Violette and co : 10 ans, ça se fête !

vandcoLa librairie Violette and Co a 10 ans ! Un vrai événement pour cette librairie féministe unique en son genre, qui dispose en plus d’ouvrages qu’on ne trouve souvent pas ailleurs, d’un espace d’exposition et de rencontres dont je vous ai souvent parlé ici, qui organise des ateliers d’écriture et se déplace sur les festivals.

C’est là que je les ai rencontrées, sur un festival, Femmes en résistance, la première année que j’y ai participé. C’était en 2005, donc il y a presque 10 ans !

J’étais moi même une débutante en militantisme féministe -même si la fibre était ancrée en moi depuis longtemps- et la table de livres à Femmes en résistance, c’était un peu la caverne d’Ali Baba…

Depuis, j’ai assisté à de multiples rencontres passionnantes, depuis la présentation des Textes premiers pour les 40 ans du mouvement en passant par Tristane Banon ou la présentation par Christine Delphy des Femmes de droite d’Andrea Dworkin, sans oublier la rencontre organisée par les amiEs du festival avec Muriel Salmona pour le « Livre noir des violences sexuelles ».

Les libraires fêtent donc leurs 10 ans avec un agenda de rencontres, et dès le 8 février un vernissage d’une expo « récapitulative » « 10 ans, 40 artistes », le 28 mars une rencontre « lire Violette Leduc aujourd’hui » et bien d’autres que vous retrouverez sur le nouveau blog.
A lire également, une interview des deux libraires ici.

On souhaite donc un excellent anniversaire et longue vie à la libraire !

S.G

Iacub, Auschwitz et le viol

« Il y a des gens qui ont été à Auschwitz et qui ont été traumatisés et d’autres non ».

Oui, je sais, c’est choquant. Surtout quand c’est utilisé, tel le point Godwin, pour décridibiliser une femme qui lutte pour aider les victimes de viol.

Vous vous en doutez, ce n’est pas moi qui le dit. Vous savez qui l’a dit ?

C’est Marcela Iacub, la juriste.

Vous savez dans quel cadre cela a été dit ? Dans une émission d’une radio privée pour jeunes, en catimini ?

Non, dans l’émission de Finkielkraut sur France Culture.

Vous imaginez que ces propos ont fait réagir l’animateur, a priori très sensibilisé à la question ?

Non, il n’a même pas relevé.
Il faut dire que cela a été dit le plus vite possible. au détour d’une phrase, à un moment de tension dans une émission.

Ah, et aussi. Vous savez dans quelles circonstances cela a été dit ? C’était lors de l’émission, Répliques, intitulée « la domination masculine », où, pour parler du livre de Iacub « Une société de violeurs ? », Finkielkraut avait invité  en face de la juriste, Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue et présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, avec qui je milite étroitement.

Cette phrase, a donc été dite, vers la fin de l’émission, pour essayer de discréditer le propos de Muriel Salmona, qui expliquait que la vie des victimes de viol est un terrain miné en raison des  troubles posttraumatiques. Marcela Iacub essayant de nous faire croire que Muriel Salmona « condamne les victimes » au malheur en poussant à faire reconnaître l’existence desdits troubles psychotraumatiques, à les identifier pour pouvoir les traiter.. Alors que bien sûr, c’est le crime de viol subi qui mine la vie des victimes, à moins qu’il soit pris en charge de façon appropriée. Ce qui est très exactement le combat que mène Muriel Salmona, forte de 20 ans d’expérience professionnelle et de son expertise scientifique.

Il faut dire que face aux arguments factuels et précis de Muriel, vers la fin de l’émission, Marcela Iacub n’avait plus qu’une solution : l’empêcher de finir ses phrases et, avec une méthode à l’efficacité éprouvée, faire dire systématiquement à la personne en face le contraire exact de ce qu’elle dit.

Plus c’est gros, plus ça passe ? La réalité, c’est que je crois que cela ne passe plus. Quand essayer de faire sortir de ses gonds son adversaire est le dernier argument qu’on est capable de produire, c’est qu’on est proche d’un aveu d’échec à débattre.

