W.Allen : 47 nuances de domination masculine

Ecrire sur Woody Allen. Dur. D’abord, quand on a été fan. Et qu’on se réjouissait tous les ans de la sortie de ses nouveaux films. Manhattan, Annie Hall, Stardust Memories, Radio Days, Zelig, La rose pourpre du Caire, Another Woman…mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, alors que sort sont 47e film, « Café Society » à Cannes, voilà pourquoi je ne veux plus m’intéresser à l’oeuvre du réalisateur, reflet d’un société qui n’aime pas les femmes et les enfants, une société dont -justement- je ne veux pas.

la rose pourpre du CaireA une époque où, le réalisateur new-yorkais n’avait pas encore la cinquantaine, et semblait être encore dans le doute existentiel, pas dans la célébration du « plaisir dû aux hommes ». De Woody Allen, j’aimais l’auto-dérision permanente. Il se moquait en permanence de lui-même. Et en face, il y avait des personnages de femmes qui, si visiblement il ne les comprenait pas, avaient souvent plus l’air de savoir où elles en étaient que lui. Bien sûr, si aujourd’hui, je revoyais ces films, je verrais probablement poindre sous la carapace, une vision à tendance masculiniste (d’ailleurs, l’affiche ci-contre n’est pas tendre pour Mia Farrow, que je n’aimais pas à l’époque) : les hommes étaient tellement perturbés par des femmes s’affirmant avec le féminisme…

De Crimes et délits

Je me souviens que, à la fin des années 1980, malgré les critiques dithyrambiques à l’égard de ce film, je n’avais pas « réussi à aimer » Crimes et délits, sans bien comprendre pourquoi. Je l’ai revu depuis, et j’ai de nouveau ressenti la même chose. Il me semble que c’est un film charnière, vers la veine des films les plus sexistes de Woody Allen. Aujourd’hui encore, il fait partie des références absolues pour les critiques du cinéaste : Crimes et délits, au départ appelé « Frères » (si, si !), est ainsi le chef d’oeuvre absolu selon Télérama. Il « passe devant » Manhattan et Annie Hall, et devant Hannah et ses soeurs (un de mes préférés). Alors, qu’est-ce donc qui ne me va pas dans cette façon de voir les films ?

Jeu, set et match point

Autre indication : en numéro 5 classement de Télérama, l’autre film que j’ai le plus détesté, mais alors franchement détesté, pour son regard sur les femmes : « Match Point », qui est un peu le pendant de « Crimes et délits ». Le film est remarquablement fait. Mais l’héroïne est sacrifiée. Elle est totalement objectifiée et méprisée avant d’être éliminée. C’est le deuxième tournant, où l’homme emporte le point décisif du match homme-femme.

Le réalisateur, qui pour moi célébrait l’intelligence à l’écran, a désormais décidé de regarder le monde d’une façon totalement désespérée et désespérante…pour les femmes. Alors, il est déjà un vieillard sûr de lui, qui explique qu’il « ne lit jamais rien de ce qu’on dit sur lui », et qui trouve que cette situation désespérée -qu’il critiquait peut être encore dans « Crimes et délits », il faut au moins en tirer du bénéfice. iLe monde est pourri, mais puisque les hommes y prennent du plaisir, pourquoi se priver ?

Scarlett Johannson sacrifiée

Alors il choisit les actrices les plus belles du moment, et les attire irrémédiablement dans son piège : Woody Allen, contrairement à Hitchcock, qui, même s’il y avait de la réification (et de la violence de sa part sur les tournages), se sent surtout tout petit face à ses actrices, ne magnifie pas les femmes à travers de belles actrices. Car elles sont uniquement représentées comme des objets du regard pornifiant du réalisateur, des objets de plaisir -mais quel plaisir- pour les hommes. A aucun moment on ne peut avoir envie d’être à leur place, ni d’être avec elles. Je pense à Cate Blanchett dans « Blue Jasmine ». Je n’en ai pas de souvenir particulier. Alors que pour sa prestation dans « Carol » , la simple esquisse d’un sourire sur son visage, réussit à me bouleverser. Parce que le regard sur elle est différent. C’est un regard qui la fait exister, qui la rend femme, être humaine, qui nous fait éprouver de l’empathie.

Le regard de Woody Allen sur les femmes depuis longtemps, ne me fait qu’éprouver de la peur pour elles.

