Les femmes victimes, responsables ?

Jacqueline Sauvage est libre. Mais l’affaire n’en finit pas d’être commentée. Et son éventuel « statut de super-victime » de créer la polémique. En effet, une partie des féministes seraient trop complaisantes avec elle, et leur féminisme serait « victimaire ». Oubliant que dans notre société, la « puissance paternelle » est ancrée dans les fondations de la famille.

xlesangdesfemmesLe « dénouement » de l’affaire Jacqueline Sauvage a eu lieu quelques jours avant la fin de 2016 avec la grâce présidentielle du reliquat de sa peine accordée par le Président de la République. Au total, cette femme a passé 4 ans en prison pour le meurtre de son mari violent avec elle et ses enfants depuis 47 ans. Je ne sais pas si elle est “sympathique”, ou pas – comme j’ai pu lire ici ou là. Je ne la connais pas, je n’ai pas assisté au procès, j’en ai entendu parler par d’autres, mais ne l’ai pas rencontrée, évidemment, je n’ai pas non plus échangé avec ses avocates. Et surtout, il ne me semble pas qu’il s’agisse là d’un propos pertinent quand il s’agit de juger un acte -ôter la vie à quelqu’un- d’une telle gravité dans notre société. De très nombreux hommes violents sont d’ailleurs considérés comme tout à fait sympathiques par une grande partie de leur entourage. 

400.000 personnes ont signé une pétition demandant la grâce de Jacqueline Sauvage, que la justice avait condamnée, à 2 reprises, à 10 ans de prison pour meurtre, lui reconnaissant des circonstances atténuantes et admettant qu’elle avait été victime de violences.  Mais elle a considéré que le fait qu’elle l’avait tué de trois balles dans le dos, avec une arme de chasse dont elle savait se servir, constituait des circonstances qui ne permettaient pas de caractériser la légitime défense, que ses avocates avaient choisi de plaider.

Aux récits publics du second procès, étalant dans le détail l’atmosphère familiale de terreur qui a régné pendant 47 ans dans cette famille, terreur instaurée par le père, s’est ajouté le soutien accordé par les filles de Jacqueline Sauvage, elles-mêmes victimes de la violence du père, de très nombreuses Françaises et Français ont estimé qu’il n’était pas juste de la maintenir en prison. A 68 ans, enfermée dans des violences depuis l’âge de 17 ans, puis en prison, il semblait qu’elle avait « assez payé », fut-ce ses propres erreurs. Sous la pression populaire et face au refus réitéré de la justice de lui accorder une libération anticipée après la première grâce (je ne me prononcerai pas sur l’action du PR ni de la justice en l’affaire ce n’est pas mon propos du jour), François Hollande a donc fini par la faire remettre en liberté juste avant la nouvelle année. Le procédé est ce qu’il est – ce n’est pas un déni de justice- c’est une des prérogatives régaliennes du Président. Depuis la révolution et jusqu’à maintenant.

Alors, pourquoi ce billet ? Parce que je pensais qu’après cette affaire, on aurait avancé sur la prise de conscience des phénomènes issus de l’héritage ou de la perpétuation du système familial fondé sur la « puissance paternelle » du code napoléonien…et du système patriarcal. En effet, l’exposition médiatique avait permis de pointer  la difficulté de traiter des violences conjugales et de leurs conséquences par une société où les institutions et la justice n’ont pas dans leur ADN la compréhension des mécanismes de cette violence. Des institutions qui reconnaissaient que les violences du mari-père étaient de notoriété publique.
Eh bien non, car suite à la décision du Président et à la libération de Jacqueline Sauvage, des voix du côté de la mouvance féministe, se sont fait entendre pour contester le « féminisme victimaire » qui aurait présidé à la lutte collective pour sa libération (voir références en bas de page).

Un sentiment permanent de danger de mort imminente 


Ainsi, les féministes auraient pris fait et cause pour la victime sans tenir compte de sa responsabilité dans les violences qu’elle – et ses enfants- avaient subi. Et la légitime défense invoquée ne serait « en aucun cas constituée » puisqu’elle n’aurait pas été en danger de mort imminente au moment où elle a tiré 3 balles dans le dos. Sur ce dernier sujet, je laisse la parole à Catherine Le Magueresse, juriste et ancienne présidente de l’Avft, qui elle, a assisté au procès et réfléchit à ces questions depuis plusieurs dizaines d’années. Elle explique en quoi selon elle il y avait danger de mort imminente.
https://blogs.mediapart.fr/catherine-le-magueresse/blog/271215/de-la-legitime-defense-des-femmes-victimes-de-violences-conjugales

Je dirais juste que ce sont ces mécanismes qui font que dans plusieurs Etats des Etats-Unis, des groupes se battent depuis des décennies pour faire appliquer cette forme de légitime défense obtenue dans la loi, en créant des commissions qui permettent aux accusées du meurtre de leur mari de prouver le climat de terreur permanent qui faisait qu’elles finissent par considérer à chaque instant leur mort imminente.


