8 décembre : la fête des lumières, et tenir jusqu’à l’Hiver

J’avais écrit ceci en 2012. C’était avant que les attentats ne modifient à Lyon la fête des Lumières, c’était avant que le Front National « perce » au 1er tour des régionales. J’ai donc envie de redonner un peu de visibilité à Melanie aujourd’hui, parce que mon arrière-arrière-grand-mère a décidé qu’elle errerait tant qu’il le faut, pour un peu plus d’humanité

Les mots de Melanie

lumières

Décidément, du haut de ma vie de fantôme, j’ai l’impression d’être l’artisane d’un puzzle, la dentellière d’un calendrier d’histoire faite d’ombres et de lumières, qui s’effeuille et se remplit de mots au fil des saisons.

Sur ses pages, des mots de lumière succèdent à des mots tapis dans l’ombre de la peur, de l’oubli, des vents de douceur essaient de renverser les tempêtes de destruction. Cela peut-il être un hasard, si ce 8 décembre, c’est pour les Lyonnais, très catholiques (pas tous bien sûr…), la fête des Lumières ? Des petites lumières mises aux fenêtres pour remercier la Sainte Vierge d’avoir protégé la ville de la peste ? Ces lumières qui ne doivent se consumer, si importantes dans la religion juive avec Hanoukkah ?

chagmelanieDes lumières qu’il faut allumer ce 8, pour tenir jusqu’au début de l’hiver, jusqu’au 22, ou après la fin d’un monde, et une triste nuit, l’espoir…

View original post 202 mots de plus

Percée du FN et Hollande : de Babel à Okilélé

Est-il possible de se rendre audibles dans le brouhaha moderne, cette tour de Babel que le numérique a renforcée ?

Pieter_Bruegel_the_Elder_-_The_Tower_of_Babel_(Vienna)_-_Google_Art_Project_-_edited

Au lendemain du jour où le FN a obtenu un score historique aux élections régionales, que penser ? Comment prendre du recul ? Que lire pour essayer de comprendre ? En effet, cela fait 30 ans que le Front national menace, et que tout va de mal en pis. Il ne s’agit pas simplement de l’après-13 novembre, même si bien sûr on peut imaginer que les attentats terroristes que nous avons vécu n’ont pas arrangé les choses.

Difficile de prendre du recul quand la Toile crée une sorte de nouvelle Babel : en effet, tout le monde peut parler, tout le monde peut parler à tout le monde (ainsi on peut tweeter à Barack Obama ou Marine Le Pen si on a envie, donc se placer sur un pied d’égalité avec eux), l’opinion de tout le monde se vaut. Au passage, personne ne s’écoute, personne ne s’entend, et les politiques encore moins que les autres.

Alors pas tous, bien sûr, car la force de Marine Le Pen c’est en ce moment d’avoir apparemment le seul discours audible. Mais ce n’est pas étonnant :  rien ne nous prouve qu’une fois arrivée au pouvoir, elle ne ferait pas ce qu’elle a dit qu’elle ferait, car elle n’a encore jamais été au pouvoir pour le démentir…

En revanche, tous les autres, qui continuent à dire qu’ils savent ce qu’ils font, ce qu’ils disent, ont eu tout le temps de prouver qu’ils n’hésitaient jamais à faire le contraire de ce qu’ils avaient dit. Leur problème ne serait pas de donner de l’espoir par un flot de paroles, mais de donner de faux espoirs de changement, qu’ils ne peuvent ni peuvent réaliser.

En 1981, on nous parlait déjà de « Changer la vie », avec les 110 propositions du programme socialiste. Or, le premier gouvernement, celui de Pierre Mauroy, a tenté de faire ce qu’il avait dit. Un jour, en 1983, a été décidé le « tournant de la rigueur ». Depuis, tous les espoirs des électeurs de croire ce qu’on leur disait se sont envolés. En 1995, n’avons-nous pas eu un champion de la « fracture sociale » en la personne de Jacques Chirac ? Qui sur un constat juste se faisait élire mais n’a ensuite rien fait pour améliorer la situation. De Nicolas Sarkozy et de ses promesses de gascon je ne dirai pas grand chose, sinon qu’il a atteint des niveaux jusque là inégalés et continue allègrement dans l’opposition.

Quant à Hollande, d’où vient son problème ? A force de vouloir plaire à tout le monde, de tout ménager, il a réussir à ne plaire à personne. A force de prétendre et dire des choses qu’il n’avait en aucun cas la possibilité -et peut être la volonté de faire, il a enfoncé le clou du déni de confiance. En commençant par son dangereux slogan de campagne.

