’archaïsme de la politique en matière de droits et défense des personnes humaines. Ainsi, le Sénat de l’époque du PACS avait-il voté un PACS sans l’article sur le PACS…heureusement remis ensuite par les députés de l’Assemblée nationale.

Sur la lutte contre la prostitution, qui est la source d’un trafic mondial d’être humains et de mise en esclavage sexuel de femmes et d’enfants (en immense majorité), le Sénat repassé à droite l’an dernier a décidé de frapper fort. En effet, la Commission spéciale, nouvellement dirigée par le sénateur UMP Jean-Pierre Vial après démission de Jean-Pierre Godefroy (PS), a décidé, comme l’indique le Mouvement du Nid dans son communiqué (voir ci-dessous), de revenir 10 ans en arrière, après avoir fait traîner le texte 16 mois en commission… (depuis le vote par l’Assemblée nationale du texte de progrès en décembre 2013). Bref, un texte qui sera discuté la semaine prochaine qui ne sert à rien, puisqu’il entérine le status quo.

Oui, vous avez bien lu : non seulement la Commission spéciale se dit défavorable à l’amendement qui rétablit la responsabilisation-pénalisation des clients-prostitueurs (ceux qui sont à la source de la demande et dont la violence envers les femmes n’est plus à démontrer, cf cet article), mais en plus elle s’annonce favorable à l’amendement qui rétablit le délit de racolage, actuellement en vigueur, mais que le texte supprimait fort heureusement.

Ainsi, on en revient à la politique classique du mâle : on pénalise les personnes prostituées (qui restent ainsi les seules victimes que la loi pénalise), et on dédouane les prostitueurs de toute responsabilité dans le trafic mondial d’êtres humains et les violences faites aux femmes.

Voici donc qu’il est nécessaire de rappeler les éléments de base : aujourd’hui

-L’abolition est la seule solution

-Pourquoi il faut pénaliser le « client » prostitueur, car c’est lui qui est auteur des violences et à la source du trafic 

-Une politique abolitionniste n’a de sens que globale, avec des accompagnements à la sortie de la prostitution, avec un simple traitement normal et humain des personnes,

En  résumé, « Pour les personnes prostituées, contre le système prostitueur »

Abolir le système prostitueur c’est oeuvrer pour les personnes prostituées

Gageons qu’il faudra donc encore attendre la deuxième lecture à l’Assemblée nationale pour aller vers cet objectif…la lutte continue !

 

Communiqué de presse du Mouvement du Nid
Alerte PPL prostitution 
Répression pour les victimes et impunité pour les auteurs :
le Sénat travaille 16 mois pour revenir 10 ans en arrière !
 
Communiqué de presse du Mouvement du Nid – 26 mars 2015
 
Réunis en Commission spéciale mardi 25 mars, à quelques jours du vote en plénière sur la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, les sénateurs ont annoncé leur intention : ne surtout pas toucher à l’impunité des clients prostitueurs et rétablir au contraire la répression à l’encontre des personnes prostituées. Le Mouvement du Nid dénonce avec la plus grande vigueur cette tentation de revenir à une politique archaïque et injuste qui va à l’encontre des engagements croissants contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité femmes-hommes des Gouvernements, de droite et de gauche, en France et en Europe, depuis 15 ans.
« Nous sommes consternés de constater que ceux qui, pendant 16 mois, ont fait obstruction à la pénalisation des clients afin de soi-disant protéger les personnes prostituées, proposent aujourd’hui de s’attaquer directement à elles en maintenant le délit de racolage » a déclaré Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid.
« Il y a quelques semaines seulement, à l’occasion du procès Carlton, la France réalisait à l’écoute des personnes prostituées accompagnées par le Mouvement du Nid, à quel point la prostitution était une violence dont les clients prostitueurs sont les premiers responsables. Et voilà qu’aujourd’hui, le Sénat leur répond : « pas question de pénaliser les clients, nous maintenons la répression contre les personnes prostituées » » a renchéri Claire Quidet, porte parole du Mouvement du Nid.
La Commission spéciale, nouvellement présidée par le sénateur UMP Jean-Pierre Vial, a en effet donné un avis favorable à l’amendement UMP visant à rétablir le délit de racolage, et un avisdéfavorable à l’amendement socialiste visant à interdire l’achat d’un acte sexuel.
 
