#8mars22h : des femmes à la rue

logo-femPour ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, je suis en révolte… car en 2019, alors que le féminisme progresse, que de nombreux événements et campagnes importantes sont menées, que des condamnations sont enfin prononcées contre les agresseurs, que la langue devient moins masculiniste (Académie française) et que je peux facilement utiliser la règle de proximité…

Des femmes qui viennent d’accoucher dorment dehors, sans qu’on puisse leur proposer de solution. C’est insupportable.

#8mars22h, parce que c’est l’heure limite après laquelle, ce soir, des femmes qui n’ont pu avoir de solution au 115, dormiront dehors.

Ainsi ce 8 mars, le Samu social de Paris publie ceci :

-« En moyenne en 2018, 40 femmes chaque jour ayant appelé le 115 sont restées sans solution ». Rien qu’à Paris.
2 900 ont appelé pour la première fois, soit 31% de plus que l’année précédente.
4 400 femmes seules avec enfants ont appelé, 5 % pour les secondes.
Et maintenant, on agit ?
https://www.samusocial.paris/8-mars-noublions-pas-les-femme…

-Par ailleurs, cette semaine est parue dans Libération une tribune fondamentale sur l’hébergement des femmes et en particulier des femmes avec enfants. Le Mouvement du Nid Paris, Voix de femmes et l’association FIT Une femme un Toit y lancent un cri d’alarme :  « Nous, professionnel-les et bénévoles de l’accompagnement de femmes victimes de violences devons désormais composer avec cette réalité : il n’y a plus de places d’hébergement d’urgence à Paris en nombre suffisant. Même pour les femmes et les nouveau-nés. Même en plein hiver. La décision politique de couper le budget de l’hébergement d’urgence de 57 millions d’euros démontre bien que la situation va encore empirer ! »

Les femmes et les bébés dehors ?

Cette situation est intolérable. Je n’en veux pas aux personnes qui gèrent au quotidien l’hébergement d’urgence. Mais à l’absence de réaction de la société face à l’urgence qui monte un peu chaque jour.

Aujourd’hui, je voudrais qu’on pense à elles, et j’ai un peu l’impression que la société française est un peu dans un bocal comme la grenouille qu’on a renoncé à ébouillanter pour mieux augmenter la température progressive de l’eau…on sait que le résultat est le même…sauf qu’on a encore le temps d’arrêter le processus !

S.G

 

 

 

En 2014, s’inspirer des justes pour lutter contre la morosité

2014J’ai du retard cette année pour les voeux. Il m’a fallu plus de temps pour me « remettre » dans le bain de l’écriture, après un mois de décembre réservé à Melanie et une petite pause militante. En outre il s’est passé tellement de choses depuis le vote à l’Assemblée de la loi pour l’abolition de la prostitution, et le moins qu’on puisse dire, pas toutes réjouissantes, il n’est pas simple de tout rattraper, tout dire, et surtout, d’appliquer une « résolution » qui n’est pas que de nouvelle année, celle de lutter contre la morosité.

En effet, en Inde, les luttes des militantEs féministes contre le viol et lesbiennes et gays contre l’obscurantisme homophobe (la cour suprême influencée par des religieux a annulé la loi dépénalisant l’homosexualité, obtenue de haute lutte il y a deux ans), qui ressemblent au combat de Sisyphe. A peine a-t-on l’impression que le caillou arrive en haut de la montagne, que l’obscurantisme l’a déjà fait redescendre tout en bas d’un coup de pied…mais il n’y a pas qu’en Inde où la lutte contre le viol des femmes et des enfants peine : c’est aussi notre lot, ici, et nous devons sans cesse lutter contre le découragement, surtout quand les avancées en ce sens, sont mises en cause par les tenants du pouvoir, ou jugées inutiles par d’autres…et les militantes indiennes sont à cet effet exemplaires de courage et de refus de la résignation.

Il y a aussi cette lutte de Sisyphe autour d’un caillou qu’on a un temps cru bien installé en haut de la montagne (même si les alertes se multipliaient depuis des années et que nous avions considéré le sujet l’an dernier à Femmes en résistance, lors de la séance « tu n’auras d’enfant que désiré ») je parle bien sûr de la lutte pour le droit à l’avortement, avec l’Espagne qui est revenue 30 ans en arrière, le gouvernement modifiant la loi et ne le rendant autorisé qu’en cas de viol et de problèmes de santé de la mère, le président du gouvernement espagnol allant jusqu’à affirmer qu’on ne pouvait laisser aux femmes la possibilité de décider seules. Il y a aussi le texte que n’a pas voté en décembre le parlement européen, et qui aurait pu garantir à l’échelle des 28 ce droit fondamental, et qui a préféré en laisser la souveraineté aux Etats, laissant les obscurantismes marquer un pas décisif.

