2019 : une année de lectures

Après ma liste de films, voici ma liste de livres remarquables en 2019…

D’emblée, quelques remarques. Je lis majoritairement des livres écrits par des femmes, surtout parmi les nouveautés. Parce que c’est une façon de contrer le sexisme persistant, en particulier dans la critique littéraire. Parce que, j’y reviendrai, les sujets qu’elles abordent n’existent pas forcément sans elles. Parce que la littérature a tellement servi la culture sexiste et la culture du viol (combien de temps aura-t-il fallu avant que chute entin Matzneff ?). Parce que la littérature, ne s’est tellement pas intéressée aux femmes réelles et à leur vécu spécifique et qu’il était temps que leurs récits sur elles-mêmes et leur vision du monde soient publiés.

Et de fait, les devantures des librairies proposent désormais de nombreuses oeuvres de femmes. Qu’ont-elles de particulier ? Pas un « style d’écriture féminine », je ne penche pas vers l’essentialisme. Mais des sujets qui sont abordés parce qu’ils sont l’expérience de tant de femmes jusque là peu abordée en littérature. Car jugés non dignes de cet art, parfois, ou simplement et parce qu’il faut en avoir fait et considéré l’expérience pour en parler d’un autre point de vue. La folie, le secret, les violences sexuelles, le rôle reproducteur, l’enfantement, l’exil des femmes arrachées à leur milieu d’origine aussi par le patriarcat, le conflit famille/liberté/identité, avoir « une vie à soi », ces sujets traversent quasiment tous les livres ci-dessous.

Avant de vous donner la liste, deux parenthèses. Cette année, j’ai découvert ou redécouvert deux grands auteurs hommes classiques, et ai très envie d’en parler.

J’ai lu pour la première fois Les Misérables en intégralité. Elles et ils m’ont accompagnée pendant 3 mois. J’ai apprécié chaque phrase, chaque chapitre, emprunts d’une grande humanité et d’une beauté littéraire époustouflantes. Qui fait que 100 pages sur le sort d’un évêque de campagne nous touche comme le sort de Cosette ou de Gavroche. Plaisir aussi de circuler dans les rues de Paris, pendant la lecture, et tomber par hasard sur les traces des événements décrits dans le roman, comme à l’angle du Faubourg Saint-Antoine et de la place de la Bastille, à propos des barricades.

Autre grand auteur, Zola. Par hasard, j’ai vu une série télé, inspirée de « Au bonheur des dames ». Etonnée par le ton féministe, j’ai eu envie de relire le roman (qui m’avait peu intéressée vers 18 ans). Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai changé d’avis ! La description de la naissance du commerce moderne et de ce quartier autour de « 4 septembre » à Paris (où j’ai travaillé plusieurs années) m’ont fascinée. J’ai alors eu envie de lire tous les Rougon-Macquart. Aujourd’hui, j’en ai lu 9 et commence « Nana ». Chacun de ces 9 premiers tomes m’a passionnée. De la description du coup d’Etat de 1851 dans la ville de Plassans (ville imaginaire) dans La fortune des Rougon à Une page d’amour, sur les hauts de Passy, en passant par les classiques absolus L’Assommoir et Le ventre de Paris ou encore La curée, la force de description de Zola, l’élan qu’il donne à ses premiers chapitres, à un personnage, un quartier, un mouvement, sont fascinants. Objectif 2020, les 10 suivants !

Voici donc la liste des autres livres plus récents (mais pas tous de l’année, qui m’ont marquée cette année.

Rhapsodie des oubliés, de Sofia Alaouine. J’ai eu un peu de mal au début, mais l’écriture est vraiment puissante, l’hommage à Zola (cela se passe à la goutte d’or, la femme nigériane prostituée s’appelle Gervaise et sa fille restée au pays Nana) m’a forcément parlé, et l’émotion ne cesse de monter au fil du livre.

L’art de perdre d’Alice Zeniter un roman exceptionnel sur l’exil, et sur la complexité de l’identité, sur 3 générations : avant, pendant, après. De l’intelligence et de la grande littérature mêlées, ça fait du bien.

La nuit des béguines d’Aline Kiner Très beau roman sur ces femmes oubliées, qui parviennent -en se coupant des hommes et de leur violence et par la solidarité entre elles, à avoir une vie à elles, au XIIIè siècle. Evidemment, cela ne devait pas durer.

