Tu ne tueras point

Petit texte personnel après la tuerie homophobe d'Orlando

Capture d’écran 2016-06-13 à 12.03.36Tu ne tueras point

Tu as vu deux hommes s'embrasser. Tu ne le supportes pas ? 

Un homme aime un autre homme. Tu ne le supportes pas ?

UnE noirE aime unE blancHE tu ne le supportes pas ?

Une femme se promène, seule, dans la rue, la tête découverte. Tu ne le supportes pas ?

Une femme choisit qui elle veut aimer, femme ou homme, tu ne le supportes pas ?

Tu ne le supportes pas, alors tu les tues ? Et tu invoques Dieu ? Mais Dieu t'a dit de ne pas tuer. Qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Dieu n'y est pour rien. Dieu d'ailleurs, n'existe pas. C'est sûrement une invention de l'être humain pour désigner la vie. Pour la rendre précieuse, pour nous éviter de nous auto-détruire en détruisant tout autour de nous. Sauf qu'au nom de Dieu, depuis toujours, tu tues. 

Si Dieu n'y est pour rien, la religion des hommes et l'obscurantisme, y sont certainement pour quelque chose. Si tu ne supportes pas de voir deux hommes s'embrasser, c'est que tu as été élevé dans l'obscurantisme, c'est-à-dire dans la mort. Et que tu l'as embrassée.

Dans l'obscurantisme, tu trouves ta jouissance mortifère. L'obscurantisme, cette incapacité de distinguer entre ce qui te regarde et ce qui ne te regarde pas. Ta vie te regarde. La mienne, la sienne non. Dans l'obscurantisme, tu vénères plus la vie d'un fœtus – qui n'est pas encore un être humain, que celle d'une femme. 

Incapacité de discerner entre toi et l'autre. Depuis le plus jeune âge, on t'a dit : l'enfer, c'est les autres. L'enfer, c'est toi. Regarde toi en face. Tu ne tueras point.

Depuis le plus jeune âge, tu as appris à considérer tes priorités comme celles du monde, tes dégoûts et tes pulsions comme légitimes. Pour t'y aider, tu as trouvé la religion. La version obscurantiste de la spiritualité, celle qui au lieu de t'aider à vivre, t'encourage à la haine. Au lien de t'encourager à aimer, t'enjoins à aimer un concept abstrait : Dieu. Au lieu de t'aider à faire vivre la communauté des êtres embarqués sur la même galère -vivre sur terre, la religion désigne les uns comme les ennemis, les unes comme les impures, les autres comme moins dignes de vivre que toi. 

Tu ne tueras point. Mais tu es déjà mort. La haine des autres, ce n'est que ta haine de toi-même. Tu ne supportes pas que d'autres tentent d'être eux-mêmes, tu ne supportes pas de creuser en toi pour accepter tes contradictions, tu ne supportes pas de te regarder en face, de rester à la place qui est la tienne dans ce monde. Une vie, une toute petite vie, parmi d'autres. 

Tu fais allégeance au plus grand mouvement déclaré de haine consciente de notre temps, Daesh. Un mouvement qui ne supporte pas IMG_0809que des êtres humains vivent leur vie : femmes, lesbiennes, gay-bi-trans, mécréants, artistes...qu'ils et elles aiment, soient, en dehors de Dieu, en dehors de toi. Daesh ne supporte pas la vie. Comme ailleurs l'industrie qui marchandise 
la violence sexuelle et l'être humain -et dont Daesh s'accomode très bien. Un mouvement mondial de haine et de destruction, dont Daesh est le monstre émergé, engendre des armes de destruction massive : 
des êtres humains qui réfléchissent encore, mais ne réfléchissent que la mort, sont coupés des émotions qui engendrent la vie : la joie, l'amour, la rencontre, avec l'autre, cet inconnu qui te reflète. Des assassins, des violeurs, des tortionnaires : le terrorisme pornographique, comme l'industrie pornographique, jouissent de la torture et du viol, jouissent de la mort.



Tu ne tueras point. Tes neurones-miroirs et d'autres font que tu ressens en l'autre humain un autre toi-même. Tu ressens s'il ou elle souffre, tu ressens que ton plaisir ne peut passer par sa souffrance ou par sa mort, car sa souffrance est la tienne. 

Tu ne tueras point, parce que tu sais qui tu es, où tu es, d'où tu parles, quelle est ta place dans l'univers et que cela te rend humble. Tuer c'est un accident, pas une volonté, pas un choix : ça ne peut que se limiter à la légitime défense (individuelle ou collective), à la nécessité de la survie. 

Tu n'as pas le droit de décider de la vie des autres. Tu n'as pas besoin de tuer, tu n'as pas besoin de haïr. 

Tu ne tueras point. Nous vivrons, nous mourrons.