La position de la rapporteure socialiste, Michelle Meunier, soutenue depuis mardi par une position du groupe socialiste en faveur de l’inversion de la charge pénale, et par le Gouvernement représenté la semaine dernière en audition par la Secrétaire d’Etat aux droits des femmes, Pascale Boistard, n’aura donc pas résisté à un clivage partisan déshonorant, qui semble malheureusement prendre le dessus à une semaine du vote.
Alors que l’Assemblée nationale avait construit de façon transpartisane un texte global, cohérent et ambitieux autour de son président de commission spéciale, Guy Geoffroy (député UMP) et de sa rapporteure, Maud Olivier (députée PS), le Mouvement du Nid déplore les 16 mois perdus au Sénat pour aboutir au status quo, c’est-à-dire à la pénalisation des personnes prostituées et à l’impunité de ceux qui exploitent leur précarité pour leur imposer un acte sexuel par l’argent.
« Parce que les victimes du système prostitutionnel et de la traite des êtres humains, 16 mois après le large vote de l’Assemblée nationale en décembre 2013, demeurent abandonnées par les politiques publiques françaises, le Mouvement du Nid appelle solennellement le Sénat à être à la hauteur de l’enjeu représenté par cette proposition de loi pour la construction d’une société plus juste et moins violente » conclut Jacques Hamon, président du Mouvement du Nid.

« Sortir des sables mouvants » et lutter contre le machisme, « plus vieux métier du monde » #343

Aujourd’hui un manifeste des #343 machos (salauds) fait beaucoup de bruit. Des hommes qui revendiquent par cet élégant « Touche pas à ma pute », le droit de « disposer du corps d’autrui », se référant aux 343 femmes (ensuite appelée s******s par d’autres) ayant signé qu’elles avaient exprimé le droit de disposer de leur corps en avouant -alors que c’était illégal et qu’elles risquaient la prison, avoir avorté, c’est un signe des temps.
On vous le dit, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, puisque ce n’est pas un métier, le machisme, lui, a définitivement gagné ses galons de plus vieille bêtise du monde…

Car ces « 343 » (poignée en fait semble-t-il), n’ont même pas attendu qu’acheter un acte sexuel soit interdit par la France (ce qui le sera probablement dès le 27 novembre), et ne risquent…rien ! Et même après, ils risqueraient tout au plus une amende…alors leur courage, ma foi…

en vérité, ils revendiquent le droit de disposer d’autrui, le droit de payer un être humain, le droit d’esclavage (car le consentement n’est pas pertinent en matière d’esclavage), non pas sur le seul corps d’autrui, en l’occurence d’une femme, mais sur sa personne entière.

Car « mon corps » ne peut être dissocié de moi ni aucune de ses parties, comme le dit Kajsa Ekis Ekman dans « L’être et la marchandise », dont je parlerai ce soir à 18h30 à l’émission Femmes libre de Radio libertaire.

Mais plutôt que de m’étendre sur les prouesses de ces #343machos, je vous propose de lire ce nouveau témoignage de la campagne d’Abolition 2012, « Un jour, un témoignage ».

SORTIR DES SABLES MOUVANTS  (anonyme)

Et ensuite, il ne sera plus nécessaire de faire allusion aux soubresauts de queques uns qui regrettent un passé qui était tout à leur avantage, rien qu’à leur avantage…

S.G

Abolition : les jeunes se rallient, les prostitueurs dans le collimateur

Trois infos importantes aujourd’hui :

Capture d’écran 2013-09-24 à 15.44.26D’abord, le site d’Abolition 2012 a fait peau neuve : c’est le lieu où se trouvent nos recommandations et les signataires de l’appel (et ou vous pouvez le signer, d’ailleurs). Ensuite, il renvoie vers les outils « d’actualité », blog, réseaux sociaux d’Abolition 2012.
Parmi ces outils, outre Twitter et Facebook, un nouveau Tumblr, conçu par Lise Fée Ministe, dont le Scoop.it est déjà célèbre, qui présente des « paroles de clients ». Paroles de prostiteurs, donc, que la loi -si elle est inscrite au Parlement proposerait de pénaliser par -en premier lieu, une amende (délit en cas de récidive).

A lire les paroles de ces hommes qui achètent des femmes comme de la viande, on comprend toute l’intensité de la violence de l’acte prostitutionnel. AVERTISSEMENT : la lecture n’en est pas facile, tellement c’est violent…

C’est ici : http://prostitueurs.tumblr.com/

Autre initiative du jour, l’appel des jeunes pour l’abolition, paru dans Libération, et qui a son site ici :

abolijeunes

http://lesjeunespourlabolition.fr/ 
– Fatima Benomar, Secrétaire Générale des EfFRONTé-e-s
– Ivan Demanthon, Président de l’Union Nationale Lycéenne (UNL)
– Vanessa Favaro, Présidente de La Mutuelle des Etudiants (LMDE)
– Nordine Idir, Secrétaire Général du  Mouvement des Jeunes Communistes Français (MJCF)
– Anne-Cécile Mailfert, Porte Parole d’Osez le féminisme ! (OLF)
– Thierry Marchal-Beck, Président du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS)
– Hugo Pompugnac, Secrétaire Général de l’Union des Etudiants Communistes (UEC)
– Emmanuel Zemmour, Président de l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF)

A noter qu’un rassemblement « les jeunes pour l’abolition » est appelé ce soir sur L’île aux Cygnes à Paris près de la « statue de la Liberté ») à 19h30

POUR les personnes prostituées, CONTRE le système prostitueur.

