Les femmes victimes, responsables ?

Jacqueline Sauvage est libre. Mais l’affaire n’en finit pas d’être commentée. Et son éventuel « statut de super-victime » de créer la polémique. En effet, une partie des féministes seraient trop complaisantes avec elle, et leur féminisme serait « victimaire ». Oubliant que dans notre société, la « puissance paternelle » est ancrée dans les fondations de la famille.

xlesangdesfemmesLe « dénouement » de l’affaire Jacqueline Sauvage a eu lieu quelques jours avant la fin de 2016 avec la grâce présidentielle du reliquat de sa peine accordée par le Président de la République. Au total, cette femme a passé 4 ans en prison pour le meurtre de son mari violent avec elle et ses enfants depuis 47 ans. Je ne sais pas si elle est “sympathique”, ou pas – comme j’ai pu lire ici ou là. Je ne la connais pas, je n’ai pas assisté au procès, j’en ai entendu parler par d’autres, mais ne l’ai pas rencontrée, évidemment, je n’ai pas non plus échangé avec ses avocates. Et surtout, il ne me semble pas qu’il s’agisse là d’un propos pertinent quand il s’agit de juger un acte -ôter la vie à quelqu’un- d’une telle gravité dans notre société. De très nombreux hommes violents sont d’ailleurs considérés comme tout à fait sympathiques par une grande partie de leur entourage. 

400.000 personnes ont signé une pétition demandant la grâce de Jacqueline Sauvage, que la justice avait condamnée, à 2 reprises, à 10 ans de prison pour meurtre, lui reconnaissant des circonstances atténuantes et admettant qu’elle avait été victime de violences.  Mais elle a considéré que le fait qu’elle l’avait tué de trois balles dans le dos, avec une arme de chasse dont elle savait se servir, constituait des circonstances qui ne permettaient pas de caractériser la légitime défense, que ses avocates avaient choisi de plaider.

Aux récits publics du second procès, étalant dans le détail l’atmosphère familiale de terreur qui a régné pendant 47 ans dans cette famille, terreur instaurée par le père, s’est ajouté le soutien accordé par les filles de Jacqueline Sauvage, elles-mêmes victimes de la violence du père, de très nombreuses Françaises et Français ont estimé qu’il n’était pas juste de la maintenir en prison. A 68 ans, enfermée dans des violences depuis l’âge de 17 ans, puis en prison, il semblait qu’elle avait « assez payé », fut-ce ses propres erreurs. Sous la pression populaire et face au refus réitéré de la justice de lui accorder une libération anticipée après la première grâce (je ne me prononcerai pas sur l’action du PR ni de la justice en l’affaire ce n’est pas mon propos du jour), François Hollande a donc fini par la faire remettre en liberté juste avant la nouvelle année. Le procédé est ce qu’il est – ce n’est pas un déni de justice- c’est une des prérogatives régaliennes du Président. Depuis la révolution et jusqu’à maintenant.

Alors, pourquoi ce billet ? Parce que je pensais qu’après cette affaire, on aurait avancé sur la prise de conscience des phénomènes issus de l’héritage ou de la perpétuation du système familial fondé sur la « puissance paternelle » du code napoléonien…et du système patriarcal. En effet, l’exposition médiatique avait permis de pointer  la difficulté de traiter des violences conjugales et de leurs conséquences par une société où les institutions et la justice n’ont pas dans leur ADN la compréhension des mécanismes de cette violence. Des institutions qui reconnaissaient que les violences du mari-père étaient de notoriété publique.
Eh bien non, car suite à la décision du Président et à la libération de Jacqueline Sauvage, des voix du côté de la mouvance féministe, se sont fait entendre pour contester le « féminisme victimaire » qui aurait présidé à la lutte collective pour sa libération (voir références en bas de page).

Un sentiment permanent de danger de mort imminente 


Ainsi, les féministes auraient pris fait et cause pour la victime sans tenir compte de sa responsabilité dans les violences qu’elle – et ses enfants- avaient subi. Et la légitime défense invoquée ne serait « en aucun cas constituée » puisqu’elle n’aurait pas été en danger de mort imminente au moment où elle a tiré 3 balles dans le dos. Sur ce dernier sujet, je laisse la parole à Catherine Le Magueresse, juriste et ancienne présidente de l’Avft, qui elle, a assisté au procès et réfléchit à ces questions depuis plusieurs dizaines d’années. Elle explique en quoi selon elle il y avait danger de mort imminente.
https://blogs.mediapart.fr/catherine-le-magueresse/blog/271215/de-la-legitime-defense-des-femmes-victimes-de-violences-conjugales

Je dirais juste que ce sont ces mécanismes qui font que dans plusieurs Etats des Etats-Unis, des groupes se battent depuis des décennies pour faire appliquer cette forme de légitime défense obtenue dans la loi, en créant des commissions qui permettent aux accusées du meurtre de leur mari de prouver le climat de terreur permanent qui faisait qu’elles finissent par considérer à chaque instant leur mort imminente.


