APPEL A MANIFESTER LUNDI 3 MARS A 11H – JUSTICE POUR DES MINEURES VICTIMES DE VIOLS

Lundi 3 mars à 11 heures
Devant le Ministère de la Justice
Place Vendôme

15 octobre place Vendôme
15 octobre 2012 place Vendôme

(angle rue de la Paix et rue Daniel Casanova)
75001 Paris

Je relaie ici l’appel à manifester relayé par l’AVFT. Il faudrait avoir le temps de recenser le nombre de cas où le ministère public requiert de lourdes peines de prison (8 et 12 ans) et où le résultat est acquittement. Et recenser les « causes » les plus probables. Est-ce Parce qu’on en est encore là ? Parce qu’il est nécessaire de faire comprendre « que le fait d’avoir quinze ans, de fumer du cannabis et d’embrasser un jeune homme ne légitime pas le viol » ? Parce qu’il nous faut encore expliquer que Rien, jamais, ne justifie le viol ? Il serait temps que certaines d’entre nous nous penchions sérieusement, et de façon réaliste, sur les moyens de faire reconnaître la seule chose qui pourra faire avancer la justice pour les femmes victimes de viols : le présumé-non-consentement, qui devrait définitivement invalider toutes les excuses perpétuellement invoquées pour les criminels. Qui est partante ?

En attendant, je vous laisse lire l’appel à manifester qui vous expliquera les tenants et aboutissants de l’affaire :

Jeudi 20 février, nous nous rendions au TGI de Bobigny pour une audience. Après avoir passé les contrôles de sécurité, nous rencontrions fortuitement Me Avi Bitton (qui avait notamment été l’avocat de Mme A, soutenue par l’AVFT), téléphone portable à la main en mode appareil photo.

Pendant une suspension de l’audience de la Cour d’assises, une de ses deux clientes, victimes de viols, avait été menacée par des proches d’un accusé. Il tentait de les photographier.

Quelques jours plus tard, il nous informait de l’acquittement des accusés, auquel il ne se résolvait pas.

Or, tandis qu’un accusé peut faire appel de sa condamnation, une victime ne peut pas faire appel d’un acquittement, cet appel étant de la prérogative exclusive du ministère public.

Avi Bitton appelle à manifester au nom de Nadia et Myriam pour que le parquet fasse appel, lundi 3 mars à 11h. Nous relayons cet appel, et y serons.

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La Cour d’assises de Seine-Saint-Denis vient d’acquitter deux accusés de viols sur mineures de 15 ans.

Les parties civiles, que nous appellerons Nadia et Myriam, ne peuvent pas faire appel.

Seul le Procureur général peut faire appel, avant le lundi 3 mars au soir.

Pourquoi faut-il un procès en appel ?

Parce qu’il est très étrange que trois filles, de 15 ans, qui ne se connaissaient pas, accusent toutes de viol le même individu, majeur, qu’elles ne connaissaient pas avant les faits.

Parce que le fait d’avoir quinze ans, de fumer du cannabis et d’embrasser un jeune homme ne légitime pas le viol.

Parce que le Procureur avait requis des peines de 8 ans et 12 ans de prison à l’issue du premier procès et qu’il est donc cohérent qu’il fasse appel du verdict d’acquittement.

Nous appelons nos concitoyennes et concitoyens à manifester aux cotés des victimes et de leurs familles pour demander au Procureur général de faire appel :

Lundi 3 mars à 11 heures
Devant le Ministère de la Justice
Place Vendôme
(angle rue de la Paix et rue Daniel Casanova)
75001 Paris

Avi Bitton, Avocat, au nom de Myriam, Nadia et leurs familles

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Pas de justice, pas de paix ! #zimmermann #alexander

Vous voulez savoir pourquoi nous, femmes, sommes en rage ? Vous voulez savoir pourquoi les personnes noires, aux Etat-Unis, sont en rage ? C’est très simple. Parce que Pas de justice, pas de paix. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis qu’est né ce slogan.

Pour comprendre, la mise en parallelle de deux affaires judiciaires qui viennent de se terminer :

-la première : George Zimmermann, veilleur de nuit , (métis mais représentant « le blanc armé qui défend ses biens ») tire sur un jeune noir de 17 ans non armé et le tue. Il invoque le fait qu’il a eu peur pour sa vie. Il est acquitté.

