Prostitution : le Sénat recule, l’abolition marche !

DSCF6912Il y a quelques mois, au moment de la marche de Rosen, nous brandissions un beau slogan trouvé par Claire : « le Sénat piétine, Rosen marche ». Aujourd’hui, le Sénat a changé de majorité, et c’est encore pire. Il ne piétine même plus, mais il vient de faire reculer un combat vers le progrès pour les femmes. En effet, comme je le disais la semaine dernière, les sénateurs ont voté pour le maintien du délit de racolage passif et  contre la responsabilisation-pénalisation des clients-prostitueurs.  1/ L’hypocrisie : la prostitution est une violence, il ne faut pas pénaliser les femmes, alors pénalisons-les ! En clair, cela veut dire qu’ils ont décidé de revenir à une politique d’un autre âge, celle qui consiste à pénaliser les victimes -tout le monde en effet pendant les débats n’a cessé de dire que la prostitution était une violence et qu’il ne fallait pas s’en prendre aux femmes (et aux hommes, très minoritaires), mais a conservé la seule mesure qui les pénalise à coup sûr; une hypocrisie dénoncée par le Mouvement du Nid (voir lien en fin d’article). Mieux, Jean-Pierre Godefroy, curieux député socialiste qui connaît très bien la violence de la prostitution (il a été l’auteur avec l’UMP Chantal Jouanno d’un rapport sans ambiguité sur le caractère violent et forcé de la prostitution), qui est celui qui a fait piétiner le Sénat pendant 16 mois avant de devoir démissionner dix jours avant le vote de la présidence de la Commission spéciale, s’est fendu d’un argumentaire dont la logique lui est propre. Il n’a cessé de dire qu’il était du côté des femmes, que c’est à elles qu’il pensait lors de ses interventions. Pour au final, affirmer qu’elles ne devaient surtout pas être pénalisées. Et du coup, il fallait donc les pénaliser par le délit de racolage, mais surtout il ne fallait pas pénaliser les clients-prostitueurs, car cela pénaliserait…les femmes. Allez savoir ! Mais au final, il se déclarait favorable à une pénalisation des clients qui « achèteraient » des des actes sexuels à des femmes qui se prostituent sous la contrainte. Curieuse idée qui a curieusement eu l’aval de Chantal Jouanno -mais qui aurait rendu la mesure caduque et dangereuse (l’amendement déposé par Chantal Jouanno a été retoqué). DSCF6837En effet : soit la mesure était appliquée, et ladite contrainte était systématique (et donc la précision inutile) : en effet, en matière d’acte sexuel, la règle est l’acte libre de toute contrainte. Or, un contrat, s’il règle des principes entre deux parties, instaure une contrainte : en effet, en échange d’argent, une personne DOIT un service. C’est donc une contrainte, légale, mais une contrainte. Or, en matière sexuelle, il ne peut y avoir de contrainte légale, car la contrainte fait partie de la définition des agressions sexuelles et viols. C’est donc absurde. Ou alors -et malheureusement c’est ce qui je crois se passerait, on applique la mesure à la façon dont la justice traite les affaires de violence sexuelle. C’est la connaissance du fait que la personne prostituée est sous contrainte, qui déterminerait la culpabilité du client -autant dire qu’il lui suffirait de dire, comme un triste sire célèbre, « qu’il ne savait pas » qu’elle était contrainte, et que cela suffirait -encore une fois, à rendre la mesure caduque et l’impunité des hommes totale. La vraie raison de cette proposition, était la défense du « droit du client », encore une fois…et de celui de se prostituer « librement ». En effet, selon Godefroy, il faudrait que la loi affirme haut et fort que celles qui le veulent ont le droit qu’on leur achète un acte sexuel, tout en reconnaissant que l’activité est source de violence, et qu’elles sont très minoritaires. Ainsi, on ferait une loi pour l’ultra-minorité qui -en suivant le raisonnement ci-dessus- permettrait de généraliser la situation à toutes…rendant encore une fois toute forme de pénalisation du client-prostitueur caduque. La liberté de quelques unes et de tous les prostitueurs étant décrétée plus importante que l’esclavage subi par l’immense majorité ! Pénaliser des personnes pour les protéger, la dernière trouvaille de la droite DSC_0091J’ai beaucoup aimé cet argument du « il nous faut le délit de racolage, parce que sinon, il n’y a aucun moyen de démanteler les réseaux : arrêter les femmes, c’est pour les protéger. En brandissant la menace de peines de prisons et d’amende, c’est tout à fait logique…on imagine en effet, qu’elles se sentent protégées depuis dix ans par le délit de racolage…à noter que le rétablissement du délit de racolage, voulu par l’UMP, qui l’a majoritairement voté (grâce à un scrutin public qui permet de voter pour les absents…il n’y avait quasiment personne dans l’hémicycle), n’a pas trouvé d’autre argument que celui-ci. Alors même que tout le monde reconnaît qu’en douze ans, il n’a en aucun cas aidé à renforcer la lutte contre les réseaux de proxénétisme. Sur la pénalisation du client ensuite, Jean-Pierre Godefroy -toujours lui- est allé très loin dans la logique de l’absurde : en effet, il a affirmé qu’être sanctionnable met le client en position de force face à la personne prostituée. Etant pour la première fois dénonçable par les personnes contre lesquelles il exerce des violences, il se retrouverait donc en position d’imposer des violences supplémentaires. Allez comprendre… Alors que la Suède montre que lorsqu’un client-prostitueur est arrêté, sa victime est guidée vers des associations qui peuvent l’aider. Bref, Jean-Pierre Godefroy, qui a donc été président de la Commission spéciale pendant 16 mois, nous a alors encore gratifié hier d’un argument imparable : « il faudrait encore du temps pour réfléchir ». Faut-il lui rappeler que c’est depuis le rapport Bousquet-Geoffroy en 2011, fruit d’une longue enquête, que la politique est discutée par les politiques, à l’Assemblée puis au Sénat ? Quatre ans de travail parlementaire ne seraient pas suffisant ? Est-ce une façon de nous faire croire qu’il n’avait pas, dès le départ, une idée bien précise de ce qu’il voulait et ne voulait pas, c’est-à-dire qu’il ne voulait pas du tout de la pénalisation des clients…pour protéger ce « droit de l’homme »?

