« Et tu n’es pas revenu », avec Marceline

10991282_10205801176817956_394205419842315534_nMarceline est revenue d’Auschwitz :

« Je suis l’une des 160 qui vivent encore sur les 2500 qui sont revenus. Nous étions 76.500 juifs de France partis pour Auschwitz-Birkenau. Six millions et demi sont morts dans les camps ».

Marceline est revenue. Comme pour donner raison à son père, dont la « prophétie » dite à Drancy avant le départ rythme le bouleversant livre intime et politique qu’elle vient de publier à 85 ans : « Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune. Moi je ne reviendrai pas ».

Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, a survécu à Auschwitz, et c’est peut-être justement grâce à cette prophétie. Ce livre est bel et bien écrit par « celle qui a survécu », portée par l’amour de ce père qui a réussi à lui écrire et faire passer une lettre dans le camp. Une lettre dont elle a oublié presque tous les mots, à part les premiers : « ma petite fille chérie » (elle a alors 16 ans, s’est fait passer pour majeure pour survivre). Quelques mots, signes d’un amour qui forme comme un bouclier, et une force qu’elle brandit à son tour en écrivant ce livre, déclaration d’amour à son père.

La description de ce qu’elle a vécu, ressenti dans les camps, est d’une pudeur exceptionnelle tout en nous touchant au plus profond de l’âme, et les larmes n’ont pas quitté mes yeux pendant toute la première partie du livre. Elle a tenu, refusant à chaque instant dans le camp de se laisser aller à une mort qui aurait été plus facile. Si elle a survécu -elle ne se glorifie évidemment jamais de cela ni de rien et bien au contraire se juge durement, c’est qu’elle a pu ne pas céder à la pulsion de mort, et conserver sa dignité à tout moment. Car ce n’est pas la mort qui est à craindre, nous dit-elle, mais bien le néant de l’amour qu’incarne le système nazi d’extermination de la vie, un néant qui dure bien après sa disparition :

« Mais ce n’est pas la mort qui t’a emporté. C’est un grand trou noir, dont j’ai vu le fond et la fumée. Il n’avait pas encore fini sa sale besogne. La guerre terminée, il semblait nous aspirer encore ».

 

Changer ce monde ? 

Mémorial de Drancy

Après la guerre, Marceline a pensé à mourir. Probablement parce que tout d’un coup, ce qui lui avait permis de survivre dans le camp n’était plus possible, avec le retour de la mémoire : « Il fallait que la mémoire se brise. sans cela je n’aurais pas pu vivre ». Aussi parce que personne ne voulait entendre les survivantEs, ni sa mère, ni la société.

Et parce que ce pays qu’aimait son père, la France, avait bien du mal à faire de lui l’un des siens (il fallut attendre 5 ans de plus pour que sa mort soit « officielle », parce qu’il n’était pas français). Il y a 20 ans encore, elle dut batailler avec le maire de sa ville, Bollène, qui ne voulait pas mettre sur le monument aux morts qu’il avait été à Auschwitz, mais le mettre aux côtés des  « morts pour la France ».

« Tu n’étais pourtant pas mort pour la France. La France t’a envoyé vers la mort. Tu t’étais trompé sur elle. 

Pour le reste, tu avais vu juste. Je suis revenue ». 

La mémoire revenue avec elle, elle a choisi de vivre, parce qu’elle a pensé pouvoir influer sur le monde.

« Je n’étais pas devenue optimiste. Je tremblais dans un hall de gare. Je refusais toute salle de bains avec douche à l’hôtel. Je ne supportais pas la vue des cheminées d’usine. On le sent toute sa vie qu’on est revenu. Mais pour vivre, je n’avais pas trouvé mieux que de croire, comme mes oncles avant moi, et jusqu’à la déraison, qu’on peut changer le monde« .

Changer le monde, en aidant la lutte des peuples colonisés, c’est ce qu’elle a tenté de faire, aux côtés de son mari Joris Ivens, communiste mais pas elle, pour créer un monde meilleur, aussi pour les juifs.

« Je pensais qu’à travers la libération des peuples, qu’ils soient algérien, vietnamien, chinois, le problème juif se règlerait de lui-même. C’était une terrible erreur, l’avenir l’a prouvé, mais j’y croyais fermement« .

