L’assassinat d’Amy Winehouse

Capture d’écran 2015-07-22 à 10.54.31Oui. La star internationale est morte à 27 ans d’un arrêt cardiaque, pas d’un assassinat en bonne et due forme. Mais après avoir vu le film « Amy », documentaire sorti récemment sur Amy Winehouse, chanteuse au talent et à la voix tout à fait exceptionnelles, je voudrais écrire combien sa mort est le produit du sort réservé aux femmes dans nos sociétés patriarcales, et aux femmes qui menacent l’ordre établi par leur exceptionnel talent. Ainsi, si la jeune britannique est morte aussi jeune, en n’ayant pu « sortir » que deux disques -mais deux disques exceptionnels, dont « Black to Black » (digression : je l’ai acheté par hasard le 31 décembre 2006, voulant me faire un cadeau après avoir enfin retrouvé mon passeport et effectué une dans mémorable depuis rebaptisée « danse du passeport » et j’avoue combien j’ai été scotchée…écoutant ensuite le CD en boucle pendant longtemps), c’est bien parce qu’elle a été la victime systématique de violences répétées du patriarcat, et d’un certain nombre d’hommes en particulier. Probablement, on ne retiendra du film que la duplicité d’un père, la cruauté du monde du show biz, les ravages de la drogue et le revers de la célébrité. Mais pour peu qu’on veuille bien entendre ce qui est dit, clairement, à plusieurs reprises, par différents protagonistes du film, dont les principaux intéressés (Amy, son père, son « mari », son manager, son garde du corps, ses amies), on comprend qu’il s’agit d’une sorte de « fatalité patriarcale », du sort réservé aux femmes en général et qui l’a privée d’une vie épanouie et longue, et nous a privées d’une femme exceptionnelle et d’une artiste unique.

Une vie de violences patriarcales

En effet, de sa naissance à sa mort, les hommes qui l’ont entourée et ont le plus compté pour elle se sont livrés à un pillage systématique fondé sur le chantage à l’amour. Son père, son mari, son deuxième manager. Ainsi, son père, qui l’a abandonnée lorsqu’elle avait 8 ou 9 ans, a réussi à lui mettre dans la tête que son « amour » lui était en vérité indispensable, que son « rôle séparateur » tel que la psychanalyse misogyne l’a établi lui aurait été nécessaire. Ainsi, son père s’intéresse à elle à partir du moment où elle devient une artiste reconnue. Mais surtout, il prend alors le contrôle de sa vie -non pas pour la protéger- mais dans son intérêt à lui. Lorsque son entourage l’encourage à aller en « Rehab » (désintox) alors qu’elle n’est pas encore une star internationale, et qu’elle se rend à l’avis de son père, il affirme qu’elle n’a pas besoin d’y aller (c’est d’ailleurs l’épisode qui l’a inspirée pour son plus grand succès : « they wanted me to go to rehab, I said « no, no, no ». Quand ensuite, elle veut aller finalement en désintox mais seulement avec son mari (ce que tout le monde sait dans le monde médical être un danger pour elle), son père et son manager lui trouvent une clinique où ils sont acceptés ensemble. Enfin lorsqu’elle est mise à l’abri des paparazzi suite à l’arrestation de Blake le mari, sur l’île de Santa Lucia, elle réclame la venue de son père, qui vient avec…une équipe de tournage !!!

Le père absent de son enfance, qui ne s’est pas préoccupé une seconde de sa boulimie ou de sa dépression semble-t-il, est donc omniprésent à l’âge adulte, dès lors qu’elle peut lui assurer le succès. Autre acteur clé, le mari drogué. Caricature là encore de l’homme parasite…il la quitte pour son ex jusqu’au moment où elle a un grand succès, et qu’elle écrit l’amour qu’elle a pour lui (et qui lui assure le succès international). C’est là qu’il trouve le « filon », à travers celle qui lui permettra d’avoir de la drogue à volonté, et qui n’a aucun intérêt à ce qu’elle soit « clean ». Elle est clairement sous son emprise (un soir de défonce, il se taille le bras avec un morceau de verre, elle le fait aussi « parce qu’elle veut tout faire comme lui »), et lui trouve encore le moyen de se plaindre d’elle, de façon posthume.