2/ Le mensonge sur la Suède, pour décrédibiliser la pénalisation DSC_0156Lors du débat, on a beaucoup entendu des copié-collé des discours des associations « de travailleuses du sexe », celles qui s’autoproclament représentantes des personnes prostituées. Ainsi, la décrédibilisation des chiffres concernant le modèle suédois. Malheureusement, le cadre du débat ne permettait pas vraiment de répondre à ces arguments. Mais pour l’opinion, il est important d’y revenir. -La pénalisation fragiliserait les personnes, et la violence augmenterait ? On a beaucoup entendu cela. En effet, Médecins du Monde, Act-up n’ont de cesse de dire que la pénalisation repousserait la prostitution dans des lieux encore plus reculés ou sur Internet, exemple de la Suède à l’appui. Or, quelle est la réalité des chiffres, ceux avancés par les adversaires de la pénalisation, comme la sénatrice Esther Benbassa, qui s’est drapée dans sa « formation scientifique » pour donner des chiffres « indiscutables »? Ainsi, si la prostitution de rue aurait diminué en Suède, mais elle aurait explosé sur Internet. Chiffres à l’appui d’un tout récent rapport commandé par le gouvernement, qui dit que « Le nombre d’annonces d’escorte a nettement augmenté au cours des huit dernières années entre 304 et 6965 annonces ». Certes, mais si l’on veut bien lire un peu plus loin : « les autorités qui ont étudié les annonces d’escorte sur internet constatent qu’une même personne prostituée se retrouve souvent sous différentes identités, et que chaque annonce peut être reprise sur de nombreux sites, portails, qu’il y a aussi d’anciennes annonces inactives… etc. (Ainsi les experts constatent qu’un même numéro de téléphone se retrouve sur de nombreux sites. Ceci est également confirmé par d’autres experts qui travaillent sur le terrain.) Il est écrit dans le rapport que : « DANS CE CONTEXTE, IL N’Y A RIEN QUI INDIQUE QUE LE NOMBRE RÉEL DE PERSONNES PROSTITUÉES A AUGMENTÉ. » . Voilà donc pour cette belle affirmation scientifique. Ce n’est qu’un exemple de la façon dont un même chiffre peut être sorti de son contexte et utilisé pour dire le contraire de ce qu’il dit. Et cela sans compter que l’augmentation de ce type de chiffres sur internet, n’est absolument pas plus forte en Suède qu’ailleurs, et donc qu’on ne peut pas en tirer une comparaison. Il y aurait nombre d’autres exemples à tirer de ce rapport, mais il faut un peu de temps pour les traiter sérieusement, et des articles à ce sujet paraîtront probablement dans les semaines qui viennent. Celui-ci, mis en ligne sur la mine d’informations « Ressources prostitution », est à lire : « Les données montrent que mettre fin à la demande fonctionne » (voir le lien en fin d’article) On a également entendu dire donc, que la violence envers les personnes prostituées n’aurait pas diminué, et que le modèle suédois ne marcherait pas. Pourtant, voilà deux chiffres incontestables qui viennent nous signaler que ce n’est peut-être pas tout à fait exact. Ainsi, alors qu’il y a en moyenne 5 prostituées assassinées par an en France, il n’y en a pas eu depuis dix ans en Suède. Par ailleurs, le taux de prévalence du SIDA en Suède chez les personnes prostituées est 5 fois inférieur à ce qu’il est chez nous. Comment interpréter dans ce contexte, ce « haro sur la Suède », sinon comme un effet de propagande, qui arrange le législateur ?