Représentation de la sexualité : de la masturbation à la fellation et à la prostitution

C’est assez intéressant de se pencher sur la représentation -essentiellement parlée- de la sexualité dans ses films. Pendant longtemps, la masturbation -masculine- était au coeur de son discours, avec de l’auto-dérision, des interrogations sur ce qui pouvait procurer le désir. Depuis deux décennies, la fellation, représentée comme une prestation de service sexuel et pas un moment dans un échange sexuel réciproque, l’a emporté.

Il semblerait qu’Allen a ainsi dépassé, compris ce qui jusque-là le bloquait : un « puritanisme féministe »(2), qui reproche aux hommes de faire des femmes-objets, qui voudrait que la liberté sexuelle soit pour tout le monde, et qu’il y ait égalité et non domination dans les rencontres sexuelles et amoureuses. Les femmes, sujets de leur désir, c’est moins agréable apparemment que d’en faire des objets, des possessions, et des prestataires de services. Ainsi, je le montrais dans ma critique de To Rome with Love (To Rome with Rape !), où le réalisateur allait jusqu’au bout de la logique : le jeune vierge effarouché qui ne connaît rien à l’amour, s’en sort grâce au service d’une prostituée tombée du ciel qui va lui apprendre la vraie vie…

Les années 1990, années du backlash allenien

C’est donc en 1989, avec Crimes et délits, que se situe je pense la charnière de ce qui va devenir la « deuxième partie de l’oeuvre » du désormais presque sexagénaire.

Charnière entre un Woody Allen qui s’interroge sur l’équilibre du monde, sur l’équilibre entre les sexes et qui visiblement n’y trouve pas son compte, et un Woody Allen qui n’a plus rien à nous dire sur ce monde. Car il ne doute plus : il a trouvé. Il a trouvé quelle devait être la place des femmes. Et il a trouvé, dans la vraie vie, la femme de sa vie, qui correspond à tout cela (alors que Mia Farrow, avec qui il n’a jamais vécu, qui a adopté 14 enfants, et qui faisait beaucoup « comme elle l’entend », était tout autre).

Soon-Yi, Dylan et Woody

En 1991, éclate en effet une affaire qui fait scandale dans la vie de Woody Allen et nous amène jusqu’à aujourd’hui : il entretient -depuis combien  de temps ? -une relation sexuelle et amoureuse avec Soon-Yi la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow. Celle-ci le découvre par hasard, par le biais de Polaroïds de sa fille nue retrouvés chez son compagnon, photos « presque pornographiques ». Il pense à l’époque que ce ne sera qu’une aventure. Mais depuis le scandale, il a décidé de l’épouser, et est toujours avec elle.

Et en parle : « Et dans un sens, sans que cela vienne de moi ou d’elle, la dynamique était en marche. J’étais sa figure paternelle. […] J’aime sa jeunesse et son énergie. Elle est déférente envers moi et je suis heureux de lui offrir l’opportunité de prendre des décisions et de la laisser prendre en charge autant de choses. » 

Récemment, il disait même tout ce qu’il lui avait apporté, comment il avait changé sa vie, d’une enfant des rues en Corée à la femme d’un grand réalisateur…(ce n’est pas lui qui l’a adoptée, je rappelle…) « J’ai vraiment réussi à lui rendre la vie meilleure », dit-il. Bon et elle ? Que lui a-t-elle apporté ? « Beaucoup de plaisir », répond-il…

 La vie rejoignant la fiction, la femme retrouvant sa place, ou plutôt la fiction rejoignant la vie ?

Une histoire modèle

Bon, il y a Soon-Yi : j’aurai toujours du mal à penser que tout est normal dans le fait de sortir avec la fille de sa compagne, alors même qu’elle est adolescente, à peine adulte, et qu’on la connaît depuis dix ans. Mais il y a aussi Dylan, sa fille adoptive, qui a dénoncé l’agression sexuelle dont elle dit avoir été victime alors qu’elle avait 7 ans et qu’Allen était en plein divorce avec Mia Farrow. A ce moment là, le divorce était conflictuel, mais pas encore « guerrier ». Pour en savoir plus sur cette histoire, et les allégations qui poursuivent Allen jusqu’à aujourd’hui, voilà un article intéressant sur la vie de Mia Farrow.

Des faux-souvenirs ? 

Celle-ci, est typiquement accusée par Allen de folie destructrice liée à la déception d’être rejetée. C’est troublant, quand on sait qu’elle avait déjà divorcé deux fois (du grand chef d’orchestre André Prévin et de Frank Sinatra) et que cela ne s’était jusque là pas produit. C’est troublant, quand on sait que depuis, les seuls qui ont finalement souffert, c’est tout le monde sauf lui…qui explique que tout ça, il n’y pense plus depuis longtemps (c’est ce qu’il a dit à Cannes cette année après avoir expliqué qu’il ne lisait pas ce qu’on dit de lui, en référence à la lettre de son fils Ronan qui soutient sa soeur).