L’antisémitisme est une donnée fixe

Et c’est là que le livre prend la tournure cruelle d’une chronique de notre monde actuel, et du peu d’espoir que le retour cyclique de la barbarie -celle de la pulsion de mort et de la négation de l’âme nous offre en ce moment. Ce monde d’aujourd’hui, est-il donc le même qui a emmené son père vers la mort, un monde qui s’enfonce dans l’obscurantisme ? Elle décrit en quelques mots comment cette barbarie n’a ni religion ni barrière, mais seulement des époques et des manifestations différentes.

« Aujourd’hui j’ai la gorge serrée. Je m’emporte souvent. Je ne sais pas me détacher du monde extérieur, il m’a enlevé lorsque j’avais quinze ans. C’est une mosaïque hideuse de communautés et de religions poussées à l’extrême. Et plus il s’échauffe, plus l’obscurantisme avance, plus il est question de nous, les juifs. Je sais maintenant que l’antisémitisme est une donnée fixe, qui vient par vague avec les tempêtes du monde, les monstres et les moyens de chaque époque. Les sionistes dont tu étais l’avaient prédit, il ne disparaîtra jamais, il est trop profondément ancré dans les sociétés ».

« Et tu n’es pas revenu » est donc aussi une cruelle interrogation du « fallait-il » revenir si le monde est voué à un éternel recommencement, celui de la mort, si les hommes sont dans un cycle sans fin de destruction de la vie qui leur a été donnée, et si cela signifie encore et toujours la destruction pour les juifs*.

Dans les dernières phrases de ce livre à la fois simple et essentiel, Marceline espère – et nous avec elle-  que si on lui pose la question qu’elle a posé il y a peu à Marie, sa belle-soeur :

« Maintenant que la vie se termine, tu penses qu’on a bien fait de revenir des camps« , elle ne répondra pas « je ne pense pas »  comme celle-ci, mais qu’elle « saura dire oui, ça valait le coup ».

Sandrine GOLDSCHMIDT

*Cette interrogation que Marceline Loridan-Ivens a pour les juifs, éternelles victimes, on peut certainement aussi l’avoir pour les crimes commis sur les femmes et sur les enfants, qui relèvent du même obscurantisme et du délire de mort.

 

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DSK et prostitution : deux enseignements majeurs du #Carlton

15 octobre : manif suite verdict de Créteil

Je voulais faire une revue de presse des articles les plus intéressants à propos du procès du Carlton et de l’implication de Dominique Strauss-Kahn. Voici qu’un article de Slate fait absolument le tour de la question, sur un des deux points que je voulais aborder.
En effet, ce procès est exemplaire de deux faits transversaux de la question de la prise en compte judiciaire des violences sexuelles faites aux femmes. La première, c’est la question de l’impunité que la justice à tendance à perpétuer pour les perpétrateurs de viols. La seconde, c’est la question de la légalité de l’imposition d’un acte sexuel par l’argent, qui d’un coup ne semble pas relever de la contrainte, qui caractérise le viol.

Affiche de « NO » The Rape Documentary

Sur le premier point en effet, toutes les révélations des témoignages du Carlton nous disent ceci (voir liens à la fin de l’article) : les faits décrits par certaines femmes qui ont été prostituées pour DSK (à son insu ou non, ce n’est pas le point central, même si malheureusement c’est sur celui-là qu’il est jugé), sont des faits de viol. Donc, alors même que les accusations de proxénétisme à l’encontre du bonhomme semblent tomber, ce qui est révélé ici est plus grave : cela relève du crime et de la cour d’assises. Bien sûr, on a entendu la défense de l’intéressé : « moi je ne l’ai pas ressenti comme ça ». C’est d’un grotesque sans nom : en effet,  en quoi est-ce le ressenti de celui qui pénètre qui devrait compter dans des faits de viol ? Ce qui compte, c’est le ressenti de celle dont l’intimité est pénétrée. Et si le monde tournait à l’endroit, ce n’est pas celui de l’homme qu’on interrogerait, car il ne devrait pas y avoir d’ambiguité, s’il s’était préoccupé de ce que ressentait la femme. Il est donc urgent, (mais je rêve) que la notion de consentement soit revue : ce n’est pas le consentement qui doit être présumé, mais le non-consentement. Les militantes de la lutte contre le viol le disent comme Aishah Simmons aux Etats-Unis, en affirmant que oui, c’est oui, non c’est non, et le silence, ou l’hésitation, c’est non. Je discutais également cette question ici : « présumé-non-consentement » ?  au moment de l’affaire du Sofitel.