3/ Le machisme du Sénat s’incarne dans la défense du « client »-prostitueur DSC_0107En effet, avec le Mouvement du Nid, je ne peux que souligner que la question de la volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes et de faire reculer la violence envers les femmes est centrale dans le cas qui nous occupe. Ainsi, le fait qu’une société soit avancée en matière d’égalité ou non influence le vote. Je cite le CP du Mouvement du Nid : « Le Mouvement du Nid rappelle que dès le 8 juillet 2014 en commission spéciale, 75% des sénateurs ayant voté pour la pénalisation des clients étaient des femmes alors que 75% des sénateurs ayant voté contre étaient des hommes. Il rappelle aussi que dans son classement mondial sur l’égalité femmes-hommes, publié en octobre 2014, le Forum Economique Mondial indiquait que la Suède, la Norvège et l’Islande, trois premiers pays au monde à avoir dépénalisé les personnes prostituées et pénalisé les clients, faisaient partie des quatre pays au monde les plus avancés en matière d’égalité femmes-hommes. Il note enfin que la Suède comptait, dès 1999, 48% de femmes au Parlement au moment de l’adoption de sa législation abolitionniste. Dans cette continuité, le Mouvement du Nid tient à saluer la mobilisation remarquable de nombreuses sénatrices de tous bords qui se sont exprimés avec cohérence, force et clarté lors du débat. (…)Ce sont ces voix fortes et claires que l’Histoire retiendra très prochainement. Je citerai pour ma part la formidable cohérence et clarté de la sénatrice Laurence Cohen (PC)…ce qui n’est pas étonnant puisqu’elle travaille sur la question depuis 15 ans !

4/ Pénaliser le « client-prostitueur », pour réaffirmer les droits humains En résumé si l’on analyse jusqu’au bout ce qui s’est produit au Sénat, on peut souligner en citant  l’article du Monde « Le Sénat pénalise les prostituées mais pas leurs clients », que c’est le résultat logique du lobbying des associations hostiles à la pénalisation. En effet, en affirmant des contre-vérités sur les effets de cette mesure, ils ont non seulement mis à mal la cohérence d’un projet reposant sur 4 piliers dont la responsabilisation du client, un projet de progrès pour les droits humains, mais en plus ils ont encouragé les plus rétrogrades des législateurs à maintenir une pénalisation des prostituées, puisque tout le monde est obligé de constater, qu’avec 97% de personnes soumises au trafic, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas de problèmes et ne rien faire du tout. Sauf qu’au lieu de faire avancer les choses, on fait la même chose que ce qui ne marche pas depuis dix ans. En revanche, je reste optimiste, car l’abolition est en marche, et marche ! La France a toujours aujourd’hui la possibilité de faire changer les choses, en faisant adopter à l’Assemblée nationale un texte auquel aura été rendue sa cohérence. C’est ce pour quoi nous nous mobiliserons bien évidemment, et il n’y a pas de raison de penser que cela ne se produira pas. De nombreuses députées seront en effet là comme fin 2013 pour y réussir. Dommage qu’il ait fallu perdre de précieux mois qui font perdurer une situation actuelle qui est inique et insupportable pour les personnes prostituées.

5/ Revue de presse  Une nouvelle tribune de médecins, dont le fondateur du SAMU social, Xavier Emmanuelli, en faveur de la pénalisation : Dépénaliser les prostitué(e)s, pénaliser les acheteurs de sexe!

réactions au vote L’article du Monde Article des Nouvelles News

CP du Mouvement du Nid : un vote réac, déshonorant et irresponsable ! 

CP d’Osez le féminisme : « Pour le Sénat, le client est roi » ! 

CP des Effrontées : une loi en avant, dix ans en arrière

CP du CNDF : « Ils ont osé » ! 

Marisol Touraine tient à la pénalisation du client

La décision d’un Sénat de machos

Réactions de Laurence Cohen et Brigitte Gauthier-Morin

Communiqué de Catherine Coutelle

Réaction de Zeromacho

CP d’Abolition 2012 avant le vote Haut comité à l’égalité F/H

Retours sur le modèle suédois : 

Abolir le système prostitueur pour réaffirmer les droits humains

Pourquoi la Suède est un bon modèle

L’impasse du réglementarisme

Les données montrent que mettre fin à la demande fonctionne

De nombreux autres articles ici

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Prostitution : le Sénat-UMP marche sur la tête

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Certaines personnes arguent en ce moment que droite et gauche « molle » au pouvoir, c’est pareil. Certes, la gestion des affaires « habituelles », économie, budget, déficit ne semble pas particulièrement différente. En revanche, si vous voulez voir où est la différence, c’est sur l’archaïsme de la politique en matière de droits et défense des personnes humaines. Ainsi, le Sénat de l’époque du PACS avait-il voté un PACS sans l’article sur le PACS…heureusement remis ensuite par les députés de l’Assemblée nationale.