Mais je voudrais surtout revenir sur les reproches fait à un « soutien aveugle » aux victimes sans tenir compte de leur responsabilité, parce que Jacqueline Sauvage aurait une responsabilité dans les violences subies. Quels arguments sont employés ? 

-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir (a priori, c’est faux)
-Elle n’a pas dénoncé les violences envers ses enfants auprès des institutions publiques supposées capables de  la protéger (c’est vrai et faux) et elle en est complice.
-Elle n’a pas couru dans une des dizaines de refuges pour femmes battues qui existent en France (c’est vrai et faux)
-Elle n’aurait pas du avoir plusieurs enfants avec cet homme violent (sur ce point je ne m’étendrai pas au-delà du rappel des dates de naissance des enfants et de remise ne contexte…)

1-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir : c’est faux. Une fois ses filles adultes, elle est à plusieurs reprises allée chez celles-ci, où le mari violent est venu la chercher en la menaçant ou en menaçant –arme à la main – de tirer sur sa fille. (climat de terreur permanent). Depuis des années, nous essayons de sensibiliser l’opinion à la question de l’emprise, qui empêche de partir. Mais il n’y a pas que l’emprise qui empêche de partir : il y a la peur des représailles, le fait de ne pas savoir où aller, le fait -ici- d’avoir une entreprise familiale qui fait qu’on ne se « sépare » pas comme cela de tout contact avec l’homme violent. Or, on sait que la seule façon d’échapper à l’emprise est de pouvoir couper tout contact. Gérer un divorce familial et professionnel ne facilite pas la chose.

La puissance paternelle, une réalité persistante dans les faits
2-Elle n’a pas dénoncé les violences qu’elle a subi et celles subies par ses enfants. Pour bien comprendre ce qui se passe ici, il faut évoquer la question de la puissance paternelle et l’histoire des droits des femmes. Car parfois, il semble que l’enthousiasme lié à l’émergence du mouvement féministe laisse penser qu’il suffit d’un coup de baguette magique – ou de quelques années de lutte dans les années 1970, pour que tout change, même les mentalités, même l’ordre social qui perdure depuis des siècles !

Ainsi, la puissance paternelle est cette autorité du père que prévoit le code civil dit Code Napoléon. Elle fait de la femme une mineure, sous l’autorité de son mari, et qui n’a pas l’autorité sur ses enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où l’autorité parentale est conjointe.  Mais depuis quand ? Depuis 1970 seulement ! Cela veut dire que de nombreuses femmes, dont ma mère pour son premier enfant, dont Jacqueline Sauvage, au moment où elles se sont mariées, au moment où elles ont eu leurs enfants, n’avaient pas l’autorité parentale ! Elles n’avaient pas le droit de prendre seules les décisions les concernant et concernant leurs enfants. Elles n’avaient donc guère de droits -et pas non plus les devoirs afférents- à l’égard des personnes que non seulement elles avaient portées en elles et mises au monde (ce qui, même avec les progrès médicaux, reste loin d’être anodin), mais qu’ensuite c’est elles qui quasi exclusivement les soignaient et aidaient dans leur parcours vers l’autonomie !

Et donc, Jacqueline Sauvage, mariée à 17 ans, ayant déjà eu l’exemple de la violence conjugale chez ses parents, a 4 enfants mais n’a pas l’autorité parentale avant  la troisième, en 1970. Mais aujourd’hui on voudrait faire fi des effets de cette puissance paternelle comme si elle n’avait jamais existé, comme si elle n’avait pas été élevée là-dedans, comme si du fait que la loi avait changé, du jour au lendemain, elle avait la solution miracle ?

L’auteure d’un des articles, Anne Zelensky, insiste sur le fait que « maintenant, il existe des dizaines de refuges pour femmes battues », maintenant, c’est-à-dire depuis qu’elle a créé le premier, en 1978 dit-elle. Bon, d’accord, il en existe quelques uns, mais existaient-ils pendant les 30 premières années du calvaire conjugal de Jacqueline Sauvage ? Et quand bien même il y en aurait eu 10, par quel moyen en aurait-elle eu connaissance ? Si elle était allée porter plainte au commissariat du coin ? Là où, d’ailleurs, sa fille, d’une autre génération donc, est allée, espérant être entendue et protégée, mais où on n’a pas trouvé de meilleure idée que de faire venir le père pour lui demander : c’est vrai monsieur, que vous violez votre fille ? Le maire, premier magistrat de la commune a reconnu à l’audience que “tout le monde savait”, y compris dans les institutions.