Il y a encore la bêtise raciste et antisémite qui s’exprime de plus en plus ouvertement (affaire de la quenelle). Toutes ces nouvelles sont bien mauvaises, auxquelles il faut ajouter le manque d’attention encore porté aux soins aux victimes, dès lors qu’on est dans le champ des violences sexuelles patriarcales, et le manque d’énergie mis à lutter contre l’impunité des agresseurs, en particulier lorsque les enfants sont les victimes. Sans parler des offensives des lobbies masculinistes en France (ouf, l’amendement sur la résidence alternée a été retiré de la loi famille) ou en Italie (où la complaisance envers les pères pédocriminels dans la loi est l’objet de leur combat)

Et pourtant, je n’ai ni la conviction ni l’envie de me morfondre ou de me complaire dans la morosité.

Face à tous ces obscurantismes, il y a deux choix que je refuse : celui de la résignation et celui de la résignation 😉

12654_1264391579233_1513075356_738436_3356570_nLa résignation telle que je l’ai entendue le 1er janvier, qui consiste à dire « de toutes façons rien ne change » et surtout « je ne peux pas changer alors je vais déclarer partout que je suis quand même dans l’endroit le moins pire possible (le moins raciste, le moins sexiste, le moins antisémite), et m’assurer à moi un petit univers sécurisé si j’ai suffisamment d’espace pour le faire (argent, travail, sécurité physique). Je continuerai donc -évidemment- à participer aux luttes féministes, à m’en faire l’avocate et à publier les informations qui les concernent. Ainsi, début janvier dans plusieurs villes de France, sont organisées des manifestations de soutien aux espagnoles (après celles organisée par plusieurs assos fin décembre à Paris). Et l’association Osez le féminisme a lancé pendant les fêtes une campagne pour essayer de faire bouger les femmes (car trop souvent il n’y a que les militantes qui se manifestent).

Je ne me résignerai pas non plus à penser que le système patriarcal est trop fort et que je ne peux rien à titre individuel parce que la conscience collective est trop loin d’un monde juste. Bien sûr qu’il est trop fort, bien sûr que la conscience collective, pétrie d’individualisme économique et de culture du viol est très loin d’un monde à l’endroit. Mais ce n’est pas une raison. Je ne me résignerai pas à penser qu’il est vain de tendre la main à une victime, d’obtenir une modification législative pour faire reconnaître les victimes comme telles et désigner les coupables, même si leur pénalisation est bien faible (abolition/clients prostitueurs), je ne penserai jamais que l’expression de son ressenti par une victime n’est pas digne d’écoute ou d’intérêt, je ne me résignerai pas à considérer que femmes et petites filles n’ont aucune latitude et qu’elles ne seraient donc pas redevables de leur choix, ce qui reviendrait d’ailleurs in fine à mettre dans le même sac victimes et bourreaux.

A cet égard, j’ai envie de vous parler d’une des choses que j’ai retenues de l’intervention d’Hélène Romano, docteure en psychopathologie, psychologue clinicienne et psychothérapeute au colloque de l’Association mémoire traumatique et victimologie en novembre à propos des violences commises contre les enfants et les bébés, et qui m’a paru essentielle. En tant que féministe, en tant qu’aidante, en tant que personne qui veut remettre à l’endroit, nous devons avoir une vigilance et une remise en cause de nos pratiques de tous les instants, pour essayer d’être toujours (ou aussi souvent que nous y parvenons), au plus juste : ainsi, lorsqu’un enfant, disait-elle, exprime que ça ne va pas, s’il s’estime n’être rien et ne rien faire de bien, alors qu’à l’évidence la personne en face ne pense pas cela, il ne suffit pas de lui dire : « ça va aller », l’effet risque d’être sidérant : il s’évertue à vous dire que ça ne va pas et vous voudriez lui dire ça va aller sans rien changer, d’autant plus qu’il vit ou a vécu des choses intolérables. Mais il ne suffit pas non plus seulement de dire : « mais non, tu n’es pas rien ou nul ». Car le ressenti qu’il ou elle exprime est bien tel, et il ne peut que ne pas comprendre pourquoi on lui dit le contraire. En revanche, l’aidant professionnel peut alors essayer de demander à l’enfant d’expliquer pourquoi il ressent cela, de creuser l’origine du ressenti, c’est-à-dire vraiment écouter la personne qui est en face de lui à ce moment là.