Mais je voudrais surtout revenir sur les reproches fait à un « soutien aveugle » aux victimes sans tenir compte de leur responsabilité, parce que Jacqueline Sauvage aurait une responsabilité dans les violences subies. Quels arguments sont employés ? 

-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir (a priori, c’est faux)
-Elle n’a pas dénoncé les violences envers ses enfants auprès des institutions publiques supposées capables de  la protéger (c’est vrai et faux) et elle en est complice.
-Elle n’a pas couru dans une des dizaines de refuges pour femmes battues qui existent en France (c’est vrai et faux)
-Elle n’aurait pas du avoir plusieurs enfants avec cet homme violent (sur ce point je ne m’étendrai pas au-delà du rappel des dates de naissance des enfants et de remise ne contexte…)

1-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir : c’est faux. Une fois ses filles adultes, elle est à plusieurs reprises allée chez celles-ci, où le mari violent est venu la chercher en la menaçant ou en menaçant –arme à la main – de tirer sur sa fille. (climat de terreur permanent). Depuis des années, nous essayons de sensibiliser l’opinion à la question de l’emprise, qui empêche de partir. Mais il n’y a pas que l’emprise qui empêche de partir : il y a la peur des représailles, le fait de ne pas savoir où aller, le fait -ici- d’avoir une entreprise familiale qui fait qu’on ne se « sépare » pas comme cela de tout contact avec l’homme violent. Or, on sait que la seule façon d’échapper à l’emprise est de pouvoir couper tout contact. Gérer un divorce familial et professionnel ne facilite pas la chose.

La puissance paternelle, une réalité persistante dans les faits
2-Elle n’a pas dénoncé les violences qu’elle a subi et celles subies par ses enfants. Pour bien comprendre ce qui se passe ici, il faut évoquer la question de la puissance paternelle et l’histoire des droits des femmes. Car parfois, il semble que l’enthousiasme lié à l’émergence du mouvement féministe laisse penser qu’il suffit d’un coup de baguette magique – ou de quelques années de lutte dans les années 1970, pour que tout change, même les mentalités, même l’ordre social qui perdure depuis des siècles !

Ainsi, la puissance paternelle est cette autorité du père que prévoit le code civil dit Code Napoléon. Elle fait de la femme une mineure, sous l’autorité de son mari, et qui n’a pas l’autorité sur ses enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où l’autorité parentale est conjointe.  Mais depuis quand ? Depuis 1970 seulement ! Cela veut dire que de nombreuses femmes, dont ma mère pour son premier enfant, dont Jacqueline Sauvage, au moment où elles se sont mariées, au moment où elles ont eu leurs enfants, n’avaient pas l’autorité parentale ! Elles n’avaient pas le droit de prendre seules les décisions les concernant et concernant leurs enfants. Elles n’avaient donc guère de droits -et pas non plus les devoirs afférents- à l’égard des personnes que non seulement elles avaient portées en elles et mises au monde (ce qui, même avec les progrès médicaux, reste loin d’être anodin), mais qu’ensuite c’est elles qui quasi exclusivement les soignaient et aidaient dans leur parcours vers l’autonomie !

Et donc, Jacqueline Sauvage, mariée à 17 ans, ayant déjà eu l’exemple de la violence conjugale chez ses parents, a 4 enfants mais n’a pas l’autorité parentale avant  la troisième, en 1970. Mais aujourd’hui on voudrait faire fi des effets de cette puissance paternelle comme si elle n’avait jamais existé, comme si elle n’avait pas été élevée là-dedans, comme si du fait que la loi avait changé, du jour au lendemain, elle avait la solution miracle ?

L’auteure d’un des articles, Anne Zelensky, insiste sur le fait que « maintenant, il existe des dizaines de refuges pour femmes battues », maintenant, c’est-à-dire depuis qu’elle a créé le premier, en 1978 dit-elle. Bon, d’accord, il en existe quelques uns, mais existaient-ils pendant les 30 premières années du calvaire conjugal de Jacqueline Sauvage ? Et quand bien même il y en aurait eu 10, par quel moyen en aurait-elle eu connaissance ? Si elle était allée porter plainte au commissariat du coin ? Là où, d’ailleurs, sa fille, d’une autre génération donc, est allée, espérant être entendue et protégée, mais où on n’a pas trouvé de meilleure idée que de faire venir le père pour lui demander : c’est vrai monsieur, que vous violez votre fille ? Le maire, premier magistrat de la commune a reconnu à l’audience que “tout le monde savait”, y compris dans les institutions.

Jacqueline Sauvage n’a pas cru sa fille à ce moment là, lorsqu’elle a raconté ce qu’elle vivait. Néanmoins, elle aurait parlé avec elle au retour de la gendarmerie, lui demandant ce qui s’était passé. Celle-ci s’est rétractée pour protéger sa mère et parce qu’elle avait eu la preuve que dénoncer la mettait en danger. Savait-elle avant, du fait qu’elle vivait sous le même toit ? Elle a dit qu’elle ne pouvait croire qu’il serait violent “comme ça”. Du déni, il y en a sûrement, mais complicité ?