S.G

W.Allen : 47 nuances de domination masculine

Ecrire sur Woody Allen. Dur. D’abord, quand on a été fan. Et qu’on se réjouissait tous les ans de la sortie de ses nouveaux films. Manhattan, Annie Hall, Stardust Memories, Radio Days, Zelig, La rose pourpre du Caire, Another Woman…mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, alors que sort sont 47e film, « Café Society » à Cannes, voilà pourquoi je ne veux plus m’intéresser à l’oeuvre du réalisateur, reflet d’un société qui n’aime pas les femmes et les enfants, une société dont -justement- je ne veux pas.

la rose pourpre du CaireA une époque où, le réalisateur new-yorkais n’avait pas encore la cinquantaine, et semblait être encore dans le doute existentiel, pas dans la célébration du « plaisir dû aux hommes ». De Woody Allen, j’aimais l’auto-dérision permanente. Il se moquait en permanence de lui-même. Et en face, il y avait des personnages de femmes qui, si visiblement il ne les comprenait pas, avaient souvent plus l’air de savoir où elles en étaient que lui. Bien sûr, si aujourd’hui, je revoyais ces films, je verrais probablement poindre sous la carapace, une vision à tendance masculiniste (d’ailleurs, l’affiche ci-contre n’est pas tendre pour Mia Farrow, que je n’aimais pas à l’époque) : les hommes étaient tellement perturbés par des femmes s’affirmant avec le féminisme…

De Crimes et délits

Je me souviens que, à la fin des années 1980, malgré les critiques dithyrambiques à l’égard de ce film, je n’avais pas « réussi à aimer » Crimes et délits, sans bien comprendre pourquoi. Je l’ai revu depuis, et j’ai de nouveau ressenti la même chose. Il me semble que c’est un film charnière, vers la veine des films les plus sexistes de Woody Allen. Aujourd’hui encore, il fait partie des références absolues pour les critiques du cinéaste : Crimes et délits, au départ appelé « Frères » (si, si !), est ainsi le chef d’oeuvre absolu selon Télérama. Il « passe devant » Manhattan et Annie Hall, et devant Hannah et ses soeurs (un de mes préférés). Alors, qu’est-ce donc qui ne me va pas dans cette façon de voir les films ?

Jeu, set et match point

Autre indication : en numéro 5 classement de Télérama, l’autre film que j’ai le plus détesté, mais alors franchement détesté, pour son regard sur les femmes : « Match Point », qui est un peu le pendant de « Crimes et délits ». Le film est remarquablement fait. Mais l’héroïne est sacrifiée. Elle est totalement objectifiée et méprisée avant d’être éliminée. C’est le deuxième tournant, où l’homme emporte le point décisif du match homme-femme.

Le réalisateur, qui pour moi célébrait l’intelligence à l’écran, a désormais décidé de regarder le monde d’une façon totalement désespérée et désespérante…pour les femmes. Alors, il est déjà un vieillard sûr de lui, qui explique qu’il « ne lit jamais rien de ce qu’on dit sur lui », et qui trouve que cette situation désespérée -qu’il critiquait peut être encore dans « Crimes et délits », il faut au moins en tirer du bénéfice. iLe monde est pourri, mais puisque les hommes y prennent du plaisir, pourquoi se priver ?

Scarlett Johannson sacrifiée

Alors il choisit les actrices les plus belles du moment, et les attire irrémédiablement dans son piège : Woody Allen, contrairement à Hitchcock, qui, même s’il y avait de la réification (et de la violence de sa part sur les tournages), se sent surtout tout petit face à ses actrices, ne magnifie pas les femmes à travers de belles actrices. Car elles sont uniquement représentées comme des objets du regard pornifiant du réalisateur, des objets de plaisir -mais quel plaisir- pour les hommes. A aucun moment on ne peut avoir envie d’être à leur place, ni d’être avec elles. Je pense à Cate Blanchett dans « Blue Jasmine ». Je n’en ai pas de souvenir particulier. Alors que pour sa prestation dans « Carol » , la simple esquisse d’un sourire sur son visage, réussit à me bouleverser. Parce que le regard sur elle est différent. C’est un regard qui la fait exister, qui la rend femme, être humaine, qui nous fait éprouver de l’empathie.

Le regard de Woody Allen sur les femmes depuis longtemps, ne me fait qu’éprouver de la peur pour elles.

Représentation de la sexualité : de la masturbation à la fellation et à la prostitution

C’est assez intéressant de se pencher sur la représentation -essentiellement parlée- de la sexualité dans ses films. Pendant longtemps, la masturbation -masculine- était au coeur de son discours, avec de l’auto-dérision, des interrogations sur ce qui pouvait procurer le désir. Depuis deux décennies, la fellation, représentée comme une prestation de service sexuel et pas un moment dans un échange sexuel réciproque, l’a emporté.

Il semblerait qu’Allen a ainsi dépassé, compris ce qui jusque-là le bloquait : un « puritanisme féministe »(2), qui reproche aux hommes de faire des femmes-objets, qui voudrait que la liberté sexuelle soit pour tout le monde, et qu’il y ait égalité et non domination dans les rencontres sexuelles et amoureuses. Les femmes, sujets de leur désir, c’est moins agréable apparemment que d’en faire des objets, des possessions, et des prestataires de services. Ainsi, je le montrais dans ma critique de To Rome with Love (To Rome with Rape !), où le réalisateur allait jusqu’au bout de la logique : le jeune vierge effarouché qui ne connaît rien à l’amour, s’en sort grâce au service d’une prostituée tombée du ciel qui va lui apprendre la vraie vie…

Les années 1990, années du backlash allenien

C’est donc en 1989, avec Crimes et délits, que se situe je pense la charnière de ce qui va devenir la « deuxième partie de l’oeuvre » du désormais presque sexagénaire.