Sur la lutte contre la prostitution, qui est la source d’un trafic mondial d’être humains et de mise en esclavage sexuel de femmes et d’enfants (en immense majorité), le Sénat repassé à droite l’an dernier a décidé de frapper fort. En effet, la Commission spéciale, nouvellement dirigée par le sénateur UMP Jean-Pierre Vial après démission de Jean-Pierre Godefroy (PS), a décidé, comme l’indique le Mouvement du Nid dans son communiqué (voir ci-dessous), de revenir 10 ans en arrière, après avoir fait traîner le texte 16 mois en commission… (depuis le vote par l’Assemblée nationale du texte de progrès en décembre 2013). Bref, un texte qui sera discuté la semaine prochaine qui ne sert à rien, puisqu’il entérine le status quo.

Oui, vous avez bien lu : non seulement la Commission spéciale se dit défavorable à l’amendement qui rétablit la responsabilisation-pénalisation des clients-prostitueurs (ceux qui sont à la source de la demande et dont la violence envers les femmes n’est plus à démontrer, cf cet article), mais en plus elle s’annonce favorable à l’amendement qui rétablit le délit de racolage, actuellement en vigueur, mais que le texte supprimait fort heureusement.

Ainsi, on en revient à la politique classique du mâle : on pénalise les personnes prostituées (qui restent ainsi les seules victimes que la loi pénalise), et on dédouane les prostitueurs de toute responsabilité dans le trafic mondial d’êtres humains et les violences faites aux femmes.

Voici donc qu’il est nécessaire de rappeler les éléments de base : aujourd’hui

-L’abolition est la seule solution

-Pourquoi il faut pénaliser le « client » prostitueur, car c’est lui qui est auteur des violences et à la source du trafic 

-Une politique abolitionniste n’a de sens que globale, avec des accompagnements à la sortie de la prostitution, avec un simple traitement normal et humain des personnes,

En  résumé, « Pour les personnes prostituées, contre le système prostitueur »

Abolir le système prostitueur c’est oeuvrer pour les personnes prostituées

Gageons qu’il faudra donc encore attendre la deuxième lecture à l’Assemblée nationale pour aller vers cet objectif…la lutte continue !

 

Communiqué de presse du Mouvement du Nid
Alerte PPL prostitution 
Répression pour les victimes et impunité pour les auteurs :
le Sénat travaille 16 mois pour revenir 10 ans en arrière !
 
Communiqué de presse du Mouvement du Nid – 26 mars 2015
 
Réunis en Commission spéciale mardi 25 mars, à quelques jours du vote en plénière sur la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, les sénateurs ont annoncé leur intention : ne surtout pas toucher à l’impunité des clients prostitueurs et rétablir au contraire la répression à l’encontre des personnes prostituées. Le Mouvement du Nid dénonce avec la plus grande vigueur cette tentation de revenir à une politique archaïque et injuste qui va à l’encontre des engagements croissants contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité femmes-hommes des Gouvernements, de droite et de gauche, en France et en Europe, depuis 15 ans.
« Nous sommes consternés de constater que ceux qui, pendant 16 mois, ont fait obstruction à la pénalisation des clients afin de soi-disant protéger les personnes prostituées, proposent aujourd’hui de s’attaquer directement à elles en maintenant le délit de racolage » a déclaré Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid.
« Il y a quelques semaines seulement, à l’occasion du procès Carlton, la France réalisait à l’écoute des personnes prostituées accompagnées par le Mouvement du Nid, à quel point la prostitution était une violence dont les clients prostitueurs sont les premiers responsables. Et voilà qu’aujourd’hui, le Sénat leur répond : « pas question de pénaliser les clients, nous maintenons la répression contre les personnes prostituées » » a renchéri Claire Quidet, porte parole du Mouvement du Nid.
La Commission spéciale, nouvellement présidée par le sénateur UMP Jean-Pierre Vial, a en effet donné un avis favorable à l’amendement UMP visant à rétablir le délit de racolage, et un avisdéfavorable à l’amendement socialiste visant à interdire l’achat d’un acte sexuel.
 
La position de la rapporteure socialiste, Michelle Meunier, soutenue depuis mardi par une position du groupe socialiste en faveur de l’inversion de la charge pénale, et par le Gouvernement représenté la semaine dernière en audition par la Secrétaire d’Etat aux droits des femmes, Pascale Boistard, n’aura donc pas résisté à un clivage partisan déshonorant, qui semble malheureusement prendre le dessus à une semaine du vote.
Alors que l’Assemblée nationale avait construit de façon transpartisane un texte global, cohérent et ambitieux autour de son président de commission spéciale, Guy Geoffroy (député UMP) et de sa rapporteure, Maud Olivier (députée PS), le Mouvement du Nid déplore les 16 mois perdus au Sénat pour aboutir au status quo, c’est-à-dire à la pénalisation des personnes prostituées et à l’impunité de ceux qui exploitent leur précarité pour leur imposer un acte sexuel par l’argent.
« Parce que les victimes du système prostitutionnel et de la traite des êtres humains, 16 mois après le large vote de l’Assemblée nationale en décembre 2013, demeurent abandonnées par les politiques publiques françaises, le Mouvement du Nid appelle solennellement le Sénat à être à la hauteur de l’enjeu représenté par cette proposition de loi pour la construction d’une société plus juste et moins violente » conclut Jacques Hamon, président du Mouvement du Nid.