La réponse est donc claire : il faut, comme le redit dans ce documentaire radio de Frédérique Pollet-Rouyer  Marilyn Baldeck de l’AVFT, inverser l’adage : qui ne dit mot consent, c’est faux. La seule solution, c’est de partir du principe que « qui ne dit mot ne consent pas » ! Et que le consentement est donc à obtenir, puisqu’il semblerait que de trop nombreux hommes ne sont pas capables de ressentir le désir ou non-désir des femmes.

On n’en est pas là, malheureusement, et voici ce qui se profile, en ce qui concerne d’éventuelles poursuites de Strauss-Kahn pour viol :

« Selon Philippe Conte, pour que le parquet lance une nouvelle enquête, il faudrait qu’un témoignage entendu pendant le procès en cours indique clairement qu’il y a eu viol, mais le professeur juge l’hypothèse «peu probable» ».

Peu probable, alors que toute personne qui a bien écouté, bien lu les témoignages, se demande ce qui pourrait bien ne pas « indiquer clairement qu’il y a eu viol », et ce qui mériterait à tout le moins d’être jugé.

Deuxième point, le procès de la prostitution

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Marche de Rosen

Au-delà de l’affaire « Strauss-Kahn », qui semble avoir un comportement hors normes, même dans le cadre de soirées prostitutionnelles organisées, les témoignages du procès auront -on espère définitivement- permis de lever le voile sur la réalité de la prostitution, telle que nous la décrivons pourtant si souvent avec des témoignages. Même si les victimes souhaitaient le huis clos, on peut se dire que c’était mieux que le procès soit public. Ainsi, il n’est désormais plus possible de se voiler la face. Non seulement le proxénétisme c’est dégueulasse, mais de toute évidence, les clients-prostitueurs sont ceux pour qui cela existe, et s’en contrefichent des femmes qui leur sont ainsi « vendues » ou « offertes ». Elles sont pour eux des choses qu’ils utilisent à des fins de plaisir et d’exercice de violence en toute impunité.
S’il y a donc une chose que ce procès aura permis, c’est de mettre en lumière que sans client, il n’y a pas de prostitution, de violence prostitutionnelle, et que consentement ou pas, ce qu’à un moment l’argent permet, c’est l’achat du consentement, et l’achat de l’impunité si ce consentement n’est pas donné (car on l’a bien vu, un non ou des pleurs d’une femme ne les arrête pas). Connaissant la définition du viol (tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise), connaissant les motivations de l’entrée en prostitution des femmes (« remplir le frigo », « survivre »), on voit bien qu’il s’agit de contrainte.

La moindre des choses était donc que le Sénat inscrive enfin à l’ordre du jour le texte de la proposition de loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel. Elle sera discutée les 30 et 31 mars prochains. Désormais, à voir comment ce procès et les actions militantes précédentes, dont la marche de Rosen, ont permis d’ouvrir les yeux de l’opinion, on peut raisonnablement espérer qu’elle finira par être votée, avec son volet de sanction du client, et tous les autres qui dépénalisent et aident les personnes mises en prostitution. En tout cas, on continuera à faire tout pour !

Procès Carlton : une plaidoirie pour l’abolition 

Ces audiences racontent un esclavage, pas du libertinage

La déclaration de DSK est typique des paroles de violeurs 

Sonia et Jade, le dessert de ces messieurs

Edito de Libé: réalité 

Communiqué du Mouvement du Nid sur la PPL

Et soudain, la dignité s’est exprimée

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Saint-Valentin ou la défaite de l’amour

Aujourd’hui c’est la Saint-Valentin. Pas elle, me direz-vous ? Elle ne va tout de même pas en parler elle aussi ?

Pourtant, si. Je vais en parler, pas de la Saint-Valentin, mais de l’amour. Déjà, je vous en parle tous les ans en re-publiant l’article de Melanie, mon arrière-arrière-grand-mère, dybbuk issu de mon imagination qui a son propre blog. Tous les ans, elle vient nous rappeler que le principal événement historique accolé à la Saint-Valentin en France est un acte qui signe la défaite de l’amour, et la victoire de l’obscurantisme religieux, sur fond de « grande peur » (la peste)  : « Le samedi 14 février 1349, jour de la Saint-Valentin, on cerna le quartier juif. Tous ses habitants furent traînés par la foule au cimetière de la communauté, où on les entassa sur un immense bûcher. Deux mille Juifs furent brûlés vifs. Seuls échappèrent un certain nombre d’enfants et quelques adultes qui abjurèrent leur foi ». 