Charnière entre un Woody Allen qui s’interroge sur l’équilibre du monde, sur l’équilibre entre les sexes et qui visiblement n’y trouve pas son compte, et un Woody Allen qui n’a plus rien à nous dire sur ce monde. Car il ne doute plus : il a trouvé. Il a trouvé quelle devait être la place des femmes. Et il a trouvé, dans la vraie vie, la femme de sa vie, qui correspond à tout cela (alors que Mia Farrow, avec qui il n’a jamais vécu, qui a adopté 14 enfants, et qui faisait beaucoup « comme elle l’entend », était tout autre).

Soon-Yi, Dylan et Woody

En 1991, éclate en effet une affaire qui fait scandale dans la vie de Woody Allen et nous amène jusqu’à aujourd’hui : il entretient -depuis combien  de temps ? -une relation sexuelle et amoureuse avec Soon-Yi la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow. Celle-ci le découvre par hasard, par le biais de Polaroïds de sa fille nue retrouvés chez son compagnon, photos « presque pornographiques ». Il pense à l’époque que ce ne sera qu’une aventure. Mais depuis le scandale, il a décidé de l’épouser, et est toujours avec elle.

Et en parle : « Et dans un sens, sans que cela vienne de moi ou d’elle, la dynamique était en marche. J’étais sa figure paternelle. […] J’aime sa jeunesse et son énergie. Elle est déférente envers moi et je suis heureux de lui offrir l’opportunité de prendre des décisions et de la laisser prendre en charge autant de choses. » 

Récemment, il disait même tout ce qu’il lui avait apporté, comment il avait changé sa vie, d’une enfant des rues en Corée à la femme d’un grand réalisateur…(ce n’est pas lui qui l’a adoptée, je rappelle…) « J’ai vraiment réussi à lui rendre la vie meilleure », dit-il. Bon et elle ? Que lui a-t-elle apporté ? « Beaucoup de plaisir », répond-il…

 La vie rejoignant la fiction, la femme retrouvant sa place, ou plutôt la fiction rejoignant la vie ?

Une histoire modèle

Bon, il y a Soon-Yi : j’aurai toujours du mal à penser que tout est normal dans le fait de sortir avec la fille de sa compagne, alors même qu’elle est adolescente, à peine adulte, et qu’on la connaît depuis dix ans. Mais il y a aussi Dylan, sa fille adoptive, qui a dénoncé l’agression sexuelle dont elle dit avoir été victime alors qu’elle avait 7 ans et qu’Allen était en plein divorce avec Mia Farrow. A ce moment là, le divorce était conflictuel, mais pas encore « guerrier ». Pour en savoir plus sur cette histoire, et les allégations qui poursuivent Allen jusqu’à aujourd’hui, voilà un article intéressant sur la vie de Mia Farrow.

Des faux-souvenirs ? 

Celle-ci, est typiquement accusée par Allen de folie destructrice liée à la déception d’être rejetée. C’est troublant, quand on sait qu’elle avait déjà divorcé deux fois (du grand chef d’orchestre André Prévin et de Frank Sinatra) et que cela ne s’était jusque là pas produit. C’est troublant, quand on sait que depuis, les seuls qui ont finalement souffert, c’est tout le monde sauf lui…qui explique que tout ça, il n’y pense plus depuis longtemps (c’est ce qu’il a dit à Cannes cette année après avoir expliqué qu’il ne lisait pas ce qu’on dit de lui, en référence à la lettre de son fils Ronan qui soutient sa soeur).

C’est troublant surtout, quand on sait que disqualifier la mère est en général l’arme préférée des prédateurs, des agresseurs sexuels, qui prétendent que les mères seraient capables d’installer des faux-souvenirs dans la tête de leurs enfants(1). Mais qu’aucune observation sérieuse et scientifique n’a jamais donné le moindre crédit à cette théorie. Bien au contraire.

Lire une réalité à travers l’oeuvre

Bref. Tous les faits de cette histoire, tels qu’ils sont connus via la presse, entrent dans la logique du déni des violences sexuelles commises contre les enfants. Et cela me suffirait déjà pour ne plus vouloir aller voir un film d’Allen.

Mais aussi, et c’est ici le propos principal, je trouve que l’analyse dans le temps des films eux-mêmes,  d’un point de vue féministe, suit étrangement  le fil de ce qui se passe dans la réalité. Comme si, le réalisateur, sans illusion sur le monde et la morale, avait fini par s’en accomoder, n’ayant plus grand chose à dire la plupart du temps, mais nous montrant tout de même comment les hommes y prennent du plaisir, et ne faisant plus que calquer sur la tendance pornifiante de l’industrie cinématographique, tournée vers ce plaisir masculin (obtenu par l’érotisation de la violence, évidemment).

Au delà donc même de la vie de l’artiste, que certains pensent devoir dissocier de l’oeuvre, je n’attendrai pas que l’oeuvre atteigne sa cinquantième nuance de domination masculine pour cesser de m’y intéresser.

Sandrine Goldschmidt

(1)Au fait, comment est-ce qu’on met des faux-souvenirs récents dans la tête d’un enfant ? Parce qu’il me semble que dans la théorie d’origine, on accusait certains psys d’implanter des faux souvenirs dans la tête de leur patients, en leur faisant accorder de la crédibilité à  leurs fantasmes enfantins d’agressions sexuelles par les adultes ?  Mais là, des faux-souvenirs alors qu’on a 7 ans ?