Filles de la mer, de Mary Lynn Bracht. L’horrible destin des femmes coréennes enfermées dans des bordels concentrationnaires pendant la deuxième guerre mondiale, le secret de famille, et la solidarité/sororité entre femmes qui traverse les générations.

Je cherche encore ton nom, de Patricia Loison. Très beau récit autobiographique de Patricia, adoptée à 6 mois, à la recherche de sa mère biologique. Très bien écrit, très émouvant, et pour qui l’a très bien connue, très évocateur. Bravo !

Les déracinés, de Catherine Bardon. Une histoire extraordinaire, la saga familiale d’un couple juif qui, fuyant l’Autriche sous le nazisme, fait partie des pionniers qui s’installe en République dominicaine sous le dictateur Trujillo, passant de l’espoir au désespoir, de l’utopie à la réalité.

Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka. Un chef d’oeuvre ! Des Japonaises mariées à des Japonais vivant aux Etats-Unis traversent l’océan et découvrent la vie aux Etats-Unis. Là encore, l’exil, le mariage forcé, la déception, le racisme. Le tout évoqué dans un long poème incantatoire. À lire absolument !

Les guerres de mon père, de Colombe Schneck. Encore une ex-camarade ! Ce récit m’a fortement touchée, pour les sujets qu’il aborde, l’héritage de la Shoah, du silence, du déni. La recherche de l’histoire familiale, de la compréhension du déni et du silence, ici caché sous la joie et la bonne humeur. Et les secrets à tiroir, leur complexité…

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, de Martha Hall Kelly. Terrible destins croisés de femmes pendant la seconde guerre mondiale, en particulier de celles qui ont subi des expériences/mutilations à Ravensbrück. Et du combat pour la mémoire.

Suffragette Sally, de Gertrude Colmor, roman de 1911 inspiré de la vie des suffragettes. Un chef d’oeuvre, histoire extraordinaire de quand on enfermait les femmes pour avoir demandé le droit de vote dans une réunion publique, puis qu’on les nourrissait de force car elles faisaient la grève de la faim pour demander à être reconnues comme des prisonnières politiques. A noter aussi, une jolie solidarité entre femmes qui transcende les classes sociales.

Je suis Jeanne Hébuterne, d’Olivia Elkaïm. La vie de cette femme, qui aurait pu devenir une peintre reconnue, mais, devenue la compagne de Modigliani (avec des descriptions qui montrent la force de l’emprise), subit de plein fouet la violence conjugale, l’abandon, le mépris…et se suicide à la mort du peintre, dans l’indifférence totale.

A la demande d’un tiers, de Mathilde Forget. Très joli court roman, très bien construit, maîtrisé, dans lequel tous les thèmes de la littérature des femmes se retrouvent. Secrets de famille, folie des femmes vs patriarcat, stress post-traumatique. Et une héroïne lesbienne, sans s’apesantir sur le sujet, comme il y en a de plus en plus. (des fois c’est bien de s’apesantir, là c’est bien de ne pas…)

Le bal des folles, de Victoire Mas. Dans la veine du précédent, l’autrice décrit comment, du jour au lendemain, une jeune femme est enfermée à l’asile de Charcot, qui traitait les « hystériques ». Comment, grâce à la solidarité entre femmes, elle fait tout pour en sortir. Et comment, pour d’autres, l’asile est parfois un refuge face au patriarcat…

Le ciel par dessus le toit, de Natacha Appanah. Ecriture captivante toujours, ce nouveau roman de Natacha Appanah qui raconte l’histoire d’un jeune homme de 17 ans qui se retrouve en prison pour avoir provoqué un accident mortel à contresens sur l’autoroute, parle de l’enfance abandonnée, de l’incapacité de la société d’y répondre. De la violence, condamnée à se reproduire. Après le puissent Tropiques de la violence, un nouveau bel opus.

Une vie à soi, de Laurence Tardieu. Un de ces livres, où l’autrice s’interroge sur son enfance protégée, sur sa rencontre à travers le temps avec la photographe Diane Arbus et le choc qui s’en suit. Drôle de livre, qui, on ne sait pas toujours pourquoi, vous parle si intimement, fait tant de liens…

Abigaël, de Magda Szabo, l’autrice de « la porte ». Toujours aussi belle écriture, et étrange histoire que celle de cette jeune adolescente privilégiée qui se retrouve du jour au lendemain, pendant la seconde guerre mondiale, envoyée au pensionnat par son père, sans comprendre. Peu à peu, grâce à Abigaël la statue, les voiles vont se lever autour d’elle, la faisant passer de l’enfance à l’âge adulte.