D’une religion dont le message nous dit-on était un message d’amour, naît la haine, la destruction, et meurt ce qui fait la vie : le lien d’amour, c’est-à-dire la reconnaissance de l’autre, vivant comme moi, comme une personne vivante que je dois respecter. Voila qui résonne fort cette année à nos oreilles, avec la question de l’obscurantisme religieux,  et de la haine des juifs sur le devant de la scène.

Quel rapport avec la Saint-Valentin aujourd’hui ? 

Mais l’obscurantisme ne s’arrête pas là, se nourrit aussi de la haine des femmes, par le biais de l’amour réifié. L’obscurantisme de l’amour, n’a rien à voir pour le coup avec la religion, mais bien avec la nouvelle religion de notre monde : l’argent, et l’ultime forme de notre société qui tente de transformer tout ce qui fait le vivant -le désir, le lien, la finitude qui pousse à se reproduire- en marchandise inerte.

Et c’est là qu’entre en jeu l’arnaque de la Saint-Valentin, l’arnaque de la société capitaliste. Tout notre système contribue aujourd’hui à transformer la pulsion de vie, le désir, le plaisir d’être en objet marchand, qu’on consomme et qu’on jette. Alors que dans le même temps, on essaie de transformer l’humain en une machine intelligente et éternelle -qui ne mourra pas. C’est la pulsion de mort qui s’exprime.

securedownload-2C’est en effet extraordinaire comme d’un côté on cherche à prolonger au maximum le vivant, oubliant que ce qui fait la vie, c’est qu’elle s’arrête, ce qui pousse au désir de créer la vie, c’est qu’elle se renouvelle, et comme de l’autre, on détruit le vivant en le réifiant. On assimile l’amour à des actes marchandisables, la sexualité à des techniques inertes à l’objectif d’atteindre un orgasme normé (1). On impose à toutes et tous un devoir de jouir pour imposer sur le marché des objets (sex-toys, mais aussi être humains entraînés dans la prostitution et qu’on assimile à des objets (2), on impose aussi une façon de jouir qui transforme l’autre -la femme en général- en objet masturbatoire, au profit de la consommation de sexe par des hommes qu’on élève à ne pouvoir ressentir autre chose. Ainsi la femme-objet devient instrument masturbatoire pour l’homme, et reçoit aujourd’hui l’injonction « d’aimer » cela, même s’il s’agit d’être violentée(3). Enfin, la Saint-Valentin associe l’expression de l’amour à l’échange commercial, la réduisant encore une fois à l’inerte (4).

Il semblerait donc  que notre société, fondée sur  patriarcat+capitalisme, soit empêtrée dans la spirale de la pulsion de mort, qui se manifeste jusque dans la volonté d’être éternellement jeune, de faire disparaître la vieillesse, la mort et l’amour. Etre effacé par la mort plutôt que vieux et mourant (suicide assisté) pour ne pas perturber la jeunesse éternelle, être inerte plutôt qu’aimant et désirant, donc être immobile plutôt qu’en permanent mouvement vers nous-mêmes. C’est le modèle qu’on nous propose, mais contre lequel heureusement nous résistons encore !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) sur la norme hétérosexuelle, écouter l’excellent documentaire de F.Pollet-Rouyer sur France Culture)

(2) Dans les jours prochains je ferai une Revue de presse sur le #Carlton et l’inscription de la PPL prostitution à l’ordre du jour du Sénat. Déjà un lien http://www.humanite.fr/proces-carlton-une-plaidoirie-pour-labolition-565586

(3) sur comment le cinéma (et pas que la pornographie) apprend aux femmes à « aimer » ne pas être actrices de leur désir, cf le même documentaire, + son contre-exemple absolu, preuve de nos dires : 50 nuances de Grey.

(4) Le Gorafi a encore frappé : bien meilleur que tout billet sur l’horreur de la Saint-Valentin, cet article :http://www.legorafi.fr/2015/02/13/saint-valentin-recrudescence-des-theories-du-complot-qui-affirment-que-lamour-existe/

 

 

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Le Pape pour la fessée, contre les enfants et la bienveillance

Les religions n’ont pas fini de nous désespérer. Enfin quand je dis les religions, je parle des systèmes politiques commandés par des hommes qui utilisent des textes -parfois, souvent- beaux et enrichissants, pour les détourner à leurs fins politiques obscurantistes. Ainsi, l’esprit d’Averroès que montrait si bien Youssef Chahine dans Le Destin est détourné dans le lycée même qui porte son nom (et où on ne trouve rien sur lui en bibliothèque mais tous les textes des frères Ramadan) comme vous pourrez le lire dans cet article. Mais ce dont je veux vraiment parler ce matin, c’est de la dernière intervention du Pape, à propos de la « fessée » et du rôle des pères, qui pour moi ne constitue pas seulement une déclaration irresponsable mais presqu’un appel à la violence.