(2) Je fais bien sûr ici écho à l’hallucinante blague de Laurent Laffite, qui semble trouver que reprocher à Polanski le viol d’une jeune ado de 13 ans est du puritanisme américain !

Correctionnalisation du viol : l’éternel recommencement ?

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Depuis que je milite contre les violences faites aux femmes et contre le viol, deux sujets me sidèrent :

-la correctionnalisation du viol :

il s’agit de transformer le crime de viol (pénétration) en délit d’agression sexuelle sans pénétration. C’est une pratique illégale, qui concerne une majorité des plaintes pour viol, au double motif d’une « facilitation de la procédure » qui aiderait les victimes, et d’une « soi-disant plus grande sévérité des magistrats professionnels par comparaison avec le jury citoyen ». (1)  Face à la faiblesse des peines, la reconnaissance pour la victime de la réalité de ce qu’elle a subi est aussi juste qu’essentielle. La correctionnalisation le lui refuse.

-l’éternel recommencement de  la lutte féministe : je publiais en 2010 le manifeste féministe contre le viol, qui me semblait tellement juste, mais dont je soulignais alors surtout la radicalité : les enjeux du 1er manifeste contre le viol. 

Aujourd’hui, me voilà encore sidérée par la jonction des deux phénomènes, qui n’a rien de nouveau, mais qui n’apparaît pas au grand jour ! Sidérée, parce qu’il y a tout juste 40 ans, lorsque les féministes qu’on dit parfois « historiques », celles qui ont fait le mouvement de libération des femmes, se sont mobilisées pour faire reconnaître le crime de viol, que s’est-il passé ? Pourquoi le viol n’était-il pas un crime ?

En fait, il l’était…mais il était systématiquement correctionnalisé ! Le viol était un crime depuis 1810. Depuis la loi de 1832, il était même puni de peines de 10 à 20 ans, pouvant aller jusqu’à la perpétuité en cas de viol collectif. Le seul « hic » : il n’était pas défini. Ainsi, il était facile d’y échapper, de nier son existence. En conséquence, s’était développée une pratique censée favoriser la condamnation des hommes agresseurs : les juges requalifiaient les actes en coups et blessures ou attentats à la pudeur, comme l’explique Françoise Picq dans le chapitre « ras le viol »de son livre sur l’histoire du mouvement (2) :

« Il faut dire que le crime de viol n’est pas défini, et que le juge doit en rechercher « les éléments constitutifs, notamment dans la gravité des conséquences pour les victimes et « l’honneur des familles ». Il cherche à évaluer l’absence de consentement des victimes, ou même l’idée qu’en a pu se faire le violeur. Ainsi, la femme violée, présumée coupable ou du moins suspecte, devra prouver sa résistance : imprudence, provocation, attitude libre ou ambigüe, tout sera retenu contre elle ».

Après une lutte acharnée, pendant laquelle un partie de la gauche a jugé les féministes « radicales » liberticides -voulant envoyer les hommes en prison (voir l’article de Nadja Ringart les conseilleurs ne sont pas les payeurs ), le viol a finalement été défini comme un crime devant être jugé aux assises et défini ainsi : « (article 222-23) tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ».

 

Les conséquences : l’histoire, un éternel recommmencement ? 

C’est donc sidérant. 40 ans après, les mêmes arguments sont avancés pour qu’à nouveau le viol soit correctionnalisé. Soi-disant les peines seraient plus lourdes, soi-disant ce serait moins dur pour les victimes. C’est sidérant, parce que cela montre l’exceptionnelle force du système patriarcal, sa capacité à perpétuellement se renouveler malgré les avancées obtenues par les féministes.

40 ans après, on croirait que tout est à recommencer alors que tout a déjà été dit… Et que l’on ne s’en rend même pas compte. La victime est toujours trop souvent la coupable, la correctionnalisation est toujours la règle très majoritaire, la criminalisation l’exception, les femmes ont toujours peur de porter plainte, et l’impunité des agresseurs a encore de beaux jours devant elle. Et, sans même savoir ce qui s’est fait avant (car la loi étant relativement bonne, on pense que l’égalité est acquise et que « le féminisme n’a plus de raison d’être »),nous refaisons un manifeste contre le viol, luttons pour que les femmes puissent porter plainte, disent stop au déni, nous insurgeons contre la correctionnalisation, nous répondons que ce n’est pas si grave, qu’on ne va quand même pas remplir les prisons….

Eternel recommencement ou long processus ?

Faut-il pour autant désespérer ? Se dire qu’on y arrivera jamais ? Non. Car en réalité, la lutte des féministes des années 1970 pour aboutir à la nouvelle loi contre le viol, a bien eu des conséquences positives pour les femmes. La première étant celle-ci  (3) :

« L’activisme des tenantes de la criminalisation du viol – que le viol soit effectivement reconnu et jugé comme un crime – finira toutefois par l’emporter. Aujourd’hui – même si les plaintes demeurent encore peu nombreuses au regard du nombre de viols effectivement commis et si la correctionnalisation demeure une pratique courante –, que le viol soit bel et bien un crime et qu’il doive être jugé comme tel n’est plus guère discuté par quiconque – sauf rares exceptions ».

Les progrès sont lents, mais existent. Et si les stéréotypes réactionnaires sur le viol ont encore cours, un autre discours, celui qui dénonce, est désormais entendu et entendable (cf la dernière campagne de « stop au déni »)

L’urgence de la « transmission ».