Une des filles témoigne que toutes les filles de la famille étaient victimes de viol sans savoir que les autres l’étaient. C’est en effet le parcours classique des femmes victimes de violence et de viol au sein du foyer. Une stratégie de l’agresseur qui est très bien décrite par les associations qui luttent depuis 40 ans : isoler la victime, l’empêcher de trouver de la solidarité, lui dire que c’est de sa faute et qu’elle ne doit surtout pas en parler… 

Protéger ses enfants

3-Mais pourquoi n’est-elle pas partie, au risque de sa vie, ne serait-ce que pour ses enfants ? Oui, certaines femmes le font, parfois, et de plus en plus, parce qu’elles pensent qu’elles veulent protéger leurs enfants, parce qu’elles pensent aussi qu’elles vont être aidées, parce qu’aujourd’hui, la parole sur le sujet est un peu plus libre.
Malheureusement, souvent, cela se termine mal pour elles : 120 à 140 femmes assassinées par an, des batailles pour l’autorité parentale et la justice qui souvent n’hésite pas à laisser la garde des enfants -même partielle, à des pères violents. Alors oui, aussi, tous les humains ne sont pas égaux devant les actes de survie. Tous les humains ne savent pas réagir « au mieux » face aux violences subies par leurs enfants et par eux-mêmes. Certains sont plus influencés par la puissance paternelle que d’autres. Certaines ont plus la capacité que d’autres de s’en sortir, peut-être.

Ce n’est pas une raison pour dire que celles qui ne le font pas sont responsables ou complices des violences. Pour ma part, je n’absous pas par principe (ni ne juge par principe) les mères qui « auraient su » pour le viol de leurs enfants par le père ou le beau-père. Mais le déni et l’emprise sont des mécanismes puissants qui font que je n’affirmerais pas non plus « par principe » qu’elles sont complices.

Lorsque tout sera mis en place dans la société (au-delà d’affiches souvent culpabilisantes :« osez parler ») ! pour que les femmes et les enfants qui souhaitent dénoncer les violences soient entendus, lorsque les témoignages arriveront par dizaines qu’elles ont été entendues par la police et par leur entourage, accueillies avec compréhension par le médecin, aidées dans leurs démarches auprès des services publics, dans leurs recherches de logements, qu’on aura suffisamment fait planer la menace de rétorsion judiciaire à l’homme violent pour que celui-ci n’ait pas un sentiment d’impunité ou de bon droit, lorsque la violence envers les femmes ne sera pas étalée partout dans les images de la culture pornographique qui nous envahissent, alors oui peut être, il sera temps de se poser cette question.

Pour l’instant, il faut encore travailler à changer le contexte social qui rend possible la perpétuation de l’emprise et réfléchir à la question de créer des circonstances atténuantes constitutives de légitime défense lorsqu’il y a emprise reconnue sur une victime de violences à répétition ; on peut faire confiance à la justice : si ces circonstances existaient, on serait à mon avis loin d’un « permis de tuer ».

Ce qui ne veut pas non plus dire encourager les femmes à se servir de leur reconnaissance en tant que victime pour « fuir leurs responsabilités », contrairement à ce qui est reproché, mais les aider à retrouver des ressources pour échapper à la violence et la dénoncer. L’accompagnement féministe des femmes victimes a au contraire pour but ce qu’on appelle « l’empouvoirement », c’est-à-dire faire que les femmes se sentent en capacité de reprendre une vie normale, où elles puissent être maîtresses de leur destin. Il est possible qu’il y ait parfois – à la marge- une tendance à l’héroïsation des victimes, jusqu’à leur interdire d’avoir du pouvoir sur elle même. Etre capable de se sentir responsable de ses actes, c’est un des sentiments les plus épanouissants qui soient. Mais pour pouvoir arriver à cela, il y a encore une fois quelques conditions indispensables : pouvoir avoir le sentiment que les violences subies ne sons ni normales ni justes, que la société reconnaisse, soigne et aide les victimes, que les agresseurs ne restent pas impunis, et encourage les hommes à ne pas tolérer les violences de leurs pairs.

Enfin, je voudrais ajouter ceci : même si certaines peuvent s’en sortir malgré la société telle qu’elle est, le fait que d’autres n’en aient pas à leur tour la capacité ne signifie pas pour autant qu’elles soient « un peu responsables ».  Les femmes qui s’en sont sorties peuvent constituer un exemple bénéfique pour les autres, à condition que cet exemple soit une aide bienveillante plutôt qu’une injonction culpabilisante.

Sandrine Goldschmidt

Merci à Catherine Le Magueresse pour les précisions qu’elle m’a permis d’apporter. 

