8 mars : « La dame du vendredi » et de tous les jours du calendrier…

Haha….j’ai failli écrire « LA » femme du vendredi, mais j’ai eu peur que tout le monde ne comprenne pas mon humour…cet article étant pour moitié sur quelques belles aberrations du 8 mars. En effet, quoi de plus simple pour neutraliser une journée de lutte que de la rendre ridicule en parlant d’une fête de la femme ? (voir ce que j’avais écrit l’an dernier). Un peu comme si le 1er décembre, journée internationale de lutte contre le SIDA, on offrait des fleurs ou des réductions aux personnes atteintes de cette maladie ?

8mars-logo-FINALAlors c’est une stratégie de propagande très efficace. Parce que du coup, il y a énormément de femmes qui pensent que le 8 mars est une infâmie…parce qu’elles ne peuvent pas savoir, propagande oblige, qu’il s’agit en fait, depuis plus de 100 ans, d’une journée de mobilisation internationale et de lutte pour les droits des femmes ! (Voir en bas de cet article la citation de Carole Roussopoulos qui s’applique si bien à ceci).

Du coup, il n’y a pas suffisamment de femmes qui viennent défiler pour leurs droits, à part les associations féministes. Il n’y a pas suffisamment de femmes pour qui c’est l’occasion d’en savoir plus sur ce qu’on fait leurs aînées, les droits qui ont été arrachés de haute lutte, et qu’il faut continuer à défendre.

Alors Libération a fait un florilège des actions mercantiles les plus sexistes et déshumanisantes de cette journée…malheureusement en se fendant d’un titre sexiste (imputant bien sûr la responsabilité de tout ça…à la femme, en rajoutant une insulte). On pourrait citer encore La Parisienne qui propose des séances de coaching aux femmes, Elle qui lance un hashtag twitter #jaimeetreunefemme parce que…ou encore

Du coup, l’initiative du ministère des droits des femmes de parler de 8mars toute l’année a le mérite de viser juste. Le ministère a décidé de publier un calendrier interactif de l’égalité, avec toutes les initiatives, partout : 8marstoutelannee.fr
Et parle de ses priorités en matière d’égalité (je rappelle qu’une loi cadre globale sur les droits des femmes est prévue au Printemps). La première est la lutte contre les violences, la seconde contre la précarité des femmes seules.

Capture d’écran 2013-03-08 à 09.05.32Un sujet fondamental qui est aussi en tête des préoccupations de ma revue hebdomadaire sur Cnikel, que je vous encourage à aller lire : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/journee-des-femmes. Outre les femmes en situation de précarité, nombreuses dans les services à la personne, on y parle grève des tâches domestiques, et Contes(de fées) à rebours…

S.G

Citation de Carole Roussopoulos, vidéaste féministe, décédée en 2009 et réalisatrice de « Debout », qui raconte les luttes des années 1970 : « Le féminisme a été tellement caricaturé que des femmes qui le sont profondément, le rejettent aujourd’hui. Mais il faut s’entendre sur ce qu’est le féminisme. Toute femme qui bouge, qui est consciente, qui veut faire un peu évoluer les choses, est féministe. Toute femme qui décide de ne plus être un paillasson, pour moi, est une féministe. Mais combien de femmes commencent leur phrase en disant …: « Je ne suis pas féministe mais » ! Ça, c’est terrible. Pourtant, si on aborde les problèmes calmement, en général elles reconnaissent que si les choses vont mieux, c’est grâce à nous, et que ce terme ayant été tellement déprécié, caricaturé, elles ont peur de l’employer pour elles-mêmes. Elles ne sont pas toutes dans la séduction des hommes, mais elles ne veulent pas être identifiées à des femmes caricaturées qu’elles ne connaissent pas, qu’elles n’ont pas connues personnellement, dont elles n’ont pas connu l’humour et la gaieté. C’est très flagrant dans les débats qui suivent les projections de « Debout ! » C’est la première chose que disent les gens : « Je ne savais pas que les féministes étaient comme ça ! ». Je leur demande toujours : « Comment croyiez-vous que nous étions ? » Je sais ce que les gens disaient de nous, parce que j’ai lu la presse, je connais les clichés, et c’est terrible ! L’image, dans ces cas-là, est intéressante. Les vidéos montrent les yeux qui brillent encore aujourd’hui, trente ans après… L’image révèle que les féministes des années 70 étaient pleines de ce plaisir qu’elles ont connu et qui a changé leur vie. Si les jeunes femmes étaient un peu plus informées, elles ne pourraient que suivre notre exemple. Nous avons toutes à gagner de lever la tête, tout le monde, tous les opprimés de la terre. »

« La dame du vendredi » est une référence à un classique du cinéma hollywoodien de Howard Hawks avec C.Grant et Rosalind Russell où elle joue une journaliste-reporter…

Sister siders : hommage à Nina Simone vendredi et samedi soir à L’Entrepôt

caesistersiderCette année, je n’aurai pas le temps de faire un programme des événements autour du 8 mars. Mais le site du ministère des droits des femmes a mis en place une carte interactive visible ici : http://carte-droits-des-femmes.fr/. Par ailleurs, le ministère lancera le 8 un site #8marstoutelannée avec un calendrier des événements organisés jusq’au 8 mars 2014 (qui sera évolutif).

