8 mars : « La dame du vendredi » et de tous les jours du calendrier…

Haha….j’ai failli écrire « LA » femme du vendredi, mais j’ai eu peur que tout le monde ne comprenne pas mon humour…cet article étant pour moitié sur quelques belles aberrations du 8 mars. En effet, quoi de plus simple pour neutraliser une journée de lutte que de la rendre ridicule en parlant d’une fête de la femme ? (voir ce que j’avais écrit l’an dernier). Un peu comme si le 1er décembre, journée internationale de lutte contre le SIDA, on offrait des fleurs ou des réductions aux personnes atteintes de cette maladie ?

8mars-logo-FINALAlors c’est une stratégie de propagande très efficace. Parce que du coup, il y a énormément de femmes qui pensent que le 8 mars est une infâmie…parce qu’elles ne peuvent pas savoir, propagande oblige, qu’il s’agit en fait, depuis plus de 100 ans, d’une journée de mobilisation internationale et de lutte pour les droits des femmes ! (Voir en bas de cet article la citation de Carole Roussopoulos qui s’applique si bien à ceci).

Du coup, il n’y a pas suffisamment de femmes qui viennent défiler pour leurs droits, à part les associations féministes. Il n’y a pas suffisamment de femmes pour qui c’est l’occasion d’en savoir plus sur ce qu’on fait leurs aînées, les droits qui ont été arrachés de haute lutte, et qu’il faut continuer à défendre.

Alors Libération a fait un florilège des actions mercantiles les plus sexistes et déshumanisantes de cette journée…malheureusement en se fendant d’un titre sexiste (imputant bien sûr la responsabilité de tout ça…à la femme, en rajoutant une insulte). On pourrait citer encore La Parisienne qui propose des séances de coaching aux femmes, Elle qui lance un hashtag twitter #jaimeetreunefemme parce que…ou encore

Du coup, l’initiative du ministère des droits des femmes de parler de 8mars toute l’année a le mérite de viser juste. Le ministère a décidé de publier un calendrier interactif de l’égalité, avec toutes les initiatives, partout : 8marstoutelannee.fr
Et parle de ses priorités en matière d’égalité (je rappelle qu’une loi cadre globale sur les droits des femmes est prévue au Printemps). La première est la lutte contre les violences, la seconde contre la précarité des femmes seules.

Capture d’écran 2013-03-08 à 09.05.32Un sujet fondamental qui est aussi en tête des préoccupations de ma revue hebdomadaire sur Cnikel, que je vous encourage à aller lire : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/journee-des-femmes. Outre les femmes en situation de précarité, nombreuses dans les services à la personne, on y parle grève des tâches domestiques, et Contes(de fées) à rebours…

S.G

Citation de Carole Roussopoulos, vidéaste féministe, décédée en 2009 et réalisatrice de « Debout », qui raconte les luttes des années 1970 : « Le féminisme a été tellement caricaturé que des femmes qui le sont profondément, le rejettent aujourd’hui. Mais il faut s’entendre sur ce qu’est le féminisme. Toute femme qui bouge, qui est consciente, qui veut faire un peu évoluer les choses, est féministe. Toute femme qui décide de ne plus être un paillasson, pour moi, est une féministe. Mais combien de femmes commencent leur phrase en disant …: « Je ne suis pas féministe mais » ! Ça, c’est terrible. Pourtant, si on aborde les problèmes calmement, en général elles reconnaissent que si les choses vont mieux, c’est grâce à nous, et que ce terme ayant été tellement déprécié, caricaturé, elles ont peur de l’employer pour elles-mêmes. Elles ne sont pas toutes dans la séduction des hommes, mais elles ne veulent pas être identifiées à des femmes caricaturées qu’elles ne connaissent pas, qu’elles n’ont pas connues personnellement, dont elles n’ont pas connu l’humour et la gaieté. C’est très flagrant dans les débats qui suivent les projections de « Debout ! » C’est la première chose que disent les gens : « Je ne savais pas que les féministes étaient comme ça ! ». Je leur demande toujours : « Comment croyiez-vous que nous étions ? » Je sais ce que les gens disaient de nous, parce que j’ai lu la presse, je connais les clichés, et c’est terrible ! L’image, dans ces cas-là, est intéressante. Les vidéos montrent les yeux qui brillent encore aujourd’hui, trente ans après… L’image révèle que les féministes des années 70 étaient pleines de ce plaisir qu’elles ont connu et qui a changé leur vie. Si les jeunes femmes étaient un peu plus informées, elles ne pourraient que suivre notre exemple. Nous avons toutes à gagner de lever la tête, tout le monde, tous les opprimés de la terre. »