Jacqueline Sauvage n’a pas cru sa fille à ce moment là, lorsqu’elle a raconté ce qu’elle vivait. Néanmoins, elle aurait parlé avec elle au retour de la gendarmerie, lui demandant ce qui s’était passé. Celle-ci s’est rétractée pour protéger sa mère et parce qu’elle avait eu la preuve que dénoncer la mettait en danger. Savait-elle avant, du fait qu’elle vivait sous le même toit ? Elle a dit qu’elle ne pouvait croire qu’il serait violent “comme ça”. Du déni, il y en a sûrement, mais complicité ?

Une des filles témoigne que toutes les filles de la famille étaient victimes de viol sans savoir que les autres l’étaient. C’est en effet le parcours classique des femmes victimes de violence et de viol au sein du foyer. Une stratégie de l’agresseur qui est très bien décrite par les associations qui luttent depuis 40 ans : isoler la victime, l’empêcher de trouver de la solidarité, lui dire que c’est de sa faute et qu’elle ne doit surtout pas en parler… 

Protéger ses enfants

3-Mais pourquoi n’est-elle pas partie, au risque de sa vie, ne serait-ce que pour ses enfants ? Oui, certaines femmes le font, parfois, et de plus en plus, parce qu’elles pensent qu’elles veulent protéger leurs enfants, parce qu’elles pensent aussi qu’elles vont être aidées, parce qu’aujourd’hui, la parole sur le sujet est un peu plus libre.
Malheureusement, souvent, cela se termine mal pour elles : 120 à 140 femmes assassinées par an, des batailles pour l’autorité parentale et la justice qui souvent n’hésite pas à laisser la garde des enfants -même partielle, à des pères violents. Alors oui, aussi, tous les humains ne sont pas égaux devant les actes de survie. Tous les humains ne savent pas réagir « au mieux » face aux violences subies par leurs enfants et par eux-mêmes. Certains sont plus influencés par la puissance paternelle que d’autres. Certaines ont plus la capacité que d’autres de s’en sortir, peut-être.

Ce n’est pas une raison pour dire que celles qui ne le font pas sont responsables ou complices des violences. Pour ma part, je n’absous pas par principe (ni ne juge par principe) les mères qui « auraient su » pour le viol de leurs enfants par le père ou le beau-père. Mais le déni et l’emprise sont des mécanismes puissants qui font que je n’affirmerais pas non plus « par principe » qu’elles sont complices.

Lorsque tout sera mis en place dans la société (au-delà d’affiches souvent culpabilisantes :« osez parler ») ! pour que les femmes et les enfants qui souhaitent dénoncer les violences soient entendus, lorsque les témoignages arriveront par dizaines qu’elles ont été entendues par la police et par leur entourage, accueillies avec compréhension par le médecin, aidées dans leurs démarches auprès des services publics, dans leurs recherches de logements, qu’on aura suffisamment fait planer la menace de rétorsion judiciaire à l’homme violent pour que celui-ci n’ait pas un sentiment d’impunité ou de bon droit, lorsque la violence envers les femmes ne sera pas étalée partout dans les images de la culture pornographique qui nous envahissent, alors oui peut être, il sera temps de se poser cette question.

Pour l’instant, il faut encore travailler à changer le contexte social qui rend possible la perpétuation de l’emprise et réfléchir à la question de créer des circonstances atténuantes constitutives de légitime défense lorsqu’il y a emprise reconnue sur une victime de violences à répétition ; on peut faire confiance à la justice : si ces circonstances existaient, on serait à mon avis loin d’un « permis de tuer ».

Ce qui ne veut pas non plus dire encourager les femmes à se servir de leur reconnaissance en tant que victime pour « fuir leurs responsabilités », contrairement à ce qui est reproché, mais les aider à retrouver des ressources pour échapper à la violence et la dénoncer. L’accompagnement féministe des femmes victimes a au contraire pour but ce qu’on appelle « l’empouvoirement », c’est-à-dire faire que les femmes se sentent en capacité de reprendre une vie normale, où elles puissent être maîtresses de leur destin. Il est possible qu’il y ait parfois – à la marge- une tendance à l’héroïsation des victimes, jusqu’à leur interdire d’avoir du pouvoir sur elle même. Etre capable de se sentir responsable de ses actes, c’est un des sentiments les plus épanouissants qui soient. Mais pour pouvoir arriver à cela, il y a encore une fois quelques conditions indispensables : pouvoir avoir le sentiment que les violences subies ne sons ni normales ni justes, que la société reconnaisse, soigne et aide les victimes, que les agresseurs ne restent pas impunis, et encourage les hommes à ne pas tolérer les violences de leurs pairs.

