Justice pour Julie, justice pour les femmes

Si vous avez suivi l’affaire #JusticepourJulie, vous saurez à quel point l’affaire de cette jeune fille violée de 13 à 15 ans par près de 20 pompiers incarne le scandale du déni de justice patriarcale envers les femmes. Mercredi, la Cour de cassation doit décider si elle revient sur la décision de la cour d’appel de ne pas requalifier en viols ce qui a été pour l’instant seulement scandaleusement qualifié d’atteinte sexuelle.

Je vous renvoie vers les communiqués de presse notamment celui d’Osez le féminisme qui a également fait de nombreux visuels très didactiques sur Instagram ou encore vers Les Effronté·es, le Collectif droits des femmes, ou les Femen qui ont mené hier une action spectaculaire devant le ministère de la justice et ont toutes reçu une amende de 135 euros…

Dans toute la France à 14h30 avaient lieu des rassemblements en soutien à la demande de Justice pour Julie, voici quelques photos prises au rassemblement à la Fontaine Saint-Michel à Paris, ou Corinne Leriche, la mère de Julie qui se bat sans relâche pour sa fille, ainsi que son père, étaient présents.


Pour Jacqueline, victime de l’in-justice

xlesangdesfemmes.jpgJacqueline Sauvage a été condamnée en appel à 10 ans de prison pour avoir tué son mari, après 47 ans de coups, viols et viols par inceste sur ses enfants, qui ont d’ailleurs poussé son fils au suicide. Ses filles, ont remercié leur mère d’avoir -enfin- pu mettre hors d’état de nuire leur bourreau. Les jurés des assises eux, ont pour la seconde fois conclu qu’il n’y avait pas légitime défense (défense qui doit être « proportionnée »). Vraiment, il n’y avait pas légitime défense (cf tweet de C. de Haas) « c’est quoi une réponse proportionnée à 47 ans de violences » sur elle, ses enfants, et j’ajouterai 47 ans de mise en danger permanente de leur vie ? C’est donc qu’il y a un problème avec la loi, non ?

Un jugement pareil me laisse penser que c’est parce qu’elle est une héroïne qui a mis fin à la violence masculine que Jacqueline Sauvage a été condamnée. En effet, après le précédent Alexandra Lange, la justice patriarcale doit avoir la trouille : et si les femmes, quand elles se rebellent contre la violence qu’elles subissent, étaient ainsi acquittées, alors l’impunité pourrait disparaître ? Je n’encourage pas les femmes à tuer « à tours de bras » en disant cela, j’encourage la société à penser que ces femmes qui, au bout du bout,  tuent un bourreau qui détruit des vies, alors elles protègent leurs enfants, elles-mêmes et la société, qui n’est pas capable de les protéger, ont droit à de l’indulgence de la justice.

En ce sens, elles sont des héroïnes, comme les suffragistes (le terme suffragettes étant ironique, je ne l’emploie pas), comme le montre très bien le film qui vient de sortir sur le sujet et qui raconte enfin l’histoire de ces femmes qui se sont battues pour nous toutes, pour le droit de vote. Un droit de vote, le film le montre bien, qui n’est pas seulement « d’égalité », mais bien de justice : la « minorité » citoyenne des femmes, qui n’ont ni droit de vote ni autorité parentale sur leurs enfants, renforce la possibilité que toutes les violences s’exercent contre elles, en toute impunité. Et quand l’héroïne écrase le fer à repasser sur la main de son patron, qui l’a violée pendant des années, alors oui, on ne le plaint pas… On ne se réjouit pas de la souffrance de l’homme, on se réjouit du fait que ce qui fait « tenir » le patriarcat, l’idée que les femmes n’ont pas le droit de se défendre, ne tient plus. Non, on ne se laissera plus faire. Même si les réponses de la justice sont, elles, disproportionnées, comme le montre en permanence le film : emprisonnement pour avoir assisté à un rassemblement (…), gavage lorsqu’elles font une grève de la faim, etc.