«Un bon père sait attendre et pardonner mais aussi corriger avec fermeté. Il n’est ni faible, ni laxiste, ni sentimental», avait déclaré le pape lors de son audience générale mercredi au Vatican, consacrée au rôle du père dans la famille.

Déjà, cette première phrase était une grosse aberration. Déjà, en quoi le « père » aurait-il un rôle tellement spécifique que ce serait à lui de « corriger ». Ni faible, ni laxiste, ni sentimental… ne pas être sentimental, c’est priver l’enfant d’un lien d’amour…que la religion est censée enseigner. Pas laxiste, pas faible ? Cela signifie que l’enfant serait un peu comme un ennemi face auquel il faudrait montrer sa force ? Je sais bien que c’est une opinion très répandue, et très peu interrogée, sauf par les tenants de « l’éducation bienveillante », et je me demande vraiment comment un jour on a pu imaginer légitime autre chose que de l’éducation bienveillante. Pas étonnant qu’après on soit obligée de faire des lois et des politiques publiques, et de mobiliser des associations pour essayer de faire revenir la bienveillance au coeur des relations humaines. Donc, l’enfant a l’air d’être considéré comme une menace, contre laquelle il faut avoir toute la rigueur possible.

Quelle menace peut bien émaner d’un être en devenir, dont la caractéristique à la naissance est d’être totalement à la merci de ceux et celles qui sont chargés de les élever ? Le petit d’humain qui naît, n’a pas les moyens de survivre seul. Il est extrêmement prématuré même après 9 mois de grossesse (certaines théories expliquent que la bipédie et le conséquent rétrécissement du bassin ont écourté un temps de gestation qui aurait dû être plus long), et ce dont cette petite personne a besoin, c’est :

d’être protégée des dangers, d’être prise en soin et stimulée, et d’être aimée. En outre, au fil de son développement, elle a besoin de repères, et d’être considérée comme une personne qu’on accompagne vers son autonomie, pour qu’elle soit capable de se développer en ayant conscience de l’altérité. Autant de points qui sont extrêmement important pour pouvoir construire sa relation aux autres et au monde.
L’enfant besoin de repères, mais pas de répression. Il est parfaitement possible de donner des repères aux enfants sans sanctions, sans violence, sans dévalorisation permanente, sans négation. Aujourd’hui, on travaille de plus en plus sur la place de la bienveillance et la façon d’accompagner les personnes dans leur perte d’autonomie : l’idée générale, qui reste difficile à appliquer vu les fondements décrits ici, c’est de toujours continuer à considérer l’autre comme une personne, qui doit pouvoir prendre ses propres décisions pour elle-même autant que possible, dont l’avis et l’intégrité physique doivent être repectées. C’est la bientraitance par la bienveillance. Cela doit être exactement pareil pour les enfants !

Dans ce cadre, si la petite personne qu’on accompagne vers l’autonomie reçoit répression, indifférence et négation de son droit à penser et s’exprimer (en fonction de ce qu’il est possible de faire à son âge et de son stade de développement), la société est condamnée à se construire à l’encontre exact des principes de base que la religion du Pape ou les droits humains posent : respect et amour, accompagnement bienveillant.

détail de la création du monde, vitrail, Marc Chagall, musée de Nice.

détail de la création du monde, vitrail, Marc Chagall, musée de Nice.

Pire, le Pape a ajouté :  «Une fois dans une réunion, j’ai entendu un père déclarer: ‘’je dois parfois frapper un peu mes enfants. Mais jamais sur le visage pour ne pas les humilier ». Cela, c’est beau, il a le sens de la dignité. Il doit punir, et le fait de manière juste.»

Donc, le chef d’une institution religieuse qui a de l’influence sur plus d’un milliard de personnes dans le monde affirme, alors que le principal message du nouveau testament est « aime ton prochain comme toi-même », que c’est beau et digne de frapper un enfant, à condition que ce ne soit pas sur le visage, parce qu’il faut punir. Je n’ai jamais vraiment compris la notion de punition. Encore une fois, ne pas accepter certaines choses, mettre des limites, donner des repères, tout cela peut se faire sans « punir ».