Pour moi, il y a dans cette simple démarche, de quelques professionnels engagés au quotidien et sur le terrain aux côtés des victimes, même si parfois elles n’ont pas le « discours féministe » le plus orthodoxe, toutes les raisons de l’espoir, toutes les graines de la force pour lutter contre l’obscurantisme et la morosité. Elles et ils (etPatagonie2013 je pourrais prendre d’autres exemples dans plein d’autres organisations, au sein du féminisme ou ailleurs)  sont les justes d’aujourd’hui, et font la même chose que celles et ceux qui pendant les guerres ont risqué leur vie, la risquent encore ou risquent bien-être ou carrière pour sauver un enfant, une femme, un être humain. Leur action vaut tous les discours et est un guide, en espérant que les graines de justice qu’elles plantent puissent, à un moment donné, grandir et se développer, servir de référence pour redonner au monde sa cohérence. Il faut aussi qu’elles et ils se protègent, trouvent des moments de répit, et reçoivent reconnaissance et soutien. En 2014, je ne sais pas à quelle fréquence je vais écrire sur ce blog, mais je sais que j’aurai envie de parler des personnes qui oeuvrent dans tant de domaines (violences faites aux femmes et aux enfants, aide aux personnes en difficulté et âgées, …), parce que ce sont elles qui nous permettent, au quotidien, de lutter contre la morosité, et de porter l’espoir.Sandrine GOLDSCHMIDT

PS : Pour finir, je mets en lien les voeux d’Ariane Mnouchkine, qui nous offre l’espoir d’ouvrir un grand chantier, de lutte contre la morosité..

Merci à L. pour la photo des nuages

Dans une semaine, manifestation très importante à Paris : STOP à l’inceste et la pédocriminalité

J’ai bien conscience qu’en ce moment, les sujets sont un peu graves sur A dire d’elles…mais, si on ne regarde pas le monde en face la semaine du 8 mars et avant les élections à venir, comment avancer ? Alors, aujourd’hui, c’est toujours de viols dont je vais vous parler, de viols sur lesquels la société essaie encore plus de fermer les yeux pour ne pas en voir l’horreur, ceux de l’inceste et la pédocriminalité. Pour vous encourager à venir manifester le 10 mars prochain à partir de 13h30 à Bastille. Voici le texte de l’appel :

« Il est temps d’élever nos voix !
Il est de notre responsabilité à toutes et à tous de protéger nos enfants des violences sexuelles.

Encore combien d’années allons nous devoir subir?!
L’état complice de l’inceste et de la pedocriminalité, ça suffit !

Nous demandons à toutes les associations concernées, aux médias, aux victimes, aux proches, aux citoyens(nes) sensibilisés par ce fléau d’être présents le 10 mars !

C’est le moment ! Organisez-vous ! Mobilisez-vous ! Et regroupons-nous ! »

C’est tout le principe du viol et des violences exercées par des humains sur d’autres humains, en l’occurence une grande majorité d’hommes sur une grande majorité de femmes et d’enfants : commettre un crime contre plus faible que soi, contre qui on peut manipuler, contre qui ne peut pas se défendre, pour posséder l’autre. Et assurer son impunité. Ainsi, les enfants ne peuvent pas porter plainte. Ils ne peuvent même pas parler, puisqu’on les réduit au silence. Les agresseurs les intimident et leur font du chantage. Les entourages ne les croient pas.

A l’âge adulte, c’est souvent la même chose. Pour les personnes prostituées, l’achat du viol est institutionnalisé. Si elles se disent violées, qui les croit ? Puisque de toutes façons, c’est du viol permanent (contre de l’argent), donc un crime permanent, dont le criminel n’est pas poursuivi (pour l’instant).

Donc, venir manifester samedi prochain, c’est manifester pour « Pas de justice pas de paix ». C’est manifester pour l’humanité. C’est manifester pour la justice. Venez nombreuses et nombreux !