Amours, de Leonor de Recondo. Dernier en date, toujours aussi bien écrit (que Pietra Viva). Ecriture fascinante, histoire fascinante, amour entre deux femmes, dépassement des classes sociales, trouver une vie à soi en dehors des codes patriarcaux, le temps d’une parenthèse. Difficile de ne pas penser que ce livre écrit en 2015 n’ait pas inspiré fortement « Portrait de la jeune fille en feu ».

Roman photo du sexisme ordinaire…

Et donc, voici que l’eau est devenue sexy…

Ordinaire, mais sévère, toutefois…

Saviez-vous -mais bien sûr, vous le savez- que pour vendre, aujourd’hui, il faut être sexy ? Surtout, pour vendre aux femmes ? Ou plutôt, leur faire acheter tout et n’importe quoi avec leur faible pouvoir d’achat ? Mais vous ne saviez peut-être pas qu’à son tour, ce produit de première nécessité, surtout en cas de fortes chaleurs (bon je sais, à Paris, c’est 4 jours par an), pouvait devenir sexy ?
Eh bien si, regardez plutôt cette bouteille :

Pour le reste, voici ce que j’ai pu relever sur la vitrine d’une excellente librairie de banlieue…

les légendes sont sur les photos :

Hommage à FRANCOISE PASQUIER (1944-2001) , fondatrice des éditions féministes TIERCE (1977-1993)

C’est demain, à 19h à la librairie Violette and co., que l’association des amies de Françoise Pasquier, dont Nadja Ringart est la présidente, rend hommage à l’éditrice et féministe fondatrice des édtions Tierce décédée en 2001. Comme je n’ai pas pu y travailler vraiment, alors je retranscris le message des libraires.

Cet hommage, préparé en coordination avec l’Association des amies de Françoise Pasquier, sera l’occasion pour plusieurs femmes qui l’ont connue d’évoquer son travail et sa personnalité. Depuis le début de la librairie, nous avons souhaité souligner l’importance qu’ont eu les éditions Tierce dans le mouvement féministe. Nous remercions chaleureusement toutes celles de l’Association qui ont oeuvré à rendre possible cet hommage qui sera suivi d’un verre amical.

« Françoise Pasquier était une figure importante (mais discrète) du mouvement féministe. Elle avait compris très vite qu’un mouvement politique qui ne peut pas faire connaître ses initiatives, ses analyses, ou son histoire, est condamné soit à la stérilité soit, à terme, à la disparition : elle engagea toute sa compétence, son talent, et une force de conviction peu commune dans la publication des textes issus du mouvement et des groupes de recherche féministes. Dès 1976, elle coordonnait la section “ femmes ” de l’imposant “ Catalogue des ressources ” (éd. Parallèles), ainsi que “ Face à femmes ”, premier numéro de la revue “ Alternatives ”. En 1977 elle fondait sa propre maison d’éditions, les éditions Tierce puis Deuxtemps Tierce, qui allaient devenir le lieu privilégié de diffusion des écrits féministes.

Elle y hébergea, d’abord, les revues les plus importantes du moment :, la Revue d’En face, Questions Féministes, les Cahiers du Grif, Parole , ! et les ouvrages issus des premiers colloques féministes, espaces inestimables de réflexions, d’échanges, – et de contradictions -, où étaient abordés l’essentiel des thèmes de débats de l’époque. Beaucoup de ces textes sont aujourd’hui des classiques, constamment utilisés dans les enseignements sur les femmes et les rapports de genre. Nombre de ses livres étaient directement issus des luttes des femmes. Françoise Pasquier fut aussi parmi les premières à comprendre la puissance critique des recherches féministes, alors naissantes – mais aussi qu’un travail de pensée non relayé par l’édition pouvait difficilement se développer. Elle offrit à celles-ci un espace public d’expression, à un moment où elles n’étaient guère acceptées ni reconnues par les institutions officielles et les éditeurs. Les livres publiés sont eux aussi devenus des classiques. Elle avait également, avec plusieurs autres chercheuses, créé en 1982 le CRIF (Centre de recherches et d’informations féministes), qui effectua un important travail de documentation, d’archivage et de diffusion des recherches effectuées en France et à l’étranger.