Disproportionnées, c’est ce que sont aujourd’hui encore les réponses de la justice aux crimes commis par les hommes et les femmes; Disproportionnés pour les femmes comme Jacqueline Sauvage qui mettent fin à l’intolérable, qui reconnaissent leur responsabilité, disproportionnés pour les hommes qui ne reconnaissent pas la leur et sont condamnés à beaucoup moins. Cantat, alors qu’il n’avait aucune des raisons de Jacqueline Sauvage. Pistorius (bon, on espère que l’appel change la donne) en première instance, dans un verdict hallucinant. Les pères violeurs, qui souvent, alors que les faits sont reconnus, écopent de peines ridicules. Les viols qui sont correctionnalisés et font donc que les peines sont minimes…

Aux Etats-Unis, grâce au combat des femmes emprisonnées parfois à vie et de comités de soutien, la loi a fini par changer. Une femme qui était en prison depuis plus de 20 ans a fini par être libérée, grâce au soutien d’autres femmes, le combat que montrait le film « Sin by Silence » que nous avions diffusé au festival Femmes en résistance le montre bien. Il va nous falloir beaucoup de persévérance en France, et peut être un comité de soutien actif à Jacqueline Sauvage (s’il n’existe pas ?), pour faire changer la loi, et faire que des femmes qui se défendent après 47 ans de violence et plusieurs vies mises en danger ne se retrouvent pas à la merci de l’in-justice patriarcale

Pas de justice, pas de paix !

S.G

 

 

Quelques réflexions sur le viol de guerre, crime contre l’humanité

Ceci est un ensemble de réflexions dont je ne dirais pas qu’elles sont toutes incontestables ou vraiment abouties, mais auxquelles il me semble important de réfléchir, ensemble.

En 2008, l’Organisation des nations unies a reconnu le viol de guerre comme crime contre l’humanité.

Aujourd’hui, quand on pense aux viols de guerre, on pense en premier lieu à la République démocratique du Congo, RDC, où la situation est dramatique. On pense, parfois aussi, aux viols de femmes allemandes par « le libérateur soviétique », l’homme au couteau entre les dents. On pense enfin aux Japonais, qui ont violé des milliers de femmes coréennes qu’ils appelaient femmes du réconfort.

On parle moins des viols commis par les soldats français sur les terrains de guerre, et encore moins des viols commis par les GI, les soldats américains de la seconde guerre mondiale. A ce titre, le travail de l’historienne américaine Mary Louise Roberts est à la fois pionnier et crucial. A lire son interview récemment parue dans Le Monde, on y apprend des choses essentielles, pour mieux comprendre comment, quoi qu’il arrive et quelles que soient les circonstances, la société virile et patriarcale utilise les femmes comme cela l’arrange.

On ne parle pas non plus des viols organisés par les nazis dans les camps de concentration, « de peur que cela ne minimise l’horreur des camps » ? Hein ? Quoi ? Oui, car s’il y avait des bordels, des hommes prenaient du bon temps ? Les femmes, niées, encore et toujours. Je faisais le tour de la question ici l’an dernier : Jusqu’au bout de l’horreur

Ce crime contre l’humanité à grande échelle n’est pris en compte politiquement que lorsque cela sert les intérêts du dominant, de celui qui veut conserver le pouvoir.

Ainsi, les crimes de l’armée rouge sur les femmes, sont considérés comme « normaux » -après tout, ce ne sont que des viols de femmes, jusqu’à ce que les communistes, ex-alliés, deviennent ennemis. Les crimes commis par les GI, on ne doit pas les mettre en avant, cela serait un « manque de loyauté » envers le libérateur, qui en plus à coup de plan Marshall aide le pays à se relever.

 

Ainsi, en premier lieu, dénoncer les crimes de viols de guerre d’autrui, a plusieurs fonctions, toutes liées à entériner un peu plus la victoire :

-blanchir ses propres crimes et de les passer sous silence (à cet égard, le paragraphe sur la façon dont seuls des noirs ont été condamnés et exécutés pour les viols en France, illustrant à la fois le racisme de l’armée américaine et de la population française est très intéressant)

-assurer son impunité : il ne s’agit pas de rendre justice aux femmes victimes de ce crime contre l’humanité, mais de dire : les monstres, c’est les autres. Eviter de se poser des questions sur les responsabilités du système d’organisation sociale et politique dans la possibilité des crimes contre l’humanité, de la Shoah, des génocides et de toutes les horreurs de la guerre, dont le génocide par le viol. Il est plus facile de penser, en réfléchissant à la Shoah et à tous les crimes commis pendant les guerres, que le problème n’est pas le système, mais bien le monstre.

