Prenons la Une !

C’est une très bonne nouvelle. Une réaction saine et oh combien justifiée des les femmes journalistes, dont on avait senti les prémisses au moment de la grève des signatures des femmes journalistes des Echos. Un collectif de femmes journalistes a lancé un manifeste pour dénoncer l’inégalité criante entre femmes et hommes journalistes. Le manifeste a été publié ce matin par Libération.
Le voici intégralement.
Envoyez vos signatures et témoignages à : prenonslaune@gmail.com

Rendez visite au Tumblr avec ses témoignages : http://prenons-la-une.tumblr.com/

Et à la page Facebook : https://www.facebook.com/pages/Prenons-la-une/655545421172592?notif_t=fbpage_fan_invite

Et pour en savoir plus sur le sujet, toujours l’excellent magazine « Les nouvelles news », l’autre genre d’info, dont la fondatrice, Isabelle Germain, fut d’ailleurs la présidente de l’Association des femmes journalistes, et donc logiquement pionnière en la matière ! http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/entreprendre-articles-section/entreprendre/3467-pourquoi-les-femmes-journalistes-prennent-la-une

prenons1Nous, femmes journalistes, dénonçons la trop grande invisibilité des femmes dans les médias. Dans les émissions de débat et les colonnes des journaux, les femmes ne représentent que 18 % des experts invités. Les autres femmes interviewées sont trop souvent présentées comme de simples témoins ou victimes, sans leur nom de famille ni leur profession.

Nous, femmes journalistes, ne supportons plus les clichés sexistes qui s’étalent sur les Unes. Pourquoi réduire encore si souvent les femmes à des objets sexuels, des ménagères ou des hystériques ? Par ces déséquilibres, les médias participent à la diffusion de stéréotypes sexistes. Or ils devraient à l’inverse représenter la société dans toutes ses composantes.

Ces stéréotypes sont à la fois la cause et le résultat des inégalités professionnelles, des propos et attitudes sexistes au sein des rédactions, mais aussi du manque de sensibilisation des journalistes à ces sujets.

Nous, femmes journalistes, refusons que persistent ces inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes au sein des rédactions*. Non seulement nous sommes plus touchées par la précarité, mais nous nous cognons aussi au « plafond de verre » : plus on monte dans la hiérarchie des rédactions, moins on trouve de femmes. Plus de 7 directeurs de rédaction sur 10 sont des hommes. Quant aux salaires, ceux des femmes journalistes restent inférieurs de 12 % en moyenne à ceux de leurs confrères. Ces inégalités se reflètent mécaniquement dans les contenus de l’information. Comment accorder de la crédibilité à la parole d’expertes quand on peine à reconnaître les capacités des femmes journalistes à diriger des rédactions ? C’est le cercle vicieux qui touche toutes les femmes et encore plus -c’est la double peine- les femmes issues de la diversité.

Pour lutter contre ces inégalités et créer les conditions d’une société plus juste pour tous, le collectif « Prenons la Une » s’engage à :

– pointer au quotidien les propos et stéréotypes sexistes dans les médias.

– dénoncer les inégalités tant qu’elles seront encore présentes.

Nous appelons nos consœurs et confrères à :

– veiller dans leur travail quotidien à une juste représentation de la société.

– constituer et diffuser dans leur rédaction une base de données d’expertes pour diversifier les sources et les rendre paritaires, comme la BBC le fait déjà.

– imposer aux dirigeant-e-s d’appliquer la législation sur l’égalité professionnelle en commençant par un diagnostic de la situation de l’entreprise.

Nous réclamons :

– l’intégration de la parité dans les critères de déontologie du futur Conseil de presse.

– la présence de 50 % d’expertes à l’antenne et sur les plateaux de télévision, en application concrète de « la juste représentation des femmes dans les médias », prévue par la loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes ; dont le CSA doit préciser les contours.

– le conditionnement de l’attribution « des aides à la presse » au respect des lois sur l’égalité professionnelle.

– la création de modules de formation, dispensés auprès de tous les étudiants en école de journalisme, sur la lutte contre les stéréotypes et l’égalité professionnelle. Et l’insertion de modules sur ces thèmes dans les offres de formation continue.

Nous appelons tous les journalistes, femmes et hommes, à rejoindre ce combat pour l’égalité !

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25 novembre : France Télévisions se mobilise contre le silence autour du viol

Viol, un crime pas suffisamment dénoncé par les victimes ? C’est ce qui ressort en général des documentaires télé consacrés à la question, qui du coup, centrent leurs documentaires sur les témoignages de celles-ci. France Télévisions échappera-t-elle à la règle cette semaine ? En tout cas, le service public a mis le paquet en proposant deux documentaires et un webdoc + plateforme interactive sur le net. Je ne les ai pas encore vus, mais au vu des résumés, malheureusement, il semblerait encore une fois que le témoignage prime. Toutefois, et c’est assez nouveau, une volonté affichée de « faire prendre conscience à la société de l’ampleur et la gravité du crime », et de dénoncer le manque de soutien et de prise en charge des victimes y est présente.