Sa farouche indépendance d’esprit, son refus de toute orthodoxie et de toute affiliation partisane étaient les meilleurs garants de ses choix éditoriaux. Est-ce son humour dévastateur, ou sa totale discrétion quant à elle-même qui nous ont, longtemps, empêché de mesurer l’importance de sa contribution au mouvement et aux recherches féministes ? Les uns et les autres ont à son égard une dette capitale, et dont l’on commence seulement à estimer l’importance. » (extraits d’un texte de Liliane Kandel, 2011)

Une quarantaine de livres et une vingtaine de revues de Tierce et Deux Temps Tierce sont mis en vente à Violette and Co, dont des ouvrages rares : essais, romans, théatre, récits… on retrouve les noms de Hannah Adrendt, Rita Thalman, Awa Thiam, Séverine, Denise Brahimi, Jacqueline Feldman, Amanda Cross, Gertrude Stein, Calamity Jane, Fay Weldon, etc. ou encore Berthe Cleyrergue, « gouvernante » de Natalie Clifford Barney et auteure de Berthe ou un demi-siècle auprès de l’Amazone.

Vous pouvez également lire un article sur les éditions Tierce ici

Ilona, ma mère et moi, à Violette and Co

D’abord, un petit mot pour vous dire qu’après deux ans identiques, le look d’A dire d’elles se modernise…j’espère que ça va vous plaire…rien ne change sinon la présentation grâce à Mrs WordPress…les rubriques sont les mêmes, mais la « blogroll » est plus visible…

et une annonce, par le biais de Melanie, d’un rendez-vous à ne pas manquer demain :  une rencontre avec Françoise Basch, à propos de son dernier livre, Ilona, ma mère et moi.


« Dans ce livre voulu en hommage aux « héroïnes ordinaires » que furent Marianne et Ilona, elle puise dans les correspondances familiales et dans ses propres souvenirs d’enfance pour préciser les rôles nouveaux assumés par les femmes en temps de guerre. Ce récit en partie autobiographique revient aussi sur la complexité du rapport personnel à la judéité.

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire des femmes et d’une biographie de Victor Basch, Françoise Basch travaille depuis 2006 à ce récit autobiographique dédié à sa mère.

Ilona, ma mère et moi est publié aux éditions iXe, collection fonctions dérivées ».

Cela se passe mercredi 1er février à 19h, à la librairie Violette and Co, 102, rue de Charonne, Paris 11ème, Métro Charonne.

Le jour des livres non-sexistes, c’est tous les jours…

Comme par un fait exprès, certains jours, plusieurs liens attirent mon attention sur le même sujet et dans un même objectif : attaquer le mal à la racine, le patriarcat à sa source, les livres enfants/jeunesse…ça fait du bien. C’est un sujet sensible, la « norme » ayant tellement tendance à tout envahir sur son passage, les médias être un miroir déformant, grossissant de la minorité puissante et amaigrissant les minorités -fussent-elles majoritaires…ainsi, pour qu’un mouvement, une tendance, une pensée soit visible, en dessous de 20-30 %, mission quasi impossible…et quand une majorité numérique, les femmes, est vue comme une multitude d’individues isolées, une énumération à la Prévert de faits divers, elle n’est plus rien…un homme sur deux est une femme mais tous les hommes sont des hommes, cela veut dire qu’un homme sur deux n’existe pas…

toutes ces divagations pour saluer la sortie d’un livre, qui combine l’excellence de la maison d’édition Des ronds dans l’O (qui a sorti les deux volumes de mobilisation contre les violences faites aux femmes) et un propos non sexiste. Autant dire qu’on a hâte de découvrir -et d’offrir- « Le petit garçon qui aimait le rose ».

L’occasion du coup de remettre l’accent sur « Talents hauts » dont j’avais parlé l’an dernier, la maison d’édition de la région parisienne qui depuis plusieurs années propose des albums non sexistes pour des enfants tout petits ou un peu plus grand. Récemment, j’ai joué au jeu d’offrir à un garçon et une fille de 7 ans deux albums chacun, et tout le monde les a dévorés, mais les grand frère et grande soeur de 10 ans…

Enfin, envie de vous faire partager cet article, de rue89.com, « des livres jeunesse non sexistes pour tordre les clichés à la racine »

On en est toujours là, à tenter d’éviter que « le masculin soit toujours le mieux à même de représenter l’universel »…il faudra bien que le masculin cesse de l’emporter sur le féminin, et alors peut-être, cela n’aura plus tellement d’importance, puisque le masculin et le féminin n’existent guère, au-delà des stéréotypes…

S.G

« Coming back » avec des livres…pour une fin d’année militante !

