Carton rouge (encore) à Cannes et Ozon

Bon, c’est malheureux à dire, mais j’avais raison…la propagande bat son plein à Cannes.
Et François Ozon vient de donner une magistrale leçon de ce qu’elle signifie. Je ne parle pas du film qu’il a présenté. Mais de ce que son réalisateur dit de son personnage.
Car on pourrait arguer que lorsqu’il a voulu faire le portrait d’une fille de 17 ans qui se prostituerait par plaisir, il ne faisait qu' »imaginer » un « possible ». Et comme l’expression de l’imagination humaine permet ça, qu’il l’aurait fait. Mais face à nos critiques d’abolitionnistes qui ont le malheur de vouloir qu’aussi dans la sexualité les femmes soient des sujets, il aurait alors pu répondre : c’est une fiction ! Qu’allez vous universaliser ou politiser la chose ?

Et bien même pas. Car lui-même fait de son personnage un élément du discours politique : en effet, il universalise la création de son esprit à toutes les femmes. Car c’est bien connu, comme le disent Les nouvelles news, il est tout à fait normal que les hommes discourent sur ce que pensent les femmes. Même si c’est la pure expression de leurs volonté de justification de leurs fantasmes malgré les violences masculines. Ainsi, il ne dit pas du tout que le personnage est le fruit de son imagination et un cas particulier! Metro rapporte qu’il affirme à un journal américain : « Mais je pense que les femmes peuvent facilement se connecter avec cette fille car c’est un fantasme de beaucoup de femmes de se prostituer. Ca ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payé pour coucher est quelque chose qui fait partie de la sexualité féminine. »

Ah. Donc, M.Ozon est un expert en sexualité féminine ? Il a mené des études sociologiques d’envergure (rapport Hite par ex), rencontré des milliers de femmes, lu des dizaines de livres qui lui permettent de parler à la place des femmes, à notre place ? Non, il ne s’agit pas de ça. Il s’agit D’UNE EVIDENCE + d’une CROYANCE…

Car voila ce qu’il dit encore : je crois qu’être un objet dans la sexualité est quelque chose d’évident, le fait d’être désiré, utilisé. Il y a une forme de passivité que les femmes recherchent. »

Et donc puisqu’il le croit ça doit être vrai ? Et c’est donc ça la libération sexuelle que certains brandissent en étendard contre nous, abolitionnistes ? Dire « des évidences » dignes du café du commerce, asséner des aberrations millénaires en disant que c’est moderne, et obtenir un porte-voix dans un festival mondialement regardé ?

Non, moi je redis que c’est de la propagande, de donner une telle audience à des affirmations sans aucun fondement ni sens, sans rien à voir avec le cinéma, mais juste avec un nouvel obscurantisme, celui qui sous couvert de « toutes les opinions se valent mais je ne donne la parole qu’à quelques unes », vient justifier le maintien de millions de femmes dans l’esclavage sexuel, le maintien de toutes les femmes dans une vision violente et esclavagiste de la sexualité et de leur personne, vient justifier la déshumanisation de toutes les femmes.

Ah, et à lire cet article, on ne s’étonnera pas que le film ait plu à Cannes…apparemment, les prostitueurs ont tout de même besoin de trouver des justifications du genre « c’est une évidence que les femmes fantasment d’être payées » pour justifier leurs actes…ou assurer leur impunité plutôt…

Honte.