-la seconde : Marissa Alexander, jeune femme noire qui a déja signalé la violence de son mari, tire des coups en l’air pour échapper aux coups de son mari. Elle est condamnée à 20 ans de prison.

Alors le message ici est très clair :  la société dominante défend ses privilèges : un homme qui représente celle-ci et qui tue un jeune homme noir, ce n’est pas grave. Tous les jeunes noirs sont en danger d’être tués (ils savent qu’on peut leur tirer dessus pour rien), mais l’ordre social n’est pas en danger.

Une femme qui ne tue pas son mari mais essaie de lui échapper, personne n’est en danger, mais l’ordre social patriarcal est menacé : imaginez que d’autres femmes suivent son exemple et parviennent ainsi à échapper à l’oppresseur ? Il ne le supporterait pas…

Il n’y a pas de justice, il n’y a que des institutions qui protègent les privilèges des oppresseurs. C’est insupportable.

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX !

 

 

2013, année féministe, abolitionniste, et révolutionnaire : et pourquoi pas ?

Je suis optimiste, oui. Car comment pourrait-on trouver la force de la lutte si on n’y croyait pas ? Et sans espoir ?

Je crois donc que la révolution approche. « Le grand soir », peut-être pas, je pense qu’il serait trop meurtrier pour les femmes. Mais une révolution qui fait qu’autant de fois il y aura d’occasions de hurler ou de se révolter, il y aura des femmes pour faire entendre leurs voix, et pour se révolter. En tout cas, j’en ai l’espoir.

Je n’ai pas beaucoup parlé de la situation en Inde, qui fait la une de l’actualité depuis le viol et assassinat de Nirbhaya, à Delhi en Inde. Le coeur du problème, c’est l’indulgence coupable de la société, donc des hommes et de beaucoup de femmes, envers ces crimes, pas tel ou tel contexte -même si celui-ci peut dans certains cas rendre les crises plus aigües. Comme nous l’avons fait à l’appel des Lesbiennes of Color le 30 décembre, et comme je vous invite à le faire si vous êtes en région parisienne samedi prochain 12 janvier à 17h lors d’une marche silencieuse à l’appel de la jeunesse indienne et sri-lankaise en France :

« Les participantEs se réunissent Place de la République à 17h00. Puis de là, nous marcherons jusqu’à Place de la Bastille où nous observerons une minute de silence en l’honneur de l’étudiante qui nous a quitté et de toutes les autres victimes de crimes sexuels. Et n’oubliez pas de ramener une bougie. Nous les allumerons également. L’évènement durera 1 heure approximativement ».

Mais donc, malgré ces nouvelles insoutenables, et la triste certitude qu’il y en aura d’autres, et tous les jours, je continuerai à faire l’optimiste : parce que je ne crois pas que la situation soit pire aujourd’hui qu’il y a 10, 20 ou 100 ans. Je crois qu’elle nous est plus insupportable. Et c’est bien.

ruedelaréforme
Clin d’oeil : même en balade, en terres protestantes, c’est à l’abolition que je pense
impassedelarévolution
Mais je crois que la révolution est en marche, celle des esprits, et des coeurs combattantes 😉

Voici ce que j’en disais hors-ligne il y a quelques jours :

Alors que commence l’année, les nouvelles sont dures, très dures. Viols, prostitution, pornographie, l’horizon semble bien sombre, en Inde, ici, au Rwanda…Et pourtant, je vais encore vous faire le coup de l’optimiste. Parce que je crois qu’on ne peut pas lutter sans espoir. Bien sûr, ce monde est atrocement patriarcal, fondé donc sur la domination masculine, qui fait que les hommes ont le pouvoir quasi de vie et de mort sur les femmes, et ont le pouvoir de nommer, donc de faire effacer les violences qu’ils font subir.