Des cadeaux de Noël, Hanukah, Saint-Sylvestre, de nouvelle année…ou tout simplement une sélection d’A dire d’elles de livres écrits par des femmes et découverts récemment…

Je commence par le livre que je n’aurais jamais imaginé lire il y a quelques semaines : « Le chaînon manquant », de Caroline Mondon, aux éditions Afnor, sous-titré « Management de la chaîne logistique en PMI ». Mais il faut dire que quand son auteure me l’a présenté comme un polar de management, j’ai été suffisamment intriguée…pour aller tester moi même. Et ça marche ! Je n’ai pas encore fini, mais me voila plongée au coeur d’une intrigue dont l’essentiel n’est pas forcément de savoir ce qui est arrivé au responsable logistique disparu, mais bien comment l’entreprise va éviter la faillite. Et comment, la vente, la délocalisation ou le licenciement ne sont pas forcément les seules solutions envisageables…

Une des particularités de ce « roman-manuel-de-management », c’est qu’il fait la part belle aux femmes pour redresser l’entreprise, la fille du fondateur qui se retrouve à la tête de l’entreprise, et la spécialiste du management de la supply chain…

Les femmes à la tête d’entreprises, c’est aussi le thème du « Guide des mompreneurs » de Valérie Froger, aux éditions Eyrolles. Qu’est-ce qu’une mompreneure ? Une femme qui, en général au moment où elle a eu des enfants, s’est dit qu’il était difficile d’articuler son activité professionnelle avec sa vie de mère, et qui a choisi de créer sa propre activité. Le guide est très utile pour savoir quoi et comment faire, il dresse en outre le portrait d’une vingtaine de femmes qui ont suivi ce parcours. Quelques caractéristiques de la mompreneure : c’est souvent une femme qui vient plutôt d’un milieu cadre, et qui choisit le plus souvent une activité qui n’est pas sans rapport avec la maternité…

Dans un genre plus directement féministe, je ne peux pas ne pas parler du dernier livre de Natacha Henry, une consoeur qui s’était déjà fait remarquer avec « les filles faciles n’existent pas » et « les mecs lourds ou le paternalisme lubrique ». Natacha s’est cette fois-ci attaquée à la question de la violence conjugale, « Frapper n’est pas aimer. » Pendant 3 mois, Natacha a rencontré des femmes victimes de violence au sein d’un foyer d’accueil de la région parisienne, et elle explique chapitre après chapitre, le cycle de la violence conjugale; pourquoi « il est difficile d’en sortir », comment on peut finalement se reconstruire. Dur, mais important.

Enfin, plus ludique, mais aussi militant, la trilogie de « La p’tite Blan« , de Galou (au dessin) et Blandine. Après « Coming soon » et « Coming Out », voici « Coming Back, le retour de la lesbienne », troisième volume des aventures de la P’tite Blan, ou le parcours d’une jeune lesbienne au travers des différentes étapes de sa vie, enfance, adolescence, Coming Out, et la vie qui va avec.

Trop rarement raconté, et en plus avec beaucoup d’humour, de finesse,  lisible à tout âge…à connaître et faire connaître !

S.G

« Mon oeil », conscience d’un monde en devenir

Des ronds dans l’O a sorti au mois de mars le roman graphique de Florentine Rey, « Mon oeil ». Le livre a reçu le prix Olympe de Gouges, décerné chaque année par la ville de Montauban pour un projet qui rappelle et prolonge l’action d’Olympe de Gouges en faveur des Droits des Femmes. Il raconte le parcours d’un groupe de personnages, qui cherchent à donner du sens à leur vie; au départ, deux amies constatent les inégalités hommes-femmes et font appel à l’Oeil, pour essayer de comprendre l’absence des femmes et la hiérarchie des sexes dans l’histoire…Elles reçoivent des jetons, et vont à la rencontre d’Olympe de Gouges, De Gaulle, Claire Demar, Napoléon, Zemmour…et finissent par vouloir une révolution, pacifique et individuelle, qui passe par l’égalité près de chez soi, en se réappropriant son environnement, en une sorte de petite communauté écolo-féministe…

RENCONTRE AVEC L’AUTEURE, FLORENTINE REY

Florentine Rey est modeste. Elle ne se met pas trop en avant. Pourtant, son parcours, son exigence, sa perpétuelle recherche de la juste expression, ont de quoi séduire. Une exigence qui ne rend pas toujours la vie facile, mais sans doute le chemin plus intéressant. Et en perpétuel mouvement. Convergences.