On utilise l’idée du monstre idéologique et personnifié dans un homme -le dictateur- pour expliquer l’horreur rendue possible par une combinaison de facteurs. Je prends l’exemple de la Shoah : des facteurs à la fois politiques (faiblesse de la république de Weimar, montée des fascismes et totalistarismes), historiques (humiliation du traité de Versailles, antisémitisme millénaire), économiques (ampleur de la crise), culture sociale de violences éducationnelle envers les enfants (éducation à l’ordre et à la discipline cf « la mort est mon métier » de Robert Merle ou Hannah Arendt sur la banalité du mal), sur fond de système patriarcal fondé sur des systèmes de domination sexistes, classistes et racistes, peuvent donner des éléments d’explication à la survenue du pire (et j’en oublie certainement). Autant d’éléments dont certains sont propres à l’Allemagne des années 1930/40, d’autres à la personnalité du dictateur. Mais dont la plupart auraient très bien pu avoir lieu ailleurs. On se concentre sur le soi-disant monstre pour justifier que ce sont les autres qui sont responsables et que cela ne peut arriver chez nous. Idem avec le stalinisme, où là encore ce que l’on dénonce, c’est une idéologie monstrueuse, incarnée dans un dirigeant et tous ceux qui le suivent. L’objectif ultime étant donc de ne pas remettre en cause l’organisation sociale qui pousse à la violence et de pouvoir…

-recommencer : car c’est le meilleur moyen, finalement, d’assurer la possibilité de la perpétuation du système.
En clair, si je (ou la société) ne m’interroge pas en quoi je suis colonisée par le système et donc inconsciente des mécanismes de la violence, je suis condamnée à en être la victime et/ou à les reproduire.

Le viol est un crime contre l’humanité, d’une guerre au quotidien contre les femmes, qui commence par la guerre contre les enfants

Le viol est donc devenu crime contre l’humanité, en tant qu’arme de guerre. C’est une incontestable avancée du droit international.

L’ONU, constatant   que « l’immense majorité de ceux qui subissent les effets préjudiciables des conflits armés sont des civils ». Et que « les femmes et les filles sont particulièrement victimes de la violence sexuelle utilisée notamment comme arme de guerre pour humilier, dominer, ou intimider ».
« Le viol est une forme de violence sexuelle qui peut, dans certains cas, subsister après la fin des hostilités ». Les violences sexuelles sont également de nature à « exacerber considérablement tout conflit armé » et « faire obstacle au rétablissement de la paix et de la sécurité internationale. »

Donc, voici le viol-arme de guerre crime contre l’humanité ou élément constitutif du crime de génocide, ce qui est une excellente chose. Mais amène à se poser plusieurs questions :  Qui sera jugé et comment ? Et pourquoi, dans un système patriarcal mondial où le viol est passé sous silence, la culture du viol omniprésente et le silence et la terreur imposés aux femmes, a-t-on obtenu une telle avancée ?

La seconde phrase des nations unies citée ci-dessus nous donne une indication : « les violences sexuelles sont de nature à exacerber tout conflit armé et faire obstacle au rétablissement de la paix ». Il semble en effet nécessaire à l’ONU de préciser que le problème du viol n’est pas seulement la déshumanisation qu’il entraîne (« humiliation, domination, intimidation »), mais bien le fait qu’il empêche le retour de la paix pour les hommes ! Car violer la femme d’un homme, si celui-ci est encore en vie, c’est toucher à son bien, et donc le rendre plus furieux et prêt à reprendre le combat…

Autre interrogation : tous les crimes de viols de guerre seront-ils également jugés ou allons-nous nous retrouver devant le même mécanisme que celui qui a vu quasi exclusivement des hommes noirs exécutés pour viols à la fin de la seconde guerre mondiale ? Je m’explique : aujourd’hui, on envisage éventuellement de porter devant la justice internationale des crimes de viols qui viennent d’être commis. Mais puisqu’il s’agit de crimes contre l’humanité, ils sont imprescriptibles. Donc, il est en théorie parfaitement logique et légitime de vouloir poursuivre des crimes anciens de plusieurs décennies. Et de part et d’autre des conflits. Car le crime contre l’humanité n’est quasiment jamais que d’un seul côté, surtout lorsqu’il s’agit de viol.

Enfin, pourquoi réserver la notion de crime contre l’humanité – génocide- au seul viol de guerre ?