Male tears et absence de culpabilité

Le manager enfin, qui se justifie en disant que lui « a fait son job », et que ce n’était pas à lui de décider d’annuler les concerts alors qu’il était évident qu’elle n’était pas en état de les faire (ainsi, à Belgrade, elle refuse de chanter devant des dizaines de milliers de personnes qui la huent). Car c’était une question d’argent. L’argent, dont elle se fichait et qui ne lui a rien apporté. Les hommes autour d’elle, en revanche, avaient absolument besoin de son succès…Tous les trois sont encore là, alors qu’elle est morte, et continuent certainement à tirer profit de son talent, et le tout, avec apparemment aucun sentiment de culpabilité. On les entend dans le film, le mari avec ses « male tears », se posant en victime, le père pour dire « qu’il a fait tout ce qu’il pouvait », le manager pour dire que « ce n’était pas son affaire »…Le comble, c’est que les seulEs qu’on sent touchéEs par la culpabilité sont celles et celui (le premier manager) qui n’ont en rien encouragé sa dérive et qui ont toujours été là.

L’humour, arme de destruction massive

Enfin, violence supplémentaire, celle du jugement de la société sur la star en dérive. Les images sont d’une immense violence, celles des humoristes de télévision, tous des hommes, qui gagnent leur vie en faisant de l’humour sur sa souffrance, d’une façon ultra-violente, misogyne et sexiste…les extraits sont insupportables. En résumé et pour boucler la boucle, le film est une démonstration implacable du sort réservé en général aux femmes : les condamner à vouloir et quémander un amour de la part d’hommes dont l’objectif est en réalité de les détruire et de les utiliser à leurs fins, et du sort réservés aux femmes artistes en particulier : les punir d’égaler ou de dépasser les hommes artistes, tout en récupérant les profits que leur talent engendre.

Un moment de grâce

Et le film, comment traite-t-il de cette histoire ? C’est un travail exceptionnel de montage d’images d’archives (il y en a énormément), et d’interview de tous les témoins, qui font qu’on sait tout de chaque épisode…j’ai regretté pourtant que la caméra insiste trop à la fin sur les clichés de la déchéance, pas toujours indispensables dans la longueur à la démonstration. Pour finir sur une note positive, il y a un moment assez exceptionnel vers la fin du film : l’enregistrement du duo Amy Winehouse/Tony Bennett, grand moment d’émotion, ou pour la première fois, on voit un homme la traiter normalement, avec bienveillance. Un moment de grâce qui, en nous montrant ce qu’aurait pu être, ce qu’aurait dû être la vie d’artiste d’Amy Winehouse, une longue vie de création musicale et d’expression vocale exceptionnelle, nous donne encore plus l’impression d’un immense gâchis patriarcal. Sandrine Goldschmidt

La GPA, suite…et contre !

Je me réjouis d’apprendre que le PS maintient l’interdiction de la GPA dans son programme.

Ni poule pondeuse ni vache à lait

Et je continue, étant donné que cela a continué à discuter ferme, et aussi et surtout j’ai plein de nouveaux arguments.
Le principal, c’est celui par lequel je terminais, dont je n’imaginais pas encore à quel point il est central :

les partisans mentionnés de la GPA prétendent vouloir changer les modes de reconnaissance parentale en les affranchissant du biologique, alors que la GPA fait absolument le contraire ! La preuve, c’est la proposition de loi de l’UMP déposée en janvier 2010 au Sénat :

« 

La maternité pour autrui constitue probablement une pratique séculaire permettant de remédier à l’infertilité d’une femme.

Longtemps tolérée, parce que pratiquée de manière occulte, dans le secret des familles, elle n’en remettait pas moins en cause l’adage « Mater semper certa est » : la mère, désignée par l’accouchement, était toujours certaine, à la différence du père. Mais les progrès de la génétique permettent désormais de désigner celui-ci de manière tout aussi certaine, ce qui constitue en soi une première révolution pour le droit de la filiation, qui peut désormais s’appuyer sur la vérité biologique dans les deux lignes maternelle et paternelle. Néanmoins, dans la plupart des États occidentaux, la règle selon laquelle la maternité légale résulte de l’accouchement demeure l’un des fondements de la filiation, alors que la paternité légale repose encore essentiellement sur un acte de volonté du père, la vérité biologique n’étant pas vérifiée en l’absence de contestation.

