Et si les femmes avaient leur mot à dire…

Pas facile de s’exprimer sur la question du voile intégral… surtout si on veut essayer d’être nuancée. Voici, un peu revu, l’article que j’ai écrit il y a quelques semaines. La lecture de cet article d’Alain Lipietz sur son blog m’a donné envie de dire seulement deux trois petites choses sur le sujet :

– On est encore une fois confronté-es, avec la proposition de loi sur le niqab à une logique répressive qui est celle de notre gouvernement actuel. Comme pour la loi sur le racolage pour la prostitution (voir billet précédent), on choisit, en proposant de donner une amende à une femme qui porte le niqab, la voie de la répression de la personne qui est sujette de l’oppression, et non la lutte contre celui qui opprime. Une constante des politiques conservatrices.

– La loi doit sanctionner les violences faites aux femmes. Cela fait plusieurs années que nous revendiquons que la loi soit plus complète, et surtout que son application soit mieux pensée, que suffisamment de mesures d’accompagnement soient prises. Les violences faites aux femmes, ce n’est pas une affaire de religion, d’origine, c’est un fléau universel, qui transcende toutes les sociétés, y compris la République. C’est un fléau grave, fruit du patriarcat, auquel il faut s’attaquer quotidiennement, encore et toujours, et sûrement pendant encore des années, voire des siècles. Alors je dois avouer que je suis un peu étonnée de voir la même Elisabeth Badinter, qui dans « Fausse route », mettait en cause l’importance de ces violences en contestant l’enquête enveef (enquête nationale sur les violences envers les femmes en France) , s’ériger en défenseure des femmes en disant qu’il faut leur interdire le voile. Que c’est pour leur bien, pour empêcher que la burqa soit la seule solution aux agressions dont elles risquent d’être victimes si elles s’habillent comme elles le souhaitent.

Il y a là pour moi une espèce de contradiction profonde. Pense-t-elle raisonnablement que c’est en interdisant aux femmes musulmanes de mettre un voile qu’on va solutionner le problème de la violence sexiste ? La seule solution pour les femmes qui le font « sous influence », sera sûrement de rester à la maison. Là, on ne les verra pas, la société ne sera plus « dérangée ». Mais l’oppression, elle, sera toujours là.

-Le problème principal est-il dans le port du voile intégral ou dans le fait que encore aujourd’hui les femmes ne peuvent pas se promener dans la rue en sécurité, sans être victimes de remarques, d’injures et/ou de violences physiques parce qu’elles ont envie de décider pour elles mêmes de leur apparence, de ce qu’elles ont envie de faire dans la vie, de leur orientation sexuelle, de leur destin ? Ne faut-il pas plutôt s’interroger sur le pourquoi, dans la France républicaine du XXIème siècle, on n’arrive pas à être dans une vraie égalité des devenirs pour les femmes, pour toutes les femmes, y compris celles qui n’ont pas la même culture d’origine que Mme Badinter ? Une politique qui permette de les laisser décider pour elles-mêmes de la façon dont elles veulent se vêtir ?

-Par ailleurs, évidemment, je préfèrerais que les femmes ne se cachent pas derrière une burqa (je parle de celles qui le font volontairement). Mais est-ce à la loi de dire aux femmes : vous ne devez pas vous habiller ainsi, parce que c’est un signe de votre oppression, moi, je le sais ? N’est-ce pas encore une infantilisation des femmes ? On leur dit ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas faire ? Parce que si on pousse cette logique là jusqu’au bout, doit-on leur interdire d’être en couple avec un conjoint violent ? Quand une femme est victime de violences, lui donne-t-on une amende si elle ne veut pas porter plainte parce qu’elle a des sentiments pour son conjoint ou qu’elle est sous son emprise ? La loi doit-elle lui interdire de rester avec lui ?

Je doute que qui que ce soit parle d’aller jusque là…

Récemment le rappeur OrelSan portait plainte contre les féministes qui protestent contre les appels à la violence envers les femmes contenus dans ses chansons, et on nous dit qu’on ne peut pas l’interdire au nom de la liberté d’expression… alors les appels à la violence, on ne peut pas les interdire, mais quand il s’agit de la tenue vestimentaire des femmes, on a le droit ?