Pour accompagner les diffusions télé, une plateforme web avec un webdoc interactif : Les voix du silence

Un webdoc avec des témoignages, mais aussi des espaces pour ouvrir la parole de façon anonyme, inspirés de la campagne #jenaipasportéplainte. Et de nombreux éclairages, au fil du documentaire, de spécialistes de la question, dont Muriel Salmona (Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie), Emmanuelle Piet (Présidente du CFCV), des avocate et magistrate, etc. qui permettent d’aider les victimes à mieux comprendre les mécanismes traumatiques et le silence imposé par la société.

Premier documentaire : « Viol, double peine », au titre intéressant, sera diffusé demain soir sur France 5. Réalisé par Karine Dusfour, il sera diffusé sur France 5 à 20h40.

Voici ce qu’en dit la critique de Télérama : « Au-delà des chiffres glaçants (200 femmes sont violées chaque jour en France et seuls 1 700 violeurs sont condamnés sur les 10 000 plaintes déposées chaque année), le film amorce une ­réflexion sur deux axes : la banalité de ce crime et le manque de soutien apporté aux victimes en France. Dans l’immense majorité, celles qui ont osé porter plainte restent démunies, sans aide psychologique, dans l’interminable attente d’un procès, quand l’affaire n’est pas classée sans suite ».

Quant à la réalisatrice, on sent dans cette interview sa volonté de faire reconnaître la gravité du crime :

Qu’attendez-vous de ce film ? Quel message voulez-vous faire passer ?
K. D.
: Dans les années 1980, quand une femme était battue, on n’appelait pas la police, parce que cela devait rester dans la sphère privée ; c’est la même chose pour le viol. Aux yeux de la loi, il s’agit d’un crime, mais pas dans la tête des gens. Je ne suis pas particulièrement féministe et mon intention n’était pas de réaliser un film militant, mais d’en appeler à la responsabilité citoyenne de chacun. J’espère que mon documentaire sera vu autant par les hommes que par les femmes, qu’il permettra de libérer la parole, d’en parler plus librement.

Second documentaire, sur le mode « manifeste contre le viol » diffusé par France 2, dimanche à 20h50 : « Elles se « Manifestent »,

Le film, réalisé par Andrea Rawlins, a été soutenu et porté par Clémentine Autain. Il sera également accompagné d’un manifeste publié par Le Nouvel Observateur jeudi. En voici l’intention :

« A l’instar de leurs aînées qui avaient signé le manifeste pour le droit à l’avortement en 1971 – Manifeste des 343 –, aujourd’hui, des centaines de femmes anonymes et connues ont décidé collectivement de briser le silence sur le viol dont elles ont été victimes. Elles sont peut-être votre soeur, votre mère, votre fille, votre compagne, votre collègue de travail…
Pour toutes, le dire publiquement, massivement, est un acte politique. Ensemble, elles ont décidé d’avancer à visage découvert pour interpeller les pouvoirs publics et la société tout entière. Objectif : favoriser l’émergence de la parole pour que la loi soit enfin appliquée. C’est à cette condition sine qua non que notre société fera reculer le viol..« .

Lorsque nous, féministes militantes, avons eu vent de ce projet, nous avons été plus que dubitatives. En effet, en 1971, parler à visage découvert, c’était prendre le risque d’être poursuivie par la justice, parce que l’avortement était pénalisé. Ici, briser le silence est difficile, mais il n’y a rien à avouer ! Il y a surtout à dénoncer l’impunité des violeurs. Montrer des témoignages, c’est permettre à des femmes de s’identifier, et de se dire « je suis l’une d’elles, je suis toutes les autres », de sortir de l’isolement. Mais c’est aussi une expérience très traumatisante, surtout lorsqu’elle est faite au vu et au su de tous (et en particulier des hommes violeurs), de façon non-anonyme. Comme si c’était aux victimes de briser le silence, elles qui ont toujours parlé, mais ne sont tout simplement pas entendues !

Depuis 40 ans,ce n’est pas des témoignages et de femmes qui parlent dont on manque ! mais d’écoute, de prise en charge, de sérieux dans les enquêtes, et de juste sévérité de la justice à l’égard des criminels !

Et malheureusement, on a du mal à croire ou espérer que même une semaine dans les médias va y changer grand chose. Surtout quand on voit que les médias semblent incapables de sortir de leur rhétorique, malgré toutes les fois où on leur explique…cette phrase de l’article de France inter, par exemple :

« Le viol n’est pas un fait divers, c’est un crime effroyablement banal et massif. Un véritable fléau de société ». Oui, ce n’est pas un fait divers, c’est un crime massif. Mais ce n’est pas un fléau de société : un fléau, c’est une fatalité divine. Dire que c’est un fléau, c’est encore une fois effacer l’agresseur. Le viol, c’est tout simplement un crime de masse, commis par des hommes, en masse.

Favoriser l’émergence de la parole, c’est évidemment une bonne chose.
Et à chaque fois qu’il y a une campagne, ou un documentaire, les numéros d’aides aux victimes sont assaillis d’appel. Cela donne un espace pour parler. Et ne pas se sentir seule. Mais que se passe-t-il après ? Si rien ne change dans l’accueil médical, policier, judiciaire ? Dans la justice ?