Mais ça, ce n’est ni nouveau de 2013, ni de fin 2012. L’insupportable massivité du viol comme arme de contrôle… Mais il semblerait qu’en 2013, cela soit un peu plus insupportable. En particulier en Inde, où des femmes -nombreuses, se révoltent. Et qu’une partie de la société suit (en se trompant maheureusement parfois sur le constat). C’est pareil dans de nombreux pays à travers le monde, où le constat des violences est le même. On rame, à faire entendre que ce ne sont pas des « faits divers », ou des « agressions sexuelles » mais des viols et des tortures, mais on le dit, et on le dit plus fort qu’avant.

Grâce à Internet, grâce à la possibilité pour les femmes de s’emparer de moyens moins contrôlés ou contrôlables par les hommes, notre voix porte un tout petit peu plus. Et de plus en plus.

Je prends un autre exemple : l’abolition de la prostitution. Les médias n’ont toujours pas plus de propension à en parler honnêtement qu’avant, de nos arguments abolitionnistes. On l’a vu avec l’émission de Taddeï qui sert son plateau à un proxénète pendant 22′ (et qui sera au conseil de l’égalité femmes hommes). Et pourtant, aujourd’hui, ce genre de scandale passe moins inaperçu. Il y a toujours une réponse, et il y a un début de questionnement qui se fait jour.

gendercide
Lecture-traduction : pour les femmes, le principal motif d’homicide conjugal est la légitime défense. Les peines moyennes : 15-20 ans de prison
Pour les hommes, le principal motif « la jalousie ». Peines moyennes : 2 à 6 ans.

Encore un exemple, et je fais un petit retour sur les chiffres. Notre campagne « Pas de justice, pas de paix« , a mis l’accent sur le fait que 9 femmes sur 10 ne portent pas plainte pour les crimes de viol qu’elles ont subi, parce que la société et la justice ne les soutiennent pas. Parce que la société ne veut pas entendre. C’est vrai, et le mettre en avant a une conséquence : si on rend visible la massivité des violences sexuelles subies par les femmes, les enfants, et parmi eux et elles par les personnes prostituées, si on rend visible l’impunité des criminels dès lors qu’ils sont des hommes (voir graphique), si on rend évidente la complicité des institutions, alors on va avoir d’un coup le sentiment que ces violences sont de plus en plus nombreuses, et cela va être insupportable.

MAIS encore une fois, c’est bien là ce qu’il faut : que cela soit tellement insupportable à la société qu’elle ne ferme plus les yeux, mais qu’elle prenne les mesures nécessaires. Ou plutôt que nous, femmes, nous en tirions les conséquences. Crier « c’est insupportable » oui, mais aussi portons l’espoir de tangible, reconnaissons-nous comme là, bien là, et prêtes à nous faire entendre, encourageons-nous à nous révolter ensemble, parce que c’est insupportable, mais aussi parce que nous portons, en tant que féministes, l’ESPOIR. L’espoir d’un autre monde, juste, abolitionniste de toutes les violences faites aux femmes et aux enfants, où l’on condamne les criminels plutôt que les victimes.  L’espoir qu’on puisse enfin prendre soin des victimes de violences, et considérer la santé et la vie des femmes, comme vraiment prioritaire. Humaine, quoi. Cet espoir, nous le porterons, hautes, et fortes, tous les jours…et tant qu’il le faudra

Sandrine GOLDSCHMIDT

Rétro (4) : Pas de justice, pas de paix

PDJPDPXL’année 2012 aura malheureusement fini comme elle avait commencé : avec beaucoup de barbarie, pas assez de féminisme.
Et pourtant, il s’en est passé des actions féministes, en France et à travers le monde, pour essayer de lutter contre l’impunité des violeurs.
Depuis 40 ans, depuis des siècles, nos luttes existent, nos victoires souvent trop infimes. Mais la rage ne nous quittera pas de si tôt.