En effet, le viol comme arme de guerre n’est pas l’apanage des seuls conflits armés ni d’un seul côté des conflits. Il est l’apanage du système patriarcal et des hommes en son sein, qui instrumentalisent des humaines pour en faire des objets de négociation et de pouvoir. Ainsi chaque année, des enfants et des femmes en sont victimes par millions, et la justice, les institutions, ne font pas grand chose pour l’empêcher.

On retrouve alors les mêmes processus cités ci-dessus : on ne dénoncera le viol que lorsqu’il est le fait « du monstre ». Que lorsqu’il est le fait « du dominé » racialement et classistement (aux Etats-Unis, les hommes condamnés pour viols sont noirs, en France ils sont pauvres, alors que sociologiquement ce sont les hommes de partout qui violent), et que s’il n’empêche pas le système de continuer à broyer des humains. Ainsi, le viol des enfants au sein de la famille, passe incroyablement inaperçu alors que c’est bien évidemment là qu’il est le plus dévastateur. Et garant de la reproduction du système (en effet, en « apprenant » par la violence à l’enfant à se soumettre et à être dominé, on garantit qu’il n’aura pas de possibilité de se révolter)

En conclusion, je dirais donc que le viol, et la peur du viol, sont des armes utilisées pour la perpétuation du système de domination, et devrait donc incontestablement, toujours, et sous toutes ses formes, être reconnu comme un crime contre l’humanité. Dont les enfants, les femmes, certains hommes sont les victimes, et dont les coupables sont toujours les hommes. C’est donc l’entièreté du système de domination masculine et de possession de l’enfant par l’adulte qu’il faut changer.

S.G

 

Pas de justice, pas de paix ! #zimmermann #alexander

Vous voulez savoir pourquoi nous, femmes, sommes en rage ? Vous voulez savoir pourquoi les personnes noires, aux Etat-Unis, sont en rage ? C’est très simple. Parce que Pas de justice, pas de paix. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis qu’est né ce slogan.

Pour comprendre, la mise en parallelle de deux affaires judiciaires qui viennent de se terminer :

-la première : George Zimmermann, veilleur de nuit , (métis mais représentant « le blanc armé qui défend ses biens ») tire sur un jeune noir de 17 ans non armé et le tue. Il invoque le fait qu’il a eu peur pour sa vie. Il est acquitté.

-la seconde : Marissa Alexander, jeune femme noire qui a déja signalé la violence de son mari, tire des coups en l’air pour échapper aux coups de son mari. Elle est condamnée à 20 ans de prison.

Alors le message ici est très clair :  la société dominante défend ses privilèges : un homme qui représente celle-ci et qui tue un jeune homme noir, ce n’est pas grave. Tous les jeunes noirs sont en danger d’être tués (ils savent qu’on peut leur tirer dessus pour rien), mais l’ordre social n’est pas en danger.

Une femme qui ne tue pas son mari mais essaie de lui échapper, personne n’est en danger, mais l’ordre social patriarcal est menacé : imaginez que d’autres femmes suivent son exemple et parviennent ainsi à échapper à l’oppresseur ? Il ne le supporterait pas…

Il n’y a pas de justice, il n’y a que des institutions qui protègent les privilèges des oppresseurs. C’est insupportable.

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX !

 

 

Quand un chanteur rend visite la nuit à une jeune fille de 14 ans…

pdjpdpx.pngIl est toujours utile de rappeler ce que dit la loi en matière de viol, et surtout en matière de viol sur mineur-e. Ainsi, la notion de consentement n’est-elle jamais valide selon le droit pour des mineur-e-s de 15 ans. Au-delà, c’est la majorité sexuelle (cette aberration : on laisse la majorité sexuelle à 15 ans, alors à quoi servait-il de repousser le mariage à 18 pour les femmes ? Pour laisser le droit de violer hors-mariage forcé ?). Pour autant, si des adultes pratiquent des actes sexuels avec des mineures de 18 ans, il peut y avoir viol. En effet, lorsqu’il y a ascendant de la personne adulte, le consentement n’est pas valide. Ainsi, toute personne qui a autorité -parent évidemment, professeur, représentant des institutions (police, justice, etc…) est concerné-e-.