Car ce dont les femmes ont besoin aujourd’hui, c’est d’accueil, c’est de soutien, de soins pour les victimes. Et de Justice. Les criminels doivent être poursuivis et condamnés. Des enquêtes doivent être faites sérieusement. A tous les niveaux, faire reconnaître que dans ce crime ignoble et massif, il n’y a pas que des victimes, il y a aussi des coupables, des criminels, des hommes, et qu’ils doivent rendre les armes et  se rendre à la justice.

Il faut cesser de couvrir les violeurs en continuant à faire comme s’ils n’existaient pas…: https://sandrine70.wordpress.com/2012/10/17/un-crime-sans-criminel-ni-victime/

Enfin, il faut que la honte change de camp. Mais il est temps aussi que la peur change de camp. Que les victimes n’aient plus peur de parler, mais que les violeurs aient peur de la justice. Pour cela, il faudra encore de nombreuses luttes et de combats, pour qu’on nomme enfin, pour qu’on dise les choses telles qu’elles sont.

Pas  de justice, pas de paix !

Sandrine GOLDSCHMIDT

Qui sommes « nous, féministes » ?

Avant-propos : ce texte, signé « Femmes en résistance » (association Résistances de femmes) se livre à une analyse radicale de l’appel intitulé « nous, féministes » paru entre les deux tours de l’élection présidentielle, et revient en fin de texte sur l’autre appel à voter Hollande qui a été publié. Il est également lisible sur le blog de Femmes en résistance.


« Il est temps qu’un autre féminisme prenne la parole », réclament les post-féministes.

Un manifeste a circulé entre les deux tours pour appeler à faire barrage à Nicolas Sarkozy. Ce dernier a été battu. Tant mieux. Maintenant, c’est le temps de l’analyse de ce texte par les féministes. Car il célèbre un « Nous » fédérateur d’une « internationale féministe ». Celles qui ne s’y reconnaissent pas ne seraient donc pas féministes. Seulement, ce texte est loin d’être ce qu’il paraît : un texte féministe, opposé à toute instrumentalisation des féministes par un pouvoir patriarcal qui attise le racisme et la haine.

Le pouvoir patriarcal n’est nullement nommé, mieux, les féministes, avant ce manifeste, semblent avoir été un instrument consentant voire même agissant dans ses actes colonialistes et impérialistes.

Une très bonne réponse qui lui est faite est lisible sur féministes radicalesou je putréfie le patriarcat. Ce texte souligne l’absence de dénonciation des violences sexuelles. Or elles structurent la société patriarcale. De notre côté, pour y répondre, nous voudrions simplement rajouter quelques éléments et nous attacher à l’analyse des mots employés, et des exemples choisis.

1 – Qui est derrière le « Nous, féministes » ? « Nous » sommes tout sauf des femmes.

Récapitulons les catégories qui forment ce « nous » :

« citoyennes et indigènes, immigrées et autochtones, bourgeoises et prolétaires, travailleuses et chômeuses, nationales et naturalisées, européennes et étrangères, militantes et universitaires : filles, mères, ménopausées, avortées ou hormonées, Noires, blanches, tsiganes, arabes, musulmanes, juives ou chrétiennes, croyantes, mécréantes, voilées, dévoilées, revoilées, sexy, grosses, anorexiques, valides ou non, straight, trans, gouines, queer, morales, immorales, amorales, victimes, putes, épargnées ou enragées, …».

Quelle logique organise cette accumulation ?

Que signifie le ET ? Opposition ou addition ? Des deux ? Selon quel critère ? Car on peut être militantes et universitaires, nationales et naturalisées, européennes et étrangères. En revanche on ne peut être immigrées et autochtones, ni bourgeoise et prolétaire. Que signifie le OU ? Il est probablement inclusif puisque avortées et hormonées ne s’opposent pas, tout comme grosse et anorexique. Pourquoi alterne-t-il avec le ET ?

Quelle cohérence politique a cette litanie ? Des catégories de femmes ? Pas toutes, il y a les trans dedans. Des catégories de « stigmatisées » ? Le ton queer et ses réappropriations d’insultes le laisse penser. Mais alors quid du mot « victime » ? En quoi est-ce un stigmate à accoler à « p… », « gouine », « immorale », « mécréante » ? Faut-il y entendre la tentative de dépassement du mépris que seuls les postmodernes et les agresseurs ont pour les « victimes » ? Car de larges groupes soi-disant « féministes » répugnent à constater que les femmes sont victimes de leurs oppresseurs. et assimilent « victime » à une faute morale : celle de « s’être couchée » devant l’ennemi.

Cherche-t-il l’exhaustivité ? – Alors il manque entre autres, les asiatiques et bouddhistes, indiennes et hindouistes, les « pas sexy », les « ni anorexiques ni grosses », etc. Car question analyse, il n’y en a aucune. Pêle-mêle sont citées des « stigmatisées », peu importe que le « stigmate » qui les caractérise soit la conséquence de l’oppression ou une stratégie de résistance ou des actes de langage à prétention subversive.

  • « Anorexique » et « pute » ne sont des étendards politiques que pour certains groupuscules qui mettent en danger les femmes. Les insultes citées et les épithètes « mécréante », « immorale » et « amorale » relèvent du discours de haine des agresseurs.