Ce que finalement je trouve très éclairant dans cette émission, c’est la posture de l’animateur, Alain Finkielkraut, qui cache à peine qu’il est à charge contre Muriel Salmona, reprenant une fois qu’elle a parlé à plusieurs reprises par « c’est vrai MAIS ». Dans la posture de l’homme terrorisé à l’idée de l’innocent accusé à tort, il a du mal à entendre que les victimes ne s’amusent pas à porter plainte à tout va, et essaie de ramener toujours la question aux mensonges de Nafissatou Diallo dans l’affaire DSK. Comme si ceux-ci avaient prouvé quoi que ce soit quant à la culpablité ou non de DSK.

Le viol conjugal, une violence non sexuelle ?

Enfin, il se livre, sur la question du viol conjugal, à une intervention surprenante. Je m’explique. Dans le cours du débat, Marcela Iacub affirme qu’elle ne comprend pas que le viol conjugal soit considéré comme un viol, pire, un viol aggravé (ce qui est le cas depuis une dizaine d’années, passible de 20 ans contre 15) : « je trouve absurde qu’on pénalise le viol entre époux », dit-elle. Parce qu’il faudrait certes, le pénaliser, mais pas comme de la violence sexuelle. C’est un viol, mais pas de la violence sexuelle….Sur ce, Muriel Salmona tente de lui faire expliquer comment peut ne pas être qualifiée de viol une pénétration obtenue par surprise, menace ou contrainte (définition légale du viol) sous prétexte que c’est dans le cadre du couple légal. Ce à quoi Iacub ne trouve rien à répondre.

C’est alors que l’animateur intervient :

« il peut y avoir une certaine difficulté. Les couples traversent des hauts et des bas. Des rapports consentis du bout des lèvres ou par fatigue ». Plus loin « la vie conjugale n’est pas un long fleuve tranquille ». Ce qu’il semble craindre ici, c’est que des femmes qui ont fini, par fatigue, par dire oui alors qu’elles pensaient non, qu’elles cèdent donc, et ne consentent pas, portent plainte ? Ne devrait-il pas s’interroger sur les raisons pour lesquelles un homme, fut-il un mari, s’autorise à se contenter d’un « consentement » par fatigue ? Je mets entre guillemets consentement, bien sûr, parce que même Iacub, qui place le consentement entre adultes au pinnacle, le reconnaîtrait j’espère : « céder n’est pas consentir ». Encore moins désirer.

La psychiatre qui reçoit depuis 20 ans des victimes a beau l’expliquer : les plaintes pour viol conjugal sont rarissimes, justement parce que les victimes ne réalisent pas elles-mêmes qu’il s’agit de viol, alors qu’elles ont parfois subi des sévices très importants. Il n’y a donc que très peu de risque d’abus de plainte pour un changement d’avis intempestif. En revanche, il y a tous les risques qu’une femme soit dès lors encouragée à céder, si le viol conjugal n’était plus reconnu…

Si Iacub milite comme elle le dit pour la liberté sexuelle ( selon elle « c’est la sexualité qui est dévalorisée et non pas les femmes » ), pourquoi alors ne veut-elle pas reconnaître que le viol conjugal est un viol ? Ce qui permettrait d’encourager une sexualité libre dans le désir et la valorisation réciproque, plutôt que d’encourager les femmes à céder sans désir, et les hommes à se contenter de cet abusif « consentement du bout des lèvres » dont parle Finkielkraut*.

Sandrine GOLDSCHMIDT

*on peut raisonnablement imaginer que les femmes, ayant déjà du mal à porter plainte et à dire non alors même que le viol conjugal est reconnu, le pourraient encore moins si l’on revenait en arrière de 20 ans. Et que cela  les découragerait un peu plus de faire respecter leur désir…tout en encourageant encore moins  les hommes à se poser a question de le faire…

Comme toujours, il y aurait encore énormément à dire, il y a aussi beaucoup à lire

je vous conseille la lecture

De l’explication de texte par Muriel Salmona elle-même : http://stopauxviolences.blogspot.fr/2012/04/la-domination-masculine-le-21-avril.html

de la note du blog « Féministes en tous genres » : http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/04/25/le-sexe-a-l-etat-de-brut-e.html

Je remercie A.Schmitt de m’avoir signalé la citation qui fait le titre de cet article.