« La dame du vendredi » est une référence à un classique du cinéma hollywoodien de Howard Hawks avec C.Grant et Rosalind Russell où elle joue une journaliste-reporter…

Cineffable, 24e édition : « s’emparer de notre réalité et repenser notre fiction »

Pour sa 24e édition qui se déroulera de mercredi soir à dimanche, Cineffable, le festival lesbien et féministe de Paris a l’ambition de transmettre la culture lesbienne et politique, définie comme « la lutte contre les oppressions de l’hétéropatriarcat ; c’est aussi un lien unissant les écarts et désaccords, à tartiner à l’envi dans l’écoute et le respect de l’autre, plus que jamais indispensables. Notre culture c’est, sur les pas de nos artistes, se réapproprier notre part d’utopie, s’emparer de notre réalité et repenser notre fiction. C’est vous inviter toutes, pendant et au-delà de ces 5 jours, à décoloniser l’imaginaire. »

Un vaste programme dans un festival qui se déroule cette année au théatre de Ménilmontant (15, rue du Retrait métro Gambetta), que s’emparer de la réalité et repenser notre fiction. Reste à savoir si cette année, le festival parviendra, au travers des fictions présentées, à réellement à incarner cette décolonisation, ce qui semblait si difficile l’an dernier,
quand de nombreux films reprenaient à ce point les codes pornographiques, voire l’esthétisation de la torture : https://sandrine70.wordpress.com/2011/11/02/la-torture-ca-nest-pas-esthetique-ni-artistique-encore-moins-subversif/

Cette année, le programme documentaire semble très riche. Avec trois axes principaux :

-les grandes figures féministes et lesbiennes françaises avec les documentaires « Carole Roussopoulos, une femme à la caméra », « Un écrivain en terres mâliques » (entretien avec Michèle Causse) et « Marie-Josèphe Bonnet, histoires d’amours féminines ».

-Les documentaires sur la situation des femmes dans le monde : « Ladies’ Turn , « Cartografia de la soledad » sur la situation des veuves en Inde, Népal et Afghanistan mais aussi « Voices Unveiled: Turkish Women Who Dare », « Voces desde Mozambique », « Sex Crimes Unit »…

Et « un état des lieux parfois dur mais indispensable sur la difficulté de vivre son homosexualité dans le monde : « Call Me Kuchu » en Ouganda, le percutant « Taboo… Yardies » en Jamaïque, « 365 without 377 » en Inde, « Our Story – 10 Years Guerrilla Warfare of Beijing Queer Film Festival » ainsi que le Sud-africain « Waited For ». »

Plus d’infos sur le site du festival : http://www.cineffable.fr/fr/edito.htm et la grille horaires à télécharger ici : ProgrammeCineffable2012

Femmes en résistance se prolonge à La Parole errante !