« Le changement, c’est maintenant » disait-il. Une promesse d’un monde publicitaire qui emploie précisément des mots « sexy » pour vendre, mais se fiche qu’ils disent le contraire ( de ce qu’ils semblent dire). Ainsi, en termes publicitaires ou de communication, des produits sont « révolutionnaires », le monde aujourd’hui est « disruptif », on nous parle de liberté là où en réalité il fabrique de la norme. Pour la communication politique, c’est la même chose. A quoi bon dire « le changement c’est maintenant » si on sait très bien qu’on va faire en gros la même chose qu’avant, et qu’en tout cas notre marge de manoeuvre est très loin du « pouvoir absolu », parce que c’est ce qu’on apprend à l’école (à Sciences-po), et parce que c’est tant mieux : nous sommes dans un pays où le changement des personnes ne change pas les règles fondamentales et le fonctionnement quotidien. Le problème, c’est donc que cette élection régalienne, ce sondage grandeur nature, donne l’illusion qu’on « fait du changement » tous les 5 ans, qu’on redéfinit la société dans laquelle on a envie de vivre, alors qu’il ne s’agit que d’élire nos représentants pour gérer le pays…

Ce qui serait honnête de leur part, c’est de nous dire la vérité : ils vont faire ce qu’ils peuvent, dans un contexte global qui leur échappe presqu’autant qu’à nous : ainsi, prétendre aujourd’hui à être Président de la République et ne pas être capitaliste est forcément un mensonge. Ou alors, il faut dire qu’on va se couper du reste du monde, expliquer les conséquences pour les citoyens, et ensuite le faire, en connaissance de cause pour tout le monde. Pourquoi pas ? Mais cela doit être un choix éclairé. On ne peut pas dire qu’on va réformer le système, le rendre moins injuste et que cela ne reste éternellement que des mots

Okilélé et les mots qui disent le contraire

12241194_10207807969506519_2464977557697306799_nPour le reste, et la situation face au terrorisme : ce qui s’est passé en France le 13 novembre est dramatique. 130 personnes ont été brutalement assassinées, des centaines ont été blessées, des centaines de familles ont été touchées. Néanmoins, nous ne sommes pas dans un pays en guerre, vivant un 13 novembre tous les jours. Rien ne justifie aujourd’hui que l’état d’urgence soit prolongé au-delà des limites constitutionnelles. Ce n’est pas ça qui va empêcher le terrorisme. Si solution il y a au terrorisme, elle est probablement beaucoup plus globale et complexe que cela.

Alors à quoi ça sert ?

Si Hollande pense que ça va servir à « draguer » des électeurs de droite et d’extrême-droite, à l’évidence c’est une énormité : les premiers à avoir accusé Hollande de responsabilité dans les attentats sont les électeurs du Front national, et le résultat de ce premier tour nous le montre bien.

S’il pense que nous allons nous sentir plus en sécurité…nous savons bien que le terrorisme frappe à l’aveugle et que ses sources ne vont pas se tarir par un coup de baguette d’état d’urgence magique.

Je crois en revanche que tout ce qui attise la haine appelle la haine. Et que tout ce qui ne fait pas sens pousse à la confusion. Défendre la liberté d’expression, nos libertés en limitant les libertés publiques, ça n’a pas de sens. Limiter les libertés des citoyens tout en n’agissant pas contre les financeurs du terrorisme et les bénéficiaires de l’obscurantisme (Arabie Saoudite, Qatar), ça n’a pas de sens, mais ça fait mal. Augmenter les effectifs de la police, mais ne pas parler de prévention de la radicalisation, ne pas donner de moyens à la République laïque pour qu’elle puisse être l’expression d’une meilleure cohésion sociale et un facteur d’égalité des chances via l’école (et non pas d’une surenchère opposant les « bons » aux « méchants » ) cela ne suffira pas aux électeurs du Front…mais révulse celles et ceux qui ont vu dans la gauche cette frange de la société qui veut promouvoir les droits humains, les droits des femmes, les droits des enfants, des minorités, la solidarité et la fraternité.

Cette gauche et puis peut être bien au-delà, prête à se mobiliser pour dire qu’elle aime la richesse humaine, sa diversité (qui ici a un sens), qui affirme que nous avons besoin de toutes et tous pour avancer ensemble, qui pense qu’il y a une place pour tout le monde dans la République qui respecte la loi, qui puisse accéder à la citoyenneté  pour pouvoir avoir des droits et des devoirs, qui pense que la solidarité et l’adelphité (fraternité sans prisme de genre) sont essentielles et aident à traverser les épreuves *, qui pense qu’il y a une énergie dans l’envie commune d’aller vers plus et mieux pour tout le monde et pas dans le rejet de l’autre au profit de l’individualisme forcené, cette gauche, elle existe ! Alors pourquoi la désespérer ?