Alors, moi aussi, quelque chose me heurte quand je vois ces images de femmes en niqab, cela me fait mal et j’ai envie de dire, « soyons libres ». Mais je ne crois pas que c’est en approuvant la loi répressive et sans accompagnement aucun ni politique d’envergure en matière de lutte contre les violences faites aux femmes qu’on résoudra le problème.
Commençons par une politique nationale pour l’égalité femmes/hommes, qui aide les jeunes filles issues de tous les milieux à être maîtresses de leur destin…

Sandrine Goldschmidt

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6 réflexions sur « Et si les femmes avaient leur mot à dire… »

  1. Bonjour Sandrine,
    je viens de lire ton nouvel article et je suis d’accord avec de nombreux points que tu y soulèves… A quelques exceptions…
    Tout d’abord, je reconnais ne pas (ne plus?) avoir rellement de problème avec le principe de répression. En effet, je me rend compte quotidiennement que nombres des violences faites aux femmes que nous traitons dans l’association où je travaille ( et dans d’autres) ne pourront être éradiquées que par une répression ferme et exemplaire. J’en suis de plus en plus convaincue même si je crois aussi à une réelle politique éducative (et non plus préventive).
    Concernant le problème spécifique du voile intégral, je considère désormais que mon objectif primordial n’est pas (n’est plus?) d’aider ces femmes (pour celles qui affirment le porter « librement »)à sortir de leur condition d’être inférieur, mais tout simplement à me protéger, moi, mes camarades et toutes celles qui veulent vivre librement et de manière égalitaire, de l’influence des esclaves « volontaires ». Ce qui me déplait dans la vision de ces femmes cachées (que je croise régulièrement dans mes périgrinations franciliennes), ce n’est pas ce qu’elles vivent, je n’ai finalement que peu d’empathie envers elles, mais la dichotomie qu’elles renvoient. Elles sont pures, respectables, pudiques de par ce qu’elles portent… Je suis sale, peu respectable, impudique. C’est cela que je supporte pas.
    Nombre d’entre elles témoignent dans les médias (qui leurs ouvrent toutes grandes leurs portes, avides de sensationel) de leur « émancipation », de leur « liberté », de leur « c’est mon choix, c’est mon droit ». Je vois en elles des ennemies, même si je sais que cela n’est pas très féministement correcte.Je ne veux pas d’elles dans ma société et dans celle où je pourrais un jour mettre au monde des enfants (filles?). Je n’ai donc aucun état d’âme quant à une possible répression du port du voile intégral. La seule crainte que j’ai, c’est que la sur-médiatisation du voile intégral et sa condamantion, aboutisse à une certaine « normalisation » du simple voile ou hidjab, que j’execre tout autant.
    Justine

    1. Justine, je te reconnais bien là ! Je ne suis pas contre la répression mais pour moi là, ce n’est pas contre les bonnes personnes, et il s’agit d’une politique réac gouvernementale et présidentielle…qui se sert de ça pour bien dire ce qui est bien (nous) et ce qui n’est pas bien (l’autre). Je pointe dans ton ressenti quelque chose qui m’interpelle : moi, je ne me sens pas du tout sale ni peu respectable de ne pas porter de voile ou autre niqab, même si d’autres pensent cela. Le vrai problème est :

      comment

      aujourd’hui, faire « reculer » le backlash, comment créer cette société plus juste où tu veux un jour mettre au monde des enfants…et je suis assez convaincue que les lois et autres interdictions ne sont pas le bon moyen d’y arriver.