Et voici le lien vers l’émission, pour que vous puissiez vous faire votre propre opinion : http://www.franceculture.fr/emission-repliques-la-domination-masculine-2012-04-21#.T5JyBwBJ64h.facebook

Enfin, si cela vous intéresse, le programme des interventions de l’Association mémoire traumatique et victimologie

http://stopauxviolences.blogspot.fr/2012/04/emissions-et-debats-en-avril-et-en-mai.html

Le front abolitionniste, un front républicain, en 2012 comme en 2011

Ca y est, voici les premières videos de la convention abolitionniste qui s’est déroulée le 29 novembre à l’Assemblée nationale, organisée par 37 associations, et qui a précédé l’adoption d’une résolution abolitionniste à l’unanimité à la chambre des députés le 6 décembre. Je les publie aujourd’hui, alors que le front abolitionniste continue la lutte, et a publié une tribune dans Le Monde qui consacre un dossier au sujet : « abolitionnistes du système prostitueur, ce que nous sommes, ce que nous voulons », et qu’un autre texte va dans ce sens  : « pourquoi il faut abolir ce prétendu métier ».

Dans la première video, un « wrap », résumé des arguments de la convention, avec les politiques et les responsables d’associations. Un condensé des arguments qui expliquent notre combat.


Dans la seconde, un éclairage sur a distorsion entre l’image donnée dans les médias de la prostitution, et la réalité vécue par l’immense majorité des personnes prostituées.

 

 

Enfin, les deux interventions filmées, toujours sur ce sujet, la mienne, et celle de Typhaine Duch, d’Osez le féminisme, lors du débat : « le défi de l’opinion publique ».

 

 

Dans les jours qui viennent, je publierai la suite : un regard sur l’étranger, et en particulier sur le modèle suédois.

Les femmes de l’année

Bien sûr, il y a les sondages débiles. On ne peut pas les empêcher. Quand les jouets de Noël sont là pour dire aux petites filles d’être des petites filles, bonnes ménagères, futures mamans, sages comme ces images…quand les médias ne parlent des femmes qu’une fois sur 5 et encore, en les traitant de femme de, fille de, mère de…

que peut conclure un sondage débile ? que la femme de l’année est la femme de celui qui a fait parler de lui autant que le 11 septembre…c’est bien obligé.

Mais bien sûr, tout ça n’existe que parce que nous voulons bien le regarder, le dénoncer. Qui est la femme de l’année, on s’en fout, nous ! La télé, les sondages, on s’en fout, au-delà de la critique nécessaire à leur faire.

Savoir qui est la femme de l’année, aussi, on s’en fout !  Ce que nous voulons, c’est qu’on parle de toutes les femmes, que toutes les femmes puissent imaginer avoir un lieu d’expression sur cette terre, que leurs certitudes, leurs doutes, leurs peurs, leurs joies, leurs bonheures, aient des lieux pour s’exprimer. Il n’y en a pas qu’on va désigner « la meilleure », « la plus ceci, la plus cela ».

Il y en a qui nous font du bien. Et ce sont celles-ci qu’une rétrospective annuelle pourrait mettre en avant, pour nous rappeler ce qu’elles ont dit, fait, qui nous a aidé à exister, être dans ce monde d’hommes.

"Chaque jour est un bonus". Je suis maintenant une femme libre. Quand je le dis, cela me fait peur."

Du coup, je vais juste rappeler comment 3 femmes nous ont fait du bien cette année, par leur action, leur courage, leur contribution à la lutte.

D’abord, Rebecca Mott, écrivaine, sortie de la prostitution, et dont la parole sur son blog est d’or. Quand on ne sait plus comment faire pour essayer de convaincre de l’évidence, on peut toujours se tourner vers ses textes, qui prennent aux tripes, mais servent aussi l’intelligence.