Le festival féministe de documentaires Femmes en résistance, qui fêtait son 10e anniversaire ce week-end, c’est terminé…mais pas tout à fait.
Les 10 ans vont se prolonger lors du festival « Elles résistent » aux violences masculines faites aux femmes qui vont se dérouler du 8 au 15 octobre à La Parole errante à Montreuil : http://ellesresistent.tk/

Avec en premier lieu une projection le mardi 9 à partir de 21 heures organisée par Femmes en résistance, de 3 films fondamentaux de la lutte contre les violences faites aux femmes : la leçon de cinéma de Carole Roussopoulos lors du festival de Créteil, qui sera l’occasion de saluer l’immense apport de la vidéaste à cette lutte : sa façon de filmer, de donner la parole aux sans voix, d’être souvent la seule à aborder certains sujets, sont essentielles.

Nous projetterons ensuite son court métrage « La conspiration des oreilles bouchées », réalisé pour le Collectif féministe contre le viol et qui traite du viol par inceste et de la nécessité de briser le silence autour de ce crime contre l’humanité. A relire à ce propos la préface de Sandrine Apers au livre de Melody Moore « la force d’avancer » ici : https://sandrine70.wordpress.com/2011/10/10/le-silence-detruit-il-est-politique/

Enfin, nous rediffuserons « Pas à vendre », de Marie Vermerein, qui était passé au festival en 2010, film essentiel pour comprendre la nécessité de faire voter l’an prochain une loi en faveur de l’abolition de la prostitution, pour les personnes prostituées, contre les prostitueurs.

La séance sera présentée par Hélène Fleckinger, Nadja Ringart et moi-même. Muriel Salmona, Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, sera notre invitée.

La soirée sera également l’occasion du lancement d’un projet participatif qui s’annonce passionnant, intitulé « Histoire, mémoire et bobines féministes », initié par l’Association Carole Roussopoulos, Cinecast et la Bibliothèque nationale de France. Grâce à un outil informatique novateur, vous serez invité-e-s à venir annoter, commenter des films des manifestations des années 1970. Vous pourrez l’expérimenter à Montreuil à partir du 9 octobre. Un projet destiné à conserver la mémoire et à écrire l’histoire de nos luttes, en faisant participer toutes les femmes qui se reconnaîtront ou en reconnaîtront d’autres, et permettront de recuillir des témoignages.

Enfin, l’association Carole Roussopoulos et Femmes en résistance proposeront toute la semaine des films videos à la demande.

Le festival s’annonce par ailleurs extraordinairement riche en créations, des plasticiennes aux comédiennes et créations théatrals, en passant par les videos et la musique, je vous invite à consulter le programme complet !

Carole Roussopoulos, une femme à la caméra

Mercredi à 20h au Nouveau Latina, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir rend hommage à une de ses fondactrices, Carole Roussopoulos, en projetant le documentaire hommage que lui a consacré Emmanuelle de Riedmatten.

Pour l’occasion, je republie l’article : « la parole aux sans voix », que j’avais écrit suite au visionnage du coffret Roussopoulos édité par l’association Carole Roussopoulos ainsi que la video de la salle chantant « Debout » lors de l’hommage à Carole au théatre Sylvia Monfort

Ces temps-ci, « les sans-voix » ont de moins en moins la parole. Avec ce coffret qui retrace l’oeuvre de Carole Roussopoulos, c’est l’occasion de mettre en avant la nécessité de la lutte, et de la raconter, en donnant la parole à celles et ceux qui ne l’ont jamais.

Donner la parole aux sans voix. Quand Carole Roussopoulos s’est emparée de la caméra video, en pionnière, elle a tout de suite choisi d’en faire l’outil d’expression des sans voix. Les ouvriers et surtout ouvrières de LIP, l’usine de Besançon en grève pendant un an, les homosexuel-les, les immigré-es, et, beaucoup, les femmes.

La video, pour les femmes, c’est le meilleur moyen de s’emparer de la caméra…non pas parce qu’elle est plus légère, mais parce qu’elle n’a pas d’histoire, donc qu’elle n’a pas eu le temps d’être confisquée par les hommes. Et parce que c’est elle et elle seule qui va documenter les luttes des femmes.