Enfin, je voudrais ajouter ceci : même si certaines peuvent s’en sortir malgré la société telle qu’elle est, le fait que d’autres n’en aient pas à leur tour la capacité ne signifie pas pour autant qu’elles soient « un peu responsables ».  Les femmes qui s’en sont sorties peuvent constituer un exemple bénéfique pour les autres, à condition que cet exemple soit une aide bienveillante plutôt qu’une injonction culpabilisante.

Sandrine Goldschmidt

Merci à Catherine Le Magueresse pour les précisions qu’elle m’a permis d’apporter. 

Voici le lien vers un autre article qu’elle a écrit et est paru dans Libération : http://www.liberation.fr/debats/2016/02/09/catherine-le-magueresse-la-loi-a-ete-concue-pour-un-hypothetique-homme-raisonnable_1432176

Et un article paru hier en vue d’une proposition de loi sur le sujet : 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/11/creons-un-etat-de-legitime-defense-differee_4845003_3232.html

Et les articles qui ont provoqué ma réaction par ce billet :

https://christineld75.wordpress.com/2017/01/01/affaire-j-sauvage-du-grain-a-moudre/

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

 

 

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Je, je, je, le jeu monarchique de François Hollande

Je n’aurais jamais imaginé vous parler de ça…mais la phrase du Président de la République est trop sidérante…

« Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler »

C’est avec cette phrase que l’homme qui occupe la plus haute fonction de l’Etat a annoncé sa rupture avec sa compagne, alors que déjà, la presse à ragots avait annoncé partout que celle-ci était trompée par lui, dans la grande lignée des « femmes bafouées » par les monarques de l’histoire. Après l’avoir bafouée, il la répudie.

Il aurait pu dire :  Valérie Trierweiller et moi avons décidé de mettre fin à notre vie commune. Même si c’était lui et lui seul qui l’avait décidé, c’était plus décent. Il précise en l’annonçant que ce n’est pas le Président de la République qui parle…le je n’étais donc pas de circonstance. En employant le « je », il fait comme si c’était une décision qui lui revenait de par ses pouvoirs présidentiels. En employant le je trois fois, il insiste sur un fait. C’est MOI qui décide, elle n’est rien. Je peux tout. Monarque machiste.

Au moins aux temps monarchiques, le souverain employait le « nous ». Aujourd’hui, avec François Hollande, après Nicolas Sarkozy, on a l’impression d’avoir des petits garçons trop gâtés à la tête de l’Etat.

Mais comment est-ce possible ? Regardons du côté de notre constitution, et de l’apathie « consentante » du peuple souverain.

L’élection du PR au suffrage universel direct a été décidée par De Gaulle et votée par les Français par referendum en 1962. Ce n’était pas tout à fait le même contexte. Le général, (qui ne manquait pas d’hypertrophie du moi) avait sans aucun doute comme raison profonde de son engagement ce qu’il voyait comme l’intérêt de la France.

Mais la conjonction de cette constitution monarchique (dans la plupart des pays démocratiques du monde, c’est le ou la chefFE du gouvernement, qui est la plus importante personnalité de l’Etat et la notion d’équipe et de responsabilité devant les représentants du peuple est centrale) et d’une société qui favorise la liberté individuelle au mépris de la notion d’intérêt collectif, cela donne ça : pour pouvoir vouloir et avoir l’obsession nécessaire à occuper le poste de « monarque » républicain, il faut avoir un égo totalement démesuré. Car le monarque de sang, lui, même s’il ne manquait pas d’ego, savait dès la naissance que « c’était son destin » d’une part, d’autre part on le « dressait » à la fonction, c’est-à-dire à être destiné à s’occuper du sort du peuple. Hollande lui, passe son temps à dire « c’est MA vie privée », on doit ME respecter. Sans se préoccuper une seconde de savoir si lui respecte celle des femmes avec qui il vit. Sans se préoccuper une seconde du fait que « le privé est politique ».