Paradoxalement, les progrès de la génétique qui rendent possible la dissociation entre maternité génétique et maternité utérine ont ébranlé cette certitude ancestrale. Depuis une vingtaine d’années, les techniques d’insémination artificielle et de fécondation in vitro permettent en effet à une femme de porter un enfant conçu en dehors de tout rapport charnel, avec les ovocytes d’une autre femme. Ainsi, ces nouvelles connaissances, qui donnent la certitude de la filiation biologique, permettent également de contredire les règles de la nature et contraignent à raisonner autrement en matière de filiation, non plus à partir de ces règles, mais à partir de principes éthiques. »

Au-delà du fait que le texte est d’une misogynie exceptionnelle, il est d’une clarté exemplaire ! Il s’agit d’assurer au PERE sa paternité génétique à coup sûr ! Après des millénaires, ils ont enfin trouvé ! (caramba pourquoi ne sommes-nous pas des bonobos, qui eux, s’en fichent éperdument…)

Et la proposition, elle aussi, prévoit un encadrement strict de la GPA. Les protections sont les mêmes que dans le texte paru dans Le Monde, à UNE près : quand les penseur-es de gauche voudraient évidemment reconnaître la GPA pour tous et toutes, la droite ne parle que de parents de sexe différent…mais de toutes façons, en l’état actuel de la loi, ce n’est pas possible autrement.

Pour le reste, les protections sont les mêmes : pas d’argent, pas de primipares, des contrôles sur la santé de la gestatrice, pas plus de 2 GPA, …

Et pour finir, cela ne règle pas le cas qui a remis tout ça sur la place publique :

« Pour l’avenir, l’interdiction d’établir la filiation maternelle des enfants nés de maternités pour autrui pratiquées à l’étranger en v…iolation des règles d’ordre public édictées par la loi française serait maintenue, ce caractère d’ordre public étant destiné à éviter de reconnaître les effets en France de pratiques contraires au principe de dignité de la personne humaine ».

Donc, et je ne vois pas comment cela pourrait être autrement, cela n’empêchera aucun couple qui ne trouve pas de gestatrice, d’aller en acheter une à n’importe quelle condition à l’étranger…

Pendant ce temps, on demandera à des femmes françaises, de « donner 9 mois de leur temps et de leur parcours professionnel », pour autrui, sans aucune compensation…alors qu’aujourd’hui, même sans ça, obtenir l’égalité est déjà quasi mission impossible…

en attendant qu’on autorise le « don de lait maternel », pour que les pères puissent s’assurer que leur enfant est nourri avec ce merveilleux élément naturel ?

Comme ça, poules pondeuses et vaches à lait ?
S.G




« Un bon père »

« C’était un bon père, gentil, agréable calme. Il jouait souvent avec ses enfants. »

A elle seule, cette petite phrase dit tout.

On ne saurait pas le drame auquel elle fait référence, on dirait : « c’est drôle, encore aujourd’hui, pour être un bon père, il suffit de jouer avec ses enfants ».

Mais ce n’est pas tout. Dans ce cas là,

« L’enquête s’oriente vers le drame familial. Les premières autopsies ont révélé la violence des événements. La mère et les quatre enfants ont été sauvagement tués. Le père a été retrouvé pendu ».

Cette phrase est dite dans le contexte d’un fait sordide, une famille entière retrouvée décimée. Aucun signe d’intervention extérieure, précise le parquet. Bien sûr, on ne peut pas se substituer à la justice, et on ne peut pas dire à l’heure qu’il est que c’est le père qui a commis le crime. Mais c’est très clairement ce que l’article et les enquêteurs insinuent d’ores et déjà. Et c’est en tout cas ce qu’a l’air de penser le grand-père des enfants , qui a découvert les corps : « Il travaillait trop. Son métier l’a tué. Il voulait trop bien faire ».

Et donc, on s’empresse de publier pour seul témoignage : « c’était un bon père ». Comme s’il fallait bien, tout de suite, écarter l’hypothèse que cela puisse être autre chose qu’un acte temporaire de folie, et s’interroger sur cet acte de façon politique, en réfléchissant en quoi il est peut-être symptomatique des failles de la structure familiale, sociétale, traditionnelle… et parce qu’un homme violent n’est pas un bon père…

Un peu comme osent, a contrario, le dire  les affiches ci-dessous…