Or, il y a une récente affaire qui a beaucoup agité la presse, au détriment de…bien sûr, la femme, ex-femme d’un chanteur connu (je ne citerai pas son nom, vous l’aurez reconnu. Mais en général, on ne cite jamais les femmes, toujours les z' »héros », dans ces cas-là. Alors moi je ne leur donnerai plus de nom), Adeline Blondieau. Stupéfaction : j’apprends aujourd’hui que la jeune femme qui a accepté d’épouser le chanteur à 18 ans, l’a rencontré à 14 ! Et personne ne parle de viol ou présomption de viol. On s’attaque à elle, le chanteur l’accuse de l’avoir trompé x fois, on la traite de noms généralement donnés aux femmes qu’on souhaite insulter, mais on ne se demande pas ce qui a pu se passer lors de leur rencontre ? Et que s’il y  a eu actes sexuels, il y a eu agressions sexuelles ou viols sur mineure ? Dans la lettre qu’elle écrit à l’auteure d’un livre sur le bonhomme, où elle se fait éreinter, elle ne rentre pas dans ces précisions. Et pourtant, il y a -au moins- de quoi se poser des questions :

« Je reprends vos mots : « Elle débarquait chaque nuit pour jouer avec le feu que j’étais. » Savez-vous, Madame, que vous évoquez ici une adolescente de 14 ans, qui naïvement avait pris pour un amour fou, un amour extraordinaire, le jeu d’un adulte de 43 ans. Vous êtes-vous demandé, qui de lui ou de moi rejoignait l’autre dans sa chambre, dans le silence de la nuit, quand l’alcool avait fait son effet ? Ce n’était pas moi. À 14 ans encore vierge, je ne représentais à mon avis pas un grand danger pour un homme ayant vécu sa vie. Dès cette époque, il me parlait de notre amour fou, et c’est parce qu’il ne pouvait en être autrement que quelques années plus tard, l’été de mes 18 ans, j’ai accepté sa demande en mariage. J’ai aimé cet homme plus que tout, au point de croire que je le sortirais du démon de la boisson. Naïve, oui vraiment ! Qui des deux, entre une star du rock telle que lui et une jeune bachelière qui se préparait à entrer à la Sorbonne devrait-on prendre pour le plus manipulateur ? C’est à la fois prêter une bien grande maturité à la jeune fille amoureuse que j’étais et un talent pour la manipulation que je ne pense pas avoir confirmé par la suite ».

J’ai lu beaucoup d’articles suite à cette lettre. Aucune ne dit qu’il y a erreur sur l’âge de la rencontre. Mais personne ne parle de dénonciaition à mots couverts de ce qui pourrait constituer viol ou agression sexuelle ? Un homme ivre, qui entre dans la chambre d’une adolescente de 14 ans, fille d’un ami à lui ? Bon, rien ne dit que ce n’était pas platonique… Elle précise qu’elle était vierge à 14 ans, probablement pour qu’on évite d’invoquer sa minorité sexuelle. Mais que personne ne réagisse à ça en se posant à tout le moins des questions…

Et ensuite,  même s’il avait attendu ses 15 ans, 16 ou 17 ans et quelque, qu’est-ce que cela changerait ? Ne doit-on pas considérer qu’un homme de son acabit, proche de la famille, a un ascendant de fait et se retrouve dans une position d’autorité ? Clairement, on le comprend dans la fin de sa lettre, qui est très émouvante, s’adressant aux enfants :

« Alors je leur dirai qu’il y a des rencontres merveilleuses et d’autres qui vous laissent un goût amer pour la vie. Je leur dirai encore qu’il faut se méfier des gens et que certaines malveillances sont tenaces et destructrices(2). Je leur dirai enfin que parfois les gens se réinventent leur histoire pour avoir le bon rôle. La notoriété donne un immense pouvoir (de nuisance en l’occurrence). (…)

Et non seulement elle donne un immense pouvoir de nuisance, cette notoriété, mais surtout elle assure l’impunité, quand ce ne sont pas les soutiens inconditionnels des pairs complices.

Adeline Blondieau a peut-être décidé de continuer à croire qu’il y avait eu amour fou, pour tenter de sauvegarder ce qu’elle peut de ces longues années perdues, et essayer de vivre un peu en paix. Elle serait alors dans le déni et ne pourrait l’accuser frontalement. Mais qui l’en blâmerait ? Dans une société où on se permet de traiter son ex-femme de « pute » (#lechanteurenquestion) parce qu’elle n’a pas été fidèle, où l’on peut invoquer son « art » pour justifier d’avoir détruit la vie d’une fille puis femme (#lecinéaste) où l’on peut chanter qu’on va avorter une femme à l’opinel parce qu’elle n’a pas accepté d’être la propriété/chose d’un autre (#lerappeur), s’intéresser à la carrière finie d’un assassin à batte de base-ball (#sportif), dire au 20h à la télé droit dans les yeux des spectateurs que non, on n’a rien à se reprocher en ayant pratiqué des actes sexuels avec une femme de chambre qu’on ne connaissait pas en 7 minutes (#directeurd’uneinstitutionfinancièreinternationale); dans une société où on dénonce un crime, le viol, mais où l’on ne nomme ni ne punit jamais les hommes qui en sont responsables, comment pourrait-il en être  autrement ?