Aujourd’hui, pour vouloir une fonction pareille, il faut avoir un « je » qui a plus que tout envie de « jouer au Président de la République ». Et puis, en plus, comme il n’est pas « sexiste », pourquoi ne pas en profiter pour jouer à la poupée… Et quand la seconde aura pris le même chemin que la première, il épanouira son je avec la troisième…

 

 

Lettre ouverte à François Hollande Abolition du système prostitueur : la loi !

111 associations qui accueillent et accompagnent chaque année des centaines de milliers de femmes victimes de violences, notamment des femmes en situation de prostitution, rendent aujourd’hui publique une lettre ouverte à François Hollande.

La lettre est ci-dessous et ici
http://lettreouverteabolition.wordpress.com

Vous pouvez la signer, la relayer et l’envoyer à votre député-es,

Monsieur le Président,

Vous vous êtes exprimé à plusieurs reprises depuis votre élection pour affirmer votre volonté de tout mettre en œuvre pour lutter contre les violences faites aux femmes. Nos 111 associations, engagées partout en France pour faire reculer ces violences et soutenir les femmes victimes, vous appellent à transformer vos déclarations en actes.

Fortes de nos expériences multiples, nous vous l’affirmons : il ne sera pas possible de faire reculer durablement les violences sexistes et sexuelles en France tant que nous tolèrerons que s’exerce en toute impunité l’une des plus insupportables d’entre elles : la prostitution.

En ratifiant dès 1960 la Convention des Nations Unies du 2 décembre 1949 puis en adoptant en décembre 2011 une résolution parlementaire réaffirmant sa position abolitionniste, la France a solennellement affirmé que la prostitution constitue une atteinte majeure à la dignité de la personne humaine. Candidat à l’élection présidentielle de 2012, vous avez vous-même réaffirmé que la prostitution constitue non seulement une exploitation de toutes les précarités mais aussi une violence extrême, qui s’exerce en grande majorité sur les femmes les plus vulnérables.

Des dizaines de milliers de personnes subissent chaque jour cette violence sans que les auteurs ne soient ni poursuivis, ni condamnés, ni même responsabilisés. Quel message envoyons-nous aux futurs citoyens et futures citoyennes de notre pays en tolérant que l’on puisse acheter le corps des femmes, exploiter leur situation de précarité sociale pour leur imposer un acte sexuel sans désir ?

Nous ne vous demandons pas de faire disparaître du jour au lendemain un fait social qui existe depuis des millénaires. Il faut du temps et nous y travaillons. Votre responsabilité par contre est d’impulser un mouvement. Monsieur le Président nous attendons de vous que vous engagiez la France, ses citoyennes et ses citoyens dans une démarche de progrès inédite pour notre pays : celle d’affirmer que l’horizon de l’égalité est possible. Pour toutes et tous.

Monsieur le Président, c’est un cri d’alerte que vous envoient nos associations.

Nous travaillons sans relâche, avec des moyens insuffisants, pour prévenir, accueillir, accompagner, ou soigner, informer et former. Nous ne cessons de dénoncer toutes les violences : viol, harcèlement sexuel, violences conjugales, coups, insultes,  mariages forcés,  mutilations sexuelles, prostitution… . Si votre objectif, comme vous l’avez souvent affirmé, est d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles, nous comptons sur vous pour faire en sorte que la France adopte une loi pour l’abolition du système prostitueur.

Les associations signataires : Collectif Féministe contre le Viol, Collectif National Droits des femmes, Fédération Nationale GAMS, Femmes Solidaires, Mouvement du Nid, Osez le féminisme, Solidarité Femmes