Et je rappelle que la thématique 2013 de l’Onu est la lutte pour l’élimination des violences des hommes contre les femmes. La 57e session de la Commission de la condition des femmes, se tient du 4 au 15 mars 2013 au siège des Nations Unies à New York, sur ce thème (suivez le hashtag #CSW57. sur twitter). A Paris demain soir la manifestation traditionnelle se déroulera à partir de 18h30 de Place Stalingrad à Bastille, à noter l’appel à manifester d’un collectif de féministes et de lesbiennes contre l’impunité des violeurs, contre le patriarcat et la guerre : contreviolsrwanda.info

keepersofkaAprès la marche, je voulais donc vous parler d’un autre style de lutte, par la musique : le collectif Sister Siders, dédié aux projets Afro Alternatifs portés par des musiciennes, organise à l’Entrepôt deux soirées (dans le cadre du festival women’s roads) vendredi et samedi à partir de 20h en hommage à Nina Simone. Avec  Cae dont je vous ai déjà parlé qui se produira avec son guitariste Hervé Samb, et le groupe vocal Keepers of Ka (Cae, Kadja Nsé, Ferricia Fatia, Silex, Habiba Schulz), ensemble vocal afro-alternatif.

Au coeur de leur démarche, « une réponse à l’invitation faite par l’auteure Audre Lorde dans son ouvrage « Sister Outsider », qui constitue le socle de notre réflexion ». Elles explorent trois dimensions dans ce collectif à découvrir et surtout à écouter : afro-alternatif, sororité et diaspora. En particuler, tenter l’expérience de la sororité dans un milieu musical dur et individualiste, est un joli défi que ces artistes relèvent depuis plusieurs années déjà (puisque je vous en parlais dans mon premier billet en 2009, ici).


www.keepersofka.com
www.sistersider.com

Quand « une fille comme moi » rencontre « pourquoi les oiseaux chantent »

C’est l’histoire d’une rencontre. Rencontre entre deux féministes, l’une, de la période héroïque, Nadja Ringart, l’autre, qui est née au lendemain du dépôt de gerbe à la femme du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, l’auteure de ce blog. Rencontre autour d’un livre, à la librairie Violette and co, il y a tout juste un an. Moi, bien sûr, amateure des films de Carole Roussopoulos, je la connaissais. Elle, elle ne connaissait pas cette impertinente journaliste qui se permettait de la prendre en photo « à moitié allongée par terre ». C’était un peu le lancement de l’année des 40 ans du MLF, la rencontre s’est poursuivie par d’autres…

Et puis un jour, Nadja a vu « Une fille comme moi », le film que j’ai fait pour l’association FIT, une femme, un toit, avec les résidentes de son centre d’hébergement. Et elle a pensé au film qu’elle avait imaginé, puis pour lequel elle avait fait l’enquête, et qu’Hélène Châtelain a réalisé, « Pourquoi les oiseaux chantent », avec les résidentes et les fondatrices de la maison des femmes de Cergy, en 1988. Tous les deux d’à peu près la même longueur, elle se dit qu’il y avait des correspondances entre les deux films, et elle m’a montré le sien.

Et j’ai été très étonnée et intéressée d’une certaine communauté de regard et de propos entre les deux films. Certes, ils sont assez différents. « Pourquoi les oiseaux chantent », très artistique, montre aussi plus le chemin qui a mené à la création de la maison des femmes, les coulisses du travail social, là où « une fille comme moi » ne montre pas le back office, mais s’intéresse déjà au résultat du passage des jeunes femmes dans le foyer d’hébergement. Et montre comment leur histoire et l’accompagnement dont elles bénéficient les met sur le devant de la scène et de l’action.

C’est pour cette raison qu’il nous est apparu, comme une évidence, qu’on pourrait projeter les deux films ensemble. Que cela donnerait un angle intéressant pour réfléchir à l’évolution de l’hébergement des femmes, et en particulier des femmes victimes de violence.

Grâce à Ariane Calvo, adjointe à l’égalité femmes-hommes à la mairie du XXème arrondissement de Paris, nous allons pouvoir partager cette rencontre avec vous, le 11 mars prochain à 19 heures, au Pavillon Carré de Baudoin (angle des rues des  Pyrénées et de Ménilmontant). Hélène Châtelain sera présente, ainsi que Séverine Lemiere, Présidente du FIT, ‘Hélène de Rugy, qui a été directrice de l’association « du côté des femmes » dont dépend la maison des femmes de Cergy), Vivane Monnier, directrice de Halte Aide aux Femmes battues (HAFB) à Paris et Hélène Fleckinger (historienne du cinéma, spécialiste du cinéma féministe).

Sandrine Goldschmidt