Aujourd’hui, un peu moins d’un an après sa mort, un DVD est sorti, coordonné par la légataire de son oeuvre, Hélène Fleckinger, qui rend hommage à ce travail exceptionnel et trop peu connu. Outre les films, le coffret comporte un recueil de textes sur Carole Roussopoulos et ce qu’elle a apporté à l’expression humaine par la video.

Un recueil passionnant qui pourrait être résumé par cette phrase citée par Nicole Brenez, de la cinémathèque française « Privilégier l’approche des « sans voix », c’est « se trouver exactement là où souffle l’histoire, là où naissent les étincelles qui vont embraser la prairie, savoir regarder les flammes de telle sorte qu’elles entrent dans le cadre au bon moment, requiert une capacité d’analyse hors pair dont Carole et Paul Roussopoulos se sont montrés capables pendant des décennies d’activisme en image ».

Chacun des films présentés dans le DVD se révèle d’une puissance qu’on n’imaginerait même pas voir à la télé… à tel point que « Genet parle d’Angela Davis » est la seule trace d’un cri anti-raciste de l’écrivain, qui devait passer sur Antenne 2 et a fini par être censuré. Heureusement, l’ami de Carole lui avait demandé d’être présente pour « doubler » la prise de vue.

Dans les videos Lip, la violence de la répression du mouvement ouvrier et du silence imposé par la télévision est magnifiquement rendue. Dans Christiane et Monique, c’est la place des femmes dans le mouvement ouvrier qui est mise en évidence…Monique remplace le mot homme par « grand chef blanc », le mot femme par « arabe »; c’est sidérant.

Dans le F.H.A.R (front homosexuel d’action révolutionnaire), elle nous montre la force politique de la naissance du mouvement homosexuel…avec un langage subversif (« hétérolflics »), un discours extrêmement construit et argumenté de critique de la société hétérosexiste qu’on n’a que rarement entendu ailleurs…

Et dans toutes ces luttes filmées, ce qui saute aux yeux, c’est comment la posture de la réalisatrice -elle est au coeur de l’action, elle établit un lien avec les personnes qu’elle filme, elle acquiert leur confiance pour qu’elles s’expriment de façon authentique- permet de voir ce qu’on ne voit jamais ailleurs. La caméra bouge, le montage est minimaliste, mais de l’authenticité et de la sincérité du positionnement de la réalisatrice, naît l’inimaginable dans le cadre des carcans télévisuels : des moments de pure vérité, d’émotion, d’échange.

Et puis il y a deux chefs d’oeuvre du mouvement féministe. S.C.U.M manifesto et Maso et Miso.

Maso et Miso, c’est le démontage d’une émission de Pivot « encore un jour et ouf, l’année de la femme, c’est fini », animée par Bernard Pivot. L’attitude de Françoise Giroud, incapable de contrer un discours misogyne autrement qu’en devenant masochiste, c’est à dire en tendant le fouet pour se faire battre…est superbement démontée par les quatre amies réalisatrices, Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart.

Ainsi le film montre bien comment « aucune image de la télévision ne veut, ni ne peut nous représenter. C’est avec la vidéo que nous nous raconterons« , concluent les « insoumuses ».

Enfin, S.C.U.M, qui est un « miracle de mise en scène », montre toute la puissance politique d’un pamphlet, celui de Valerie Solanas, qu’on qualifie bien trop facilement aujourd’hui d’oeuvre outrancière et sexiste sans y voir un magnifique objet de réflexion sur le fonctionnement du monde. Les images télévisées, mises en exergue, et qui sont un lent défilé de tous les méfaits de guerres et de violences orchestrées dans un monde masculin, viennent renforcer la lecture…et le miracle se produit : c’est le hasard pur qui fait coller ces moments de journal télévisé avec les mots de Valerie Solanas, comme s’ils avaient été montés exprès pour être là.