Voici le lien vers un autre article qu’elle a écrit et est paru dans Libération : http://www.liberation.fr/debats/2016/02/09/catherine-le-magueresse-la-loi-a-ete-concue-pour-un-hypothetique-homme-raisonnable_1432176

Et un article paru hier en vue d’une proposition de loi sur le sujet : 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/11/creons-un-etat-de-legitime-defense-differee_4845003_3232.html

Et les articles qui ont provoqué ma réaction par ce billet :

https://christineld75.wordpress.com/2017/01/01/affaire-j-sauvage-du-grain-a-moudre/

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

 

 

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Redonner au monde sa cohérence pour éliminer les violences

nc2b017-diable_coqDepuis que j’ai moi même un enfant -une fille- j’ai toujours pensé que nous avions en face de nous avec les enfants non seulement des personnes humaines dont les droits doivent être d’autant plus défendus qu’ils et elles sont plus vulnérables, mais aussi des perles d’humanité : des enfants nous avons tout à apprendre, avec les enfants nous avons tout à construire, plutôt que de continuer à les détruire, comme le fait l’institution familiale autoritaire qui prédomine, particulièrement dans le cadre des violences qu’ils et elles -beaucoup trop nombreux d’entre eux- subissent.

Ce sentiment est renforcé par la lecture, l’écoute et l’expérience de ce qui concerne les troubles post-traumatiques, en particulier au travers du travail de la docteure Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue et Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, qui a fait de son combat pour les victimes une ligne de vie.

Au centre de son combat, et cela a été un des aspects les plus intéressants de l’émission « Pas de quartier » sur Radio Libertaire hier (elle y présentait son livre indispensable « le livre noir des violences sexuelles » et vous pouvez réécouter l’émission ici : http://media.radio-libertaire.org/backup/24/mardi/mardi_1800/mardi_1800.mp3)

la nécessité de redonner une cohérence au monde qui, du fait des systèmes de pouvoir et de domination, en premier lieu patriarcale, parentale et économique, devient le lieu d’un système absurde, incohérent, et dont l’incohérence même est la garantie de sa perpétuation.

Je m’explique (en essayant d’être aussi claire que Muriel) : l’enfant naît avec des neurones miroirs qui l’aident à se construire. Et si le monde tourne à l’endroit, ces neurones miroirs lui permettent de connaître l’empathie. Ainsi, lorsqu’une violence est commise, et qu’elle provoque une souffrance, alors ces neurones font que l’enfant ressent la souffrance et éprouve alors de l’empathie. Cette empathie fait normalement que si il impose une souffrance -volontaire ou involontaire à la personne en face de lui, alors il s’arrête.

Le problème, c’est que si le petit garçon ou la petite fille subit des violences, et que l’adulte qui les commet ne fait pas preuve de cette empathie, ne réagit pas à sa souffrance, alors cela crée un stress intolérable pour son cerveau. Si en plus, la personne qui commet ces actes est une personne qui devrait d’autant plus éprouver de l’empathie qu’elle est censée être celle qui vous protège et vous aime -père, mère, famille…alors le stress est encore pire. Et le cerveau devient incapable de gérer ce stress, et de réguler les « drogues » de l’hyper-vigilance qu’il génère. Celles-ci le mettent en danger vital, et ça seule façon de s’en sortir, est de disjoncter, provocant la dissociation, une anesthésie émotionnelle.

Cette anesthésie émotionnelle, si elle se double d’un enfermement du souvenir émotionnel dans la mémoire traumatique, fait que le stress vécu pourra réapparaître à l’identique au moindre rappel, stimulus, faute d’avoir pu, dans la mémoire autobiographique, devenir un souvenir dont on arrive peu à peu à se distancier émotionnellement.

Tout ceci, provoque donc une souffrance intolérable, fait vivre aux victimes un enfer, alors qu’en même temps il n’y a pas de symptômes à l’identique d’un bras cassé pour lequel il faut à l’évidence un plâtre. En outre, la poursuite du « tout est normal », l’indifférence des autres adultes, surtout lorsqu’il y a révélation des faits, vient « achever » les victimes dans leur recherche de cohérence. Elles souffrent de symptômes qui ne sont pas reliées aux violences : les conduites dissociantes, qui sont interprétées par les autres comme de la faiblesse de leur part, alors qu’elles sont le fruit de l’incohérence et de la violence.

Pire : ce processus est en outre le garant de la reproduction de la violence. En effet, lorsqu’un enfant a été victime ou témoin de cette violence absurde et non nommée, niée, et alors qu’on fait de lui le responsable (1), il développe une anesthésie et une dissociation et est victime de crises de mémoires traumatique. Dans ces cas-là, il a plusieurs moyens pour réagir : s’anesthésier par des conduites dissociantes : prise de drogues, alcool, mais aussi de comportements qui vont le pousser vers la création d’un nouveau stress qui permettra la disjonction. Ainsi, il peut arriver qu’à ce moment là, envahies par le scénario de l’agresseur, elles reproduisent la violence : contre elles-mêmes ou contre les autres. Car le scénario de recherche de l’anesthésie de la personne qui les a violenté-e-s les a envahies au point qu’ils/elles savent inconsciemment que ce scénario est anesthésisant pour les bourreaux. Et donc que de le reproduire va leur permettre de s’anesthésier.