C’est troublant surtout, quand on sait que disqualifier la mère est en général l’arme préférée des prédateurs, des agresseurs sexuels, qui prétendent que les mères seraient capables d’installer des faux-souvenirs dans la tête de leurs enfants(1). Mais qu’aucune observation sérieuse et scientifique n’a jamais donné le moindre crédit à cette théorie. Bien au contraire.

Lire une réalité à travers l’oeuvre

Bref. Tous les faits de cette histoire, tels qu’ils sont connus via la presse, entrent dans la logique du déni des violences sexuelles commises contre les enfants. Et cela me suffirait déjà pour ne plus vouloir aller voir un film d’Allen.

Mais aussi, et c’est ici le propos principal, je trouve que l’analyse dans le temps des films eux-mêmes,  d’un point de vue féministe, suit étrangement  le fil de ce qui se passe dans la réalité. Comme si, le réalisateur, sans illusion sur le monde et la morale, avait fini par s’en accomoder, n’ayant plus grand chose à dire la plupart du temps, mais nous montrant tout de même comment les hommes y prennent du plaisir, et ne faisant plus que calquer sur la tendance pornifiante de l’industrie cinématographique, tournée vers ce plaisir masculin (obtenu par l’érotisation de la violence, évidemment).

Au delà donc même de la vie de l’artiste, que certains pensent devoir dissocier de l’oeuvre, je n’attendrai pas que l’oeuvre atteigne sa cinquantième nuance de domination masculine pour cesser de m’y intéresser.

Sandrine Goldschmidt

(1)Au fait, comment est-ce qu’on met des faux-souvenirs récents dans la tête d’un enfant ? Parce qu’il me semble que dans la théorie d’origine, on accusait certains psys d’implanter des faux souvenirs dans la tête de leur patients, en leur faisant accorder de la crédibilité à  leurs fantasmes enfantins d’agressions sexuelles par les adultes ?  Mais là, des faux-souvenirs alors qu’on a 7 ans ?

(2) Je fais bien sûr ici écho à l’hallucinante blague de Laurent Laffite, qui semble trouver que reprocher à Polanski le viol d’une jeune ado de 13 ans est du puritanisme américain !

Rétro (2) : nous ne voulons pas de votre propagande au cinéma (et ailleurs)

Je choisis ce jour exprès pour vous parler de propagande, celle millénaire de la naissance du Christ ayant si bien réussi et tenu la distance…on comprend mieux qu’on soit capable de nous faire accepter n’importe quelle vessie pour des lanternes…

Cette année, donc, je me suis souvent intéressée à la propagande de l’impunité des violeurs. Il y aura forcément plusieurs chapitres à ce passage, tellement il y en a. Par exemple, cet article, à partir des écrits de Rebecca Whisnant, s’y retrouvera certainement une seconde fois :

https://sandrine70.wordpress.com/2012/05/18/la-pornographie-cest-la-theorie-et-le-viol-la-pratique-bouleversement-radical/

1-Quelques exemples de propagande médiatique, au cinéma et ailleurs

Celui-ci a sûrement sa place ici, et comme il a beaucoup fait réagir, je suis contente de le remettre : Pour en finir avec le poil

Bon ça, c’est pour le plaisir d’allumer le triste et gris sir gray : Si Mars est plus petit que Vénus…

Toujours, le backlash, entre Anne Sinclair qui est féminisme parce qu’elle se sent libre mais surtout Jean-Michel Carré, dont on passe les films creux et propagandistes quand l’imposture n’a toujours pas été diffusée ailleurs qu’à Femmes en résistance

Et au cinéma ? 2012 aura été l’année du scandale de Cannes, avec 0 réalisatrice en compétition.

Sachant que les Oscars n’avaient guère fait mieux : 7 sur 9 des films nominés aux Oscars ne passent pas le Bechdel test

Sans parler des Césars et des films de propagande pro-prostitution on y revient : https://sandrine70.wordpress.com/2012/02/27/cesars-oscars-hasta-la-vista-et-elles-des-cliches-au-cinema/

Cannes, donc, avec la révolte de La Barbe : La Barbe à Cannes, analyse et révolte 

et Cannes, le palmares ou la pléïade du cinéma des hommes

A ce propos, une palme d’or qui déguise la violence conjugale ultime en débat sur la fin de vie : Amour, vraiment ?