Pour conclure, je dirais qu’en ces moments tourmentés, où on a froid dans le dos face à la répression nauséabonde des sans-voix, ceux qu’il est facile de stigmatiser, il est salvateur de s’inspirer de l’oeuvre de cette grande dame de la video, et d’essayer de poursuivre dans sa voie, en revenant à l’esprit du cinéma militant tel que le définit Dominique Dubosc, cité par François Bovier : « on peut sans doute dire qu’il y a une dimension politique dans l’art, ou dans certaines oeuvres d’art, mais pas l’inverse ; les films militants (…)n’ont pas grand chose à voir avec le cinéma en tant qu’art. En revanche, je crois qu’ils ont tout à voir avec la politique, c’est-à-dire qu’ils doivent être rigoureusement insérés dans une action politique ».

Sandrine Goldschmidt

Le coffret s’appelle « Caméra militante, luttes de libération des années 1970 », édité par MétisPresss. Les films qu’on peut y voir : « Genet parle d’Angela Davis », « Le F.H.A.R », « Monique (Lip1) », Christiane et Monique (Lip 5), « S.C.U.M Manifesto », « Maso et miso vont en bateau ». Textes de Nicole Brenez, Jean-Paul Fargier, Hélène Fleckinger, François Bovier, entretien Carole Roussopoulos avec Hélène Fleckinger.

De mon envoyée spéciale à Créteil ;-))

Je n’y étais pas, mais voici quand même les photos de l’hommage à Carole Roussopoulos qui s’est tenu hier à 17h à la maison des Arts de Créteil, pour le 34ème festival international de films de femmes, avec la projection du documentaire d’Emmanuelle de Riedmatten, « Carole Roussopoulos, une femme à la caméra ».

Une séance très émouvante selon ‘mon’ envoyée spéciale Pascale. Monique, ex-ouvrière de Lip ayant marqué plusieurs films de Carole, était présente à la Maison des Arts. Voici ses photos, et dessous, les liens vers les articles d’A dire d’elles parlant de Carole, ainsi que « Debout », changé au théatre Sylvia Monfort par plus de 500 féministes le 22 janvier 2010. Ne doutons pas que nous reparlerons  bientôt de Carole et de ce film hommage.

Photos : Pascale Carayon

Tous les articles taggés Carole Roussopoulos https://sandrine70.wordpress.com/tag/roussopoulos/

 

La conspiration des oreilles bouchées

Hélène Fleckinger lors de l'hommage à Carole Roussopoulos au théatre Sylvia Monfort, le 22 janvier 2010

Bouchées, en effet, les oreilles. Carole Roussopoulos avait oh! combien raison. Les oreilles de la société qui refuse de mettre les mots justes sur les « faits divers » qu’elle s’empresse de raconter partout. Comme l’accouchement de cette fille de 10 ans en Colombie. Elle a failli mourir, et on lit : « on ne connaît pas l’identité du père ». Du père ? Est-ce vraiment le mot par lequel il mérite d’être désigné ? Non, c’est plutôt par le terme de « violeur ». Parce qu’un homme qui « met enceinte » une fille de 10 ans, c’est un violeur. Et la société, qui ne s’en soucie que parce que ce qui indigne la Colombie, c’est qu' »à une époque où les filles devraient jouer à la poupée, elle doivent prendre soin d’un bébé. C’est choquant », s’indigne un médecin de l’hôpital ».

Oui c’est choquant, mais ce qui est d’abord choquant, c’est qu’elle soit condamnée par la société dans laquelle elle vit, à être violée, à répétition.

Bon, ce coup de gueule fait, je vous parle donc de notre videaste préférée, Carole Roussopoulos, dont vous pourrez voir le portrait en documentaire cet après-midi au festival de films de femmes de Créteil aujourd’hui à 17h. Sera en effet diffusé le documentaire Carole Roussopoulos, une femme à la caméra de Emmanuelle De Riedmatten, en partenariat avec le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir (et Nicole Fernandez Ferrer) et en présence de notre docteure en cinéma féministe préférée, Hélène Fleckinger.