Stéphanoise d’origine, Florentine Rey a commencé par faire du piano intensif (en parallèle avec la classe, aménagée), puis la même hypokhâgne que moi à Lyon (quelques années après), études qu’elle a trouvé un brin rigides mais où elle a découvert la philosophie…avant de s’attaquer à l’Ecole supérieure d’Art de Cergy, école expérimentale, qui lui permettait une plus grande palette d’expression. Et elle est devenue artiste férue d’innovations et de nouvelles technologies.

Son domaine, les installations interactives, qui l’ont amenée à se lancer dans une aventure créatrice…d’art et d’entreprise. Elle crée une petite société, constituée d’artiste (elle), mais aussi d’un ingénieur, d’un paysagiste, d’artistes développeurs. Elle utilise des protypes, des logiciels, des capteurs de mouvements, (voir ce que dit Blog.Kazah de l’oeuvre « Parloir » dans l’abbaye de Maubuisson en 2002, ci-contre).

Son association devient en effet rapidement une société, et elle s’installe au château d’Hérouville. Mais la petite structure prend de l’ampleur et devient difficile à gérer. Florentine a bien aimé l’aventure de cheffe d’entreprise, mais ne voulait pas être que cela.

« Au début j’étais plasticienne en même temps, j’ai pu voyager, montrer mon travail en Inde, au Québec, au Japon. Mais après je n’avais plus le temps ».

Elle décide alors de changer de vie, et de suivre l’envie d’écrire qui la taraude de puis longtemps. Elle met fin à l’aventure de la société et retourne vivre dans sa région natale, près de Saint-Etienne. Elle se consacre à ses deux premiers romans, Blandine-Marcel et Blandine-Marcel 2, publiés aux éditions Michalon (voici extrait du résumé du premier : « Petit personnage curieux, fantaisiste, un brin pervers mais singulièrement touchant, le héros-héroïne, double imaginaire d’une femme-enfant…), et peu à peu la rattrape un questionnement qui était en filigrane depuis le départ : celui de la place des femmes dans la société.

« Déjà dans mes performances, je m’étais intéressée à la question du corps, des exigences du féminin, les vêtements… Je pensais que cela passerait, mais en fait, c’est devenu plus fort. J’ai eu envie de faire un essai, mais je trouvais que la forme était trop radicale et violente. Ce n’était pas pour moi une forme très appropriée, je manquais de distance. Alors j’ai cherché une forme qui pouvait  mieux me correspondre et je suis allée vers le roman graphique« .

C’est ainsi qu’est né « Mon oeil », qui, même si, édité par Des ronds dans l’O, la maison d’édition de Marie Moinard (dont je parlerai ici très bientôt, et qui a déjà livré récemment l’excellent « En chemin elle rencontre »), il se retrouve dans les rayons BD, il n’en est pas tout à fait une, plutôt un essai graphique…où des femmes, veulent comprendre la société patriarcale et apporter leur pierre au changement. Pourquoi ce choix ?

« Je voulais mettre en place un système graphique au service du texte. Je voulais parler de ces destins de femmes, dont on parle trop peu, mais le faire de façon « non rasoire ». Il fallait que ces personnages soient simples, je ne voulais pas m’aventurer vers de beaux dessins. J’ai décidé de mettre en place le super-ordi, mais j’ai voulu humaniser la machine, c’est l’Oeil. Il est là, mais il ne juge pas« .

En effet, c’est plutôt un passeur, un révélateur pour ces femmes qui peu à eu vont tenter de le changer le monde qui les entoure, vers un monde qui, peut-être, plairait mieux à Florentine Rey : moins de stéréotypes, se réapproprier sa vie dans la société par le pouvoir de non-achat, retrouver une identité qui n’est pas dictée de l’extérieur.