En revanche, il nous faut encore actionner un autre levier. La connaissance de notre histoire. Ecrire, écrire et encore raconter l’histoire des luttes des femmes d’un côté, la lire et l’écouter de l’autre. De nombreuses jeunes féministes, d’autres moins jeunes comme moi se sont investies depuis une dizaine d’années sur le sujet, mais nous ne sommes pas toujours au courant de ce qui s’est fait avant. De la même manière, des féministes qui ont lutté à l’époque ont espéré que certaines choses étaient acquises (et c’est bien normal) et ne réalisent pas toujours que tout recommence (Martine  Storti témoignait sa sidération sur le sujet à la librairie Violette & Co à propos de la sortie de son livre « sortir du manichéisme). Si bien qu’il est indispensable qu’elles attirent notre attention sur la nécessité que nous ne pensions pas que tout part de zéro.

C’est la seule façon aussi de tirer des enseignements de leur lutte et de trouver des idées de leviers d’action.  Car en lisant le livre de Françoise Picq, on trouve aussi le récit de comment elles ont réussi à obtenir la loi. Dans les années 1970, c’est en demandant systématiquement aux tribunaux correctionnels de se déclarer incompétents que les avocatEs des victimes ont obtenu peu à peu des victoires et la reconnaissance de ce que ce n’était pas des délits mais des viols, donc des crimes. Or aujourd’hui, souvent les avocatEs cherchent à convaincre leur cliente d’accepter la correctionnalisation. Il faut donc aussi aller raconter cette histoire aux étudiantEs en droit ! 

Et accepter de toujours remettre le métier sur la planche. Féministes, tant qu’il le faudra !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1)Résultat, si l’on en croit les chiffres de l’article que je cite en bas de cet article, en moyenne les viols aux assises sont condamnés de 8 ans, les agressions sexuelles (mais y compris celles qui ne sont pas des viols correctionnalisés, 1 an et 10 mois).

(2) Françoise Picq : « libération des femmes : quarante ans de mouvement », éditions dialogues.fr, 2010.

(3) Véronique Le Goaziou, ici :« lorsque le viol est devenu un crime »

Pour bien comprendre les enjeux de la correctionnalisation et pourquoi l’idée que la correctionnalisation serait bénéfique aux victimes est fausse :

Cet article d’Azhour parmi de nombreux autres sur le blog « la correctionnalisation du viol, la négation d’un crime »:

https://lacorrectionnalisationduviol.wordpress.com/ce-nest-pas-parce-quon-correctionnalise-quon-banalise/

Ce communiqué indispensable du CFCV : http://www.cfcv.asso.fr/communiques/c2,communique.php?id=101

Et sur la réalité des peines qui seraient plus lourdes en Correctionnelle :

http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/statistiques-de-la-police-et-de-la-55516

Contre le déni des violences sexuelles : http://stopaudeni.com

Manifeste « pas de justice, pas de paix » :https://sandrine70.wordpress.com/2011/08/24/3727/

 

 

Pauvres hommes chinois !

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NB, si jamais ce n’était pas clair : ce texte n’attaque pas particulièrement la réalisatrice qui a fait un gros travail de reportage et espère certainement dénoncer une situation, ce que les dix dernières minutes font en partie. Mais c’est la « recette » de ce que, pour rendre un docu visible en patriarcat, il faut surtout qu’il présente le monde à l’envers. C’est le point de vue qu’il faut adopter pour faire accepter qu’on en parle  ou être « original ».

Vous voulez la recette d’un « bon documentaire » ?

Regardez : « la peine des hommes », en replay sur Arte. 

Un sujet vous intéresse : le déficit de femmes en Chine. Un bon sujet direz-vous ? Faire une vraie enquête de terrain, mettre à jour les violences faites aux femmes que cela entraîne (ce qui existe en vrai dans le film) ? Mais non, cela ne suffit pas. Comment le traiter pour que cela ne soit pas trop tarte à la crème, ni trop féministe, c’est-à-dire vraiment pas fun ? Il vous faut réfléchir encore un peu.

Réfléchissons donc. Ce « déficit » de femmes est dû, bien sûr, à l’avortement sélectif pratiqué au moment de la politique de l’enfant unique (1979-2015). Cette politique + la tradition qui veut qu’une famille ait un héritier mâle qui puisse aussi nourrir les parents pour les vieux jours, voici un cocktail détonant pour éliminer les femmes (1).

Donc, en bonne logique (mais apparemment, personne n’y avait pensé au départ !!!), au moment où 25 ans plus tard, les jeunes garçons nés de ces familles, arrivent en âge de se marier, oh choc : il manque de femmes ! Or, vous le savez, les hommes ont des besoins irrépressibles. Ils ont besoin de posséder une femme. Cela fait partie de leur virilité.

Je vous imagine, vous auriez pu penser que cela allait « donner plus de valeur ou de respect » aux femmes, qu’il faudrait conquérir. Mais dans ce cas, c’est que vous seriez très naïf ou naïve, ou vous croiriez que la domination masculine et le patriarcat n’existent pas…Donc, la vraie conséquence, que ce soit en Inde ou en Chine (1), est bien la suivante : on vole, viole ou achète des femmes en développant un trafic international. Des millions de femmes qui ne naissent pas, des millions de femmes violentées, exploitées, marchandisées, qui souffrent. C’est tellement banal. Rien de nouveau sous le ciel patriarcal. Pas de quoi faire un film !