Et signez la petition ici :  http://www.lapetition.be/en-ligne/petition-9614.html

Sandrine GOLDSCHMIDT

L’art de convaincre…convaincre avec l’art

Comment convaincre ? La question m’a été posée hier par une amie chère, et qui réfléchit ;-). Car oui, c’est une question qui pousse à réfléchir…Ainsi, cela fait 40 ans (et plus) que des féministes savent…que les femmes n’osent pas porter plainte pour viol, qu’elles ont du mal à prendre la parole, qu’elles sont les premières cibles de tous les extrémismes, qu’elles sont les premières oubliées des révolutions..et pourtant, il faut toujours remettre sur le métier  l’ouvrage.  D’abord, il  faut réussir à ne pas se décourager, si l’on n’obtient pas des résultats tout de suite. Certaines se battent depuis 20 ans pour l’abolition de la prostitution, et je trouve que si on peut se espérer, comme la suédoise Gunilla Ekberg, que peut-être l’Europe y viendra dans 10-15 ans, c’est formidable. ..

Mais donc, je voudrais développer ici cette idée qui tourne dans ma tête depuis que j’organise le festival « Femmes en résistance », dont la ligne est de ne pas dissocier qualité des films et discours politique féministe, qui tourne aussi dans ma tête par des discussions avec des amies féministes, que pour convaincre, il faut prendre son temps, et réfléchir à la forme et au fond de notre action. Faire de l’art et de la politique en même temps, et montrer que les deux sont indissociablement liés.

Dans un pays qui reconnaît l’égalité entre tous les êtres humains et celle entre les femmes et les hommes, comment convaincre que l’égalité n’est pas faite, que ce ne sont pas des extrémistes qui demandent des choses incroyables comme, par exemple, la modification de la langue pour la rendre un peu moins représentative d’une époque révolue : celle de la monarchie absolue, de l’inexistence de l’égalité et des droits humains, d’une époque ou la question de l’égalité entre les sexes ne se posait pas, parce que la « supériorité » du mâle était une évidence.

Comment convaincre qu’on est bien dans un combat de progrès ? Que notre but est une avancée de l’humanité, pour toutes ET tous ? Que c’est un projet de réforme de la société entière ? Non pas pour renverser un système de domination au profit d’un autre, mais pour renverser le principe de relations entre les êtres. Comment exprimer de façon compréhensible que ce à quoi on s’attaque, c’est le mode de fonctionnement actuel global, qui est fondé sur la domination, est inculqué dès l’enfance par l’autorité parentale qui dérive en possession parentale (je n’aurai pas le temps de parler en détail de la revendication -non progressiste- qui émerge, d’un « droit d’être parent » , droit qui ne prend pas en compte l’individu-e dont on sera parent-e… comme s’il pouvait y avoir un droit de posséder/créer un autre être humain), et est assis par la violence envers les enfants -plus tard envers les femmes ou toutes les personnes considérées comme en position de dominées, et en particulier la violence la plus tue, la violence sexuelle.

Comment convaincre, dans une société qui se dit démocratique ou tente de construire une démocratie -depuis quelques décennies ou depuis des révolutions récentes, celles et ceux qui font confiance au dominant quand il affirme qu’il travaille pour le bien de la société -l’humanité- entière (en prenant pour cela le prétexte de Dieu qui le déresponsabilise, ou celui de l’intérêt général) ? Comment faire voir qu’en réalité, celui qui est en position privilégiée n’a aucune raison de vouloir céder ses privilèges ? Ce n’est pas pour rien que l’événement fondateur de la République en France n’est pas la prise de la Bastille – pourtant fête nationale- mais l’abolition des privilèges, dans la nuit du 4 au 5 août 1789. Sauf que  ce fut en réalité l’abolition de certains privilèges, pas de tous les privilèges de domination..c’était une révolution bourgeoise, et masculine (même si des femmes se sont battues, elles n’ont pas été entendues ni même historicisées).

En résumé, que faire, pour aider celles qui, là-bas, se battent pour ne pas être emportées par un fondamentalisme qui écrase les femmes, ici pour ne pas être au mieux considérées comme des extrêmistes puritaines liberticides ? Cette question je la pose souvent ici, alors je vais essayer d’aller un tout petit peu plus loin avec des exemples de ce qui se fait, sans prétendre être le grand soir – mais fait avancer à sa façon les choses. Car oui, comment convaincre ? D’abord en acceptant qu’on ne convaincra pas tout de suite de notre pensée complète et radicale, mais qu’on pourra faire naître un questionnement, en pointant de façon subtile et juste certains faits, à l’aide de l’expression artistique.

Il y a aussi, bien sûr, les manifestations, les discussions. Mais il faut renouveler ces moyens, qui se noient dans la masse, pour éveiller l’intérêt de celles qui ne voient dans les féministes qui défilent que des femmes aigries. Il faut inventer, et oser la performance, il faut réfléchir à mêler l’objet du politique et le moyen. Pour sortir de la platitude et la vacuité des medias actuels, quel autre chemin que l’ artistique ?