  • « Victime », « immigrée », « prolétaire », « chômeuse » sont les conséquences d’oppressions. « Anorexique » et « grosse » sont pour grande part les séquelles de violences sociales (politiques patriarcales [violences sexuelles et/ou matraquage médiatique de haine et de mépris pour le corps féminin] et politiques agro-industrielles, pour ne citer que les deux principales).

  • « Noires » avec une majuscule ou « avortées » ont été posés comme des actes forts de contestation de l’ordre raciste et sexiste.

Trois catégories manquent bizarrement.

Dans cet inventaire, il manque la catégorie « lesbienne ». A la place, deux mots bien politiques.

  • « Gouine », une insulte à prétention libératrice qu’une féministe ne peut pas aujourd’hui reprendre à son compte, à moins de se placer entre les mains de ses agresseurs. Car si à l’époque des gouines rouges, oser dire le mot pouvait être subversif, aujourd’hui, le système pornographique se délecte trop de l’emploi de cette insulte pour que le retournement puisse encore faire subversion.

  • « HomosexuelLEs ». Lesbienne, on ne le retrouvera qu’une fois dans le texte, pour présenter, comme elle le faisait elle-même, Audre Lorde – il ne sera de fait pas question de lesbophobie. « HomosexuelLes », ce mot « neutre », où le masculin revient encore parasiter le propos, ment sur la réalité que vivent les lesbiennes. Elles sont ciblées en tant que « femme » échappant pour part à l’hétérosexualité. Le système pertinent qui explique cette persécution n’est pas « la norme » abstraite de « pratiques sexuelles » hétérosexuelles, c’est le sexisme lui-même : l’expérience des gays et des lesbiennes est donc antagoniste. Cette lettre efface des noms aussi importants que Monique Wittiget Michèle Causse.

Un autre manque cruellement car c’est celui qui fonde tout le féminisme. Celui qu’on ne cesse de reprocher aux hommes, politiques, chercheurs, militants, d’ignorer : FEMMES ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, il ne semble pas judicieux aux auteures de mentionner ici, pour faire le lien entre toutes, ce mot qui désigne depuis Simone de Beauvoir celles que nous devenons à défaut d’être nées telles. Que signifie un manifeste féministe qui ne se réclame pas de la catégorie ou classe des femmes ?

Deux mots essentiels manquent encore : hommes et patriarcat. Il nous semble extraordinaire que les agresseurs ne soient jamais cités dans le texte. Mais cela, les deux blogs cités au début de l’article le disent mieux que nous.

2- Quel système de domination dénonce ce « Nous » ?

Une internationale « féministe » sans victime, sans classe de femme et sans oppression.

« Victimes » est une des catégories citées au début du manifeste et ne s’applique pas, semble-t-il, aux autres. Aucune des catégories de femmes citées, sauf une, ne serait victime ? Or puisque la société où nous vivons est sexiste, toute femme est une cible. Nous sommes toutes victimes, c’est ce qui nous fédère en une même lutte.

Alors pourquoi mentionner cette catégorie dans une série et non comme dénominateur commun ? Mais surtout que veut dire « épargnées » dans le manifeste ? Epargnées de quoi ? Quelle femme, ici ou ailleurs, est épargnée par la violence sexuelle masculine ? Nous avons toutes subi le sadisme de l’exhibitionniste, la menace de viol par le racoleur qui nous murmure ses « désirs » à l’oreille, le geste blessant de celui que l’on croyait notre ami … Quelle femme, ici ou ailleurs, est épargnée par la violence économique masculine ? Quelle femme peut échapper à la contrainte à la conjugalité et/ou à la mixité organisée par le monopole des richesses et des moyens de survie par les hommes ?  sont ces « épargnées » ? Nous n’en connaissons aucune.

Il faut attendre le troisième paragraphe pour que le mot « femmes» apparaisse enfin. Dans un contexte particulier :

« Filles de Virginia Woolf, nous dénonçons avec elle la propagande nationaliste qui prend les femmes en otage et prétend les défendre alors qu’on bafoue leurs droits fondamentaux : « En tant que femme, je n’ai pas de pays, en tant que femme, je ne désire pas de pays, mon pays c’est le monde entier… ».

Résumé politique : … je ne suis donc jamais femme en tant que classe opprimée. mais seulement en tant que citoyenne du monde face au système nationaliste.

De fait, la majorité des violences dénoncées par le texte sont les méthodes de pouvoir de l’état nation : ordre policier et douanier, fichage, surveillance, pénalisation des étrangers, persécution des syndicalistes et des citoyenNEs, le vote raciste, la fortification de l’édifice Europe, l’instrumentalisation colonialiste et nationaliste des droits des femmes, l’argument du choc des civilisations. En réponse, le manifeste affirme « que désormais, quiconque tente de nous instrumentaliser en prétendant défendre le droit des femmes sous couvert de progrès, d’identité nationale ou de défense des frontières européennes – rencontrera sur son chemin une internationale féministe que nous appelons de nos vœux. » Mais l’oppression des femmes n’est devenue que récemment nationaliste (deux siècles sur des millénaires d’oppression patriarcale) et le nationalisme n’est pas le tout de l’oppression des femmes : les femmes nationales sont maltraitées même dans les nations impérialistes, et les femmes migrantes sont maltraitées par des méthodes et dans des proportions que ne connaissent pas les hommes.