51-7fk1yfsl-_sy405_bo1204203200_

Il semblerait en effet qu’elle ne sache plus aujourd’hui pour qui voter, qu’elle n’ait même plus envie de se déplacer. C’est triste, c’est dramatique, mais tristement, c’est presque compréhensible. Non pas parce que Hollande ou le PS seraient pire que les autres -loin de là selon moi- mais parce qu’ils ne sont pas capables de mettre leur discours en cohérence avec leurs actes.

Pour conclure, je citerais Claude Ponti dans « Okilélé », un grand chef d’oeuvre du livre pour enfants. Après le départ du fils Okilélé (oh qu’il est laid, comme ont dit de lui, au moment où il naît, avec pas la même tête que les autres) trop maltraité par ses parents et frères et soeurs, la maison est en ruines, battue par vents et tempêtes, les parents ne cessent de pleurer et se lamenter**.

« Ses parents pleuraient sans cesse. Tout allait mal depuis qu’il était parti. Les mots disaient le contraire, les mains faisaient autre chose, et les repas n’avaient plus de goût ». 

Jusqu’au jour où Okilélé, qui est parti comprendre le monde, lui redonner un sens, qui a parlophoné avec les étoiles (c’est l’essentiel du livre), traversé nombre d’épreuves et avoir réveillé le soleil, revient avec un petit soleil en mains.

Et si c’était ce qu’il nous fallait, à la France, cesser de maltraiter notre Okilélé (femmes, enfants, personnes handicapées,  rroms, réfugié-e-s) les laisser vivre et exister avec nous, pour réchauffer notre espoir ?

Sandrine Goldschmidt

*mais là encore si ce ne sont que des mots, alors cela ne sert à rien de les dire. C’est dans l’action que solidarité, fraternité et sororité se déclinent, pas dans le discours.

** voilà qui me fait penser au sketch de Fernand Reynaud « Le douanier » « je n’aime pas les étrangers qui nous prennent notre pain…à écouter jusqu’au bout »

Un article très intéressant sur la complexité du problème… http://www.liberation.fr/france/2015/11/29/face-au-fn-sortons-de-la-paresse-intellectuelle_1417047

 

 

 

Pour Jacqueline, victime de l’in-justice

xlesangdesfemmes.jpgJacqueline Sauvage a été condamnée en appel à 10 ans de prison pour avoir tué son mari, après 47 ans de coups, viols et viols par inceste sur ses enfants, qui ont d’ailleurs poussé son fils au suicide. Ses filles, ont remercié leur mère d’avoir -enfin- pu mettre hors d’état de nuire leur bourreau. Les jurés des assises eux, ont pour la seconde fois conclu qu’il n’y avait pas légitime défense (défense qui doit être « proportionnée »). Vraiment, il n’y avait pas légitime défense (cf tweet de C. de Haas) « c’est quoi une réponse proportionnée à 47 ans de violences » sur elle, ses enfants, et j’ajouterai 47 ans de mise en danger permanente de leur vie ? C’est donc qu’il y a un problème avec la loi, non ?

Un jugement pareil me laisse penser que c’est parce qu’elle est une héroïne qui a mis fin à la violence masculine que Jacqueline Sauvage a été condamnée. En effet, après le précédent Alexandra Lange, la justice patriarcale doit avoir la trouille : et si les femmes, quand elles se rebellent contre la violence qu’elles subissent, étaient ainsi acquittées, alors l’impunité pourrait disparaître ? Je n’encourage pas les femmes à tuer « à tours de bras » en disant cela, j’encourage la société à penser que ces femmes qui, au bout du bout,  tuent un bourreau qui détruit des vies, alors elles protègent leurs enfants, elles-mêmes et la société, qui n’est pas capable de les protéger, ont droit à de l’indulgence de la justice.

En ce sens, elles sont des héroïnes, comme les suffragistes (le terme suffragettes étant ironique, je ne l’emploie pas), comme le montre très bien le film qui vient de sortir sur le sujet et qui raconte enfin l’histoire de ces femmes qui se sont battues pour nous toutes, pour le droit de vote. Un droit de vote, le film le montre bien, qui n’est pas seulement « d’égalité », mais bien de justice : la « minorité » citoyenne des femmes, qui n’ont ni droit de vote ni autorité parentale sur leurs enfants, renforce la possibilité que toutes les violences s’exercent contre elles, en toute impunité. Et quand l’héroïne écrase le fer à repasser sur la main de son patron, qui l’a violée pendant des années, alors oui, on ne le plaint pas… On ne se réjouit pas de la souffrance de l’homme, on se réjouit du fait que ce qui fait « tenir » le patriarcat, l’idée que les femmes n’ont pas le droit de se défendre, ne tient plus. Non, on ne se laissera plus faire. Même si les réponses de la justice sont, elles, disproportionnées, comme le montre en permanence le film : emprisonnement pour avoir assisté à un rassemblement (…), gavage lorsqu’elles font une grève de la faim, etc.