Continuez à chercher une bonne idée.  Ah, ça y est ? vous avez trouvé ? Il suffit de mettre le monde à l’envers. S’il manque de femmes, alors, on l’a dit, les hommes sont seuls. Mais c’est terrible ! Que n’y avions-nous pensé plus tôt? On les a laissé naître, mais on ne leur donne pas leur dû ! Une femme à posséder ! Alors forcément, ces pauvres hommes sont bien malheureux ! Désespérés, même, nous explique en ouverture spectaculaire de ce film exceptionnel, un industriel bien malin qui a décidé d’apaiser les souffrances de ces pauvres célibataires chinois en leur fabriquant des poupées grandeur nature.

Car il faut faire quelque chose. Ce désespoir des hommes est, dit-il, à l’origine d’une crise qui menace la stabilité du pays. Et le commentaire de nous dire : « les chiffres donnent raison à l’industriel ».

Comprenez bien. C’est la surenchère. Nos pauvres hommes, qui ont de la peine, donc. Oui le documentaire s’appelle très justement « la peine des hommes » c’est quand même beaucoup plus intéressant que l’élimination systématique des femmes, qui ne serait pas fun. Peine des hommes – male tears, c’est ça ? -les féministes comprendront(1).

Ecoutez les :

« à force de ne pas trouver de femme, je sens mon coeur…vide ».

A propos de ses co-villageois qui ont acheté une femme à l’étranger : « Ils ont mon âge. Eux vivent, et moi, je cherche toujours une femme ». 

Et le commentaire : ces hommes sans femmes, les Chinois les appellent les branches mortes, qui ne porteront jamais de fruits.

J’espère que vous pleurez, là.

Donc, nos pauvres hommes montrés ici, doivent travailler dur, et même quitter leur village, pour espérer un jour gagner assez d’argent pour qu’une femme les accepte. Les PAUVRES !!!

Mais ce n’est pas fini : ils doivent donc travailler à l’usine, et pensez-vous qu’ils sont plus heureux ? Mais non, car les femmes ne veulent pas toujours d’eux, s’ils n’ont pas assez d’argent. Bien sûr, cela doit être pour cela que le nombre d’agressions sexuelles augmente sur les lieux de travail,  La violence des hommes contre les femmes n’y est pour rien…

Et la direction de regretter que les femmes y soient moins majoritaires (à l’usine, pour bosser comme des bêtes), qu’avant.« les hommes sont moins précis, ils apprennent moins vite. on a de plus en plus de problèmes de discipline. ils se battent tout le temps » (sic)

Ce n’est pas parce qu’on est dans un système qui encourage les hommes à ne pas se sentir mâles si ils ne possèdent pas une femme, mais non, c’est parce que leur coeur est vide, nous vous l’avons dit.

« Leur frustration et leur solitude, il les comblent avec leurs téléphones portables ». 

Et pas qu’avec les téléphones portables (en regardant de la pornographie, summum des violences contre les femmes ?). D’autres hommes pleurent, eux, parce qu’une femme, ils en avaient une. Mais on leur a volée. Il y a des trafics de femmes de plus en  plus importants. La police chinoise s’emploie, bien sûr, à empêcher cela, nous montrent des images. On nous montre même que parfois ils arrêtent des trafiquants. Ou peut être des maris voleurs ? Des hommes criminels ? Mais non, ce ne serait pas une bonne recette. On nous montre deux femmes, intermédiaires trafiquantes arrêtées, c’est beaucoup plus intéressant (là, le docu n’est pas en cause ce sont peut être les seules images données par la police chinoise mais ça revient au même).

Mais j’exagère : le documentaire dénonce incontestablement le trafic, il faut le reconnaître. Il est même un peu trop direct je trouve. On pourrait croire que les femmes sont les victimes. En tout cas, c’est ce que ceux qui ont rédigé le résumé qu’on trouve sur le replay ont du penser, car il est tout de même un peu plus proche de la réalité :

« De désespoir, certains kidnappent des femmes. »

Vous comprenez, c’est pas de leur faute, c’est le désespoir…

« Je me sens moins seul. Ca y est, je suis heureux »

Dernière partie du documentaire, la « love story », le « happy end ». Un jeune homme,  qui était donc désespéré de ne pouvoir donner d’héritier à sa famille, car il habite dans un village de célibataires, a économisé avec sa famille pendant plusieurs années. Enfin, il a amassé assez d’argent pour s’acheter une femme en Indonésie. Cette jeune fille, c’est Lai. Aux grand maux les grands remèdes, et vous n’allez pas nous embêter avec des idées comme « les humains ne s’achètent pas » . C’est beau de voir son regard amoureux. A lui. Son émerveillement, quand, alors qu’il allait la chercher et avait promis de l’argent aux trafiquants et au père de Lai, « elle a dit oui ». Quel formidable preuve de consentement et d’amour qui met fin à son calvaire ! Il conclut donc : « je me sens moins seul. Ca y est, je suis heureux ».

Et elle ? Encore une question mal placée. Même si, là, le documentaire ne l’esquive pas. Elle, nous dit-on, on l’a convaincue que ce serait une vie moins dure qu’en Indonésie. Et puis, comme ça, son père a reçu de l’argent, alors en plus, elle fait une double bonne action:  mettre fin au désespoir du célibataire, et nourrir son père.