Et puisqu’en cette fin année nous parlons de l’Inde, voici comment je présentais la séance du samedi soir des 10 ans de femmes en résistance le 20 septembre dernier consacrée aux luttes des femmes indiennes contre l’impunité des violences : « Nous sommes toutes des hors-la-loi »

Une année de combats contre l’impunité des violeurs, que nous avons commencé, en lançant, avec Femmes en résistance et Mémoire traumatique et victimologie, la campagne « Pas de justice, pas de paix » (avec les photos d’Hélène Epaud), puis le hashtag #jenaipasportéplainte, qui a donné l’occasion à des centaines de femmes d’expliquer les multiples raisons pour lesquelles chaque année, 9 femmes sur 10 ne portent pas plainte, et de réclamer justice pour les victimes de viol et contre les criminels :

Lancement de la campagne PJP J1

PJP J2 : Signez la pétition

Pour que justice soit rendue aux victimes de viol

Avec nous, demandez la justice pour les victimes de viol

Ensuite, il y a eu le combat contre l’abrogation de la loi sur le harcèlement sexuel. C’est un combat qui est le même que celui contre l’impunité de tous les agresseurs, les violeurs. Et en plus quand on sait que tant de viols sont décriminalisés en agressions sexuelles ou délits de harcèlement. Abrogée par le Conseil Constitutionnel deux jours avant le second tour de la présidentielle, l’annonce a provoqué une forte mobilisation féministe, qui a porté ses fruits et amené une nouvelle loi.

A l’annonce de l’abrogation : exigeons une nouvelle loi !

Une plainte historique et Vidéo du dépôt de plainte

https://sandrine70.wordpress.com/2012/07/25/harcelement-sexuel-viol-et-meurtre-de-notre-humanite/

Sinon, toute l’année, il a fallu, ici ou là, rappeler à quel point l’impunité des violeurs leur permet de continuer à faire du viol une arme de la guerre contre les femmes. Qu’on veut mortes. Mais nous voulons vivre, loin de leur monde, et comme Laëtita, continuerons à le crier, et le dire :

Capture d’écran 2012-12-29 à 20.23.41

Une série d’articles, pour qu’enfin, on regarde la situation du côté des victimes, du côté des femmes, et pas, systématiquement, du côté des agresseurs, que ne leur soit manifesté aucune solidarité ou indulgence masculine (et je préviens ici pour ceux qui ne voudraient pas comprendre : il ne s’agit pas de dire qu’il faut traiter de façon aveugle les criminels, mais le contraire : les juger en s’émancipant du regard complaisant sur eux, du fait qu’ils sont des hommes, et que leur victime est une femme).

Avec une réponse à l’inénarrable P.Sastre…

S’émanciper du viol, par quel coup de baguette magique ?

Et dans le même ordre d’idées, pour remettre les esprits à l’endroit : quand il n’y aura plus de violences il n’y aura plus de victimes

Une réflexion sur ce qui favorise, encore et toujours, l’impunité, la fameuse notion de consentement, utilisée n’importe comment…

Le consentement, paravent de l’impunité des violeurs

Que les hommes comprennent que ce n’est pas parce qu’eux ne sont pas violeurs qu’ils sont exempts d’être concernés :

Criminels contre l’humanité les violeurs, illégitimes les hommes qui les défendent

Un coup de gueule de Typhaine Duch : A vous qui osez nier la guerre contre les femmes

Une émission qui permet de mieux comprendre, avec Muriel Salmona :

https://sandrine70.wordpress.com/2012/09/06/une-emission-a-ecouter-absolument/

Pour l’écouter aujourd’hui, c’est ici : https://plus.google.com/112952027338215488664/posts/8F6BnwmJokP

Et bien sûr, il y a eu Créteil, avec le verdict pour viols collectifs (une condamnation, à un an de sursis) qui a déclenché un vaste mouvement de révolte

Pas de justice pas de paix aux assises de Créteil

Avec les photos du rassemblement à Paris le 15 octobre : nous ne nous tairons pas ! (et il y a eu des rassemblements partout en France)

Et les vidéos.

Avec ce constat qui semblait incroyable, mais qui se retrouve finalement dans tant d’affaires : des viols collectifs, des viols, mais des victimes considérées comme responsables, et des criminels, les violeurs, qui n’apparaissent jamais, nulle part, ne sont jamais nommés :

Capture d’écran 2012-10-17 à 14.58.28Créteil : viols collectifs sans violeurs et pour aller plus loin Un crime sans criminel ni victime ni enquête ni prison

Et si, autour du 25 novembre, le service public de la télévision se mobilisait pour parler de la question, encore de grands absents : les violeurs

La face cachée du viol, c’est le violeur.