Disproportionnées, c’est ce que sont aujourd’hui encore les réponses de la justice aux crimes commis par les hommes et les femmes; Disproportionnés pour les femmes comme Jacqueline Sauvage qui mettent fin à l’intolérable, qui reconnaissent leur responsabilité, disproportionnés pour les hommes qui ne reconnaissent pas la leur et sont condamnés à beaucoup moins. Cantat, alors qu’il n’avait aucune des raisons de Jacqueline Sauvage. Pistorius (bon, on espère que l’appel change la donne) en première instance, dans un verdict hallucinant. Les pères violeurs, qui souvent, alors que les faits sont reconnus, écopent de peines ridicules. Les viols qui sont correctionnalisés et font donc que les peines sont minimes…

Aux Etats-Unis, grâce au combat des femmes emprisonnées parfois à vie et de comités de soutien, la loi a fini par changer. Une femme qui était en prison depuis plus de 20 ans a fini par être libérée, grâce au soutien d’autres femmes, le combat que montrait le film « Sin by Silence » que nous avions diffusé au festival Femmes en résistance le montre bien. Il va nous falloir beaucoup de persévérance en France, et peut être un comité de soutien actif à Jacqueline Sauvage (s’il n’existe pas ?), pour faire changer la loi, et faire que des femmes qui se défendent après 47 ans de violence et plusieurs vies mises en danger ne se retrouvent pas à la merci de l’in-justice patriarcale

Pas de justice, pas de paix !

S.G

 

 

Rien ne justifie la violence

Aujourd’hui, vous verrez sur Twitter une campagne d’action avec la diffusion d’une lettre ouverte sous le hashtag (mot-dièse) #StopVEO.
Qu’est-ce que la VEO ? La violence éducative ordinaire. La fessée, oui mais pas que et je vous renvoie pour tous les arguments de fond à mon article de ce début d’année Interdire la fessée, oui mais pas que.

StopVEO est un mouvement qui demande que les Etats prennent des mesures contre la violence éducative ordinaire, car elle fait des millions de victimes, mais aussi parce qu’elle est source  de la violence qui ensuite dévaste l’humanité, jusqu’aux plus extrêmes (qui bien sûr ont une responsabilité humaine entière dans leurs actes et que nous n’excuserons ô grand jamais). L’idée, qui vient notamment des recherches les plus sérieuses sur le sujet, est la suivante : « la première condition pour qu’un être humain ne devienne pas violent, c’est de ne pas lui enseigner la violence par l’éducation qu’il subit, de ne pas le laisser dans l’abandon affectif, de ne pas lui donner l’exemple de la violence, de ne la justifier d’aucune façon ». Si vous voulez en savoir plus, visitez le site mis en place à l’occasion de cette campagne : http://stop-veo.fr/la-violence-educative-ordinaire/

bandeau-2-1024x453

Rien ne justifie donc la violence, quelle qu’elle soit, et nous devons favoriser une éducation bienveillante. C’est non seulement possible, mais indispensable et facile…

Voici la lettre que vous pouvez partager avec ce tweet sur les réseaux sociaux : lettre ouverte à demandant l’interdiction des VEO !

Madame la Secrétaire d’État,

À l’occasion du 26e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, nous vous interpellons de nouveau sur la nécessité d’adopter une loi interdisant toutes les violences envers les enfants, qu’elles soient physiques, verbales ou psychologiques, et ce quelles qu’en soient les circonstances.

Cette loi, qui serait insérée dans le code civil, par sa valeur éducative et dissuasive, constituerait un marqueur fort, signifiant qu’il est désormais interdit de frapper les enfants dans notre pays.

Vous persistez cependant à nier la nécessité d’une telle loi.

Et ce, malgré le coût faramineux des violences sur enfants pour notre société, malgré l’avis de plusieurs institutions françaises et étrangères, qui estiment que notre législation ne protège pas suffisamment les enfants des châtiments corporels et ne respecte pas certaines conventions et chartes internationales auxquelles la France a adhéré.