Pour celles qui comme moi ne pourront le voir, il repassera au Nouveau Latina dans quelques semaines.

Enfin pour finir ce billet de week-end prolongé par une méditation sur les femmes en résistance, si nombreuses et oubliées à la fois, un salut particulier à Fanny RAOUL, qui en 1801, s’adressait aux femmes de cette façon :

« L’homme, cet être égoïste et vaniteux  qui rapporte tout à lui seul, au lieu de voir dans la femme sa compagne, son égale, s’obstine à n’y trouver qu’un être uniquement créé pour lui, qu’un hochet agréable qu’il brise, comme un enfant capricieux et mutin, lorsqu’il en est las, ou qu’il rejette, quand il y trouve une résistance qu’il n’attendait pas; et cette résistance, qu’on appelle caractère dans les hommes, est traitée d’opiniâtreté, de désobéissance, dans les femmes« .

La pertinence et l’actualité de cet texte, que Geneviève Fraisse (1)nous permet aujourd’hui de découvrir, fait peur, quand on se dit qu’on est 210 ans après, que pas tant que ça a changé, et qu’il a fallu deux siècles pour qu’on se souvienne d’elle, je gage qu’on va tout faire pour reparler d’elle, et en particulier au prochain festival Femmes en résistance, les 29 et 30 septembre prochains !

S.G

(1) « Geneviève Fraisse présente : « Opinion d’une femme sur les femmes », Fanny RAOUL, éditions le passager clandestin.

« Carole filme des hommes », séance consacrée à Carole Roussopoulos au Nouveau Latina

Le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir et l’Association Carole Roussopoulos organisent jeudi 27 octobre à 20h au Nouveau Latina une soirée consacrée à deux films peu connus de l’oeuvre
de Carole Roussopoulos. Hélène Fleckinger, historienne du cinéma et co-fondatrice de l’Association Carole Roussopoulos présentera la séance.

* Les Clés de Mauzac
France, 1987, vidéo, coul., 25 min
* Les Hommes invisibles
France, 1993, vidéo, coul., 34 min
Les deux films, l’un parlant d’un centre de détention « différent », l’autre filmant ceux qu’on n’appelait pas encore les SDF dans une structure d’accueil en milieu hospitalier, illustrent comme la plupart de ceux de Carole Roussopoulos, qui donnait la parole aux sans-voix ce qu’elle en dit ci-dessous :

« Le moteur de ma révolte, et donc le moteur de cette énergie que je déploie encore aujourd’hui pour dénoncer les injustices, c’est tout simplement le manque de respect à l’égard des autres.
Un matin je me réveille et j’ai envie de traiter d’un sujet, en apprenant une situation inédite ou en rencontrant des personnes, hommes ou femmes . » Carole Roussopoulos
Elle nous manque.
S.G

Agenda

N’ayant plus le temps de faire un agenda en ce moment, je continue avec quelques nouvelles brèves ET intéressantes.
Deux projections, l’une ce soir au cinéma Jean Vilar d’Arcueil, suivie d’un débat sur les violences conjugales et les dispositifs val-de-marnais pour venir en aide aux victimes :

NE DIS RIEN d’Iciar Bollain, film espagnol,

une projection organisée par le Réseau local de lutte contre les violences conjugales et intrafamiliales – coordonné par le service Prévention –

C’est à partir de 19h à l’espace Jean Vilar, 1, rue Paul Signac à Arcueil

« Ce film s’adresse à un public large et permet de susciter une certaine réflexion sur la construction de notre société et sur la problématique des violences conjugales : pourquoi Pilar supporte-t-elle depuis près de dix ans les violences de son mari Antonio ? Pourquoi ce dernier, malgré sa tentative de soins thérapeutiques, ne parvient-il pas à se contrôler ? »