Ensuite, il y a Muriel Salmona, psycho-traumatologue, présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, fondatrice du Crifip, qui sans relâche, et avec une énergie extraordinaire, porte la parole des victimes, à la fois dans sa pratique quotidienne auprès de ses patientes, dans les textes qu’elle publie sur son blog et les interviews qu’elle donne aux journalistes, et dans les formations qu’elle donne aux quatre coins de la France, pour que les professionnels soient enfin alertés des conséquences psycho-traumatologiques de la violence sexuelle et soient capables de la détecter. Un immense merci à elle.

Enfin, dans un autre style, plus connu médiatiquement, mais non moins valable en l’occurence, Sophia Aram, qui par ses chroniques courageuses, s’attire les foudres de l’extrême-droite, mais arrive à nous faire rire, tout en disant les choses les plus justes. Alliance d’humour et d’intelligence, cela fait tellement de bien sur les ondes…

 

Mais encore une fois, celles que je veux mettre en avant, ce sont « toutes les femmes » qui n’ont pas -ou pas encore- la possibilité de se faire entendre, d’exister, d’être ce qu’elles pourraient rêver, et qui survivent dans ce monde qui n’en veut pas, les prostituées, les pauvres, les travailleuses, les migrantes, les femmes battues et violées, les mariées de force, les femmes mutilées,  les petites filles qui naissent et celles qu’on ne laisse pas naître, celles qu’on empêche d’aller à l’école. Elles sont toutes des trésors, et toutes, devraient pouvoir voir ce monde, comme celui des possibles, possibilité de vivre, tout simplement.

Ce sont elles, les femmes de l’année.

Sandrine GOLDSCHMIDT

PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX : manifeste

Mardi 23 août, 22H Voici un nouveau texte co-signé par Muriel Salmona et Sandrine Goldschmidt suite à l’abandon des charges à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn. Vous pouvez également y souscrire iciCombien de femmes ont un jour menti ?
Combien de femmes ont un jour cédé sans consentir ?
Combien de femmes se sont dit : je n’avais qu’à pas être là, habillée comme-ci, habillée comme ça, avoir donné l’impression que je voulais, avoir changé d’avis, avoir eu peur de dire non, à avoir dit non mais pas non, non, non ?

Après avoir lu le rapport de Cyrus Vance pour motiver sa demande d’abandon des charges à l’encontre de DSK, nous ne pouvons arriver qu’à une seule conclusion. C’est vrai, Nafissatou Diallo n’avait guère de chance de gagner un procès pénal et de convaincre 12 jurés « au delà du doute raisonnable ». Cela ne prouve pas que DSK n’était pas coupable. Cela veut dire qu’aujourd’hui, la justice des hommes est bien la justice des hommes.
Quand on sait que sur 75000 femmes violées par an en France et autant d’enfants, 10% de plaintes sont déposées et 3% donnent lieu à un procès pour 1% de condamnations, doit-on en conclure qu’il n’y a qu’1% de violeurs ? NON.
Cela veut dire que sur les 75000 femmes violées en France, et à peu près autant de violeurs, seules 2250 victimes ont droit à un procès pénal et à peu près 72750 violeurs ont le droit de recommencer en toute promesse d’impunité.
En effet, il semblerait qu’il suffise que la plaignante soit un peu – ou beaucoup- menteuse, qu’elle ait été la petite amie du violeur (80% des viols sont commis par une connaissance de la victime), qu’elle soit toxicomane, alcoolique, prostituée, qu’elle présente des troubles psychiatriques, qu’elle ne se souvienne plus bien de ce qui s’est passé (et on pourrait citer encore beaucoup d’exemples de ce type), pour que la justice estime qu’il n’y a pas de preuve suffisante et qu’il n’est pas nécessaire qu’elle tente d’en savoir un peu plus sur la nature du consentement soi-disant donné.