Un petit amusement né d’une constatation pour le moins révélatrice de la propagande : Les filles naissent-elles un balai à la main ?

Un grand énervement face au sous-film tourné par Woody Allen, qui ne sait plus faire autre chose que la propagande du viol :

To Rome, with Love ?

2-Des remèdes à la propagande !

Mais aussi, je vous parlerai des bonnes surprises, des souffles d’air, des luttes contre ces états de fait :

Dans la musique, quand des artistes lyriques s’emparent et redécouvrent le répertoire des femmes musiciennes de l’ère baroque :

https://sandrine70.wordpress.com/2012/01/16/les-femmes-musiciennes-depuis-dix-siecles/

Des films, qui font du bien : https://sandrine70.wordpress.com/2012/01/20/louise-wimmer-creve-lecran/

Une surprise dans un film qui n’aurait pas dû attirer mon attention : la préoccupation d’une réalisatrice pour la question dont je vous reparlerai dans un autre chapitre et qui a tout à voir avec la propagande de notre déshumanisation : les femmes sans tête : https://sandrine70.wordpress.com/2012/04/25/plan-de-table-la-tete-du-choix/

J’ai contacté la réalisatrice, qui m’a répondu : https://sandrine70.wordpress.com/2012/04/30/plan-de-table-la-reponse-rejouissante-de-christelle-raynal/

et surtout, le magistral Les femmes du bus 678, nos héroïnes, 

sur le harcèlement sexuel subi par les femmes égyptiennes dans les transports en commun, et la prise de conscience ou révolte de trois d’entre elles.

To Rome, with Love ?

Il fut un temps où, sans être moins androcentré pour autant, ses films me faisaient rire, réfléchir, découvrir le cinéma.
Ce temps lointain et révolu m’a poussé à aller voir le dernier « film » de Woody Allen, panthéonisé du 7e art de la comédie sentimentale, ce genre cinématographique qui nous explique avec talent que l’amour, c’est le viol, et le viol, l’amour.

C’est pour cela aussi que je continue à voir ce genre de films, pour pointer du doigt comment on peut arriver à ça et que certain-e-s ne soient pas choqué-e-s : https://sandrine70.wordpress.com/2012/06/15/quand-le-viol-fait-basculer-lhistoire/

Ainsi, dans une comédie tout aussi débile qu’inepte, qui prétend montrer comment Natalie Portman est soi-disant libre mais va bien au final devoir s’avouer son goût pour la romance (pire que les dessins animés pour enfants), une scène de coït est présentée comme le comble de l’amour romantique. Chrono en main, en 45 secondes, le héros et l’héroïne ont le temps de se retrouver nus, de trouver un préservatif, lui de la pénetrer, eux de jouir, et de se fermer la bouche. C’est elle qui commence, mais lui, au dessus, qui continue…

Dans le dernier Woody Allen, qui s’aventure à Rome, ville romantique aux lumières doucereuses, plusieurs histoires de couples, avec là aussi a priori, des femmes diverses, émancipées, ou pas, mais avec des rôles presqu’aussi importants et presqu’aussi nombreux que ceux des hommes. Des rencontres amoureuses, des histoires de mariage, d’adultère, tout simplement ?

Pas tout à fait. Voici, en 5 points, comment le Woody Allen qui il y a 40 ans avait l’intelligence de s’interroger et de faire de la dérision sur son propre ridicule amoureux, en vient à nous montrer qu’à son âge il ne voit plus les femmes que comme des cruches à pénétrer, les scènes d’amour comme des viols, et l’espoir de la sexualité dans la prostitution (d’ailleurs, si je croise Pénelope Cruz, je lui dirai deux mots du petit jeu auquel elle s’est prêtée..)

Je ne vais pas raconter l’histoire, qui n’a vraiment ni queue ni tête…mais vous décrire les circonstances des scènes de rencontre ou d’amour :

1-entre le bel italien et la belle américaine : elle est sur une des grandes piazzas de Roma, une carte à la main, et…perdue…belle blonde, petite, elle demande son chemin à…un bel et grand italien…on se croirait presque dans une balade de sorcières nocturnes autour de l’île Fanac (allusion private, désolée pour les autres). Qui va l’emmener à la fontaine de Trevi, où ils tombèrent amoureux…