En dehors de tout concept de classe des femmes, quel sens à « l’internationale » féministe qu’appelle de ses vœux ce manifeste ? Nous disons qu’il n’est pas féministe, car le projet est androcentré (cf. le texte de réponse cité plus haut). Le sexisme ne s’effondrera pas avec la fin des états-nations. Il est antérieur à ce système de pouvoir, et il l’englobe, logiquement et dans les faits.

Le concept de patriarcat est absent de ce texte. Le concept de sexisme apparaît deux fois. Dans « hétérosexisme ». Ceci pour amalgamer touTEs les « hétéro » parmi les dominants face aux « anormaux » : pure négation des violences sexuelles masculines subies par toutes les femmes hétérosexuelles au profit de la classe des hommes. Enfin, le mot « sexisme » apparaît ici :

« Nous […], filles d’Audre Lorde, poétesse, lesbienne, caribéenne, traquant le racisme, le sexisme et l’homophobie jusque dans les rangs des mouvements féministes et des mobilisations anti-racistes… »

Voici le seul moment où le manifeste évoque le pouvoir organisé qui motive l’existence du féminisme : quand il s’agit de le dénoncer dans les rangs minoritaires, en particulier féministes ! Le manifeste focalise sur l’entre-soi féministe pour rechercher les traces de l’oppression des femmes. En parallèle, le manifeste laisse entendre que jusqu’à présent les féministes auraient participé, par consentement tacite ou explicite, aux politiques du patriarcat : néocolonialisme, impérialisme, persécution policières, mesures liberticides … et qu’il vient y mettre fin.

C’est partir du postulat qu’il n’y a pas de réflexion sur le néocolonialisme, le racisme, les classes sociales en France… oubliant encore et pour la enième fois la lutte des femmes et lesbiennes exilées en France.
 Par exemple la coordination des femmes noires d’Awa Thiam  de Maria Kalalobé, Epoupa Mizipo, Béatrice N’Goma, Gerty Dambury a interrogé le mouvement des femmes dans les années 70 sur la colonisation et l’esclavage, mais  l’Histoire n’a guerre pris en compte ces débats.
 Aussi de nombreux groupes ont œuvré  comme les Nanas Beurs dans les années 90. Aujourd’hui les Lesbiennes Of Color, Locs sont issues de cet oubli systématique et luttent contre le racisme jusqu’au sein des mouvements féministes et lesbiens Français.
D’autre part, cet oubli illustre le double thème récurrent des groupuscules queer et sex-positiv. C’est avec cette même rhétorique (série d’insultes et d’épithètes nominatifs pour toute identité politique, oppresseur sexiste jamais nommé, classe des femmes niée, violences sexuelles occultées) que ces groupes multiplient depuis des années les actions directes contre les groupes, associations ou individus féministes. Ils prétendent opposer un féminisme situé dans certaines expériences minoritaires (queer, racisées, prostituées, etc.) au féminisme institutionnel. Alors qu’elles peuvent très bien travailler ensemble, en discutant sur leurs divergences et dans l’exigence d’une écoute réciproque. 
Cette diabolisation légitime d’une part l’agressivité avec laquelle certains individus harcèlent et font des scandales publics à des féministes;  et d’autre part, la révision systématique des acquis féministes, en particulier ceux cités ci-dessus, ainsi que la non-mixité des femmes, le concept de classe de sexe et l’analyse de la prostitution et du sadomasochisme pornographique, comme moteurs majeurs des violences sexuelles masculines.


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Qui sont les références, comment sont-elles traitées ?

D’ailleurs, suit une longue généalogie féministe du « nous, féministes » qui cite bien du monde et oublie justement…SIMONE DE BEAUVOIR. Que signifie un manifeste féministe qui ne se réclame ni de Simone de Beauvoir ni de la catégorie ou classe des femmes ?

Il n’y a pas Beauvoir, en revanche, il y a Olympe de Gouges. Mais ne voilà-t-il pas que celle qu’il a fallu deux siècles pour sortir de l’oubli – et encore- doit désormais être citée tout en étant insultée par celles-là-même qui se réclament de sa filiation ? Olympe de gouges, demi-mondaine ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’insinue-t-on par là ? Définition : Au XIXème siècle, le terme de demi-mondaine désignait les femmes entretenues par de riches Parisiens. Autrement dit, des courtisanes. Peut-on ici faire une référence plus directe à un article  de Thierry Schaffauser (co-fondateur du STRASS)  que vous pouvez lire sur le site minorites ? En voilà une référence en tout cas en matière de généalogie féministe !  Ayant été veuve à 16 ans donc mariée de force et violée, elle se retrouva peut-être prostituée. Mais il nous semblerait nettement plus féministe d’interpréter l’histoire de cette façon plutôt qu’en se contentant de la traiter de « demi-mondaine », ce qui encore une fois est un retournement de l’insulte qui tombe à plat. Ou plutôt attise la haine des femmes. Un peu comme si des femmes juives disaient « nous, youtres » pour revendiquer leur place ? Cela serait-il admissible ?