D’ailleurs, ce n’est pas tant que ça une nouveauté.

Ainsi, quand les Italiens nous font frémir en chantant « Va pensiere » de Nabucco pour pointer le danger  que le gouvernement de Berlusconi faisait peser sur la culture, ils reprennent un mode d’action qui a déjà existé sous la monarchie de juillet et a eu un rôle dans la révolution de 1848. Il n’y avait pas de liberté d’expression, ou si on l’applique à aujourd’hui, de se faire entendre dans les « medias » mainstream (j’entends par là ce que les gouvernants sont obligés de prendre en compte) : pendant des jours et des jours, deux vers d’une pièce de théatre (dont j’ai malheureusement oublié le nom ce matin) qui parlaient de la liberté ont été bissés, à la demande du public, par les acteurs, en signe de protestation contre l’absence de liberté d’expression.

Quand La Barbe utilise la performance de genre pour investir les lieux de pouvoir masculin, c’est aussi ce qu’elle fait. Pas besoin alors  de mobiliser 50.000 femmes dans la rue, une action bien ciblée suffit à faire parler d’elle.

En Israël, quand le 6 décembre à Beth Shemesh, 250 femmes arrivent de partout pour un flash mob de danse merveilleuse pour protester contre le danger que constitue pour la liberté des femmes la poussée des extrêmistes religieux qui veulent leur interdire l’espace public, elles l’occupent, dansent, et leur crient d’arrêter. C’est une manifestation hautement politique, c’est beau, et c’est juste. Inspirons nous en pour nos actions (pas forcément pour faire exactement pareil), en cherchant toujours à adapter la forme à la revendication politique. Voici la vidéo :

C’est ce que Le manifeste « Pas de justice, pas de paix », tentera de faire en 2012, non pas pour convaincre par un coup de baguette magique, mais pour continuer le travail entrepris depuis 40 ans et plus pour faire prendre conscience à la société, à la justice, et surtout aux femmes, que ce sont elles qui sont concernées, ne sont pas seules, et doivent faire changer les choses. Parce que si l’on oblige pas les dominants à abandonner leurs privilèges, ce ne sont pas eux qui le feront….

Sandrine GOLDSCHMIDT

En 2011, mettons fin au sacrifice morbide des jeunes filles, le reste suivra…

Les 40ans du MLF, c’est fini (dommage…)-. La pause des fêtes, aussi (ouf!). Il est temps de s’y remettre.
Ici où là, les initiatives se multiplient déjà ! On attend les suites de la campagne contre le viol « la honte doit changer de camp », on nous parle d’une journée du clitoris, à suivre, de la loi sur les quotas de femmes dans les conseils d’administration qui passe en seconde lecture à l’Assemblée. Quels sont les enjeux majeurs pour 2011 ? Pour le CNDF, la loi sur les quotas, ce n’est clairement pas son combat. Le Collectif national droits des femmes, se situe dans un sens « résolument » féminisme et lutte des classes, et lance une initiative très intéressante :

« 6 formations, parce que « Des choses à transmettre ? Des tonnes ! Du temps ? On est toujours pressées et débordées mais on le prendra », dit le communiqué du Collectif. Les formations auront ainsi lieu de janvier à juin, sur 6 thèmes, avec pour objet de « clarifier et de diffuser les enjeux des combats féministes aujourd’hui, notamment à travers une approche historique et une analyse de la situation politique. » (Violences : Les féministes victimisent-elles les femmes ?

Six thèmes passionnants et proches du CNDF, qui selon moi ne doivent pas empêcher d’essayer de faire avancer les choses aussi sur le front économique aujourd’hui; alors évidemment il ne faut pas s’étonner que le gouvernement actuel légifère seulement sur les quotas dans les conseils d’administration, plutôt que de se pencher sur la question de la précarité des femmes. En 2011, il sera essentiel que les groupes, associations féministes s’emparent de cette situation et en fassent une plateforme à soumettre aux partis dans la perspective de l’élection présidentielle et des législatives. Il faut absolument être présent-es sur ce terrain. C’est la volonté affichée par le Laboratoire de l’égalité, qui veut élaborer « un pacte, une liste de propositions clés en main ».