Heureusement, il y a eu une belle manif le 25, journée de lutte contre les violences faites aux femmes : en voici les photos https://sandrine70.wordpress.com/2012/11/25/25-novembre-une-belle-journee-en-photos/
Ah oui, il y a aussi eu un comité interministériel aux droits des femmes, le premier depuis douze ans, cette année. Et un passage des mesures annoncées concerne les violences faites aux femmes. Je sais pas vous, mais moi ça m’a légèrement énervée : Les agresseurs en prison, pas dans les groupes de parole ! Alors évidemment, j’ai fait un titre provocateur. Mais c’était pour réagir surtout à l’absence de programme de soins aux victimes. Car, comme le dit si bien Muriel Salmona : la prévention des violences passe avant tout par la protection et le soin des victimes
Au final vous l’avez compris, j’en ai beaucoup parlé, et malheureusement, j’ai l’impression qu’il faudra encore en 2013 que j’en parle beaucou…TANT QU’IL LE FAUDRA !

Un dernier mot : je n’ai pas parlé ici du viol prostitutionnel, celui dont on achète l’impunité par un billet de 30 euros…c’est parce que cela sera l’objet du prochain volet de cette rétro. Abolition 2012-2013 !

S.G

Pas de justice, pas de paix…aux assises de Créteil

Dans la province de l’Uttar Pradesh en Inde, quand la justice est impossible pour les opprimé-e-s et en particulier pour les femmes, d’autres femmes, par milliers, organisées par Sampat Pal prennent des bâtons et vont exiger que leurs droits soient reconnus. Qu’allons-nous donc pouvoir faire, en France, de semblable, pour qu’enfin la justice soit faite pour les femmes victimes de violences ?
En 40 ans, les féministes ont tout essayé. Elles ont réussi à faire changer les lois. Nous avons fait des campagnes qui permettent de libérer la parole.
Et pourtant, dans des affaires rien moins que de viols collectifs, l’impunité des violeurs reste quasi entière.
Alors oui, procédure de justice il y a eu, durant dix ans. Mais pour atteindre au même résultat : les charges ne seraient pas suffisantes, et la plupart des accusés relaxés. Christine Le Doaré explique tout ici sur son blog : http://christineld75.wordpress.com/2012/10/11/aux-assises-de-creteil-scandaleuse-indulgence-pour-les-violeurs/. Où la société patriarcale réaffirme que les victimes de viols sont moins importantes que les hommes qui les violent. Où les pires idées reçues criminelles sont reprises pour disculper les agresseurs. Où encore une fois, « la victime c’est la coupable ».
Un réflexion en plus de ce très bon article qui reprend les faits essentiels : la justice d’assises, à qui cela coûte cher d’organiser de tels procès, qui donne des peines de sursis de l’ordre de la correctionnelle à des violeurs, quel est donc son objectif ? Dire le droit, dire ce qui est juste, ou assurer la perpétuation du système d’impunité pour les violeurs ?Pour exiger que justice et réparation soient faites aux femmes, comme nous le faisions ici, nous continuerons à lutter.

Mais il nous faudra encore songer à radicaliser nos moyens (à la manière du Gulabi Gang), pour lever tous les obstacles que les défenseurs de cette société d’impunité mettent sur notre chemin.

Pas de justice, pas de paix !

DSK : nous ne voulons pas l’entendre, sauf devant la justice !

Cela passe quasi inaperçu. Dominique Strauss-Kahn a été interviewé pour ses « idées » en économie et cela a été diffusé sur une chaîne française.
Un an même pas et demie après son arrestation pour viol d’une femme employée au Sofitel, un an après l’abandon des charges pénales dans cette affaire, quelques mois après sa mise en examen pour proxénétisme dans l’affaire du Carlton en France, l’ancien Directeur du FMI fait un retour médiatique certes discret, mais significatif. D’autant plus quand on lit comment les journalistes en parlent.

Le voici impliqué dans des « scandales sexuels » : il s’agit en réalité d’implication dans des crimes. Le viol est un crime. Le proxénétisme et le viol des personnes prostituées aussi.

La formulation exacte dans le NouvelObs est la suivante : « Empêtré dans des scandales sexuels qui lui ont coûté son poste de directeur général du FMI et ses ambitions présidentielles ». 