Louise Michel, se rangea donc aux côtés des Kanaks . Mais elle fut aussi une virulente abolitionniste -un aspect fondamental de notre généalogie féministe qui est ici passé sous silence…Ensuite, la lesbophobie n’apparaît pas.
 Alors que homosexuellEs,  mot censé englober gays et lesbiennes apparaît, homophobie et islamophobie aussi  (un mot contesté), l’oppression faite aux lesbiennes, parce que lesbiennes ET femmes, n’est pas mentionnée.


3- « Il est temps qu’un autre féminisme prenne la parole » : que nous dit-on ici ?

A-t-on attendu que ces auteures interviennent pour dénoncer l’instrumentalisation du féminisme par la droite extrême qui a gouverné ? Qu’ont fait les féministes dans leurs luttes quotidiennes sinon toujours ramener sur le devant de la scène les violences sexuelles et l’oppression dans laquelle toutes les femmes sont maintenues et certaines, fragilisées, encore plus que d’autres ? Sinon réclamer en permanence des places d’hébergement, la régularisation de tous les sans papiers ?
« nous, féministes, refusons avec la plus vive détermination que les « droits des femmes » et des « homosexuelLEs » ou « l’égalité des sexes » servent des idéologies et des pratiques néo coloniales et liberticides. »
Et le patriarcat et le libéralisme n’ont ils donc rien à y voir ? Pourquoi sont-ils absents de l’énonciation ? N’y a-t-il pas, au dessus des pratiques coloniales et liberticides un patriarcat capitaliste qui y a un intérêt ? Ne serait-il pas a minima intéressant, voire nécessaire de le mentionner ?
Tous ces oublis nous semblent très significatifs. En voulant réparer ce qui leur semble être « l’oubli » anti-colonial et anti-fasciste d’autres féministes, les auteures oublieraient le système patriarcal ? Comment cela pourrait-il être un hasard, dès lors qu’on se revendique d’une généalogie féministe ?

Alors, pourquoi ?
Une autre stratégie rhétorique du texte nous en donne une idée : le retournement. Il s’exprime dans le « demi-mondaine », l’insulte soi-disant là pour décrire une réalité, mais aussi dans l’emploi systématique des mots de ceux qui  luttent contre les féministes radicales  et abolitionnistes.

Oui, le patriarcat s’impose avec une violence  accrue sur des personnes étrangères et de façon post-coloniale. Mais il se tourne aussi contre toutes les autres, et dans tous les pays du monde. Oui, nous nous insurgeons contre le fait que TOUJOURS, ce sont les femmes contre qui le patriarcat se retourne, que ce soit dans la prostitution ou sur la question du voile. Mais non il n’y a pas « criminalisation » des femmes musulmanes ni « criminalisation » de la sexualité.

Criminaliser, c’est rendre passible des assises et de peines de 5 ans de prison minimum. Nous ne voulons pas que les femmes soient pénalisées parce qu’elles sont prostituées ou contraintes à porter le voile intégral. Nous ne voulons pas criminaliser les femmes ni même les pénaliser. Nous voulons criminaliser les hommes qui les violent, et pénaliser ceux qui achètent et contrôlent leur corps, et interdire que la société fasse la promotion du viol dans la pornographie. Quelle féministe peut raisonnablement s’opposer à cela ?

Et que veut dire ici le terme liberticide ? La façon dont la liberté des femmes est systématiquement soumise à l’ordre patriarcal ? Non, il s’agit là du refus de toute mesure « liberticide » profitant aux hommes. C’est une façon de nier aux féministes la possibilité de s’opposer aux libertés que se donnent les hommes à nous violer par toutes sortes de moyens presque tous légaux et tous caractérisés par l’impunité presque totale, avec leur arsenal de contrats plus ou moins tacites : pacte prostitutionnel, pacte domestique, pacte filial…

La suite nous montre bien qu’on est dans cette dialectique là :


 »En tant que féministes, comment ne pas exiger l’abrogation des lois qui criminalisent les femmes en raison de leur religion, le développement de modes de garde collectif, la réforme des manuels scolaires et le développement de la place de l’histoire des femmes, des études postcoloniales et de la notion de « genre » dans toutes les disciplines, l’éradication des publicités et des jouets prônant l’hétérosexualité obligatoire, la reconnaissance pleine et entière des droits sociaux des prostituéEs ? « …

Outre le fait qu’il n’y a pas de lien logique ou analytique entre les propositions, il y a confusion et retournement. D’un côté on nous dit qu’on « criminalise les femmes » en leur donnant des amendes pour port de voile intégral, (criminaliser, c’est aussi ce que les pro-prostitution reprochent aux féministes). De l’autre les auteures se contentent de vouloir « éradiquer » des publicités dont on ne dit même pas qu’elles servent la perpétuation d’un crime, celui du viol, qui n’est même pas cité ? Leur seul tort serait l’hétérosexualité obligatoire, sans préciser que l’hétérosexualité obligatoire est la justification du viol.

la reconnaissance des droits sociaux pleins et entiers des personnes prostituées ?