Alors, nous disons ici aujourd’hui que si 99% des violeurs ne sont pas condamnés, non pas parce qu’ils sont innocents (on n’en saura rien) mais parce que la justice -quand elle est saisie- n’a pas les preuves suffisantes, c’est qu’il y a un problème avec la justice.

Parce qu’à l’évidence elle n’est pas en mesure de rechercher des faisceaux d’indices indispensables pour une véritable instruction, et qu’elle est gravement parasitée par des stéréotypes sexistes et des fausses représentations concernant les violences et la sexualité.
Nous demandons l’ouverture d’une vaste réflexion sur le fonctionnement de notre système judiciaire  pour qu’il commence, enfin, à tous les niveaux, à abandonner ses réflexes patriarcaux, et à envisager tous les moyens nécessaires pour protéger les victimes de violences sexuelles, enfants, femmes et hommes qui subissent l’enfer au quotidien.
Nous exigeons que les choses changent, pour l’avenir de notre société.
PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX

Sandrine Goldschmidt, journaliste et militante féministe, https://sandrine70.wordpress.com/
Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, http://memoiretraumatique.org/

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Nous tenons à remercier Lola Lafon, auteure du roman « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce », qui a inspiré la phrase-titre (pour l’avoir associée aux violences faites aux femmes) et d’autres dans ces textes.

Le slogan « pas de justice, pas de paix » est celui des émeutes noires de Los Angeles en 1992; Il a été repris par le MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues) en France.

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX

Voici un texte co-signé par Sandrine Goldschmidt et Muriel Salmona suite aux derniers éléments de l’affaire de New York, alors qu’on l’on vient d’apprendre par l’avocat de Nafissatou Diallo, Kenneth Thompson,  que le procureur va demander l’abandon des charges contre Dominique Strauss-Kahn à l’audience de mardi 23 août , suite à sa rencontre lundi soir avec elle.

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX

lundi 22 août 2011, 22h

« Motif des blessures. Agression. Viol . »
Ceci est un rapport médical.
Ce n’est pas un avis juridique, mais les constatations d’un médecin après avoir reçu une femme qui se dit victime de viol.  Le rapport médical du 14 mai (selon ce qu’en ont dit les journaux) concernant Nafissatou Diallo, suite à sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn dans un hôtel de New York. La personne qui l’a reçue, habituée à accueillir des victimes d’agressions sexuelles, s’est dite convaincue d’avoir en face d’elle une femme victime de violences .

Il semblerait que ces éléments ne soient pas susceptibles de permettre d’écarter un « doute raisonnable » et empêcheraient un jury de 12 personnes d’arriver à la conclusion que Nafissatou Diallo aie bien été agressée sexuellement par l’ex directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
Il ne suffisent pas à lui offrir la possibilité de défendre sa plainte lors d’un procès pénal.

Il n’y a aucun doute sur le fait qu’il y ait eu rapport sexuel dans la suite 2806 du Sofitel de New York. Seulement, le presque ex-accusé affirme que c’était un rapport consenti.

En revanche, le fait que son accusatrice ait menti en apprenant par cœur le récit d’un viol collectif pour pouvoir pénétrer aux Etats-Unis semble devoir instiller le doute raisonnable dans la tête des potentiels jurés de Manhattan.

Pour cette raison -la peur de perdre un procès- le procureur américain Cyrus Vance aurait décidé de laisser tomber les charges contre DSK. Ce dernier va récupérer son passeport, il pourra rentrer en France.

Aujourd’hui, on commence à lire que la plainte de Tristane Banon sera classée sans suite. Parce qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments pour accréditer la qualification juridique de « tentative de viol ».

Chaque jour, cela arrive à des plaignantes. Elles ne sont pas crues, on classe sans suite les affaires, pour « manque de preuves », quand on ne les accuse pas en retour de dénonciation calomnieuse (ce qui normalement, ne devrait plus être possible désormais). Pour cela, relire l’article « la nausée » de Muriel Salmona de l’association mémoire traumatique et victimologie et « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » le roman de Lola Lafon.