Osez le féminisme Nice ! (06), Syndicat SUD Santé Sociaux Nice (06), Osez Le Féminisme Aube (10), SOLIDARITE FEMMES (10), Centre Evolutif Lilith (13), Forum Femmes Mediterranée (13), SOS FEMMES 13 (13), SOS VIOL (13), Osez le Féminisme! Calvados (14), Rupture (18), ZONTA CLUB de BOURGES (18), Comité permanent de liaison assoc Abolitioinnistes (21), Comite permanent de liaison des assos abolitionnites (21), CPL (21), Mouvement Le CRI (21), Marche Mondiale des femmes.22 (22), Mouvement Le CRI (24), Bagdam Espace lesbien (31), Collectif Midi Pyrenéées des Droits des Femmes (31), Comité permanent de liaison assoc Abolitioinnistes (31), coordination de la Marche Mondiale des Femmes 31 (31), Femmes de Papier (31), Le CRI 31 (31), mouvement le CRI (31), Mouvement Le CRI (31), Osez le féminisme 31 (31), Zerose (31), Agir Contre les Violences Faites aux Femmes (33), Comité permanent de liaison assoc Abolitionnistes (33), Maison des Femmes de Bordeaux (33), mouvement le CRI (33), MouvementLE CRI Section Gironde (33) (33), OSEZ LE FEMINISME 33 (33), SOLIDARITE FEMMES BASSIN (33), Osez le féminisme 34 (34), PSYC & GENRE (34), PSYC & GENRE (34), ZONTA CLUB de TOURS (37), Osez le féminisme 38! (38), femmes en détresse vignoble nantais (44), Mouvement Le CRI (47), Sortir du Silence (50), Osez le Féminisme 63 ! (63), Mouvement Le CRI (64), Osez le feminisme 67 (67), Mouvement Jeunes Femmes (69) (69), Osez le Féminisme 69 (69), Regards de Femmes (69), Comité permanent de liaison assoc Abolitionnistes (71), Espace Femmes Geneviève D (74), Adéquations (75), Amicale du Nid (75), Assemblée des femmes (75), Centre National d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (75), Collectif de Pratiques et de Réflexions Féministes « Ruptures » (75), Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (75), Conseil National des Femmes Françaises (75), Elle’s IMAGINE’nt (75), Encore féministes ! (75), EQUIPES D’ACTION CONTRE LE PROXENETISME (75), Feminisme Enjeux théâtre de l’Opprimé (75), Femmes pour le dire, femmes pour agir (75), FIT, une femme, un toit (75), Fondation Scelles (75), Gender Company (75), Grand Chapitre Général Féminin de France (75), Halte aide aux femmes battues (75), Institut de Victimologie (75), Le Planning Familial Paris (75), Libres MarianneS (75), Marche Mondiale des Femmes (75), Mouvement jeunes femmes (75), Mouvement Le CRI (75), Mue Productions (75), Prévenance (75), Prévenance (75), Rajfire (75), Réseau Féministe « Ruptures » (75), resistances de femmes (75), Réussir l’égalité Femmes-Hommes (75), Zonta Club Paris III (75), 82Les efFRONTé-e-s (75), SOS Sexisme (75), Zonta 76 (76), zontarouen reine mathilde (76), Centre de Recherches Internationales et de Formation sur L’Inceste et la Pédocriminalité (78), Le Monde à Travers un Regard (78), ruptures (78), Mouvement Le CRI (79), FEMMES SOLIDAIRES de la Somme (80), Mouvement jeunes jemmes (81), Mouvement Le CRI (86), Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles de l’ Essonne (91), PAROLES de FEMMES (91), L’ESCALE (Solidarité Femmes) (92), Ligue du Droit International des Femmes (92), amicale du Nid 93 (93), Memoire Traumatique et Victimologie (94), Osez le féminisme ! (94), Comité permanent de liaison assoc Abolitionnistes (95), Du Côté Des Femmes (95), ASSOCIATION FEMMES 974 (97), Union des Femmes de la Martinique (97), Voix de Femmes (99),

SIGNEZ LA LETTRE OUVERTE

Pas cher Marcel Rufo !!!

Capture d’écran 2012-12-05 à 22.42.04Hier, j’avais à peine fini mon article sur la propagande de la haine, que je vois l’info de ce qu’a dit le « pédopsychiatre » Marcel Rufo, reconverti en vedette télé chargé de répondre à des questions d’auditeurs en quelques secondes. Du genre qui ne perd jamais une occasion de se taire.

Et voilà qu’à une question à propos d’une jeune femme de 28 ans qui va mal et dit avoir été agressée sexuellement dans son enfance, il répond « qu’en général, les enfants abusés sexuellement dans leur enfance vont bien adultes » (grossière ânerie infondée présentée comme vérité scientifique), et qu’il encourage la mère de la jeune femme à parler avec l’agresseur de sa fille ?

C’est tellement énorme, (vous pouvez l’écouter pour le croire ici : http://pluzz.francetv.fr/videos/allo_rufo_,73268899.html

que je n’en dirai guère plus, simplement que nous vous encourageons à signer, façon d’écrire à ce pas du tout cher monsieur, une pétition au Président de la République pour mettre fin à la désinformation sous vernis psychanalytique !

c’est ici : http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/president-de-la-r%C3%A9publique-stop-%C3%A0-la-d%C3%A9sinformation-sur-les-violences-sexuelles-faites-aux-enfants

Bon, et grâce à Azur, je vous signale que l’intéressé des plateaux télé n’en est pas à ses premiers méfaits, voici ce qu’il avait dit un jour dans l’Express :