C’est là qu’intervient un facteur fondamental : celui du choix. Et ce choix n’est pas le même selon qu’on est un homme ou une femme. Ou plutôt, il n’est pas le même selon qu’on a été -au-delà- des violences, construits comme un dominant et valorisé en tant que tel. Donc, les hommes ont une plus forte probabilité de devenir violents envers les femmes parce que c’est ce que l’on attend d’eux et qu’ils en bénéficient. C’est socialement valorisé, sous les termes de « virils », de « capable d’autorité ». Et, comme l’expliquait Muriel, c’est même valorisé socialement dans l’entreprise : ce sont des gens qui savent ne pas se laisser envahir par leurs émotions (forcément, ils n’en ont pas avec l’anesthésie). Donc licencier des collaborateurs en détresse, laisser mourir des personnes dans la rue, regarder martyriser des enfants ou ne pas s’émouvoir de voir violer ou battre des femmes, ne les trouble pas plus que ça. Dans ce système, les dominants, même s’ils ont été victimes, sont donc les bénéficiaires : ils ont les moyens de s’anesthésier très efficacement en reproduisant la violence sur d’autres. Ce qui n’enlève rien à leur culpabilité : ce sont des crimes qu’ils commettent, et c’est un choix qu’ils font de persévérer dans cette violence.

Tandis que celles qui ont des comportements de retournement de la violence sur elles mêmes, et ne font jamais de mal à personne, sont considérées comme anormales. La preuve, c’est que les jeunes agresseurs/violeurs qu’a suivi Muriel et qui, par un long travail incessant de remise à l’endroit du monde, qui se retrouvent à leur tour conscients que ce qu’ils ont fait est très grave, sont d’un coup moins valorisés qu’avant pour peu qu’ils aient des idées suicidaires ou retournent la violence contre eux-mêmes (2) et sont plus rejetés par leurs familles que s’ils violaient/violentaient d’autres personnes. Et ce non seulement parce que cela se verrait moins (1% de condamnation pour les viols), mais aussi parce que la tolérance de la société à l’égard des violences masculines est immense.

roses
Si la rose existe, le monde peut être à l’endroit

Pour en revenir aux victimes, et finalement à tous les êtres humains, nous avons besoin de redonner de la cohérence au monde. Et de revenir à ce que les enfants savent, ont toujours su au fond:qu’avoir de l’empathie c’est normal. Que de ne pas supporter de voir souffrir des personnes, a fortiori qu’on est sensées aimer (mais dans un monde idéal on pourrait aimer tout le monde), c’est normal. De tout faire pour que ces souffrances s’arrêtent, c’est normal. De ne pas arriver à être dans l’anesthésie inhumaine des dominants, c’est normal.  Il faut aussi dire que depuis le départ ce sont les enfants en nous qui ont raison : vouloir des relations douces et gentilles avec les autres, c’est normal. Que trouver la pornographie inhumaine et criminelle, qui consiste à filmer des tortures sexuelles et physiques à des femmes (certes actrices, mais ça ne change rien) c’est normal. Que de dire que la prostitution c’est du viol et que le viol, c’est la destruction des femmes, ce n’est pas moraliste ni liberticide, c’est juste normal. Que d’avoir envie d’une sexualité libérée de toute forme de violence et de domination, ce n’est pas bisounours, c’est normal. Et que d’aider les personnes qui en ont besoin, c’est normal.

Enfin, il faut encore remettre le monde à l’endroit en confirmant aux victimes ce qu’elles savent et nous disent, si on les écoute :  que même si un jour elles ont été victimes, ce n’est pas une honte, ce n’est pas à elles d’avoir honte. Elles resteront toujours les victimes de ces actes, de ces hommes violents, de cette société qui marche sur la tête, mais elles ne sont pas des victimes en soi. Elles sont des êtres humaines qui ont le droit de vivre selon leur désir et leurs rêves d’enfants, dans un monde remis à l’endroit. Et elles ont le droit qu’on soit contentes pour elles.

C’est ce que fait depuis plus de 10 ans Muriel Salmona, une oeuvre d’humanité et hymne à la vie malgré les crimes contre l’humanité. Mieux, elle commence à être un tout petit peu entendue. C’est ce dont tous les enfants rêvent : un monde à l’endroit, ou aimer c’est partager douceur et attention à l’autre, ou vivre c’est aimer dans l’empathie. Et tant pis si cela semble simpliste à ceux qui tentent de survivre dans un monde à l’envers.

C’est le monde à l’endroit des enfants, celui qui fait dire à une enfant de 8 ans (la mienne) : « l’amour, forcément c’est gratuit, ça ne peut pas s’acheter ».  C’est le monde des enfants, des vivant-e-s, et il serait temps qu’on les regarde, et qu’on les écoute.

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1)je m’explique : imaginez un enfant de 2 ans battu par un adulte. C’est découvert, on rompt avec l’adulte. L’enfant ne se souvient pas des sévices. Et puis, un jour, comme il est de la famille, on renoue. Tout à l’air de bien se passer jusqu’à ce qu’on découvre que le garçon s’est mis à son tour à infliger des sévices à un autre, sans que lui-même d’ailleurs y comprenne quoi que ce soit).