Pas de justice, pas de paix !

S.G

*et je pourrais en rajouter une couche sur les pères violents qui sont reçus par des ministres (#grues)

(2) là elle parle de l’auteure de « l’autobiographie du chanteur »

Un crime sans criminel, sans victimes, sans enquête, sans prison ?

 C’est une réflexion qui me vient en lisant les slogans issus des photos des différentes manifs (j’espère avoir suffisamment de lien pour les publier demain) « le viol est un crime », en entendant « non à l’impunité » crié (J’y rajoute « non à l’impunité des violeurs »), et après avoir été interviewée sur le fait que seulement une femme sur 10 peut porter plainte…sans pour autant obtenir justice, puisque l’on estime à moins de 2% les condamnations pour viol prononcées en France.

Le crime de viol bénéficie grâce aux combats féministes d’une reconnaissance légale « du viol ». Pour autant, il ne donne pas lieu à des condamnations.

Les victimes : elles ne sont pas crues, on fait d’elles les coupables, on ne les écoute pas, on ne mobilise pas les moyens nécessaires pour que justice leur soit rendue et qu’elles puissent aller mieux. Les coupables : les violeurs sont donc une infime minorité à être condamnés pour le crime commis, on laisse insulter leurs victimes pendant les procès, on veut absolument les réinsérer quand on ne fait rien pour aider les victimes à espérer reprendre une vie normale. On les laisse même se retourner contre leurs victimes après les procès (Créteil, DSK).

C’est comme si, 40 ans après que le viol a été reconnu comme un crime, ce crime restait une coquille vide, sans victimes ni coupable, ni enquête, ni prison. Une simple comparaison avec les meurtres permet de nous éclairer : 50 % de condamnations y font suite. Et de fait, il y a des meurtriers, et des victimes de ces meurtriers ou assassins. De fait, quand il y a meurtre, les commissariats ne se font pas prier pour enregistrer les plaintes, les moyens sont mis pour retrouver le criminel, considéré comme un danger pour la société. Enfin, personne ne se demande si condamner sévèrement le meurtre surcharge les prisons, si la prison est vraiment le meilleur moyen de réinsérer les meurtriers. Concernant le viol, cela fait 40 ans que cela dure : on se pose ces questions-là. Comme si la personne qui compte, c’était l’homme, le violeur, et tous les autres violeurs qui bénéficient de l’indulgence de la justice, et pas la femme, la victime, et toutes les femmes,  les futures victimes du violeur laissé en liberté.

Du coup, je me dis, que le féminisme radical a bien raison : on ne peut plus se contenter de dénoncer « le viol », cela permet juste à la société de s’acheter bonne conscience, voire de prolonger l’impunité des violeurs. C’est encore un moyen de mettre la faute sur les victimes, si on ne trouve pas de preuves, si elles ne se souviennent pas de tout, si parfois, le stress post-traumatique les fait se contredire. Non, nous ne pouvons plus nous passer de nommer l’agresseur. Nous ne devons plus laisser disparaître des crimes derrières des formulations destinées à perpétuer l’impunité des violeurs.

Tournantes ? Non, viols collectifs par des hommes. Impunité ? non, impunité des violeurs. Crime passionnel ? Non, crime sexiste de fémicide. Fait divers ? Non, crime caractéristique de la guerre systématique contre les femmes.Présumé consentement ? Non, présumé  non-consentement.

Client de la prostitution ? Non, homme qui achète l’impunité d’un viol. Inceste ? Non, viol par une personne ayant autorité, et responsabilité de protection et d’amour et meurtre de notre avenir, donc crime contre l’humanité qui doit être imprescriptible.