Pour ne citer que les rapports et décisions rendus en 2015 :

  • Dans son rapport au Comité des Droits de l’Enfant du 27 février, le Défenseur des droits recommandait d’inscrire dans la loi la prohibition des châtiments corporels [1] ;
  • Dans une décision rendue publique le 4 mars, le Conseil de l’Europe estimait que la France ne respectait pas l’article 17 de la Charte européenne des droits sociaux [2] ;
  • Le 15 avril, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe adoptait une résolution selon laquelle la France violait la Charte sociale européenne en n’ayant pas interdit par la loi toute forme de punition corporelle des enfants [3] ;
  • Enfin, le rapport de la commission Enfance et adolescence, pour le développement complet de chaque enfant et adolescent, réalisé dans le cadre de France Stratégie et remis au Président de la République le 30 septembre, appelait explicitement au vote d’une loi, insérée dans le code civil, condamnant les châtiments corporels [4].

Madame la Secrétaire d’État, malgré votre position défavorable à une évolution législative, vous vous êtes engagée à promouvoir une éducation non-violente. Une nouvelle fois, nous souhaitons connaître les démarches que vous avez prévu de mettre en place en 2016.

À titre d’exemple, les pistes suivantes pourraient être retenues :

  • La formation obligatoire de tous les personnels travaillant avec des enfants sur les conséquences scientifiquement démontrées, et désormais indéniables, des violences sur les enfants (violences même “minimes” et aujourd’hui encore acceptées car prétendument éducatives : fessées, gifles, humiliations verbales…). Pour mémoire, les conséquences sont, à court terme, développement de l’agressivité, promotion de la violence comme solution acceptable pour résoudre les conflits et, à long terme, dépression, perte de confiance en soi, etc.
  • Un encart dans les carnets de santé des enfants, informant très clairement des conséquences des violences éducatives (cf. ci-dessus) et donnant quelques pistes pour une éducation non-violente et respectueuse des droits de l’enfant.
  • Des campagnes d’information, pour informer et répéter que la fessée n’est pas un outil éducatif contrairement aux idées reçues. Et que toute violence grave démarre par des “petites” violences.

Il vous appartient, Madame la Secrétaire d’État, de faire respecter le Droit des Enfants pleinement en légiférant et en accompagnant les parents pour qu’ils éduquent leurs enfants sans violence physique, psychologique ou humiliation.

Comme 47 pays l’ont déjà fait depuis 1979 [5] (l’Irlande étant le dernier en date [6]), interdisez les châtiments corporels et faites, enfin, du pays des Droits de l’Homme le pays des Droits de l’Enfant.

Madame la Secrétaire d’État, devenez la porte-parole des enfants, impulsez rapidement un projet de loi courageux et ambitieux contre les châtiments corporels et les violences psychologiques envers les enfants.


Pleurer les morts, célébrer la vie

12247107_10207775967786496_610181983997775078_nSur l’insistance de ma fille, je mets ici mes réflexions publiées sur Facebook après que la terreur a frappé Paris.

Réflexions du matin. 1ere partie : de la peur et de la vie
Je trouve Magnifiques, les Parisiennes et Parisiens(et tous les autres, U2, etc.) qui vont rendre hommage à nos soeurs et frères humains morts sous le feu de la barbarie, sans peur, malgré les « recommandations de ne pas le faire », simplement par humanité.

Dommage : aujourd’hui nous n’irons pas à la piscine. Parce qu’à Saint-Maur, Nogent-sur-Marne et Maisons-Alfort, elles sont fermées, suite à ces événements. Moi qui suis plutôt très trouillarde, je regrette d’être encouragée à rester chez moi. Mais je suppose que c’est le « principe de précaution » (bon mais alors ça va rouvrir demain plus en sécurité ?…) Cela dit ça me donne plutôt envie de sortir… continuons à vivre, c’est la seule réponse.

12241316_10153127130327027_8524125723015000197_nDeuxième partie : l’Etat islamique et ses fanatiques soldats terroristes, sont à l’Islam ce que la pornographie est à la sexualité, le viol du père à la famille…des oeuvres de célébration de la mort.

Que toutes celles et ceux qui veulent prier prient, dès lors que c’est par là leur humanité et leur respect pour la vie de chaque être humain qu’elles manifestent. Merci à elles. Vendredi soir j’avoue que j’aurais voulu savoir prier, car sans imaginer que cela ait une influence, je priais vraiment pour que le massacre s’arrête.

Je pense que toutes les manifestations d’humanité sont bonnes à prendre dans ce monde qui semble voué à sa destruction par ses obscurantismes.
Je crois que les religions existent pour réunir les humains et célébrer la vie, mais toutes les religions sont dévoyées par le délire de puissance et de haine (qu’on peut associer au système patriarcal en tant que système de violence) de ceux qui s’en emparent à leurs fins. C’est une célébration de la mort.