(2) Muriel explique que quand elle traite des jeunes agresseurs elle ne les « lâche pas » jusqu’à ce qu’ils remettent le monde à l’endroit et comprennent qu’ils ont fait quelque chose d’inadmissible. « Tu as subi des violences mais tu n’avais pas le droit de faire ça et on va analyser pourquoi tu as pu faire ça : parce que depuis ta naissance le monde est à l’envers, remettons le à l’endroit. Et il n’y a que quand ils dénoncent inlassablement ce monde et leurs actes en ce monde qu’ils peuvent « guérir ».

Victimes DE, mais pas « victimes par définition »

Aujourd’hui, je vais juste vous partager deux articles essentiels, qui parlent des femmes, des enfants et des hommes victimes de violences sexuelles, familiales et conjugales, et du fait d’être victime. Car en effet, jusqu’au sein du mouvement féministe, il y a parfois une confusion, entretenue par les libéraux, et par l’imprécision du langage, sur ce que l’on veut dire quand on parle de victimes. Quand, comme Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue, Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie et auteure de l’indispensable « livre noir des violences sexuelles qui vient de paraître » on se bat pour mettre fin au scandale de l’abandon et l’absence de soin aux victimes en France. Une absence de soin et un abandon des victimes qui est servi par un discours médiatique qui minimise systématiquement les violences qu’elles ont subi et la responsabilité de l’agresseur -dont il découlerait forcément la responsabilité globale du système, de la société.

C’est ce qu’elle développe dans l’article qu’elle a publié le 8 mai à propos de la libération de trois Américaines sequestrées, torturées et violées depuis des années :

« Nous sommes sous le choc de cette information qui est tombée le 7 mai 2013 concernant trois jeunes femmes de Cleveland aux USA disparues depuis 10 ans qui venaient d’être retrouvées, l’une d’entre elle ayant en l’absence de leur bourreau (pour l’instant un seul des trois frères Castro, Ariel Castro est inculpé) réussi à alerter un voisin en cherchant à s’évader.

Mais nous avons aussitôt assisté à tout un discours de minimisation et de négation de la réalité particulièrement intolérable avec l’habituelle incapacité de nombreux journalistes et spécialistes de nommer précisément les violences, de parler de leurs conséquences psychotraumatiques, et de les replacer dans un cadre plus politique de violences et de crimes sexistes commis par des hommes envers des femmes. Les mots crimes, viols, sévices, tortures, actes de barbarie ne sont que trop rarement entendus, les journalistes ne parlant surtout que d’enlèvement, de séquestrations, de calvaire, et même de syndrome de Stockholm… »
Pour lire la suite et la démonstration magistrale de Muriel, c’est ici :

http://stopauxviolences.blogspot.fr/2013/05/les-trois-jeunes-femmes-de-cleveland.html

Ces femmes, c’est très clair, ont donc été victimes DE : un homme, qui a perpétré de nombreux crimes contre elles, peut être plusieurs, et de la société qui n’a rien vu (et qui, très probablement, va tâcher de les culpabliser à un moment de quelque chose pour pouvoir éviter de se poser les vraies questions. Voir à cet égard la conclusion de l’article de ce matin du Huffington Post:

La police reste cependant perplexe: comment se fait-il que les gens rendant visite à Ariel Castro au 2207 Seymour street n’aient jamais rien remarqué de suspect? Pourquoi les voisins n’ont-ils jamais rien entendu? « Ariel tenait tout le monde à distance », avait souligné mercredi le chef adjoint de la police de Cleveland, Ed Tomba. « On ne sait pas encore à quel point Castro contrôlait ces jeunes femmes. Il va certainement nous falloir beaucoup de temps pour comprendre tout ça », avait-il ajouté.

Donc, elles sont victimes DE, et c’est des traumatismes subis qu’il faut les soigner, c’est pour les conséquences matérielles qui en découlent qu’il faut les aider. Pas parce qu’elles « seraient » des victimes. Elles sont des individues, dont une caractéristique -parmi d’autres- même si elle prend beaucoup de place dans leur vie en raison des explications données ci-dessus est d’avoir été victime DE. Pourtant, la société dans son discours insiste à les enfermer dans ce statut. C’est une façon d’en faire les responsables de ce qui serait un « état de fait ».

EkmanC’est aussi une nécessité politique libérale, comme l’explique admirablement Kajsa Ekis Ekman (l’auteure suédoise présente à l’abolition citoyenne du système prostitueur le 13 avril), dont le livre « L’être et la marchandise » sort en France, et qui explique comment la société « rend tabou la notion de victime, pour masquer l’existence d’agresseurs » :

« Comme tous les systèmes qui acceptent les inégalités, l’ordre néolibéral déteste les victimes. Parler d’un être humain sans défense, d’un être vulnérable, suppose en effet la nécessité d’une société juste et le besoin d’une protection sociale. Rendre tabou la notion de victime est une étape pour légitimer le fossé entre les classes sociales et les sexes. Ce procédé exige deux phases. D’abord, il faut affirmer que la victime est, par définition, une personne faible, passive et impuissante. Puisque les personnes vulnérables se battent malgré tout et développent de nombreuses stratégies pour maîtriser la situation, « on découvre » que l’idée qu’on s’est faite de la victime est inexacte. La personne vulnérable n’était pas passive, bien au contraire. Donc, nous dit-on, il faut abolir la notion de victime. En conséquence, nous devons accepter l’ordre social – la prostitution, la société de classes, les inégalités – si nous ne voulons pas étiqueter des gens comme des êtres passifs et impuissants ».