Ce week-end, j’ai amélioré ma connaissance du système prostitueur auprès de personnes remarquables qui militent toute l’année au mouvement du nid pour un monde où l’achat d’un acte sexuel serait interdit. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’abolitionnisme. Notre but premier n’est pas de « punir » les clients. Il ne s’agit pas de « faire la morale ».  Mais de libérer le monde des femmes de la violence – parce que la prostitution est rarement un choix, et toujours une violence. C’est donc un projet humaniste.

Lutter contre le système prostitueur, cela n’est pas anodin. S’agit il de lutter contre la prostitution ? Oui. Contre le système prostitutionnel ? Non. Parce que dans le système prostitutionnel, il y a les personnes prostituées. Elles, nous devons les défendre et les accompagner. Au mouvement du nid, les bénévoles, qui sont moins de 300, rencontrent chaque année environ 5000 personnes prostituées. Si on regarde le rapport Bousquet, qui avance le chiffre de 20.000 personnes prostituées en France, qu’on le multiplie par 2 en se disant que c’est peut-être sous-évalué, on se rend compte alors que cette association de 70 ans est celle qui représente le mieux les personnes prostituées : parce qu’elle en rencontre, chaque année, de 1 sur 4 à 1 sur 8 d’entre elles.

S’agit-il d’éradiquer la prostitution ? Non, l’esclavage a été aboli, il existe malheureusement toujours; Nous ne sommes pas prohibitionnistes. Il s’agit de l’abolir. Et ce, pour des raisons qui méritent d’être expliquées en longueur. C’est pour cela que cet article, une fois n’est pas coutume, sera un peu longuet…

Quand les abolitionnistes disent qu’ils luttent contre le système prostitueur, ce qu’ils et elles disent, c’est en fait : nous luttons POUR les personnes prostituées et contre le système prostitueur. Qui compose ce dernier ? Les proxénètes : ils sont déjà punis par la loi, et la France est un des rares pays d’Europe où la répression du proxénétisme est une réalité. Ainsi, il est interdit de profiter de la prostitution d’autrui.

Deuxième prostitueur sans qui le système ne peut exister : le client. C’est lui qui est à la source de la demande. C’est lui qu’on interroge jamais et qu’on excuse toujours. Ce qu’il veut, ce qu’il fait, c’est acheter un acte sexuel qui est par définition violent. Sans lui, il n’y a pas de prostitution. Sans lui, il n’y a pas de prostitution, donc il y a une place pour la sexualité. Libérer la sexualité, c’est libérer l’acte sexuel de toute contrainte, que ce soit de la force, ou de l’argent.

Enfin, il y a un dernier acteur du système prostitueur, c’est la société qui, en n’interdisant pas l’achat d’actes sexuels et en réprimant les personnes prostituées les laisse dans une prive de leurs droits humains fondamentaux.

Pourquoi la prostitution est toujours une violence

Car la prostitution est une violence. Dans tous les cas. Peut-être certaines personnes l’ont-elles ou croient-elles l’avoir choisi. On ne peut pas exclure cette option. On n’a pas le droit de dire à une personne qu’en tant qu’individu, elle n’a pas le choix. Mais on peut décider que si on ne peut lui interdire de vendre un acte sexuel, on peut interdire l’achat de celui-ci. Parce que même si l’on admettait que dans quelques cas individuels il peut y avoir choix, cela ne peut pas constituer un projet de société, quand on sait que pour l’immense majorité des personnes prostituées, ce n’est pas un choix. Et que  pour toutes, c’est une violence. « La prostitution est le carrefour de toutes les injustices, toutes les inégalités et tous les systèmes de domination. Elle concentre toutes les exclusions. Pour nous, c’est insupportable d’entendre le discours complaisant à l’égard de cette pratique », explique Claire Quidet, porte-parole du Mouvement du Nid.

Qu’est-ce qui permet d’affirmer cela ?