Pas de plan contre la traite sans pénalisation du client

les chiffres fournis par le gouvernement
les chiffres fournis par le gouvernement

Aujourd’hui, le gouvernement présente son plan de lutte contre la traite des êtres humains.
Un plan préparé avec la Miprof, mission interministérielle pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la traite des êtres humains, qui veut s’attaquer au fait que la France est à la fois un pays de destination privilégié des trafiquants d’êtres humains et de leurs victimes, ainsi qu’un pays de transit.

22 millions de personnes sont victimes de la traite dans le monde. Exploitées à des fins d’esclavage : travail forcé, un peu, prostitution, beaucoup. Car il ne faut pas s’y tromper, et rappeler deux faits à nouveaux très signifiants :

-les « personnes » victimes de la traite, ce sont en immense majorité des femmes et des enfants (dont surtout des filles) (source gouvernement, pas de chiffres à l’ONU)

-Les victimes de la traite le sont en grande majorité à des fins de prostitution : 80% selon l’ONU pour l’Europe

Ainsi, le plan que va proposer le gouvernement n’ignore pas cette dimension et prévoit de « construire un parcours de sortie de prostitution », assurer un accompagnement spécifique des mineurs victimes de la traite et mobiliser tous les moyens d’enquête (justice, inspecteurs du travail ou Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances) contre les réseaux.

Construire un parcours de sortie de prostitution, c’est bien. Se mobiliser pour lutter contre les réseaux, c’est bien. Mais il manque ici un élément législatif essentiel pour que le dispositif soit complet : la pénalisation du client-prostitueur. Car ce qui nourrit la traite, c’est le fait qu’elle génère beaucoup d’argent pour les trafiquants, parce qu’il y a demande de la part des clients prostitueurs. Les exemples de l’Allemagne ou des Pays-Bas montrent que là où la demande est favorisée par la loi ou la libéralisation, le trafic et la traite explosent. En Suède en revanche, où le client est pénalisé, les trafiquants ne sont pas intéressés.

Donc, il ne peut y avoir de plan contre la traite des êtres humains sans loi d’abolition du système prostitueur qui interdise l’achat d’un acte sexuel.

Ce qui se passe avec le sort fait aux filles et femmes au Nigéria en est un exemple d’actualité frappant, et c’est ce que souligne notre communiqué Abolition 2012 d’hier : c’est pour les clients-prostitueurs français et européens que des femmes et des enfants sont victimes de la traite. Il y a deux jours encore, un réseau nigérian de prostitution était démantelé à Caen. 5 l’avaient déjà été l’an dernier. Tant qu’il y aura de la demande, il y aura de la traite. Et même si on ne sait pas quel sera le sort des jeunes femmes enlevées par Boko Haram (on espère surtout qu’elles seront libérées), on sait qu’il y a un risque majeur pour qu’elles soient victimes de la traite à fin de prostitution pour des clients de nos pays européens.

Il ne reste donc plus au gouvernement qu’une seule chose à faire à l’heure le Président Hollande affiche sa volonté de lutter contre la traite, pour que la politique soit cohérente :  inscrire la loi sur le renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour du Sénat avant l’été, loi déjà votée à l’Assemblée nationale en décembre et qui inclut une disposition essentielle pour un véritable changement : la pénalisation du client-prostitueur !  ABOLITION !

Pour vous convaincre du lien entre prostitution et trafic, revoici le lien vers l’intervention de Rachel Moran, survivante irlandaise de la prostitution et brillante féministe, que j’avais traduite ici : https://sandrine70.wordpress.com/2013/10/12/rachel-moran-la-prostitution-nest-pas-le-lieu-ou-opere-le-trafic-mais-la-cause-du-trafic-sexuel/

S.G

Lutte contre le système prostitueur : il faut pénaliser le client !

Place de l'AbolitionLe 13 avril, et ces derniers mois, nous l’avons répété : la politique néo-abolitionniste est une politique globale de lutte contre le système prostitueur. Son premier objectif est d’imposer une nouvelle norme sociale concernant la prostitution, qui découle de ce que le logo du collectif Abolition 2012 exprime : prostitution = violence.
Cela, si l’on veut bien regarder la réalité en face, est une évidence. Tout le monde s’y accorde. C’est une violence pendant et après la prostitution (voir à cet égard la déclaration d’abolition ci-dessous) et qui prend sa source dans les violences patriarcales. C’est une violence sans nom, dont sont victimes des millions de femmes, des enfants et quelques hommes à travers le monde. Alors, si c’est une violence, que devons-nous faire pour l’enrayer ?

Il faut instaurer une nouvelle norme sociale, qui dise ces 2 choses :

-1- Les personnes prostituées étant les victimes de cette violence, elles doivent être traitées et considérées comme telles : cela veut dire qu’il faut les aider, les accompagner vers la sortie de la prostitution, leur proposer des soins, et des alternatives, et cesser de les abandonner ! Il faut donc y mettre tous les moyens possibles.