Ou la façon expliquée plus haut de confondre victime et sujet, appliquée au discours pro-protsitution. La suite des extraits de ce texte magistral est à lire ici : http://sisyphe.org/spip.php?article4415

S.G

La prévention des violences passe avant tout par la protection et le soin des victimes.

bannièrePJPEn écho à mon dernier article et pour poursuivre la réflexion, voici un texte important, le coup de gueule de Muriel Salmona, psychiatre psycho-traumatologue, présidente de l’Association mémoire traumatique et victimologie, sur l’absence des questions de santé et de soins spécialisés aux victimes.

Vous pouvez le lire en entier sur son blog Mediapart, en voici la conclusion :

Sortir du déni, protéger et soigner les victimes de violences est donc une urgence de santé publique. Ces conséquences psychotraumatiques sont encore trop méconnues, alors que leur prise en charge est efficace. Elle doit être la plus précoce possible. En traitant la mémoire traumatique, c’est à dire en l’intégrant en mémoire autobiographique, elle permet de réparer les atteintes neurologiques, et de rendre inutiles les stratégies de survie. Il est donc essentiel de protéger les victimes de violences et d’intervenir le plus tôt possible pour leur donner des soins spécifiques, il s’agit de situations d’urgence pour éviter la mise en place de troubles psychotraumatiques sévères et chroniques qui auront de graves conséquences sur leur vie future, leur santé, leur scolarisation, leur vie professionnelle, leur socialisation, et sur le risque de perpétuation des violences. Il est nécessaire de sensibiliser et de former tous les professionnels de l’enfance, des secteurs médico-sociaux, associatifs et judiciaires sur les conséquences psychotraumatique des violences.

La prévention des violences passe avant tout par la protection et le soin des victimes.

http://blogs.mediapart.fr/blog/muriel-salmona/021212/vous-avez-dit-droits-des-femmes

Par ailleurs, vous pouvez signer la pétition et le manifeste de la campagne violences et soins et la partager autour de vous : il faut des signatures massives ! http://stopauxviolences.blogspot.fr/2012/06/nous-accusons-manifeste-petition-signer.html

Une belle affiche, il faut aussi le dire !

Parfois, on me reproche d’être trop critique…alors je me dis c’est vrai, quand c’est bien, il faut le dire aussi !

C’est tellement difficile de dénoncer l’oppression sans la reproduire…et lors de l’atelier fait aux dernières rencontres des féministes en mouvement sur les femmes sans tête, ou la représentation des femmes en image, nous nous étions dit : il faut trouver les bons exemples ! N’hésitez pas à m’en envoyer si vous en trouvez d’autres…

Aujourd’hui, voici donc une belle affiche, découverte dimanche à la Mirabal, par le Collectif féministe contre le viol, est un bel exemple de comment le visuel et le message peuvent servir efficacement notre cause.

Voilà pourquoi je pense que cette affiche est bien :

elle s’adresse à la victime de viol sans la culpabiliser. Elle ne la montre pas de face mais c’est tout de même elle qui est dans la lumière. Et regarde vers l’avenir. Ensuite, le message :

Victime de viol
Vous n’y êtes pour rien
Le coupable c’est lui
Il n’avait pas le droit
C’est la loi

C’est simple, clair, précis, cela n’invisibilise pas le coupable, le violeur criminel, cela rappelle la loi. Et cela déculpabilise.
Et pour parfaire les choses, le message en bas : »NOUS POUVONS VOUS AIDER ».
L’association ici remplit son rôle de décharger les victimes de devoir tout faire. On ne leur dit pas, comme trop souvent ces jours-ci : c’est à vous de parler, de briser le silence. Mais on les rassure et on leur donne confiance, qu’elles ne vont pas rester plus longtemps seules.

C’est en fait la racine du message apporté par le Collectif féministe contre le viol et ça fait du bien !

S.G

A lire également :

https://sandrine70.wordpress.com/2012/04/04/un-festival-de-mortes/

https://sandrine70.wordpress.com/2012/04/09/denoncer-loppression-sans-la-reproduire/

https://sandrine70.wordpress.com/2011/06/17/peut-on-representer-les-femmes/

https://sandrine70.wordpress.com/2012/02/01/une-femme-sans-tete-cest-une-morte/

https://sandrine70.wordpress.com/2012/07/09/feterons-nous-labolition-du-systeme-prostitueur-aux-3emes-rencontres-des-fem/

Et du coup, je rappelle le numéro de Viol femmes informations : 0 800 05 95 95

Un jour, les moutons boufferont du loup (©M’zelle Eve)

Il y a tant d’initiatives, dont je voudrais parler…que je pourrais faire 3 billets par jour, rien que pour vous en informer !