  • D’abord, le fait que les violences sont extrêmement présentes avant l’entrée dans la prostitution des personnes. Les violences vécues, souvent très jeunes, les empêchent de se construire une bonne estime de soi. Dès lors qu’il y a moindre estime de soi, le risque prostitutionnel augmente. Et le manque d’estime de soi, qui mène à une dévalorisation, fait de la personne une proie pour l’emprise des manipulateurs.
  • Ensuite, les violences dans la prostitution. De la part des clients. Une étude américaine a montré  que ce sont les clients qui sont les premiers agresseurs des personnes prostituées. Violences de la part des réseaux de traite et de proxénétisme, évidemment. Mais aussi violence de la société qui au lieu d’incriminer la demande, s’en prend aux personnes prostituées. Ici, on atteint le comble de cette maxime : la victime, c’est la coupable. Cela se traduit bien sûr par la violence institutionnelle : harcèlement policier, mauvaises réception des personnes dans les services sociaux.
  • Enfin, et la violence que constitue le fait d’avoir des relations sexuelles NON DESIRéES et A REPETITION. C’est extrêmement destructeur. On a pu avancer sur la criminalisation du viol (même s’il reste beaucoup à faire), quand on a compris les conséquences destrucrices du viol. On voit mal comment un billet pourrait effacer les conséquences d’une relation sexuelle non désirée.

Une analyse féministe d’un système où le corps des femmes est au service de la sexualité des hommes

Face à ce constat, quelles options pour lutter contre le système ? Organiser la violence (réglementarisme) ? C’est impossible. La cacher (délit de racolage etc…) ? Certainement pas.

Il faut l’analyser, et c’est là qu’une grille d’analyse féministe entre en jeu, qui affirme que la prostitution est un phénomène sociétal qui s’appuie sur le système de domination masculine. En effet, qui est à la source de la prostitution ? La demande, donc les clients. Qui sont les clients ? Des hommes. Que dit la société depuis des siècles, et que le féminisme combat ? Que le corps des femmes est au service de la sexualité des hommes. grâce à une analyse du patriarcat,  le droit de cuissage a progressivement disparu, le viol a été criminalisé, puis le viol conjugal reconnu, si le harcèlement sexuel peut être condamné. Enfin, on affirme et reconnaît que la relation sexuelle doit être consentie, désirée et égalitaire. La société reconnaît qu’on ne peut pas imposer un acte sexuel par la violence ou l’abus d’autorité. Et pourtant, elle ne dit toujours pas qu’imposer un acte sexuel avec de l’argent, cela reste du viol.

La dignité de la personne humaine, et la dictature du marché

Autre argument fondamental qui entre en jeu : le principe fondamental de dignité de la personne humaine est bafoué. On achète le consentement. La personne est considérée comme un objet. C’est bien la preuve que le consentement ne peut être la clé des relations sexuelles : si on peut acheter ce dernier, le désir lui, ne s’achète JAMAIS.

Enfin, le dernier sujet de réflexion, c’est la question économique, celle du marché. Aujourd’hui, dans les relations humaines, tout peut-il faire l’objet du marché ? Y a-t-il des parties des activités humaines qui peuvent y échapper ? La question de l’argent et ce que cela rapporte à l’économie est ainsi fondamentale : en effet, il faut faire très attention quand on affirme qu’organiser un « marché » du « travail du sexe », qui serait un « travail comme un autre », c’est normal. Car si on met un pied là-dedans, on crée en réalité un marché qui se constitue d’une matière première toujours plus vaste : les femmes, les enfants, les êtres humains. Et ensuite, c’est difficile de revenir en arrière. Aujourd’hui, aux Pays-Bas, on commence à se rendre compte de la catastrophe humanitaire qu’a constitué la légalisation…et alors comment renoncer, surtout en temps de crise, à une activité qui concentre 5% du PIB du pays…

Toutes ces raisons, nous mènent à penser qu’il n’y a qu’une solution : l’abolition de la prostitution. Et que la seule façon de le faire, c’est d’adopter une loi complète d’abolition,  qui commencera : par supprimer toutes les mesures répressives à l’encontre des personnes prostituées, qui interdira l’achat d’actes sexuels en pénalisant si nécessaire le client, qui adoptera une politique de sensibilisation des jeunes et des adultes à la question de la sexualité, enfin qui organisera des alternatives pour les personnes prostituées, sur lesquelles les associations spécialisées travaillent.

Ces points, je les développerai dans un prochain article. Avant de conclure, je réaffirmerai que ce combat est un combat pour la liberté sexuelle des tous et toutes, quand la prostitution est violence sexuelle pour les personnes prostituées, aliénation pour les clients : à cet égard, l’exemple des aidants sexuels est criant : quelle estime a-t-on d’une personne en situation de handicap si on la traite à ce point différemment, et qu’alors qu’on lui refuse l’accès à l’école, au travail, à la rue, on veut affirmer qu’elle ne peut connaître autre chose en terme de sexualité qu’une masturbation remboursée par la sécurité sociale ? Quelle liberté s’accorde n’importe quel homme en imaginant qu’il peut s’épanouir sexuellement au prix de la violence et l’objectivisation d’une femme ?

Sandrine GOLDSCHMIDT

Merci à Claire Quidet dont l’argumentaire a largement inspiré cet article et me semble tellement puissant que j’ai eu envie de vous le faire partager…