-2-Les coupables de cette violence doivent être pénalisés, comme tous auteurs de violence. Car de qui les personnes prostituées sont-elles victimes ? Des proxénètes, de l’Etat (qui en tire des revenus fiscaux) et doit donc cesser de tirer profit de la prostitution d’autrui.

Et surtout , elles sont victimes des hommes-prostitueurs qui achètent l’impunité d’un viol.
Si des hommes ne considéraient pas des femmes comme violables et achetables, la prostitution n’existerait pas. Si les hommes n’étaient pas éduqués à considérer qu’ils ont le droit -que ce soit par la norme sociale, la force ou l’argent ou la manipulation- de prendre possession d’autres êtres humains pour leur satisfaction-jouissance personnelle, qu’ils ont le droit ou qu’il est toléré de contribuer à la destruction d’autres êtres humains en échange d’un billet, parce qu’il y aurait des êtres humains destinés à cela, il n’y aurait pas de prostitution.

Aujourd’hui, face aux résistances de la société, qui ose à peine nommer le client comme responsable de cette violence, il n’ y a donc qu’une seule solution : pénaliser le client-prostitueur.

Ce n’est pas faire preuve d’ordre moral. Ce n’est pas une atteinte à la liberté de qui que ce soit. Je le dis pour ceux qui vont hurler si l’on ose proposer une peine de prison pour ce crime : se sont-ils tant affolés quand la loi a prévu 6 mois de pénalisation pour les victimes du système lors de la loi sur le racolage, alors que celle-ci pénalisait LES VICTIMES ?

Quelle peine faut-il mettre en place ? Si la prostitution est un viol, doit on alors rendre le client passible de peines de l’ordre du crime ? Sans doute, ce serait la logique d’une justice qui veuille mettre fin à la domination et à la violence, à la tolérance envers ce plus grand scandale de l’humanité. On ne peut imaginer en effet de commencer par un simple délit qui serait moins pénalisé que le simple vol de biens, encore moins par une simple amende : on verbalise pour les infractions au stationnement de véhicules, pas pour la destruction active et volontaire d’autrui.

Puisque la prostitution est une violence, une atteinte aux droits humains il faut d’urgence établir la norme sociale de l’interdiction d’achat d’un acte sexuel, et ensuite définir le viol prostitutionnel pour ce qu’il est.

Et il faudra que la loi frappe fort : parce que quand on sait déjà qu’en matière de violences sexuelles commises par les hommes contre les femmes, les peines sont très inférieures à ce que dit la loi, les viols sont correctionnalisés une fois sur deux, que les peines prononcées pour ces crimes sont souvent très faibles ce n’est pas en instaurant une infraction qu’on transformera une société prostitueuse en société de droits humains.

Sandrine GOLDSCHMIDT

Anti-abolitionniste et abolitionniste, ce n’est pas pareil…

Manif du 25 novembre
Manif du 25 novembre

Globalement, je ne trouve pas que les anti-abolitionnistes soient très forts sur les arguments qu’ils avancent. Ceux-ci sont très bien démontés à des tas d’endroits (ici ou là) par les militantes abolitionnistes de terrain.

En revanche, en particulier depuis qu’ils ont mis à la tête de leur « syndicat » (le STRASS, qui je le rappelle, n’est qu’une petite association non représentative), Morgane Merteuil, celle-ci a obtenu une audience sans pareille. Sa parole est entendue comme si elle était seulement le témoignage d’une personne mise en prostitution. Alors qu’elle n’est que secrétaire générale d’un groupe de pression et que c’est à ce titre qu’elle est invitée, et qu’elle est là pour promouvoir le message de ce groupe.

A ce titre, qu’elle affirme que « la prostitution est un choix par défaut », n’est absolument pas une nouveauté. Cela fait belle lurette que des représentants du STRASS ne disent pas autre chose. En revanche, ils ajoutent : cela ne l’est pas plus qu’autre chose, par exemple vendre sa force de travail à l’usine en faisant des gestes répétitifs.

Ce que certains ne veulent pas comprendre, alors même qu’ils reconnaissent que l’acte commis par ledit « client prostitueur » est un viol, c’est qu’un viol, ce n’est pas la même chose qu’un acte répétitif sur une machine-outil. Ce n’est pas « la location de son corps » : c’est la chosification-mortification d’une personne humaine au service du « plaisir » (provoqué non par une sexualité désirante mais par la construction d’une petite mort, jouissance-anesthésie de la destruction de l’autre) d’hommes déshumanisés (en effet, l’humain étant normalement muni de la capacité d’empathie, il ne devrait pas pouvoir supporter d’imposer un acte sexuel ou une pénétration non désirée, et devrait s’arrêter dès lors qu’il a le moindre doute sur l’envie de la personne d’être pénétrée -doute dont le client ne s’embarrasse pas puisqu’il a payé pour ne pas s’embarrasser). En outre, lorsqu’ils affirment que le « choix par défaut » est un choix de la misère, ils écartent l’autre cause majeure et première de ce non choix : la violence du système patriarcal.