Chaque jour, la vie de ces victimes est épluchée, on guette leur moindre mensonge, leur moindre incohérence, pour tenter de remettre en cause leur plainte.

En face, les accusés ou mis en examen sont-ils soumis au même interrogatoire ? À la même mise en cause de leur crédibilité ? Tant mieux s’ils sont présumés innocents, mais pour faire la justice, peut-on se contenter de leur phrase : « elle était consentante » ? Ne doit-on pas aussi les interroger ? Sur comment ce consentement s’est manifesté ? Car le présumé consentement, ça n’existe pas. Et céder ce n’est pas consentir, ni désirer. Le présumé non-consentement, dans la tête des hommes lui, pourrait peut-être exister ? Est-il possible que les charges soient abandonnées et que de la présomption de crime sexuel on bascule aussi facilement dans la présomption de sexualité, comme nous le dit Annie Ferrand,  sans tenir compte des traces de violences et sans que jamais on n’ait posé à DSK les questions suivantes, en écoutant si ses réponses ont un début de cohérence ?.

Qu’est-ce qui lui a permis de raisonnablement penser que ce rapport était consenti ?
Lui a-t-il demandé en sortant nu de la douche et en la trouvant là « ça te dirait que je te mette mon pénis dans la bouche et que je t’attrape violemment le vagin ? »
« Comment se sont-ils séparés ? » « la connaissait-il avant ? »
« Comment a-t-il pu penser qu’une femme de chambre 30 ans plus jeune que lui pouvait consentir à un rapport brutal et bref dans une chambre d’hôtel entre deux nettoyages de chambre ? »

Heureusement, tout espoir de justice n’est pas perdu. Parce qu’aux Etats-Unis, un procès civil peut suivre un procès pénal. Ce n’est plus le parquet qui est plaignant, c’est directement Nafissatou Diallo. Et là, DSK devrait s’expliquer. Et l’unanimité ne serait plus requise. S’il retourne aux Etats-Unis pour le procès…

Début septembre, va sortir au cinéma un film, « présumé coupable », inspiré d’une autre affaire qui a défrayé la chronique médiatique, celle d’Outreau. Un film qui raconte le calvaire d’Alain Marécaux – « l’huissier » de l’affaire d’Outreau – arrêté en 2001 ainsi que sa femme et 12 autres personnes pour d’horribles actes de pédophilies qu’ils n’ont jamais commis. Le résumé indique : « C’est l’histoire de la descente en enfer d’un homme innocent face à un système judiciaire incroyablement injuste et inhumain, l’histoire de sa vie et de celle de ses proches broyée par une des plus importantes erreurs judiciaires de notre époque. »

Quels que soient les doutes qui subsistent sur cette affaire, les enfants d’Outreau ont bel et bien été victimes des pires sévices sexuels, la justice l’a reconnu. Le film ne s’intéresse qu’à l’erreur judiciaire, et semble ainsi agiter le chiffon rouge en disant : attention en dénonçant les crimes sexuels que subissent les enfants, en prenant en compte leur parole, on enferme des hommes innocents.

Et c’est bien ce que les tenants du système de domination s’évertuent à faire, en matière de crimes sexuels : tenter, par tous les moyens, d’étouffer les voix qui s’élèvent pour les victimes.

Mais quelle que soit l’image qui sera véhiculée, dans la réalité ou dans la fiction, ces voix ne mourront pas. Nous continuerons à entendre la parole des victimes, à la porter sur le devant de la scène, à demander à la justice de les protéger, à la société de leur offrir les soins dont elles ont besoin.  C’est une question d’humanité, de dignité, de santé publique, une condition de notre avenir.

Mobilisons-nous !

PAS DE JUSTICE , PAS DE PAIX !

Sandrine Goldschmidt, journaliste et militante féministe
Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

Vous pouvez apporter votre soutien à ce texte en envoyant un mail à :
adiredelles@gmail.com
drmsalmona@gmail.com

et en signant la pétition ici

vous pouvez également lire ce texte sur le blog de Muriel Salmona ici