  2. Bonjour Sandrine, Justine et les autres,
    pour une vieille féministe comme moi, le développement du port du voile (intégral ou pas) est un des signes du retour en force du conservatisme, du sexisme comme le discours naturaliste, la montée en charge des anti IVG, la fermeture des centres IVG, les menaces contre le planning familial, etc…
    Cependant, le fait que des femmes veulent, doivent, soient obligées (qu’on leur fasse croire qu’elles veulent)par leurs paires et/ou les représentants mâles de se couvrir peu ou prou car leur corps serait au choix une tentation intenable pour les yeux et le reste des hommes, un objet d’adoration pour un seul homme, la marque unique et centrale de leur identité, est une marque forte du sexisme anti femmes, qui leur refuse le droit de se montrer telles qu’elles sont, avec un corps, une tête, un coeur, des idées, …
    Par ailleurs, une partie essentielle de notre réalité d’existence tient au regard de l’autre ; se soustraire volontairement ou pas à ce regard c’est cesser d’exister qu’on le veuille ou pas ; ne montrer de son enveloppe charnelle qu’une partie « non excitante » c’est d’une part se réduire à un objet érotique, d’autre part se stigmatiser au regard de l’autre et ne plus exister que par cette particularité, ce qui est une façon comme une autre d’isoler ces femmes.
    Notre arsenal juridique, déjà fort répressif, contient suffisamment d’articles (sécurité publique) pour que des femmes non reconnaissables par les traits de leur visage ne puissent pas accéder aux services publics, sociaux et marchands de la société française.
    Certes cela aura pour inconvénient que quelques unes d’entre elles seront encore un peu plus enfermées, mais d’autres (je fais le pari qu’elles seront bcp plus nombreuses) réfléchiront et affronteront le regard de leurs pairs et paires.
    Ceci ne doit pas empêcher de travailler à la prévention de ces situations (décloisonnement des quartiers, accès au ressources économiques, intellectuelles, culturelles, sociales, etc…, obligation de déclaration des imams liberticides, …) et de porter une attention toute particulière à l’ensemble des violences subies par les femmes, qu’elles soient ou non musulmanes, en ayant en tête que ces assignations faites aux femmes ont aussi existé en Occident et que la laïcité a été un des ferments de la libération féminine.
    Il y aurait tant à dire !

    1. Françoise, je suis bien d’accord avec toi : sur ce que peut représenter l’enfermement du voile intégral, nous sommes bel et bien toutes d’accord. Sur le fait que le conservatisme gagne du terrain…Je suis également d’accord avec toi (pour l’avoir entendu ce matin dans la voix d’une députée socialiste, j’ai trouvé l’argument très bon) qu’il n’y a pas besoin d’une loi, et que nous avons déja la possibilité réglementaire de demander à une femme qui se présente dans un service public de se dévoiler…parce qu’il est nécessaire qu’on puisse vérifier son identité. Ce que je rejette, c’est la hargne que j’entends par certaines voix à cristalliser tout sur cette question , ce qui à mon avis fait le jeu du gouvernement actuel et de sa logique répressive envers les victimes. Un exemple : ce matin, j’étais au passionnant colloque du mouvement abolitionniste sur la prostitution, il a fallu que quelqu’un demande aux parlementaires ce qu’ils attendaient pour voter une loi sur l’interdiction du voile intégral…on ne leur a pas demandé ce qu’ils attendaient pour voter une loi (en tout cas pas de cette manière) sur la pénalisation de l’achat d’acte sexuel…mais sur le voile…et bien sûr, le député UMP qui était là a été bien ravi de répondre qu’il faisait partie de ceux qui signaient la proposition de loi.

  3. Concernant l’arsenal législatif qui serait suffisant, permettez moi d’en douter… Souvenons nous du débat sur le port du voile à l’école en 2004, plusieurs années auparavent (presque 20 ans), lors des précédentes « polémiques », on nous avait dit que l’arsenal législatif était « suffisant ». Mais face au flou artistique, aucun chef d’établissement n’osaient agir et interdire expréssement le port du voile dans son école. Il a fallut une « loi » pour qu’ils se sentent autorisés à le faire….Ey cette loi a porté ses fruits, je le constate. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes exactement dans la même situation, j’espère que nous ne reproduirons pas les mêmes erreurs qu’en 1989…
    Concernant le manque de courage de nos chers politiques sur d’autres questions liées aux femmes et/ou aux violences, je suis bien d’accord. Pour ma part, je suis aussi favorable à la création d’une loi pénalisant l’achat d’acte sexuel.

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