Voilà. Un an et demie après des manifestations contre le sexisme quotidien et le fait qu’on ne s’intéressait qu’à DSK, qu’on invisibilisait les victimes, qu’on le présentait comme une victime, après ce qui a semblé être une prise de conscience -d’au moins les femmes dans la société-, nous serions revenus au point de départ ? DSK serait donc la victime de scandales ?

Dans La voix du nord, il n’y a même aucune allusion aux raisons pour lesquelles il a dû quitter son poste au FMI, et au fait qu’il est mis en examen.

Dans Le Figaro, ce sont bien des accusations contre lui qu’on parle, dans l’affaire de viol en réunion d’une prostituée ouverte au printemps. Il semblerait que le dossier soit bientôt classé. on pourrait également analyser cette affaire, où l’on lit que « DSK n’a pas été correct », qu’il y a eu « rapport de domination », mais que comme il n’y a pas eu coups, l’affaire serait classée. Comme si, encore une fois, le viol avait besoin de violence physique pour être un viol !

Dans les interviews qu’il a donné, il dit ne pas vouloir revenir sur la scène politique. Tant mieux. Mais nous ne voulons pas non plus qu’il donne son avis publiquement sur l’économie. Dominique Strauss-Kahn est un homme qui est poursuivi par la justice pour des faits d’une gravité sans nom.

Pis, il donne cette interview exclusive à LCI, alors même que dans 4 jours, l’affaire pour laquelle il est mis en examen pour proxénétisme aggravé sera examinée par la justice à Lille, dans un plan médiatique qui ne pourrait être mieux orchestré.

Il va donc falloir le redire, et sans relâche, que les féministes redonnent de la voix. Il est temps que la complaisance cesse. Cette homme n’a rien à nous dire, sur rien. Tout ce que nous voulons, c’est qu’il réponde de ses actes devant la justice.

Pas de justice, pas de paix !

Harcèlement sexuel, viol et meurtre de notre humanité

Les députés ont adopté à l’unanimité et à main levée le texte réinstaurant le délit de harcèlement sexuel légèrement modifié par rapport à la version votée au Sénat.

Le texte doit maintenant passer en commission mixte paritaire et être adopté définitivement le 31 juillet.

Les amendements apportés par l’Assemblée nationale étaient destinés à améliorer le texte suite aux critiques des associations féministes et à l’analyse que l’AVFT a présentée en commission des lois : http://avft.org/article.php?id_article=652

« Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave, dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle »

Les peines sont portées à 2 ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende, avec plus si circonstances aggravantes.

Je ne suis pas en mesure de donner un avis si cette nouvelle loi est suffisante, la réaction de l’AVFT ne devrait pas tarder.. Mais à partir d’août, un vide juridique gravissime, laissant toute impunité aux agresseurs, va tomber. Ouf. Reste ensuite, à faire que la loi soit appliquée, on espère des autorités judiciaires autant de détermination qu’en a eu la ministre des droits des femmes.

Parce qu’en matière d’impunité des violences sexuelles, tout est encore à faire. 70.000 femmes qui ne portent pas plaintes pour viol, des centaines de miliers de victimes de violences et viols conjugaux, sont toujours abandonnées, maltraitées par les institutions.

Et dans un dernier cas, atroce, mais ils le sont tous, cette  « info » : un homme a tué sa femme, devant ses 4 enfants, parce qu’elle lui a avoué qu’elle avait été violée :

Il s’est ensuite livré à la police, expliquant qu’il « n’avait pas pu supporter » que sa femme ait été violée. Alors, en bon pur produit du patriarcat,
il a ajouté l’horreur à l’horreur, il a disposé d’une femme meurtrie en la brisant comme un objet qui lui appartient et qu’on casse, il a réitéré la négation de notre humanité en prenant la vie là où il estimait qu’elle n’était pas. S’il avait vu en elle un être humain, il aurait eu de l’empathie, il aurait eu peut-être un désir de vengeance, cherchant à tuer le violeur et retournant ensuite sa violence contre lui-même.

Non, encore une fois, il a choisi de participer à l’élimination des femmes qu’avait commencée le violeur, qu’a poursuivie l’assassin.
Pas de justice, pas de paix !