Et ce qui est bien, c’est qu’elle ne le fait pas non plus que dans sa création artistique. Florentine Rey, qui doit aussi penser au quotidien, anime à Lyon et en région lyonnaise des ateliers d’écriture très ouverts, dont certains avec des jeunes femmes de BTS secrétariat (où il n’y a aucun homme). « Dans les premiers textes, elles parlaient beaucoup de mariage, et leur vie de femme s’arrêtait là. Au début tout est fermé, cela se voit dans leur comportement. Au fil de l’atelier, je les fais s’interroger sur elles mêmes, et peu à peu, elles comprennent qu’elles sont plus que ça, qu’elles peuvent être les initiatrices… »

En perpétuelle quête, comme nous, comme Florentine, parce que le plus beau c’est l’ouverture, et le chemin…

Sandrine Goldschmidt

(Photo F.Rey par Sandrine Goldschmidt)

Talents hauts : enfin des livres jeunesse non sexistes!

Ou plutôt, enfin, le flambeau est repris. Car dans les années 1970, en 1974 précisément, Adela Turin créait une maison d’édition « du côté des petites filles » (inspiré du classique de la théorie féministe de Elena Gianini Belotti), avec quelques grands classiques du genre, comme « L’histoire des bonobos à lunettes ». Mais entre la fin de la maison d’édition de l’auteur et 2005, plus rien. Et il aura fallu attendre que deux éditrices féministes décident de créer leur propre petite maison d’édition, Talents Hauts, basé à Saint-Mandé dans le Val-de-Marne, pour que le flambeau soit repris. Et bien repris.

Laurence Faron et Mélanie Decourt

Laurence Faron et Mélanie Decourt se sont lancées dans l’aventure un peu par militantisme, mais en vraies professionnelles de l’édition dont elles viennent toutes les deux. « Nous voulions travailler avec les mêmes armes que les autres, en proposant des livres de qualité, mais c’est vrai que nous avons du nous lancer un peu en aveugle« .  Autrement dit, avec foi. Talents hauts, c’est une double ligne éditoriale. Livres bilingues, sans traduction : on alterne un chapitre en anglais, un en français et c’est l’envie de connaître la suite qui permet d’apprendre. L’autre ligne éditoriale, c’est la lutte contre les stéréotypes sexistes, en proposant des histoires qui renversent les clichés. Depuis le premier livre, « La princesse et le dragon » (vendu à 4.500 exemplaires), qui présente une princesse pas du tout passive et sotte, jusqu’au prochain album à paraître, « Samiha et les fantômes », soutenu par Amnesty International et qui aborde la question du voile intégral, les éditrices choisissent des auteures et illustrateurs qui respectent l’égalité et donnent d’autres modèles aux petits lecteurs et petites lectrices que les histoires traditionnelles.

Chez elle, on lit au dos de chaque livre : pour les filles ET les garçons. Alors pourquoi est-ce nécessaire ? parce que toutes les études récentes, montrent « que les enfants préfèrent s’identifier à des héros de leur sexe ». D’où la rareté des livres mixtes. Ou quand ils sont sensés être mixtes, ce sont les garçons qui sont plus nombreux. « On ne sait pas vraiment pourquoi, mais les parents et les éditeurs, croient que c’est impossible pour un garçon de s’identifier à une héroïne que l’inverse« , explique Mélanie Decourt.

Alors c’est vrai, depuis les années 1990, on a vu se développer de nombreux livres pour les petites filles, qui ne présentent quasiment que des héroïnes et sont invariablement des princesses… tout en rose et se préoccupant d’être belles et de savoir se maquiller. Ici, il ne s’agit pas de cela, mais bien de faire des livres pour les garçons ET les filles…

De fait, les études, en particulier celles de Sylvie Cromer dans les années 1990, montrent sans ambiguité qu’il y a beaucoup plus de héros que d’héroïnes, que c’est encore plus vrai pour les personnages secondaires, il y a très peu d’adultes femmes dans les albums jeunesse, et quand ce sont des adultes femmes, ce sont invariablement des mamans…qui restent à la maison, et s’adonnent aux tâches ménagères, pendant que le père travaille…