De la même manière, la sexualité est réunion des humains dans une rencontre vouée à célébrer la vie, elle est dévoyée par son pire obscurantisme massif la pornographie généralisée, qui par la réification et l’érotisation de l’inerte et de la mort, est un système de destruction de l’humanité. C’est une célébration de la mort.

Enfin, la famille (sous sa forme la plus souple et élargie possible -chacun son kikiriki disait ma grand-mère), devrait toujours être le lieu de la naissance de l’amour, notre naissance en humanitude(1), elle est trop souvent dévoyée par son obscurantisme, la violence patriarcale, le viol par le père, le regard froid, la parole destructrice. Il me semble que c’est elle qui rend possible tous les obscurantismes, car elle est un dressage à la violence des perpétrateurs dont la guerre et la violence sexuelle sont les deux principaux moyens, de célébrer la mort.

Combattons-les, pleurons les morts et célébrons la vie !

Troisième partie : je suis ébahie de la clarté et de la justesse de Dominique de Villepin dans cette vidéo, et je repense que c’est lui qui la dernière fois a montré la grandeur de la France en refusant l’intervention en Irak. Une vidéo à voir absolument et à diffuser !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) les inventeurs de la philosophie de l’Humanitude, expliquent : l’agneau naît deux fois : à l’accouchement, et ensuite quand sa mère le lèche entièrement. Sans ce geste, il ne peut survivre. Pour le petit d’humain, la deuxième naissance est celle de la petite enfance, quand l’amour s’exprime, par 4 éléments, qui seront ensuite les 4 piliers de l’humanitude : le regard horizontal (à hauteur), bienveillant, la parole tendre, le toucher justement caressant et un petit peu plus tard, la verticalité : se mettre debout.

Les bonnes nouvelles de la littérature pour ados

Mary Wollstonecraft

J’allais mettre en titre pour « jeunes filles », mais c’est bien le revers de la médaille. Je commence donc par la mauvaise nouvelle avant les bonnes : les livres pour enfants, écrits par des femmes, sont de plus en plus nombreux à briser les stéréotypes et à permettre à nos enfants de connaître et d’admirer des femmes importantes de l’histoire. Le hic, c’est que ces livres ne sont lus que par des filles, et catalogués « pour filles ». Mais bon, le propos du jour est de vous donner des bonnes nouvelles

Donc, pour peu qu’on gratte un peu au-delà de la surface des rayons des librairies -même si je suis totalement fan de Harry Potter qui pour le coup a l’avantage d’être totalement mixte (à condition d’avoir lu les 7 volumes de la série et pas seulement vu les films), et si je suis convaincue due JK Rowling est une ennemie du patriarcat (pour avoir lu son roman « pour adultes), pour peu qu’on s’écarte un peu des séries acceptables mais trop galvaudées pour prendre des risques, on trouve des petites perles, qui méritent même d’être lues par les parents.

Claudine de Lyon, quand la République s’assurait que les petites filles puissent aller à l’école

Un jour, mes parents ont ainsi offert à ma fille -lyonnais et frère et belle-soeur d’une Claudine oblige, « Claudine de Lyon ». Un roman qui parle des Canuts (1) , par la voix de Claudine, onze ans, qui travaille déjà 10h par jour au métier à tisser avec un père violent et borné. Elle découvre le goût de la lecture lors d’un séjour de repos forcé à la campagne pour soigner sa phtisie. Elle rêve d’aller à l’école, en train de devenir obligatoire, mais son père lui refuse d’y aller. Nous sommes au temps de Jules Ferry, et le père ira trois jours en prison pour l’obliger à laisser sa fille aller à l’école, et ensuite réaliser son rêve, devenir une grande styliste des vêtements qu’elle s’est d’abord tuée à tisser. A 8-10 ans, pour ma fille, c’était -bien mieux que mes bavardages- une formidable et bien écrite prise de conscience féministe, devenu alors (c’était avant Harry Potter) son livre préféré !

Le secret des cartographes, ou comment j’ai découvert Artemisia Gentileschi

Autre livre que je n’ai pas encore lu en entier (série de trois volumes), « Le secret des cartographes », de Sophie Marvault, s’inspire largement pour son personnage principal de la vie de la grande artiste Artemisia Gentileschi, pour ensuite lui inventer un destin d’exploratrice. Si bien sûr je connaissais l’artiste, je ne savais pas sa vie, la violence (viol) qui l’a frappée alors qu’elle aspirait à devenir une grande peintre, la question à laquelle on l’a soumise pour voir si elle ne mentait pas lors du procès de son violeur (déjà…)…et voilà que c’est dans un livre de ma fille, que je lis une belle conscience féministe, qui montre clairement aux filles l’injustice d’un système judiciaire qui n’a malheuresement pas tellement changé…