Et pour finir, cette affirmation que certaines trouveront consensuelles parce qu’elle se cache sous des atours généreux mais ne veut rien dire : vouloir la » reconnaissance des droits sociaux pleins et entiers des personnes prostituées ».
Pour elles, il faut beaucoup plus que cela ! Il faut exiger immédiatement une dépénalisation totale du racolage! Et reconnaître que c’est le client qui est responsable et l’achat d’acte sexuel qui doit être interdit. 
La réalité c’est que si on parle ici de droits sociaux,  c’est parce que c’est l’argument de ce courant réglementariste qui ne dit pas son nom mais s’oppose farouchement aux féministes. Elles sont, depuis Louise Michel en passant par Andrea Dworkin ou Marie-Victoire Louis,  Malka Marcovich, Sheila Jeffreys, Donna Hughes, Catharine MacKinnon, massivement abolitionnistes !
Les figures les plus importantes de cette mobilisation sont les cibles de campagnes de diffamations par les réglementaristes et légalistes ; de fait, aucune des Américaines n’est traduite en français, et aucune féministe qui débute dans le mouvement n’échappe aux fantasmes misogynes sur nos pionnières.


Nous posons avec force cette question : de quel « Nous », les auteures du manifeste se réclament-elles pour fédérer les féministes ? Vraisemblablement de ce « post-féminisme » qui ne peut exister que dans un « post-patriarcat ». Alors qu’au moins elles le disent, et nous laissent lutter politiquement, nous, féministes, dans le monde patriarcal qui est le nôtre aujourd’hui.
FEMMES EN RESISTANCE
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Addendum: « On n’aménage pas l’oppression, on ne négocie pas avec l’oppresseur » Sabine Lambert,préfacière de questions féministes

Le manifeste publié sur le blog d’lLeni Varikas répond sûrement pour partie à celui de Caroline de Haas et Martine Storti, sorti quelques jours plus tôt. Ce dernier appelait également à voter Hollande. En esquissant une généalogie féministe, liée certainement au fait que la seule que le texte des soutiens d’Hollande donnait était celle que serait d’après elle la gauche. Et définissait le « nous, féministes par un « nous, progressistes », sans préciser que la gauche ne les applique pas. Il avait toutefois l’avantage de nommer sinon le patriarcat du moins « une organisation sexuée de la société’, et les femmes.

Mais il ne nomme pas plus les hommes comme bénéficiaires du système patriarcal. Comme le manifeste dont il est question ici, il impute quasi-exclusivement la responsabilité de nos malheurs à la droite sarkozyste ou au capitalisme néo-libéral, en incluant la gauche dans une généalogie féministe.
La gauche serait « par nature » l’amie des droits des femmes ? On sait combien ce n’est malheureusement souvent pas le cas…
Même s’il faut parfois, reconnaît le texte, ne pas oublier de rappeler aux hommes qui y détiennent le pouvoir qu’ils restent avant tout des hommes peu enclins à déconstruire le patriarcat qui leur profite. « L’arrivée de la gauche au pouvoir est une condition importante de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais nous savons aussi que les mécanismes de domination, multimillénaires, d’invisibilité des femmes et de résistance à leur émancipation et à leur libération, sont puissants. »Oui, ils sont puissants, mais pas seulement « malgré eux », mais « avec eux » car « pour eux ». Et nous féministes, nous ne pouvons dédouaner la responsabilité de la gauche dans la perpétuation de ces mécanismes, commme l’affaire DSK l’a malheureusement trop vivement rappelé.
Par ailleurs, dans ce manifeste aussi, la défense de mesures féministes semble devoir à tout prix être incluse dans d’autres luttes, comme si elle ne pouvait être la racine, et prioritaire : « Il est temps de changer de politique, pour les femmes comme pour la société toute entière ». Oui, si les femmes existent enfin dans l’agenda politique, cela bénéficiera à la société entière. A terme. Mais en passant, il faudra bien que certains, les hommes, acceptent ou plus probablement soient contraints d’y perdre un peu…de leurs privilèges….

Enfin, dernier point commun entre les deux textes, ils ne font pas des femmes la première force du changement : ils en appellent tous deux aux féministes hommes et femmes. Comme si les intérêts des deux groupes de sexe n’étaient pas antagonistes en matière de révolution féministe. Demande-t-on aux patrons de signer un manifeste ouvrier, dans un même élan de solidarité magique ? Certains le demandent en effet : ils nomment cela le « dialogue social », scellé par des « accords ». En guise de féminisme, ces deux manifestes ne nous proposent qu’un dialogue social avec les institutions patriarcales (« pacte républicain » ou « contrat sexuel » tels l’hétérosexualité et le système prostitueur) ; en guise d’égalité et de liberté, ils nous vendent des accords collectifs ou individuels avec les profiteurs de ces institutions. Nous refusons ces pièges, ces voies de garages inventées par le système patriarcal.
Nous, femmes, aspirons à la libération, sans condition, sans clauses particulières (« accords » différentialistes) ni cessions de propriété (« accords » réglementaristes ou matrimoniaux). Libération totale pour Nous toutes.
FEMMES EN RESISTANCE

La video de « Pas de justice, pas de paix » !