Evidemment, elle n’a jamais quitté son pays, elle parle un peu chinois mais pas le patois local, et on ne la laissera certainement jamais revoir sa famille, nous dit-on, alors qu’on la voit, le regard perdu. On verrait presque à cet instant la perle d’une larme dans ses yeux.Le commentaire alors, laisse poindre une critique vaguement féministe :

« combien de femmes achetées, de vies volées, avant que ces campagnes mettent fin à la tradition, laissent vivre les filles » ? (…) et de finir , pour commenter la fin de la politique de l’enfant unique :

« peut-être se souviendront-ils alors de cet autre proverbe chinois : les femmes portent la moitié du ciel »

Ah mais non, vous allez gâcher le happy end ! Ca ne va pas du tout cette fin… c’est le féminisme qui envahit nos écrans, là ! Non mais pas grave. De toutes façons, le résumé (3) et le titre sont là pour bien vous rappeler ce que vous devez retenir d’une bonne propagande patriarcale. Ne pas développer de l’empathie pour la souffrance des femmes, mais bien se soucier de  « la peine des hommes ». N’oubliez pas !

S.G

(1) NB c’est la même chose « à l’envers en Inde » : en Chine, on ne fait pas de filles car on a besoin d’un garçon pour ses vieux jours. En Inde, on ne fait pas de filles car il faudra payer la dot pour qu’elle aille à la famille d’un autre…

(2) male tears est une expression qu’on utilise pour souligner quand les hommes (sans par ailleurs se préoccuper de plaindre les femmes) se plaignent d’être eux mêmes des pauvres victimes, du patriarcat, des féministes, etc…

(3) » Des millions de jeunes célibataires affluent vers le sud du pays, et travaillent nuit et jour dans les usines du Delta des Perles, l’atelier du monde, tout en tentant de trouver l’âme soeur. Mais, là aussi, les filles se font de plus en plus rares. De désespoir, certains kidnappent des femmes. D’autres partent s’en acheter une à l’étranger. Des Birmanes, des Vietnamiennes, des Indonésiennes « importées » en Chine. Alors que la Chine vient de mettre fin officiellement à 35 ans de politique de l’enfant unique — grandement responsable de ce déséquilibre entre les sexes — des célibataires, broyés par cette impossibilité mathématique de trouver une femme, témoignent et nous emmènent au coeur du trafic, prêts à tout pour ne pas rejoindre les rangs des célibataires endurcis. Ceux que les Chinois appellent « guang gun », les branches mortes, qui ne porteront jamais de fruits ».

Arrêtez de nous tuer ! #8mars

Capture d’écran 2016-03-08 à 11.07.38Aujourd’hui, je publie le cri et l’appel d’une femme, Pauline Arrighi, militante féministe, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes,. Un cri contre les violences commises tous les jours à notre encontre à travers le monde. Un massacre, dont les auteurs sont toujours des hommes. Merci à elle.

 

« C’est le 8 mars aujourd’hui, et comme je suis une femme, on va me proposer des roses et des réductions sur le maquillage et les strings. On va me souhaiter bonne fête.

Non, je ne passerai pas une bonne fête, pas cette année non plus.

2016 n’a que deux mois et une semaine, et je voudrais faire un bilan. Il est trop tôt pour un bilan de l’année? Pourtant, on peut déjà parler de massacre.

5 femmes tuées par balles, 6 femmes poignardées (pour l’une d’elles, de 120 coups de couteau dans le corps, une autre a été tuée sous les yeux de sa fille de 6 ans), 3 femmes égorgées ainsi que les 2 enfants de l’une d’elles, âgés de 6 ans et 10 mois, 2 femmes violées puis étranglées, une autre étouffée.
Par un mari ou un “compagnon jaloux”, ou par un ex qui “ne supporte pas la rupture”.

Messieurs les tueurs, Ingrid, Géraldine, Marina, Elvira, Chantal, Sylviane, Fabienne, Sonia, Tatiana, Nathalie, Jocelyne, Carine et cinq autres femmes anonymes ne méritaient pas la mort.

Selon vos propres dires, vous les avez tuées parce qu’elles ont voulu vous quitter,

vous étiez jaloux, colérique… violent ?

Dans la majorité des cas, les femmes tuées par leur conjoint ou ex avaient porté plainte pour des violences conjugales. Elles étaient en danger de mort et elles le savaient. Leurs enfants aussi étaient en danger. Humiliées, menacées, frappées, violées, terrorisées. Si elles restent, c’est la mort. Si elle partent, c’est la mort.

A partir de combien de femmes tuées pourra-t-on parler de massacre ? Une par jour, dix par jour ? Chaque victime a son bourreau, chacune est isolée, enfermée dans un foyer qui était pour elle une prison et une chambre de torture. Ignorée par la police qui n’y voit que des chamailleries de couple, puis dénigrée par la Justice qui conclura à un “crime passionnel”. Chacune n’aura droit qu’à un article dans la presse locale.

Chaque victime est isolée, et pourtant chacune est tuée par la même rage de possession, la même hargne à faire d’une femme sa chose. Non, quand un homme tue sa femme après l’avoir torturée pendant des années, ce n’est pas un “drame conjugal dans un contexte de séparation”.