2-la femme de l’italien lambda. Le film est ponctué par la présence de Roberto Benigni, qui y joue Pisanello, un quidam totalement lambda qui d’un coup se trouve sous les feux d’une célébrité tombée du ciel. Tout le monde veut tout savoir de comment il beurre ses tartines, décrete le bas filé de sa femme « tendance », et se retrouve assailli de belles femmes plus grandes que lui (mannequins juchés sur des pointes de torture). Critique de la célébrité certes, mais surtout, affirmation de ce que doit faire sa femme dans la circonstance : « il faut bien qu’elle accepte de partager son Pisanello avec les autres femmes ». Et une fois la célébrité finie, elle est toujours là…

3-le jeune premier amoureux de l’actrice, meilleure amie de sa femme, surveillée par un golleck plus vieux déjà tombé dans le piège (Alec Baldwin, el traditionnel personnage extérieur à l’histoire et irréel qui donne la morale). Elle est actrice, donc séductrice, dit-il, prête à tout pour réussir ou piéger et faire « sortir des règles » le pauvre garçon bien sage qui bien sûr n’y peut rien…résultat : cette jeune femme prête à tout se contrefiche de sa meilleure amie et donc, si deux femmes se parlent, c’est pour mieux se trahir, se retrouver rivales…

4-La psychiatre, femme de Woody Allen, metteur en scène raté. Elle livre une analyse juste et permanente des faiblesses de son mari, et passe l’intégralité du film à ne pas être entendue…

5-et 6- Les jeunes mariés. Ils arrivent de leur cambrousse à Rome en voyage de noces et lui veut rencontrer les riches de sa famille pour trouver un bon travail.

5- la femme

Elle, pour faire bonne impression, cherche un salon de coiffure, mais évidemment, elle se perd. Et, sotte qu’elle est, ne connaît pas le nom de son hôtel. Voilà qu’elle va tomber sur un tournage avec une star du cinéma italien, considéré comme une « symbole sexuel » (je vous laisse imaginer la bedaine…), qu’elle révère. Il l’invite à déjeûner, puis à son hôtel, et là elle décide qu’elle ne peut pas risquer le regret éternel de ne pas avoir couché avec lui. Bien sûr, il l’a fait boire, à plusieurs reprises, il lui a dit qu’il n’était pas question qu’elle revienne en arrière maintenant qu’elle était allée jusque là. Cette scène de séduction, n’est donc bel et bien qu’une…scène de viol, bien déguisée.

Pire, arrive alors un jeune bellâtre qui veut braquer le riche acteur. Sur ce, la femme de ce dernier débarque et risque de prendre son mari en flagrant délit d’adultère. Que croyez-vous qu’il se passe ? Le jeune bandit propose à l’acteur de le remplacer dans le lit, comme ça l’épouse n’y verra que du feu. Ce qui montre bien ici que la lutte des classes est bien moins importante que la solidarité masculine. Après l’avoir menacé d’un pistolet, il le sauve…

Et alors, le mari trompeur repart, le jeune se retrouve toujorus dans le lit avec la jeune femme, qui va bien sûr consentir à cette aventure formidable, surtout que depuis le début de la scène, l’homme a toujours le pistolet à la main…

6- l’homme

Ah, et le jeune vierge effarouché, que lui arrive-t-il ? Alors qu’il attend le retour de sa femme, une femme frappe à la porte. C’est Penelope Cruz, qui joue une prostituée qui va dans la mauvaise chambre, qu’on a déjà payée pour assouvir tous les désirs du monsieur. Et voilà que Woody Allen nous donne sa nouvelle morale : cette jeune femme, superbe, qui croise en une journée au moins une dizaine de ses clients (des pauvres hommes pas satisfaits pas leur femme, j’imagine) et qui ne semble pas du tout affectée par cela, va faire « l’initiation du garçon », qui n’osait pas faire certaines choses avec sa femme, « la santa madonna » (oui, cela pourrait être une critique féministe, mais cela n’est que de la beaufitude à deux balles. A la fin de la journée, le jeune soi-disant déniaisé, retrouve sa femme, elle « contente » d’avoir été violée et lui d’avoir payé pour l’immunité du sien…

Alors si la critique a descendu le film pour sa piètre qualité « cinématographique », je me dévoue donc pour en rajouter une couche, et en descendre la qualité humaine… et c’est triste-effrayant-logique de constater qu’en bon soutien de Polanski, et après 40 ans de cinéma, « le 7ème art patriarcal » n’a pas mené le réalisateur plus loin que de trouver en la prostitution la réponse à ses interrogations sur la sexualité…

Encore une fois, avec les « grands réalisateurs » mondiaux, les moutons du patriarcat sont bien gardés…
S.G