S.G

A lire aussi : http://journalennoiretblanc.blogspot.fr/2012/10/ce-que-ma-appris-le-verdict-de-creteil.html

Soutien à Aurélie et Nina : l’appel, la lettre ouverte et le rassemblement

Les dernières infos suite au verdict de Créteil : le parquet du Val-de-Marne a fait appel du verdict, estimant qu’il était trop éloigné des réquisitions (une seule condamnation à de la prison ferme pour des requêtes contre dix accusés). http://mobile.liberation.fr/societe/2012/10/12/proces-des-viols-collectifs-le-parquet-fait-appel_852803. 

Les Féministes en mouvement ont adressé une lettre à François Hollande, Président de la République, pour l’ouverture d’un débat national sur les violences faites aux femmes, que vous pouvez signer ici : http://www.change.org/contreleviol 
On espère beaucoup de monde au rassemblement devant le ministère de la justice lundi à 18h30 à Paris Place Vendôme ainsi que dans d’autres villes de France (Toulouse, Clermont-Ferrand…)

Et ce beau dessin pour exprimer notre soutien aux deux victimes, ainsi qu’à toutes les autres.

« Lever l’encre » http://fromadistantplanet.eklablog.com/

Après Créteil : des viols collectifs sans violeurs ?

L’indignation et la rage sont  générales depuis hier parmi les associations féministes, et pour les victimes de viol.

Un rassemblement aura lieu devant le ministère de la justice lundi 15 octobre à 18h30.

Il va aussi falloir que nous réfléchissions à comment aller plus loin. Trouver de nouvelles formes de lutte pour que l’injustice faite aux femmes victimes de violences cesse.
Pour celles et ceux qui pensent que la justice n’a pas pu être indulgente parce que les agresseurs étaient des « hommes des cités », et que le dossier devait donc être bien vide, voici des références à lire pour apprendre, ce que c’est que la justice en France en matière de viol et d’impunité des violeurs.

Car ce qui s’est passé ici, se passe quels que soient les agresseurs, dans la plupart des enquêtes. Les victimes sont traitées comme des coupables, les enquêtes sont mal menées, elles prennnent 10 ans…et après on argue de la réinsertion des coupables pour alléger la peine qui leur est infligée.
Du coup, on ne peut s’empêcher de penser, comme Muriel Salmona :

http://www.20minutes.fr/article/1020806/proces-viols-reunion-une-telle-decision-demander-victimes-taire

Pour comprendre, il faut aussi lire les articles qu’elle avait publiés à l’occasion de l’affaire DSK :

http://stopauxviolences.blogspot.fr/2011/07/la-nausee-article-de-la-dre-muriel.html

http://stopauxviolences.blogspot.fr/2011/09/la-victime-cest-la-coupable-article-de.html

Vous aurez également de nombreuses autres références d’articles fondamentaux sur la question sur le blog de « Pas de justice pas de paix »

https://pasdejusticepasdepaix.wordpress.com/articles-et-documents/

Enfin, sur l’affaire elle-même voici le dernier article du Monde : http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/11/proces-des-tournantes-un-verdict-en-permis-de-violer_1774225_3224.html 

et sur les faits : http://www.liberation.fr/societe/2012/09/16/ils-etaient-au-moins-vingt-cinq-certains-me-tenaient-d-autres-rigolaient_846741

Un an de prison ferme pour viols collectifs reconnus, cela ne serait donc pas un signe d’indulgence ?Mais s’il y a des coupables de viol, et de viols collectifs, comment pourrait-il ne pas y avoir indulgence avec des peines de sursis et d’un an ferme ?

Si peut-être, ce ne sont pas les juré-e-s qui sont en cause, c’est au moins les enquêtes policières et la capacité de la justice à ne pas être celle des hommes, mais la justice. Qui font qu’au procès, malgré dix ans d’investissement judiciaire, les éléments suffisants n’auraient pas été réunis. Mais quand on enquête sur des crimes contre l’humanité, parfois 40 ans après, est-ce qu’on ne réunit pas les éléments suffisants ?

Car personne ne nie qu’il y a des victimes de viols collectifs ici ! Alors si le viol n’est pas nié, c’est le fait qu’il y ait des violeurs qui est nié. On est en plein patriarcat : il y aurait des violences, mais il ne faudrait jamais nommer les violeurs et violenteurs. Il y aurait des viols collectifs, mais il faudrait les appeler de l’absurde nom que tous les journaux lui donnent, et non pas de ce que c’est : un crime de la guerre contre les femmes, qui comme tout viol de guerre (eux reconnus comme crimes contre l’humanité) devrait faire que la justice mobilise tous les moyens pour avoir ces preuves qui semblent toujours manquer.