Comment appelle-t-on, dans le langage courant, un homme qui

-pense que sa femme peut être traitée comme sa bonne, son objet sexuel ou son punching ball ?
-pense que si elle le trompe, il doit “laver son honneur”, éventuellement dans le sang ? On appelle ça un macho.

Et un homme qui tue une femme par rage de la posséder est un criminel machiste, comme il y a des criminels racistes, antisémites ou homophobes. La haine des femmes, de celles qu’ils considèrent comme “leur” femme, est meurtrière.

Le massacre des femmes en France peut être empêché. Si les femmes victimes de violences masculines sont prises en charge et protégées avant qu’elles ne soient tuées. Si la police, la Justice, mais aussi le voisinage, c’est-à-dire nous-mêmes, se rendent compte, enfin, que la violence d’un homme contre sa compagne ou son ex n’est pas de l’amour, mais de la haine, et que cette haine tue.

Pour le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, prenons la décision de mettre fin à un massacre. Prenons la décision de conquérir notre droit à vivre réellement libres
Chaque femme a le droit de quitter son compagnon, d’en changer tant qu’elle veut, aucune n’est la propriété d’un homme, quelle que soit la relation qui a pu les lier dans leur passé.

Aujourd’hui, en France, une femme qui dit à un homme : “je ne t’appartiens pas” risque la mort. Au nom des mortes et des vivantes, au nom de nos filles, de nos sœurs et de nous-mêmes, j’ai envie de crier : laissez-nous accepter ou refuser, rester ou partir, et surtout : arrêtez de nous tuer !

Pauline Arrighi

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Photo en haut: panneau « inser » dans Maso et miso vont en bateau, de Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, Ioana Wieder et Nadja Ringart.

Photo en bas : pastel « pas de justice pas de paix », ©Sandrine Goldschmidt

Finançons la Fondation des femmes !

une-affiche-de-la-fondation-des-femmes-873961_w650Belle occasion de réapparaître ici : le lancement, jeudi dernier, de la Fondation des femmes à Paris. Cette Fondation, c’était d’évidence un besoin, et d’ailleurs, comme l’a dit Anne-Cécile Mailfert, sa fondatrice, c’était incroyable qu’elle n’existe pas encore. Parce que les droits des femmes, c’est une  cause qui vaut bien les autres, et que l’argent manque tout particulièrement aux femmes qui les défendent, à toutes les étapes.

Je n’écrirai pas long sur la soirée, car il me faut ici aller droit au but. Cette initiative, déja soutenue par la fondation FACE, France Télévisions et UP (ex chèque déjeuner) et d’autres, est d’autant plus importante que la tâche est immense, et qu’il faut enfin que les femmes aient accès à la générosité reconnue des citoyennes et des citoyens !

Dès maintenant, vous pouvez participer à l’opération 8 euros par mois tous les 8, à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, parce que le 8 mars c’est tous les jours ! Pour cela, rendez-vous tout simplement ici : 

Fondation des femmes

Et sur Twitter, pour diffuser l’opération autour des vous, autour du hashtag #8eurostousles8 

Cela vous reviendra après déduction fiscale à 2,75 euros par mois. Les dons (objectif de la première année 300.000 euros) seront ensuite redistribués aux projets des associations de défense des droits des femmes.

A noter que la Fondation aura également une commission juridique, déjà rejointe par une vingtaine d’avocates et d’avocats, pour aider les associations dans leurs démarches.

Pour en savoir plus, quelques liens :

http://www.aufeminin.com/news-societe/la-fondation-des-femmes-voit-le-jour-et-il-etait-temps-s1766405.html

http://www.lesinrocks.com/2016/03/04/actualite/lancement-dune-fondation-des-femmes-pour-en-finir-avec-les-inégalités-entre-les-sexes-11810263/

http://madame.lefigaro.fr/societe/la-fondation-des-femmes-argent-associations-de-droits-des-femmes-020316-113120

S.G

 

 

 

 

 

8 décembre : la fête des lumières, et tenir jusqu’à l’Hiver

J’avais écrit ceci en 2012. C’était avant que les attentats ne modifient à Lyon la fête des Lumières, c’était avant que le Front National « perce » au 1er tour des régionales. J’ai donc envie de redonner un peu de visibilité à Melanie aujourd’hui, parce que mon arrière-arrière-grand-mère a décidé qu’elle errerait tant qu’il le faut, pour un peu plus d’humanité

Les mots de Melanie

lumières

Décidément, du haut de ma vie de fantôme, j’ai l’impression d’être l’artisane d’un puzzle, la dentellière d’un calendrier d’histoire faite d’ombres et de lumières, qui s’effeuille et se remplit de mots au fil des saisons.

Sur ses pages, des mots de lumière succèdent à des mots tapis dans l’ombre de la peur, de l’oubli, des vents de douceur essaient de renverser les tempêtes de destruction. Cela peut-il être un hasard, si ce 8 décembre, c’est pour les Lyonnais, très catholiques (pas tous bien sûr…), la fête des Lumières ? Des petites lumières mises aux fenêtres pour remercier la Sainte Vierge d’avoir protégé la ville de la peste ? Ces lumières qui ne doivent se consumer, si importantes dans la religion juive avec Hanoukkah ?

chagmelanieDes lumières qu’il faut allumer ce 8, pour tenir jusqu’au début de l’hiver, jusqu’au 22, ou après la fin d’un monde, et une triste nuit, l’espoir…

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