Enfin, je viens de commencer une nouvelle série qu’a lu ma fille, les enquêtes d’Enola Holmes de Nancy Springer. Enola Holmes (Alone à l’envers), est la soeur du célèbre Sherlock, âgée de 20 ans de moins que le détective. A 14 ans, elle fait sa connaissance ainsi que de son frère aîné Mycroft, qui la méprisent en temps que jeune femme (voilà la description de deux célibataires misogynes endurcis), et lui demandent si elle a eu une gouvernante. Elle leur répond que non, mais qu’au moins, elle sait lire, qu’elle a lu Shakespeare et…Mary Wollestoncraft ! Le livre m’en est presque tombé des mains. Quelle chance, me suis-je dit, a ma fille d’avoir entendu parler de Mary Wollstonecraft à l’adolescence, quand moi j’ai dû attendre d’avoir la trentaine bien tassée. Alors bien sûr, elle n’aura peut être pas lu toute la note qui explique qui était l’auteure de « Défense des droits de la femme » (A vindication of the Rights of Women), ouvrage majeur du féminisme britannique, écrit en 1792, et de « pensées sur l’éducation des filles ». Mais au moins, elle est citée dans un contexte où l’autonomie et l’éducation des femmes est clairement revendiqué. Et à propos de la grande auteure : en 1797, âgée de 38 ans, elle meurt d’une septicémie des suites de son accouchement. En plus d’une oeuvre féministe exceptionnelle, elle laisse au monde sa fille, Mary, qui deviendra Mary Shelley, la célebrissime auteure de « Frankenstein ».

Merci donc à ces auteures de transmettre à nos filles -et peut être aussi aux garçons (d’ailleurs mon père a trouvé très intéressant le secret des cartographes…mais c’est vrai qu’il a un peu passé l’âge d’être traité de garçon…), la mémoire de ces femmes exceptionnelles que l’histoire a trop souvent eu vite fait d’oublier. La relève, grâce à elles, est assurée !

S.G

 

(1)tisserands lyonnais du XIXe siècle, vivant dans des appartements hauts de plafond pour que les métiers puissent y entrer, qui donnent aujourd’hui des appartements si joliment atypiques du quartier de La Croix Rousse

« Much Loved », film raté ou public anesthésié ?

J’ai crié. Hier, je suis allée avec une amie, également militante abolitionniste, voir « Much Loved », film sur la prostitution au Maroc, de Nabil Ayouch. Et j’ai crié, crié d’incompréhension et de colère face à la réaction du public, éclatant de rire une bonne partie du film, en regardant et écoutant ces 4 femmes tentant de survivre par la prostitution.

« Much Loved » pourrait être un très bon film, tant il nous renseigne sur tout dans la prostitution, et bien au-delà sur le patriarcat : l’extrême violence des hommes, d’où qu’ils viennent, de l’Arabie Saoudite (« vous êtes mieux que nos femmes), de la rue au Maroc ou des soirées chic, de France et d’Europe. Il nous renseigne aussi sur l’extrême violence et hypocrisie de la société où derrière un jugement social et religieux sur la « bienséance » des femmes, leur « non-obscenité », c’est l’obscénité de la société, de la religion, de la famille, des hommes qui se croient tout-puissants et détruisent les individus qui est mise en avant. La violence envers les trans, l’homosexualité refoulée, la violence envers les enfants. Tout y est.

Tout y est, et on aurait pu imaginer que le film permettrait de faire comprendre brillamment en quoi la prostitution est en soi une violence intolérable et une atteinte profonde à l’humanité. Mieux, les héroïnes du film, les seules qui « s’en sortent » aux yeux du réalisateur et de nous, ce sont bien sûr les femmes prostituées, sont les seules qui ne perdent jamais leur dignité, et conservent entre elles des relations franches, d’empathie et de sororité (très marquée à la fin du film).

Eclater de rire devant humiliation et viol ??!!!

Dans les plus flagrantes scènes de viol -tarifé ou pas, elles sont toujours filmées avec leur visage, qu’on voit en gros plan, l’homme derrière, et donc normalement c’est la violence de ce qu’elles subissent qui devrait nous apparaître, car on a en face leur visage, et leur souffrance. La caméra de Nabil Ayouch tente de ne pas les déshumaniser (clairement loin de l’image pornographique). Mais apparemment, ça ne marche pas. Apparemment, ce n’est pas le même film que nous avons vu, la salle et nous. Car si rire lorsque la gouaille (dont peut-être nous n’avons pas saisi toutes les subtilités de la langue originale) des femmes dans leur appartement, leur humour et leur vitalité malgré les conditions de leur vie, peut encore s’envisager, si parfois, on essaie d’excuser nos voisins en ce disant que c’est la gêne qui les fait rire, si on se dit que le réalisateur a écrit des dialogues truculents pour montrer l’humanité de ces personnes, là le public a dépassé les bornes. Rire quand on voit l’humiliation infligée par les Saoudiens aux femmes en leur donnant de l’argent lorsqu’elles « dansent » par terre (alors que ma voisine pleurait, dans un réflexe d’amour et d’empathie remarquables), c’était juste insupportable.