« Faut-il élever les filles et les garçons de la même façon? J’entends sans cesse les parents se lamenter: «Il ne débarrasse pas la table comme sa soeur.» Je leur réponds que ce n’est pas lui qui doit débarrasser la table, mais sa soeur. En revanche, le pack de bouteilles, c’est lui qui doit le monter. S’il y a du bois à couper, pareil. Il porte le poids le plus lourd, il est plus fort qu’elle. Mais, si la mère fait un gâteau, la fille peut l’aider à verser la farine. Ce n’est pas une honte. Il faut savoir faire la différence entre le bois, le poids, la farine et les gâteaux. Je passe mon temps à me disputer avec les familles égalitaires. Il a renversé du vin sur la table, sa soeur le nettoie; c’est bien, elle est gentille. Il descend les poubelles dans le noir, il la protège de sa peur et de l’agression, et elle l’aide dans sa maladresse. Cela vous scandalise-t-il? »

Quand je vous parle de propagande…

6 mai, 20h, Hollande Président, depuis la Bastille…

Week-end d’espoir qui s’achève sur la victoire de François Hollande. L’espoir revient. Nous serons très exigeante, mais il faudra aussi encourager le futur gouvernement à avoir de l’audace, à aller dans le sens du discours fait ce soir : que l’austérité ne soit plus une fatalité, que la France puisse se rêver ouverte et généreuse…en attendant, j’étais à Bastille à 20h, voici quelques images, avec un clin d’oeil aux amies de Toulouse qui me lisent ! 😉

Enfin, vu les sourires des féministes ce soir, avec la défaite de Sarkozy, c’est aussi l’espoir d’un gouvernement paritaire, d’un ministère des droits des femmes, et d’une loi tout de suite pour rétablir le délit de harcèlement sexuel !

Le crépuscule des dominants ? (DSK et autres)

En cette période, c’est l’hécatombe des dominants… qui s’enfoncent tous seuls.

Ainsi, ici même j’expliquais comment Marcela Iacub la juriste était allée tellement loin qu’elle s’était décridibilisée toute seule face à Muriel Salmona.

Ailleurs, il me semblait plutôt nécessaire de laisser le président sortant et bientôt sorti j’espère s’enfoncer de lui-même…

Enfin, il y a DSK. Qui réussit à faire son come-back entre les deux tours de l’élection présidentielle, dans un journal américain (il dira certainement qu’il ne voulait pas que cela paraisse à ce moment-là…), pour dire qu’il a été victime d’un complot. Alors que c’est son seul comportement qui est responsable de son écartement des affaires…car même s’il y avait eu complot (non pas que j’y croie), c’est bien parce qu’il l’avait rendu possible…

Je n’imagine pas qu’il croie que cela va servir la France, donc le candidat du parti dont il est issu, François Hollande, de déballer sa rancoeur. Il devrait savoir que cela ne peut faire qu’embarrasser son camp qui l’a trop soutenu trop longtemps. Il semble plutôt qu’il fasse ça « pour lui-même ». Ainsi quand le journaliste du New York Times, Jay Epstein, raconte leur entrevue, il fait part d’une interrogation : » Was it that, as a man of huge international renown used to being courted around the world, he perhaps felt he was invincible, a Master of the Universe? » « Est-ce que c’est cela, le fait qu’en tant qu’homme internationalement reconnu et habitué à être courtisé, il se sentait peut-être invincible, un maître de l’univers » ?

Il semblerait bien que oui, lui qui « ne doute pas qu’il aurait gagné l’élection présidentielle », et qui pense qu’il aurait eu de fortes chances de convaincre Merkel de sauver la Grèce…se prenne pour le maître de l’univers.

C’est clair. Un dominant ne renonce jamais. Et comme il croit que son impunité lui est dûe (cf les réactions de son ami BHL qui comprenait pas qu’on le traite comme n’importe quel prévenu), il est prêt à tout, même mettre en danger son pays, visiblement, pour conserver cette image de maître de l’Univers.

Il faut juste espérer que cela n’aura pas l’effet du pire.

S.G

Une remarque supplémentaire : un journaliste du NYT semble déterminé à suivre DSK et mettre en avant le maximum d’infos -peu probantes et interprétables- à sa décharge. Est-ce un hasard que ce soit un homme ? Une femme pourrait-elle simplement envisager de le rencontrer pour une interview ? Et quand aurons-nous une femme journaliste qui s’intéresse au sort de Nafissatou Diallo ? Et lui accordera au moins un peu d’importance ? Pour nous éviter de penser qu’encore une fois, elle n’était QUE femme, QUE noire, QUE immigrée, QUE femme de chambre ?

 

Le Pen 18%, Hollande en tête : le pire est-il avenir ?

