Prostitution : Non au règne du « client »-roi !

Après une longue absence, je réactive ce blog, avec un nom actualisé… »blog d’une humaine concernée ». Je ferai un billet pour expliquer ce choix. En attendant, un premier billet dans la perspective de la décision du Conseil constitutionnel le 1er février sur une « QPC » très controversée.

Alors que la société française a déjà choisi, comme le montre le dernier sondage IPSOS pour CAP international  (:78% des Français·es approuvent la loi du 13 avril 2016, 71% ne veulent pas de l’abrogation de la pénalisation des « clients »), les partisans du « travail du sexe » nous ont imposé ces dernières semaines un nouveau débat en déposant une question prioritaire de constitutionnalité sur la pénalisation des « clients ». L’objectif de ce billet, est de rappeler le véritable enjeu de la décision du Conseil constitutionnel le 1er février. Voulons-nous rester dans une société de Liberté, égalité et fraternité pour toutes et tous, ou basculer dans la loi du plus fort ?

img_3398En France aujourd’hui, tout le monde est d’accord. L’égalité femmes-hommes, inscrite dans la constitution, est le modèle de société que nous voulons (à défaut de l’avoir atteint).

La lutte contre les violences faites aux femmes est affichée comme une priorité. Le viol est un crime, aggravé lorsqu’il s’effectue au sein du couple ou qu’il vise une personne en situation de vulnérabilité.

Ces évidences s’arrêteraient-elles au seuil de la prostitution ? L’argent effacerait-il la violence ? Un billet, ou quelques pièces, anénantiraient l’exigence, que seuls des actes sexuels où le désir est réciproque entrent dans le champ de la liberté sexuelle ?

Pire, effacer la contrainte par l’argent, cela signifierait qu’ être protégées du viol serait réservé à celles et ceux qui sont « du bon côté de la barrière », c’est-à-dire qui ont les moyens de ne pas être contraintes au « choix prostitutionnel ». Pour les autres, comme par hasard toujours les plus vulnérables, le viol tarifé serait un « moindre mal » qui les aiderait à survivre ?

Car c’est bien cela qui nous attend si, comme le demandent certaines associations qui ont déposé la QPC (question prioritaire de constitutionnalité) transmise au Conseil constitutionnel obtenaient l’abrogation de la pénalisation des « clients ».

Bien sûr, ils affirment que ce qu’ils reprochent à cette mesure, c’est d’être contre-productive, et de mettre en danger les personnes exploitées tout en empêchant les « travailleuses du sexe libres » d’avoir accès à la liberté d’entreprendre. Oubliant que le « client » est le premier agresseur et assassin de personnes prostituées.

Mais le modèle de société que proposent en réalité Médecins du monde, ou le STRASS, c’est que si on est pauvre, enfant, défavorisée, racisée, qu’on a été victime de violences sexuelles dans son enfance, qu’on est migrante (soit l’immense majorité des personnes en prostitution à travers le monde), « consentir » à un acte sexuel pour de l’argent serait une solution, un choix individuel avantageux ! Ce que nous dit le Planning familial, lorsqu’il se joint à la QPC, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes dans la sexualité c’est bien, mais pas pour toutes !

Ce qu’ils refusent d’entendre, c’est que le fait de poser un interdit sociétal sur l’achat d’actes sexuels, ne concerne pas seulement les personnes en situation de prostitution. C’est un choix de société qui vise précisément à protéger celles et ceux qui n’ont pas le choix, de ceux qui eux font le choix d’imposer à autrui un acte sexuel par l’argent. C’est un garde-fou au nom du principe supérieur de dignité humaine, contre la tentation de consentir à sa propre oppression  pour survivre.

Sans ce garde-fou, c’est le règne du « client »-roi.

Autoriser constitutionnellement l’achat d’actes sexuels, c’est un cadeau, dans ce domaine comme les autres, au « client-roi ».

C’est le choix qu’ont fait certains de nos voisins, l’Allemagne, la Suisse ou les Pays-Bas. Là, le « client » de la prostitution est la cible de tous les outils du marché pour maximiser le profit des entrepreneurs. Car si le client a le droit d’acheter, si l’activité prostitutionnelle est reconnue comme un métier comme un autre, il est alors logique qu’il y ait des entreprises qui se créent, des patrons qui les gèrent, des cadences, des « conditions d’exercice ». Et de la publicité, et du marketing.

Ainsi, à Amsterdam, il y a des vitrines de femmes dénudées, en Allemagne, des bordels « all-inclusive », bières, femmes et préservatifs (ou pas) à volonté dans un « package », en Suisse des « bars à pipe » et « drive-in » du sexe.

Est-ce cette société là que nous voulons ?

Une société où chaque jeune Français, arrivé à 18 ans, puisse se dire : maintenant je peux me payer une femme pour fêter mon bac ? Voulons-nous que chaque jeune Française, puisse se construire avec l’idée qu’un homme a le droit, si elle se retrouve un jour en situation de précarité, d’acheter l’accès à son intimité ? Pire, que chaque Française puisse, si elle se retrouve en situation de vulnérabilité, se voir imposer – par Pôle emploi, ou par l’injonction à prendre soin de ses enfants par tous les moyens légaux, la prostitution ?

Des survivantes le répètent inlassablement : le fait que la société marque un interdit est aussi un garde-fou contre la tentation de consentir à ce qu’au fond elles ne veulent pas. C’est même à cela que cela sert, la société. Comme le dit Muriel Fabre-Magnan, professeure de droit, dans les colonnes de Prostitution et Société, « consentir à se mettre à disposition d’autrui n’est pas la liberté ».

Sandrine Goldschmidt