Pas de justice, pas de paix !

Pas de justice, pas de paix…aux assises de Créteil

Dans la province de l’Uttar Pradesh en Inde, quand la justice est impossible pour les opprimé-e-s et en particulier pour les femmes, d’autres femmes, par milliers, organisées par Sampat Pal prennent des bâtons et vont exiger que leurs droits soient reconnus. Qu’allons-nous donc pouvoir faire, en France, de semblable, pour qu’enfin la justice soit faite pour les femmes victimes de violences ?
En 40 ans, les féministes ont tout essayé. Elles ont réussi à faire changer les lois. Nous avons fait des campagnes qui permettent de libérer la parole.
Et pourtant, dans des affaires rien moins que de viols collectifs, l’impunité des violeurs reste quasi entière.
Alors oui, procédure de justice il y a eu, durant dix ans. Mais pour atteindre au même résultat : les charges ne seraient pas suffisantes, et la plupart des accusés relaxés. Christine Le Doaré explique tout ici sur son blog : http://christineld75.wordpress.com/2012/10/11/aux-assises-de-creteil-scandaleuse-indulgence-pour-les-violeurs/. Où la société patriarcale réaffirme que les victimes de viols sont moins importantes que les hommes qui les violent. Où les pires idées reçues criminelles sont reprises pour disculper les agresseurs. Où encore une fois, « la victime c’est la coupable ».
Un réflexion en plus de ce très bon article qui reprend les faits essentiels : la justice d’assises, à qui cela coûte cher d’organiser de tels procès, qui donne des peines de sursis de l’ordre de la correctionnelle à des violeurs, quel est donc son objectif ? Dire le droit, dire ce qui est juste, ou assurer la perpétuation du système d’impunité pour les violeurs ?Pour exiger que justice et réparation soient faites aux femmes, comme nous le faisions ici, nous continuerons à lutter.

Mais il nous faudra encore songer à radicaliser nos moyens (à la manière du Gulabi Gang), pour lever tous les obstacles que les défenseurs de cette société d’impunité mettent sur notre chemin.

Pas de justice, pas de paix !

Harcèlement sexuel : les assos rencontrent les ministres

Voici le communiqué de presse de cette rencontre historique entre l’AVFT, association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, une représentante de la marche mondiale et de femmes solidaires, avec les ministres des droits des femmes et de la justice (Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira).
C’est de très bon augure, alors qu’en ce moment même des assos se rendent au commissariat du 12ème pour porter une nouvelle plainte contre le Conseil constitutionnel qui a abrogé la loi le 4 mai dernier. Le combat continue !

Harcèlement sexuel :
Rencontre entre les ministres et les associations
Dans les locaux de l’AVFT

COMMUNIQUÉ

Le lundi 21 mai 2012 a eu lieu dans les locaux de l’AVFT une réunion de
travail entre Najat Vallaud Belkacem, ministre des droits des femmes,
Christiane Taubira, Garde des Sceaux, les associations AVFT, Marche
Mondiale des Femmes, Femmes solidaires, CLASCHES et une avocate
spécialisée1.
Cette démarche, initiée par les deux ministres, est à la fois historique
et à la hauteur des enjeux politiques, juridiques et humains soulevés
par le harcèlement sexuel et l’abrogation du délit.
Lors d’un échange de plus d’une heure, nous avons :
–    Evoqué l’impact de l’abrogation du délit français de harcèlement sexuel
sur les droits des femmes à travers le monde ;
–    Défendu la proposition de loi de l’AVFT dans son intégralité ;
–    Expliqué pourquoi les deux propositions de loi déjà déposées par des
sénateurs, sans aucune
concertation avec les associations spécialisées, sont inacceptables ;
–    Demandé la possibilité de mettre en cause la responsabilité conjointe
du sous-traitant et de
la société qui y fait appel, en cas de harcèlement sexuel commis sur une
salariée du sous-
traitant. –    Insisté sur la nécessité de procéder aux réformes
garantissant les droits des victimes de
harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche ;
Compte tenu de nos échanges et de la nécessité de conjuguer la qualité
des travaux législatifs à l’urgence de combler le vide juridique, les
deux ministres se sont engagées à présenter le plus rapidement possible
un calendrier des réformes.
Nous avons indiqué que nous continuerons la mobilisation engagée par les
associations pour une loi conforme aux intérêts des victimes.