Un débat aura lieu après la projection afin de sensibiliser les spectateurs sur la problématique des violences conjugales et de les informer sur les différentes procédures existantes dans le département, sur les dispositifs d’accueil et les actions de prévention. »

———————————————————————————

Autre projection, cette fois-ci à la mairie du 4ème arrondissement de Paris, du toujours savoureux film OVNI « Maso et Miso vont en bateau », un film de Carole Rossopoulos, Nadja Ringart, Delphine Seyrig et Ioana Wieder. En présence de Nadja Ringart. Si vous ne l’avez pas vu, c’est un exercice de surlignage video du sexisme ordinaire télévisuel, avec un humour très corrosif. C’est également à partir de 19h. A ne pas manquer si vou ne le connaissez pas, les projections n’ont pas lieu tous les jours !

La parole aux sans voix

Lors de l'hommage à Carole Roussopoulos, le 22 janvier dernier

Ces temps-ci, « les sans-voix » ont de moins en moins la parole. Avec ce coffret qui retrace l’oeuvre de Carole Roussopoulos, c’est l’occasion de mettre en avant la nécessité de la lutte, et de la raconter, en donnant la parole à celles et ceux qui ne l’ont jamais.

Donner la parole aux sans voix. Quand Carole Roussopoulos s’est emparée de la caméra video, en pionnière, elle a tout de suite choisi d’en faire l’outil d’expression des sans voix. Les ouvriers et surtout ouvrières de LIP, l’usine de Besançon en grève pendant un an, les homosexuel-les, les immigré-es, et, beaucoup, les femmes.

La video, pour les femmes, c’est le meilleur moyen de s’emparer de la caméra…non pas parce qu’elle est plus légère, mais parce qu’elle n’a pas d’histoire, donc qu’elle n’a pas eu le temps d’être confisquée par les hommes. Et parce que c’est elle et elle seule qui va documenter les luttes des femmes.

Aujourd’hui, un peu moins d’un an après sa mort, un DVD est sorti, coordonné par la légataire de son oeuvre, Hélène Fleckinger, qui rend hommage à ce travail exceptionnel et trop peu connu. Outre les films, le coffret comporte un recueil de textes sur Carole Roussopoulos et ce qu’elle a apporté à l’expression humaine par la video.

Un recueil passionnant qui pourrait être résumé par cette phrase citée par Nicole Brenez, de la cinémathèque française « Privilégier l’approche des « sans voix », c’est « se trouver exactement là où souffle l’histoire, là où naissent les étincelles qui vont embraser la prairie, savoir regarder les flammes de telle sorte qu’elles entrent dans le cadre au bon moment, requiert une capacité d’analyse hors pair dont Carole et Paul Roussopoulos se sont montrés capables pendant des décennies d’activisme en image ».

Chacun des films présentés dans le DVD se révèle d’une puissance qu’on n’imaginerait même pas voir à la télé… à tel point que « Genet parle d’Angela Davis » est la seule trace d’un cri anti-raciste de l’écrivain, qui devait passer sur Antenne 2 et a fini par être censuré. Heureusement, l’ami de Carole lui avait demandé d’être présente pour « doubler » la prise de vue.

Dans les videos Lip, la violence de la répression du mouvement ouvrier et du silence imposé par la télévision est magnifiquement rendue. Dans Christiane et Monique, c’est la place des femmes dans le mouvement ouvrier qui est mise en évidence…Monique remplace le mot homme par « grand chef blanc », le mot femme par « arabe »; c’est sidérant.