En cinq ans, Talents hauts a déjà édité 60 titres (pour les deux lignes éditoriales), déclinés en collections par âge. Et si on l’imagine, la route est longue et difficile, « une maison d’édition qui est toujours là au bout de 5 ans, c’est déjà bien », explique Laurence Faron, Talents hauts s’affirme petit à petit comme la référence sur ses deux lignes éditoriales.  Elles sont connues dans les réseaux féministes (Mélanie Decourt a dirigé Mix-Cités en 2000), mais pas seulement. Elles ont un distributeur national et sont très présentes en librairie, où les auteurs viennent souvent dédicacer les livres (voir le dernier événement le weekend dernier à Pantin, à La malle aux histoires). Elles tentent aussi d’être présentes dans le scolaire, ce qui n’est pas facile…la place étant souvent prise par les grandes maisons! Mais les personnels enseignants font parfois appel à Talents hauts, et dans le Val-de-Marne, elles organisent, en partenariat avec le Conseil général, un concours de la meilleure histoire non sexiste, « Lire égaux », ouvert aux classes de CP et CE1, qui se déroule sur une année, et donne lieu à publication. (la deuxième édition est en cours).

Pour tous les parents qui ont envie de donner à lire à leurs enfants autre chose que les modèles de reproduction des stéréotypes sexistes, et pour tous ceux qui, en découvrant les publications de Talents hauts, réalisent tout d’un coup que les princesses ne sont pas obligées d’être faibles et secourues, que les mamans aussi travaillent, etc…

Sandrine Goldschmidt

Des livres et des femmes

Je vous le dis tout de suite, je ne les ai pas tous lus !…il ne s’agit donc pas de mon avis sur ces livres, mais d’un petit condensé de ce que j’ai vu passer sur la Toile et me semble digne d’intérêt pour les femmes qui aiment prendre en main leur destin…

Une sélection toute arbitraire donc. Avec, un petit clin d’oeil aux éditions « Des ronds dans l’O ». L’expo « en chemin elle rencontre » sera ce week-end près de Lyon à Eurexpo de Chassieu, pour présenter le travail extrait de la BD éditée par Marie Moinard, de lutte contre la violence faite aux femmes. Des ronds dans l’O toujours présentes sur le front des luttes des femmes et du féminisme, puisque le 11 mars sort « Mon oeil », de Florentine Rey, qui écorne la domination masculine à travers l’histoire. voici le résumé qu’on peut lire sur le site :

Louise, jeune trentenaire, découvre un « manuel d’éducation domestique à l’usage des jeunes filles » datant de 1960 qui lui fait dresser les cheveux sur la tête. Perplexe et révoltée, elle décide de partir en quête d’informations sur les femmes qui ont marqué l’Histoire ».

Autre sortie importante, celle du livre de Wassyla Tamzali, « Une femme en colère : lettre d’Alger aux Européens désabusés ». La féministe algérienne, ancienne directrice droits des femmes à l’Unesco, critique l’attitude des intellectuels occidentaux qui selon elle, sont incapables de porter l’universalité des droits de la personne humaine hors d’Europe.

Voir cet entretien de l’auteure avec Sandrine Treiner sur France 24

Ensuite, à noter la sortieaujourd’hui même du « Dictionnaire iconoclaste au féminin ».

Co-écrit par Isabelle Germain, journaliste et fondatrice des « NOUVELLES News », webmagazine paritaire, Annie Battle et Jeanne Tardieu. le livre sera en dédicace le 18 mars à partir de 18h30 à la librairie Privat-Julliard, 227 Boulevard Saint-Germain. Sous-titré « pour en finir avec les clichés », gageons que cet ouvrage ira dénicher le double sens des mots, pour les décortiquer à l’aune du sexisme ambiant du langage et de sa discrimination positive en faveur du masculin qui bien trop souvent l’emporte au-delà du genre…grammatical…

Enfin, un petit retour sur 40 ans du mouvement de libération des femmes avec la sortie dont j’ai déja parlé ici du livre co-écrit par les anciennes, Nadja Ringart, Cathy Bernheim, Liliane Kandel et Françoise Picq, « mlf//textes premiers », recueil inédit et exceptionnel de texte fondateurs pour la libération des femmes.

Et  un autre livre important pour les 40 ans, « Mouvements de presse » de Michèle Laroche et Michèle Larrouy, édité par les ARCL, sur la presse féministe et lesbienne des années 1970 à nos jours. Pour en savoir plus sur le livre et le commander, le site des Archives Recherches Cultures Lesbiennes

De quoi se mettre sous la dent donc, ou plutôt sur la table de chevet. En vous rappelant l’adresse de l’excellente librairie où vous aurez le plus large choix de livres féministes, la librairie Violette&co

Sandrine Goldschmidt