Une fois n’est pas coutume, je vais vous donner mon avis sur le premier tour de la présidentielle…je pense que le pire n’est pas forcément à venir, à condition qu’il perde le 6 mai (le pire). Et que les 18% de Le Pen n’en sont que l’expression. Avec la politique du pire, c’est un avenir sombre que le pouvoir sortant nous promet, et c’est des millions d’électeurs qu’il jette dans les bras de l’extrême droite.

Le score de Marine Le Pen  à 18%, ça ne m’étonne pas. Je ne crois pas que 18% des Français-e-s soient racistes. Je pense que la société l’est, mais pas d’une façon frontale et consciente.
En revanche, je ne crois pas que ce soit pour ses fondements nauséabonds de l’extrême droite la plus violente que la candidate a eu un tel score.
Je pense que c’est tout simplement un vote protestataire qui se porte sur une des seules candidates à parler d’un avenir pour le pays face à des gens désespérés par le nihilisme cynique du pouvoir sortant.

Et le problème, c’est que ce désespoir mène certain-e-s à ne plus avoir aucune confiance en la République dans sa composante ouverte et généreuse, et à se tourner vers un avenir qui est celui du repli sur soi, de la haine et de la France réservée à certain-e-s, en focalisant toutes les rancunes sur les autres.
Le problème, c’est que l’avenir de la France, cela doit être exactement le contraire de ça : pour que « les 30 glorieuses soient devant nous », comme le disent Karine Berger et Valérie Rabault dans leur ouvrage paru récemment, il faut une France ouverte, généreuse, qui sache investir et prendre des risques. Pour cela, il faut cesser d’entendre un discours sur : « nous sommes en crise, rentrez chez vous, détestez votre voisin et dîtes que c’est la faute au reste du monde qui agit contre nous ». Ce discours-là, c’est en premier celui du président sortant. C’est lui, sa politique, son discours et celui de ses sbires gouvernementaux qui l’ont créée (mais ils ne sont pas les seuls). LEUR politique est la première responsable du fait que beaucoup de gens soient prêts à voter pour le pire.

En ne cessant d’affirmer que le modèle français est dépassé, qu’on est en crise, il n’a fait qu’enfoncer le clou dans la tête du désespoir. Ce ne sont pas tant les faits objectifs de la crise qui comptent ici. C’est le modèle d’une société en mutation qui a du mal à prendre des décisions courageuses et ne propose aucun projet de cohésion sociale et d’amélioration de la vie quotidienne pour celles et ceux qu’on ne voit pas à la télévision gagner des concours idiots, ou obtenir beaucoup d’argent en ne faisant pas grand chose (je parle bien sûr de certain-e-s sporti-v-es, stars +/- fictives, des actrices qui gagnent des millions pour être l’égérie d’une marque). Ca pendant que la majorité essaie au prix de chômage de longue durée, boulots de plus en plus précaires, de joindre les deux bouts, avec des salaires qui ne sont décents qu’au regard de l’indécence absolue de nos mimina sociaux (je ne comprends pas personnellement pour quoi le RSA n’est pas au niveau du seuil de pauvreté…)

Ce n’est pas parce qu’il y a 18% de fascistes en France que Le Pen a eu 18%. La France a certainement une très forte part de racisme, d’antisémitisme et de sexisme en elle. Ca, c’est clair. Mais ce n’est pas ça qui se traduit dans le vote Le Pen. C’est parce qu’il y a des millions de gens qui ne savent plus où rêver leur vie, pas la vie vide de sens que nous montrent les médias, mais une vie où chacun, Français-e, étranger-e immigré-e, femme, homme,  a l’impression qu’il y a un sens à participer à l’effort collectif.

Alors je n’ai pas changé d’avis depuis que Hollande est candidat. Je pense qu’il n’est peut-être pas bien charismatique ni révolutionnaire, qu’il ne propose pas le grand soir…et qu’il faudra lui mettre la pression. Mais je pense que si la France des 5 prochaines années a cet homme, pas tout seul, et la gauche aux manettes (parce qu’il faut penser aux législatives !), il y a une toute petite chance qu’on entre sur une voie où les choses progresseront, au mieux de cesser de ne faire que se dégrader.

Ce sera dur, parce que dans les 10-15 dernières années, la confiance collective a été très fortement entamée. On ne sait pas encore, si le candidat en tête au premier tour, François Hollande est élu au second, s’il aura le courage nécessaire pour prendre, face aux partenaires internationaux, la voie annoncée. Mais ce qui est sûr, c’est que cela ne sera possible que si c’est lui qui est élu.

S.G