Rire encore quand la jeune femme enceinte, prostituée parce qu’elle a dû fuir son village en raison de la grossesse qui s’annonçait, est violée, un viol tarifé à quelques kilos de légumes et un billet de 100DH (cela même qui apparemment a fait rire) par un quidam pauvre qui d’un coup se découvre, malgré sa pauvreté, capable lui aussi d’exercer ce « droit de l’homme » de disposer sexuellement d’une femme, c’était juste insupportable.
Alors j’ai crié, « vous êtes cons ou quoi, c’est du viol », parce qu’il fallait bien remettre, même quelques secondes, le monde à l’endroit. Mais c’était aussi un cri de désespoir. Est-il possible, que le film soit à ce point raté que si on n’est pas déjà au courant de la violence prostitutionnelle, qu’on ne comprend pas que la dignité humaine n’est pas à notre place, mais sur l’écran incarnée par ces femmes, on ne puisse pas comprendre ce qui se passe et qu’on sorte du film en se disant que c’était un bon divertissement ? Qu’on puisse penser que « ce n’est que de la fiction » ?

Est-il possible en effet, que le public avait envie de voir un film « divertissant » sur le Maroc, ayant pour sujet la prostitution, sans plus s’interroger ? En effet, en entrant dans la salle, je me suis vraiment demandé ce qui faisait qu’elle était si pleine, pourquoi les gens venaient-ils voir le film ?

La pornographie, industrie de destruction de l’empathie

Et si c’était encore pire ? Pourquoi s’étonner en effet que certains rient devant ces scènes quand on sait que certainement ils sont nombreux à jouir devant les tortures infligées dans la pornographie ? La violence montrée dans le film (encore très en dessous de ce qu’on sait de la prostitution, même si tous ses aspects sont passés en revue), serait alors anodine pour une société baignée de culture du viol, où se moquer de la faiblesse de la vulnérabilité, de la douleur soit devenu la règle, ou la pornographie aurait déjà détruite toute forme d’empathie ?
Est-il possible donc que la pornographie, qui dresse tout le monde à jouir et prendre du plaisir à regarder des choses bien pires encore que dans le film, des femmes être humiliées, violées et torturées EN VRAI (même si on le voit sur un écran) ait déjà à ce point réussi son œuvre d’anesthésie sur le public, à tel point qu’il ne soit plus capable d’aucune empathie ?

La violence infligée aux enfants et aux femmes, provoque l’anesthésie collective, et favorise la rupture d’empathie. Ainsi, des millions d’hommes qui infligent des viols à des millions de femmes peuvent le faire sans jamais sembler être effleurés par l’idée que la personne souffre et qu’ils sont en train de la détruire -pis, c’est peut-être ce qui les fait jouir. Mais avec la pornographie, c’est pire.

Il est donc urgent de s’attaquer à la pornographie, qui invite les jeunes gens, garçons et filles, à jouir de la souffrance des femmes et des enfants, provoquant une anesthésie collective. Sinon, on ira définitivement vers notre autodestruction, par une société où l’empathie sera morte. Une société du désespoir, une société de morts-vivants, comme celle que tant de publicitaires nous dessinent déjà*.

J’ajouterais pour conclure: « Much Loved » est donc, malgré des qualités, un film raté, car ce qui s’est passé ici prouve qu’on ne peut pas faire de film de fiction réussi sur le sujet en essayant d’être « réaliste », car la compréhension de l’image dans notre société est trop imprégnée des codes patriarcaux.

Sandrine Goldschmidt

Ajout du 18 septembre : j’ajouterais encore au vu des réactions, qu’une grande partie de la responsabilité incombe peut être aussi à l’intention du réalisateur, qui malgré ce qu’il montre, semblerait ne pas vraiment vouloir remettre en cause la prostitution ?

*et comme ont semblé le découvrir tant de gens avec cette publicité dans Le Monde en page 3 quand une photo nous montrait en « une », la mort d’un enfant, Aylan, provoquant d’un coup un choc de réalité : non ce n’est pas de la fiction, et ce n’est pas drôle.