Mon palmarès ciné 2019

Un palmarès qui ne ressemblera pas forcément aux autres (enfin j’espère 😉

À part, bien sûr, « Portrait de la jeune fille en feu », et « Parasite ».

J’ai choisi 31 films (sur 87 vus au cinéma), pourquoi ? Parce que l’ordre, à part les 5 premiers, n’a pas vraiment d’importance, et que tous ces films là m’ont marquée. J’aurais pu en mettre quelques autres

J’ai mis en avant les films qui m’ont bouleversée, les films qui ont parlé des luttes des femmes ou des femmes qui luttent, parce qu’évidemment ces films m’intéressent au plus haut point. J’ai mis des films qui racontent des histoires qu’on n’a jamais vues à l’écran (Papicha, Proxima, Sibel, Les éblouis). Ou alors « film de genre » mais un peu différent (Brooklyn Affairs est je trouve un excellent polar de l’après #metoo).

Sur 30, on est presqu’à parité : 16 femmes, 15 hommes (un film a deux réals)

Beaucoup  plus de films de femmes que dans les classements habituels… car peut-être faut-il aller les voir et ne pas les oublier aussitôt ;-)…

J’ai mis les documentaires à part, parce que c’est un tout autre genre, cela en rajoute 5.

Voilà. Et vous, qu’est-ce que vous avez aimé ? Que pensez-vous de cette liste ? Dites-le en commentaire !

(ah et pour les films dont vous n’avez jamais entendu parler dans la liste, Allocine les recense tous !)

1 Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

PJFF

2 Long Way Home de Jordana Spiro

LWH

3 Sibel de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Sibel

4 Proxima d’Alice Winocour

proxima

5 Les éblouis de Sarah Suco

eblouis

6 Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis

Toutcequ'ilmereste

7 Roubaix une lumière d’Arnaud Depleschin

Excellent film, excellents acteurs, mais par dessus tout, performance extraordinaire de Sara Forestier

roubaix

8 Papicha de Mounia Meddour

Papicha

9 Brooklyn Affairs d’Edward Norton

brooklyn

10 Made in Bangladesh de Rubaiyat Hossein

MIBangladesh

11 Les faussaires de Manhattan de Marielle Heller

12 Un monde plus grand de Fabienne Berthaud

13 Parasite de Joon-Ho-Bong

14 Lune de miel de Elise Otzenberger

15 Fête de famille de Cédric Kahn

16 Les enfants de la mer de Ayumu Watanabe

17 Mjölk de Grimur Hakonarson

18 La vie invisible d’Euridyce Gusmao de Karim Aïnouz

19 Alice et le maire de Nicolas Pariser

20 Perdrix de Erwann Le Duc

21 Gloria Bell de Sebastian Lelio

22 Une femme d’exception de Mimi Leder

23 Tu mérites un amour de Hafsia Herzi

24 Martin Éden de Pietro Marcello

25 Seule à mon mariage de Marta Bergman

26 Liz et l’oiseau bleu de Naoko Yamada

27 Tel-Aviv on Fire de Sameh Zoabi

28 Si Beale Street pouvait parler de Barry Jenkins

29 Sorry we missed you de Ken Loach

30 Nos vies formidables de Fabienne Godet

Documentaires 

Pour Sama de Waad-al-Kateab

J’aimerais qu’il reste quelque chose de Ludovic Cantais

Chichinette de Nicola Hens

Working Woman de Michal Aviad

Warrior Women de Elizabeth Castel, Cristina King

« Long Way Home »

« Long Way Home », « loin de chez soi » ou « loin de chez elle », est le premier film de l’actrice états-unienne Jordana Spiro, lassée de voir si peu de rôles intéressants pour les femmes. Avec ce long-métrage, elle donne à voir le portrait juste et tendre, et extrêmement émouvant, d’une ado/ toute jeune adulte qui sort de prison et  met du temps à retrouver la route de son « foyer » intérieur, et de la possibilité de changer son destin.

LWH

Le film s’ouvre par cette réflexion si étrange d’Angel dans sa cellulle de prison. Sa mère,  lorqu’elle était petite, la nuit, dans son lit au bord d’une route passante, parvenait à lui faire prendre le bruit des voitures pour celui des vagues. En prison, elle n’y parvient pas.

Surtout, elle n’y parvient pas, parce qu’un homme, son père, a brisé la magie de cette famille, en retournant son désespoir contre sa femme, comme tellement trop souvent.  Depuis, elle a beau vouloir s’en sortir, comme elle le dit à son ex-copine, lorsqu’elle la retrouve à sa sortie de prison (mais celle-ci ne l’a pas attendue), elle n’y parvient pas. Et dès le premier jour, elle met en danger sa libération conditionnelle, en allant « acheter », puis échanger contre du sexe (imposé bien sûr, par un homme sans scrupule qui sait sa vulnérabilité) une arme.

Une arme dont on comprend vite qu’elle la destine à son père. Que c’est pour avoir l’adresse de ce dernier, qu’elle retourne voir sa petite soeur, qui n’a que dix ans, qui est en famille d’accueil. Tout semble  la pousser à replonger, et le système social, qui n’a ni le temps ni les moyens de la prendre sous son aile (très belle scène de l’entretien avec son agent de conditionnelle), et son désir de vengeance envers ce père qui lui a volé son enfance et son avenir, pense-t-elle,. Une vengeance qui lui empêche de renouer avec cette soeur qui était encore si petite quand leur mère est morte et avec qui elle a du mal à partager le souvenir de celle-ci.

Mais grâce à cette petite soeur, Angel entame un curieux « road movie » de Philadelphie jusqu’ à la plage, en bus, un voyage de « retour à la maison », lent et douloureux. (La soeur, est incarnée par une jeune actrice extraordinaire, Tatum Marilyn Home : la réalisatrice a auditionné plusieurs centaines d’enfants avant qu’elle s’impose immédiatement pour le rôle). Extraordinaire, comme son personnage,  celui d’Abby, qui comprend tout, et qui veut retrouver une famille à travers sa soeur,  et, en l’emmenant vers la plage va les sauver toutes les deux, évitant à son aînée la reproduction du pire tout en lui permettant d’aller jusqu’au bout de sa quête.

Avant de quitter pour la dernière fois de sa vie la maison de son enfance, où elle a retrouvé son père et où elle est venue accomplir sa vengeance, elle retourne une dernière fois dans la chambre où elle a tant ressenti l’amour de sa mère. C’est là qu’elle parvient à « rentrer chez elle », à s’affranchir de la haine, qui n’a jamais rien apporté contre la haine. et  qu’elle finit par les entendre, ces voitures qui font le bruit des vagues, et les allers-retours de la vie.

J’ai aimé dans ce film, qu’il mette -enfin ! l’accent sur les relations entre deux soeurs, et une relation mère-fille qui ne soit pas toxique, le fait que tous les sentiments soient évoqués dans ce cheminement, sur cette route où la réalisatrice sait s’arrêter sur de très beaux moments poétiques, et tout simples, comme celui où les deux soeurs re-découvrent l’océan. Un film à voir, vite, car il ne restera pas longtemps à l’affiche. 

S.G