Donc, l’argument selon lequel les anti-abolitionnistes se rapprocheraient de nous en demandant surtout l’abolition du racolage passif et des mesures d’accompagnement pour l’emploi est un leurre. Et apparemment, un leurre qui obtient désormais une certaine audience, même chez les abolitionnistes. Cela part clairement d’un bon sentiment : celui de ne pas s’en prendre à une femme (mais il ne s’agit pas là  seulement de la parole d’une individue, encore une fois, mais de la représentante d’un groupe de pression). Mais c’est un leurre, parce que le STRASS sait très bien qu’il doit passer pour celui qui défend les personnes prostituées pour empêcher l’adoption d’une loi globale d’abolition du système prostitueur.

Il me semble donc nécessaire de rappeler qu’au-delà des mots dits dans une émission télé, ce que fait le STRASS, c’est poursuivre des féministes en justice ou traiter les abolitionnistes (leurs discours) de première cause de mortalité des personnes prostituées, rien que ça !). Et tout faire pour se rapprocher d’un groupe politique (EELV) -(voir conférence de presse du STRASS avec E.Benbassa en décembre) pour qu’il fasse voter une loi d’abolition sur le racolage en urgence, et ainsi faire passer aux oubliettes une loi d’abolition du système prostitueur (lire à ce sujet l’article de Christine Le Doaré : http://christineld75.wordpress.com/2013/01/21/eevl-abolition-du-delit-de-racolage-oui-mais-pas-seulement/)

Pour participer à quasiment toutes les réunions du collectif Abolition 2012, riches en informations, enseignement, pour avoir eu la chance de suivre les deux jours de formation nécessaires pour entrer au Mouvement du nid, pour avoir vu et diffusé de nombreux films qui présentent les témoignages de personnes prostituées à travers le monde (ici et ou encore ou et …oui, oui, il y en a beaucoup), je peux témoigner du fait que les associations de terrain sont en pointe du combat pour l’accompagnement des personnes prostituées. C’est ce qu’elles font au quotidien en en rencontrant plusieurs milliers par an (au Mouvement du Nid ou Amicale du Nid) ou encore en militant pour le soin aux victimes (et en le pratiquant) :  Association mémoire traumatique et victimologie.

A chaque réunion, l’une ou plusieurs d’entre elles insiste sur la nécessité que la future loi soit forte sur ce point.

On y insiste moins sur le délit de racolage, puisqu’il sera abrogé. C’est une évidence et il le sera, fort heureusement, et nous y veillerons. Mais rien ne changera alors, si ces mesures d’accompagnement ne sont pas prises. Et elles ne le seront pas si un principe fondamental de société n’est pas posé : l’interdiction d’achat d’un acte sexuel.

Car pourquoi aider les personnes prostituées à ne pas faire de « choix par défaut » si ce choix n’est pas pire qu’un autre, source de toutes les violences et les traumatismes. Pourquoi aider les personnes prostituées à ne pas faire ce choix si dans le même temps, on trouve tout à fait normal que des hommes paient pour avoir le droit de violer une femme ? Car si c’est normal, il faut bien qu’ils puissent y avoir accès…

Donc, si l’abrogation du délit de racolage est quasi acquise, si les mesures d’accompagnement, nous luttons au quotidien et travaillons d’arrache-pied pour qu’elles soient prises en compte par l’Etat, en particulier en faisant connaître les conséquences des violences et les possibilités de soin et d’accompagnement, en diffusant les témoignages très nombreux des personnes prostituées survivantes qui expliquent la réalité de la prostitution (de la torture et du viol à répétition), il nous faut l’expliquer encore et encore : rien ne changera si l’interdit d’achat d’un acte sexuel n’est pas posé*.

Et sévèrement pénalisé. Parce qu’acheter pour la déshumanisation d’une femme, c’est un crime. Et que lorsque le principe sera posé, il se passera comme en Suède (si la loi est correctement faite, dotée et appliquée, et nous nous battrons pour cela), une évolution des mentalités. Ce ne sera plus alors la personne prostituée qu’on verra comme un problème, mais le client prostitueur qui apparaîtra pour ce qu’il est : un violeur, que nul n’aura envie de soutenir.

Sandrine Goldschmidt

*à ce propos, sur le terrain, aujourd’hui les personnes prostituées nous disent que le délit de racolage n’a jamais été aussi appliqué que depuis que la gauche est au pouvoir. Cela, dépend du choix des préfets dans l’application de la loi.  Et rien n’empêche, en attendant  que la loi globale soit votée pour abolir ce délit et inverser la charge pénale, les préfets ou le ministre de très facilement donner les instructions pour ne pas traquer les personnes prostituées. Qu’ils le fassent !

 

Pour une vraie nouvelle politique contre la traite des êtres humains…

Ici et , la semaine dernière, j’ai beaucoup parlé de responsabilisation du client (des personnes prostituées). Tout ça parce que Roselyne Bachelot s’est prononcée pour, et que la mission parlementaire dirigée par Danielle Bousquet travaille sur la question. Je crois en la bonne foi de Roselyne Bachelot, qui a de vraies positions féministes. En revanche, je ne pense pas qu’une loi qui se contenterait de pénaliser le client, et qui serait mise en avant par l’actuel gouvernement de l’actuel Président de la République, pourrait être efficace.