Voilà, vous pouvez toujours envoyer massivement des lettres contenant la plainte de PJP à vos élu-e-s, ministres…en cliquant ici : http://pasdejusticepasdepaix.wordpress.com/vous-aussi-envoyez-la-plainte/

Et après les photos, la plainte, voici la video. En attendant la suite de cette campagne politique ET artistique pour que justice soit rendue aux victimes de viols. Faites suivre le lien !  http://www.youtube.com/watch?v=7qsRniVqMag

Vous pouvez aussi en savoir plus sur le manifeste ici : http://pasdejusticepasdepaix.wordpress.com/que-sommes-nous-pas-de-justice-pas-de-paix/

Il y a 35 ans, le manifeste féministe contre le viol

Parfois, en ce moment, on a l’impression d’être revenues 40 ans en arrière. Et quand on relit (voir ci-dessous), le texte et en particulier le dernier paragraphe du manifeste contre le viol lancé par le mouvement de libération des femmes en 1976, dont le slogan est : « quand une femme dit non, c’est non », on a l’impression d’être en pleine actualité.

Quand on cherche sur internet ce texte on tombe sur tout un tas de choses, mais pas sur ce texte.  Des soi-disant blagues et tous ces forums, où des garçons posent la question : est-ce que quand une femme dit oui, ça veut dire non ? …comme si on en était toujours là…

En clair, 35 ans après ce manifeste,  lorsqu’une femme porte plainte pour viol, elle est toujours autant décrédibilisée, moquée, menacée. 99% des viols, malgré les gains en terme de loi de la lutte, restent impunis. On comprend donc que la lutte ne fait en fait, que commencer.

Et puis après avoir lu, on peut, pour mieux comprendre, tous ces mécanismes déjà contenus dans le manifeste,  écouter cette émission, de Stéphane Paoli où, l’accent est  mis sur les dimensions de contrôle, de possession, de pouvoir, et de destruction de la personne à l’oeuvre dans le viol.

Une émission avec Michela Marzano, philosophe, Muriel Salmona, psychotraumatologue, Claude Katz, Adrien Bosc, Gérard Berréby et Raphaëlle Branche.

Voici le texte du manifeste de 1976, que j’ai donc recopié…

« Quand une femme dit non, ce n’est pas oui, c’est non! »

1- Le viol n’est pas une fable

C’est la réalité quotidienne des femmes dans la rue, dans leurs maisons, à leur travail, le jour, la nuit. Même quand nous échappons à la réalité multiforme du viol, nous n’échappons pas à la peur que nous avons apprise dès notre enfance et que notre expérience ne fait que renforcer.

2- Le viol n’est pas un hasard

C’est l’expression de la violence permanente faite aux femmes par une société patriarcale. Tout homme est un violeur en puissance. Nous sommes sans cesse en butte aux agressions sexuelles manifestes ou déguisées. La chasse aux femmes est ouverte tout l’année 24h/24h.

3-Le viol n’est pas puni en tant que crime contre les femmes

La loi dit : le viol est un crime. Dans les faits, il n’est jamais reconnu comme un crime contre une femme. Il est parfois reconnu comme un crime contre le propriétaire de la femme. L’accès des hommes au corps des femmes est pour chaque homme un droit qui n’est limité que par la propriété exercée par un autre homme sur une femme. La femme qui n’a pas de propriétaire est la propriété de tous.

4-Le viol n’est pas une loi de la nature.

Il est l’acte physique et culturel sur lequel est fondée la société patriarcale qui ne pouvait vivre sans l’appropriation et l’exploitation du corps des femmes, de leurs forces de production et de reproduction. Poussé par la nécessité de légitimer cette appropriation, le patriarcat a produit le mythe imbécile d’une sexualité masculine « irrrépressible », « incontrôlable », « irrésistible », « urgentisseime », en un mot, « virile ».

5-Le viol n’est ni un désir ni un plaisir pour les femmes

Quand une femme dit non, ce n’est pas oui, c’est non. L’impérialisme de la sexualité masculine chercher à se justifier en fabriquant une sexualité féminine passive, masochiste, entièrement soumise aux initiatives des hommes, ce qui permet de persuader tous les hommes (et même certaines d’entre nous) que le viol peut être « recherché », « provoqué », « consenti », et pourquoi pas, source de jouissance. Autrement dit qu’un viol n’est pas un viol.

6-Le viol n’est pas un destin

Nous en avons assez d’être violées et d’avoir peur de l’être. A droite comme à gauche, ils s’accordent pour justifier le viol. A droite, ils nous disent que le viol est le fait de psychopathes, d’immigrés, d’alcooliques, d’anormaux, d’obsédés sexuels. A gauche, ils nous disent que le viol est le résultat de la misère sexuelle et qu’il faut nous laisser violer au nom de la lutte contre le capital. Nous ne nous laissons plus culpabiliser, nous n’avons plus honte de dénoncer le viol et de lutter contre les violeurs. Nous refusons qu’une femme victime d’un viol soit transformée en accusée par la justice. Nous savons maintenant que la lutte contre la violence patriarcale est irréversible, que des femmes de plus en plus nombreuses commencent à chercher, à inventer des alternatives aux seuls modèles de relations que les hommes proposente : ceux du VIOL