Et bien sûr, pour aller vers l’égalité économique, il faut aussi se battre contre les stéréotypes de genre véhiculés dans l’éducation et l’orientation, par la famille, l’institution, les pair-es. C’est certainement la partie la plus difficile à mettre en oeuvre, et aussi la plus déterminante pour la suite. Comment rendre plus accessibles aux femmes qui réussissent les sections qui mènent aux métiers les mieux valorisés (financièrement et socialement), comment mieux valoriser les métiers dans lesquels elles sont déjà pour qu’ils ne restent pas ceux où se concentrent une majorité de femmes, et aussi et surtout, pour que les compétences réelles qu’ils représentent, soient enfin reconnues !

Ainsi, une campagne vient d’être lancée par plusieurs associations sur le thème « Tu seras ingénieure, ma fille ». A noter que reprise dans « Le Parisien », l’ingénieure avait perdu son e…

C’est bien, de vouloir qu’il y ait plus de 17% de femmes ingénieures, et de vouloir populariser auprès d’elles les nouvelles technologies, en particulier le numérique. En revanche, j’ai de sérieux doutes sur l’efficacité d’un slogan qui non seulement est de l’ordre de l’injonction, mais en outre place, encore et toujours, le métier d’ingénieur-e (qui est une sorte de chose abstraite), sur un espèce de piédestal imaginaire. Le mieux si on veut que plus de femmes deviennent ingénieures, ou maçonnes, ou femmes politiques, ou artistes, d’ailleurs, c’est de dire aussi que tous les métiers, toutes les compétences, doivent être promus à leur juste valeur. Pour que non seulement les métiers majoritairement occupés par des hommes se féminisent, mais aussi que les métiers « réservés aux femmes » se masculinisent…

Barbiei ingénieure ? Esthéticienne ?

Et puis, là où il y aussi tant de boulot, et l’économique et le politique s’y rejoignent, c’est sur les stérotypes de genre, donc…ainsi, si on veut que des femmes aient envie de devenir ingénieure plutôt qu’esthéticienne, c’est aussi en cessant de toujours leur dire qu’il faut être belles, et depuis le berceau. Ce que le monde économique favorise jusqu’à l’absurde : on crée des stages de relooking pour femmes en recherche d’emploi (merci Pôle emploi) ! Une nouvelle ahurissante de plus. Et Cette semaine, on en aura eu, encore une fois, notre lot. Après l’affaire « loueunepetiteamie.com », il y a eu celle des photos de Vogue, avec des petites filles « déguisées » en adulte, pour faire vendre…on y rejoint ces méfaits de la mode sacrificielle, qui est la façon dont la société de consommation imite la société religieuse en cherchant des victimes expiatoires (des saintes, qui ne sont autres que des femmes innocentes sacrifiées, ou des vestales…), en sacrifiant celles qu’elle met sur un piédestal de « pureté » et de beauté, les top models : anorexiques, décharnées, offertes au sacrifice lors des défilés de mode...

On est dans cette quadrature du cercle dont il faut absolument que nous sortions par la lutte, féministe, et globale. Il faut se battre contre l’enfermement des femmes dans quelques métiers qui exaltent le soin et la beauté (« pureté, don de soi »), en les favorisant par des images de femmes « parfaites » et imaginaires, et prêtes à mourir pour satisfaire les pulsions sexuelles et de mort de la société capitaliste et patriarcale, livrant au sacrifice tant d’enfants, et surtout des filles, dans leur image, mais aussi dans leur corps.

Car tout cela, prépare la société à accepter qu’on « loue une petite amie », qu’on veuille des assistants sexuels pour personnes handicapées (et je suis très heureuse que R.Bachelot soit de notre côté, reste à savoir si elle parviendra à faire garde-fou), qu’on continue à fermer les yeux sur les crimes sexuels commis à l’encontre des enfants, qu’on cherche à dépénaliser le proxénétisme au lieu de pénaliser le client prostitueur. Ce n’est bon pour personne, et cela participe de la violence sociale généralisée. Nous devons absolument l’empêcher. Et nulle force de bonne volonté pour le faire ne sera de trop.

Y compris la force du rire et de la démonstration par l’absurde, ici (Little Miss Sunshine)

Sandrine Goldschmidt

Lutte contre les violences : la semaine en photos-légendes !

Voila, ma semaine se termine…

Pour montrer la multitude, et la variété des initiatives, voici donc un petit diaporama légendé de tout ce à quoi j’ai pu assister… pour montrer que tous les modes d’expression, du politique à l’artistique, du militant à l’amical, sont importants pour contribuer à faire changer les choses !

Ce diaporama nécessite JavaScript.