Alors aujourd’hui, je vais faire un billet « en vrac », parlant de tout et…surtout pas n’importe quoi : de choses diverses, mais passionnantes, utiles, indispensables…

D’abord, un petit coup de chapeau au « collectif les moutons noirs », qui a son blog (que je vous conseille vraiment de visiter), sa page Facebook, et agrège une trentaine de talents (quelques femmes parmi elles, dont M’zelle Eve) pour dire en dessin ce que la société ne veut pas entendre. Et va faire paraître au printemps cet ouvrage collectif : « rien vu, rien entendu ». Il s’agit bien sûr de dénoncer le tabou de l’inceste : puisque la société ne veut pas entendre, les moutons noirs le disent, le dessinent, le crient sur tous les toits !

Dans le même ordre d’idées que la manifestation du 10 mars à Bastille à 13h30 pour la prise en charge des victimes d’inceste et de pédocriminalité – c’est d’ailleurs un mouton noir qui a fait l’affiche : « Il est temps d’élever nos voix ! Il est de notre responsabilité à toutes et à tous de protéger nos enfants des violences sexuelles ». C’est l’objet de la manif, pour laquelle vous retrouverez toutes les infos ici.

Avant cette manifestation, le 22 février, ce sera la journée des victimes. A 13h, un flashmob et un lâcher de ballons au Trocadéro, et un village ouvert avec des ateliers de prévention. Attention, pas de confusion : le but d’une journée européenne des victimes, ce n’est pas de célébrer une idéologie victimaire, mais juste le contraire : dire qu’on peut avoir été victime un jour, mais que ce n’est pas pour toujours, comme je l’écrivais l’an dernier.

Enfin, pour être un peu moins parisienne, une info marseillaise, à noter pour le mois prochain :du 12 au 17 mars au studio de la Friche de la Belle de Mai à Marseille, une exposition « contemporaines », dans le cadre de la journée internationale des femmes, tous les après-midi de 16h à 19h30, une artiste contemporaine sera mise à l’honneur : CLAIRE DANTZER, GASC DEMOLITION MÉGALO, JAVIERA TEJERINA-RISSO, MÉLANIE TERRIER EMMANUELLE SARROUY, et FRANCOISE SEMIRAMOTH, dont je vous avais parlé ici et dont je vais enfin pouvoir voir le travail « en vrai ».

En effet, le samedi, aura lieu une table-ronde, à laquelle je participerai pour le festival femmes en résistance, pour parler de l’accès toujours si difficile des femmes à la création contemporaine…financements moindres, visibilité moindre, distribution moindre, lors d’une table-ronde où seront également présentes : • Françoise Donadieu, écrivaine, Didier Gourvennec-Ogor, directeur de la galerie Gourvennec-Ogor • Patricia Guanel, danseuse contemporaine,  Nathalie Heinich , sociologue , Sonia Jossifort, Administratrice de – H/F Ile-de-France, association pour la parité dans les
domaines de l’art et de la culture, Lydie Marchi, directrice de SAFFIR, galerie nomade et co-fondatrice de La Ruche.

Autour de « l’affaire » : à lire et diffuser – où aider les victimes, plutôt que les faire taire

Après la mobilisation de dimanche, la présence d’Osez le féminisme dans les médias pour dénoncer le sexisme ambiant, de nombreux articles ont contribué et contribuent encore à remettre les choses en place après les premiers jours de commentaires sur l’affaire DSK.

Plusieurs articles ont particulièrement retenu mon attention. Je citerai, d’abord, cet article de Mona Chollet, « les informulés d’une rhétorique sexiste », qui résume bien la situation… Ensuite, la prise de position des féministes américaines et internationales, à lire sur le site du CNDF, cet article du Monde, une leçon de démocratie, cette article de la philosophe Michela Marzano sur la façon dont la France donneuse de leçons peut en effet en recevoir. Cela donne aussi l’occasion de lire ou relire cet extrait d’Andrea Dworkin, féministe américaine qui affirme que la violence sexuelle et la pornographie, sont du terrorisme (imposition de la terreur). Son propos est à mettre en perspective avec le  travail remarquable de toute l’équipe de l’Association Mémoire traumatique et victimologie, avec les deux articles ci-dessous. Celui de la vice-présidente, Sokhna Fall, à propos de Lolita de Nabokov ou comment la société à transformé la victime créée par le grand écrivain, Dolores Haze, en « Lolita », et cel communiqué signé par Muriel Salmona, Présidente et Judith Trinquart, Secrétaire générale, qui fait le tour de la question. Comment, en effet, les violences sexuelles, à commencer par celles commises sur les enfants, sont celles qui, avec la torture, sont les plus lourdes de conséquence. Et comment leur négation persistante, maintient le système de domination, et empêche que les victimes puissent être prises en charge, et espérer un jour, ne plus l’être.

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