Parce que c’est sous le ministère de l’Intérieur de ce futur Président que la loi sur le racolage passif a été votée. Elle est une catastrophe pour les personnes prostitutées, pour leur situation sanitaire et pour leur reconnaissance dans la société (je suis pour les droits sociaux, pour tous et toutes). Parce que c’est sous ce gouvernement qu’une loi absurde sur une question importante (burqa) a été votée. Parce que rien n’a été fait par ce gouvernement pour lutter contre les trafics, le proxénétisme et la traite des êtres humains. Parce que rien n’a été fait par ce gouvernement pour protéger les victimes de violences sexuelles et en particulier les enfants, dont la protection est en recul.

Parce que si la pénalisation du client était votée, même avec ce juste argument avancé par la ministre « Cette pénalisation aurait pour but avant tout de faire comprendre aux hommes qu’avoir recours à la prostitution, c’est entretenir la traite des êtres humains », :  -et c’est tout- avant 2012, on peut imaginer que ce ne serait pas une vraie loi à la suédoise qui serait mise en place.

« Le plus vieux métier du monde » (notion absurde, voir ici), dit-on pour la prostitution, n’est pas un métier, mais une pratique dissociative de survie, il faut changer la société pour éviter que des personnes (majoritairement des femmes) continuent d’y avoir recours. En réprimant fortement la traite des êtres humains en priorité, en luttant farouchement et avec des moyens (européens) contre le proxénétisme, ce qui passe par la responsabilisation du client (responsabilisation qui semble devoir passer par une amende pour être effective), ce qui passe par la prise en charge (la prosititution est une violence et il doit y avoir soins post-traumatiques dans l’immensissime majorité des cas) des presonnes prosti-tuées et le renversement de la honte, qui doit changer de camp. Je pense que ça vaut la peine d’attendre 2012, en espérant que les citoyen-nes iront massivement aux urnes pour dire non à la politique actuelle…

Et pour la route, je remets ici pour la x-ième fois le film de Marie Vermeiren, « Pas à vendre ».

et le lien vers cette mine de ressources pour les facebookien-nes

Donc,

« Payer pour un rapport sexuel, c’est l’imposer »

C’est terrible, une couverture médiatique. Une ministre, somme toute courageuse, parle de pénaliser le client…et voilà que les sites internet (le parisien, orange…) font des sondages instantanés à la con êtes-vous pour ou contre ?

Mais évidemment, ça fait râler, on crie au moralisme, à la répressivité. Parce que c’est une question débile ! Parce qu’avoir une politique de pénalisation du client, cela veut dire beaucoup PLUS qu’être pour taper sur les doigts des clients. Cela veut dire faire une politique globale dont le fond est le renversement de la honte et de la focalisation sur les personnes prostituées. C’est pour ça que j’ai écrit ce billet il y a deux jours. Il ne s’agit pas de punir, il s’agit de faire prendre conscience, enfin, à la société, que le corps des femmes n’est pas à vendre, et que quand il y a prostitution, ce n’est pas parce qu’une femme a envie de chercher son plaisir de cette façon (si si, c’est une idée qui court) et encore moins parce que c’est « la même chose que vendre son travail manuel »…que « payer pour un rapport sexuel, c’est l’imposer », comme le dit un homme dans le clip ci-dessous.

C’est de dire que seule l’existence d’une demande de sexe tarifé, c’est à dire dans le déni du désir de l’autre, explique l’existence de ce trafic. C’est juste une déclinaison de l’esclavage. Le « maître » de l’esclave a « besoin » du « travail de l’esclave », en fait du tout pouvoir sur son corps pour ne pas avoir à chercher une autre forme de relation ou à s’interroger sur sa position. Le maître et le proxénète, a « besoin » du « travail du sexe », en fait du tout pouvoir sur le corps d’une femme pour ne pas avoir à chercher une autre relation ou à s’interroger sur sa position de maître, de dominant.
Ainsi, ce qu’on demande lorsqu’on dit qu’on est pour la pénalisation du client, ce n’est pas de punir. C’est seulement de dire : ce ne sont pas les personnes prostituées qu’il faut incriminer. C’est la demande qu’il faut éliminer. Pour cela, l’amende n’est qu’un moyen, au sein d’une politique beaucoup plus globale, qui consiste d’une part à communiquer sur le fait que le corps des femmes n’est pas à vendre, d’autre part à encourager les hommes qui pensent qu’on achète pas le corps des femmes, à le dire haut et fort (tout en faisant des politiques de sortie de la prostitution pour les personnes prostituées).
C’est ce qui se passe en Suède, où cette politique globale existe, et qui est le seul pays où la prostitution diminue, contrairement à ceux où la réglementation fait des personnes prostituées les proies tout à fait légales du système.

Voici deux clips qui montrent que les choses peuvent être différentes