Dans le F.H.A.R (front homosexuel d’action révolutionnaire), elle nous montre la force politique de la naissance du mouvement homosexuel…avec un langage subversif (« hétérolflics »), un discours extrêmement construit et argumenté de critique de la société hétérosexiste qu’on n’a que rarement entendu ailleurs…

Et dans toutes ces luttes filmées, ce qui saute aux yeux, c’est comment la posture de la réalisatrice -elle est au coeur de l’action, elle établit un lien avec les personnes qu’elle filme, elle acquiert leur confiance pour qu’elles s’expriment de façon authentique- permet de voir ce qu’on ne voit jamais ailleurs. La caméra bouge, le montage est minimaliste, mais de l’authenticité et de la sincérité du positionnement de la réalisatrice, naît l’inimaginable dans le cadre des carcans télévisuels : des moments de pure vérité, d’émotion, d’échange.

Et puis il y a deux chefs d’oeuvres du mouvement féministe. S.C.U.M manifesto et Maso et Miso.

Maso et Miso, c’est le démontage d’une émission de Pivot « encore un jour et ouf, l’année de la femme, c’est fini », animée par Bernard Pivot. L’attitude de Françoise Giroud, incapable de contrer un discours misogyne autrement qu’en devenant masochiste, c’est à dire en tendant le fouet pour se faire battre…est superbement démontée par les quatre amies réalisatrices, Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart.

Ainsi le film montre bien comment « aucune image de la télévision ne veut, ni ne peut nous représenter. C’est avec la vidéo que nous nous raconterons« , concluent les « insoumuses ».

Enfin, S.C.U.M, qui est un « miracle de mise en scène », montre toute la puissance politique d’un pamphlet, celui de Valerie Solanas, qu’on qualifie bien trop facilement aujourd’hui d’oeuvre outrancière et sexiste sans y voir un magnifique objet de réflexion sur le fonctionnement du monde. Les images télévisées, mises en exergue, et qui sont un lent défilé de tous les méfaits de guerres et de violences orchestrées dans un monde masculin, viennent renforcer la lecture…et le miracle se produit : c’est le hasard pur qui fait coller ces moments de journal télévisé avec les mots de Valerie Solanas, comme s’ils avaient été montés exprès pour être là.

Pour conclure, je dirais qu’en ces moments tourmentés, où on a froid dans le dos face à la répression nauséabonde des sans-voix, ceux qu’il est facile de stigmatiser, il est salvateur de s’inspirer de l’oeuvre de cette grande dame de la video, et d’essayer de poursuivre dans sa voie, en revenant à l’esprit du cinéma militant tel que le définit Dominique Dubosc, cité par François Bovier : « on peut sans doute dire qu’il y a une dimension politique dans l’art, ou dans certaines oeuvres d’art, mais pas l’inverse ; les films militants (…)n’ont pas grand chose à voir avec le cinéma en tant qu’art. En revanche, je crois qu’ils ont tout à voir avec la politique, c’est-à-dire qu’ils doivent être rigoureusement insérés dans une action politique ».

Sandrine Goldschmidt

Le coffret s’appelle « Caméra militante, luttes de libération des années 1970 », édité par MétisPresss. Les films qu’on peut y voir : « Genet parle d’Angela Davis », « Le F.H.A.R », « Monique (Lip1) », Christiane et Monique (Lip 5), « S.C.U.M Manifesto », « Maso et miso vont en bateau ». Textes de Nicole Brenez, Jean-Paul Fargier, Hélène Fleckinger, François Bovier, entretien Carole Roussopoulos avec Hélène Fleckinger.

Hommage à Carole Roussopoulos : nouvelles images

Quelques courts extraits filmés des moments-clés de la soirée d’hommage à Carole Roussopoulos, pour compléter le compte-rendu.

A noter dans ce montage, ce qui ressort de l’oeuvre et de la vie de la vidéaste, comme du mouvement des années 1970 : énergie, rire, solidarité, lutte pour donner une voix aux opprimé-es, et lutte contre l’oubli, pour la transmission.

Vous pouvez retrouver dans l’article précédent les interviews avec Jackie Buet, du Festival International de films de femmes de Créteil, et Nicole Fernandez Ferrer, du centre audiovisuel Simone de Beauvoir.