Et frapper un enfant que ce soit sur le visage ou ailleurs, c’est nier son intégrité physique, lui apprendre qu’il ne s’appartient pas. Hurler sur un enfant ou le dévaloriser en se moquant de lui ou en lui disant en substance qu’il est nul, c’est lui aliéner son estime de soi, lui nier sa place d’être humain en devenir.

Dire à un milliard de fidèles et à des hommes et des femmes qui traitent déjà l’éducation avec « facilité » en reproduisant ce qu’ils ont vécu qui évite de se remettre en question et de faire ce qui est beaucoup plus difficile à faire : emprunter le chemin de l’accompagnement de l’autonomie dans l’éducation bienveillante, c’est non seulement perpétuer le monde tel qu’il est, mais c’est aussi un encouragement à la violence et à perpétuer la vision de l’enfant comme un être hostile à « dresser, domestiquer »  insupportable.

Pour terminer, une petite chanson, ou plutôt une grande chanson d’Anne Sylvestre (les paroles seulement, je ne l’ai pas trouvée en vidéo) « Laissez les enfants »

Laissez les enfants pleurer
Ne tarissez pas leurs larmes
Elles lavent elles désarment
Ce qui les fait chavirer
Laissez les enfants verser
Ces ruisseaux qui les apaisent
Et s’en vont noyer les braises
De leurs chagrins insensés


Laissez
Laissez-les
Empêchez que l’on réprime
Cette rosée légitime
Ils ont des fleurs à arroser
Laissez
Laissez les enfants pleurer
Avant qu’on les abîme


Laissez les enfants rêver
Ne les cassez pas d’avance
Donnez-leur au moins la chance
D’apprendre un jour à voler
Laissez les enfants choisir
Des chemins qui vous dépassent
N’effacez jamais leurs traces
Vous les verrez revenir

Laissez

Laissez-les

Ne souffrez pas qu’on dédaigne

La lumière qui les baigne
Ils ont des richesses à donner
Laissez
Laissez les enfants rêver
Avant qu’on les éteigne


Laissez les enfants grandir
Ne renforcez pas les cages
Ne craignez pas les orages
Ni les torrents à franchir
Laissez les enfants gagner
Le droit d’étendre leurs ailes
Dans la lumière nouvelle
D’une vie à inventer


Laissez
Laissez-les
Ils vont s’envoler ensemble
Un même ciel les rassemble
Ils ont des sommets à gravir
Laissez
Laissez les enfants grandir
Avant qu’ils nous ressemblent


Laissez laissez-les
Laissez laissez-les

S.G

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La question posée par le procès « Carlton-DSK »

Ce titre est celui d’une vidéo qui circule sur Internet et réalisée par Zeromacho, et qui pose la vraie question autour du procès du Carlton qui a lieu en ce moment, celle de la pénalisation des clients-prostitueurs. C’est d’ailleurs un signe, que le militant du strass Thierry Schaffauser se fende d’une tribune dans « Le Plus » pour essayer de faire croire que le procès en cours n’aurait rien à voir avec celui de la prostitution… DSCF6879Mais c’est très exactement de cela qu’il s’agit ! Le Carlton n’est que la vision émergée -et peut-être- extrême de la réalité de la violence qu’est la prostitution pour les femmes. Il est donc essentiel aujourd’hui que nous nous levions en solidarité avec les victimes de ces actes terribles : -en déclarant haut et fort que nous les soutenons elles, et ne voulons plus entendre le soutien des amis politiques haut-placés de DSK -en déclarant haut et fort que le proxénétisme qui « offre des femmes » à ces acheteurs de sexe et de violence, ne peut le faire que parce qu’on permet aux clients-prostitueurs de le faire. Qu’il n’y a donc qu’un moyen d’éviter cela, c’est d’interdire tout achat d’un acte sexuel, qui revient à acheter le « droit à exercer une violence sexuelle ». Il est donc plus que temps que la Proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel soit inscrite à l’ordre du jour du Sénat, car c’est de la vie et de la possibilité de vivre en sécurité de milliers de femmes qu’il s’agit ! S.G Voici quelques liens vers des articles sur le procès Carlton ainsi que vers d’anciens articles écrits autour des « affaires DSK »  et de l’abolition : http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/02/04/proces-du-carlton-sonia-et-jade-le-dessert-de-ces-messieurs_4569456_1653578.html La réalité de la prostitution: la violence des clients :  https://sandrine70.wordpress.com/2014/07/04/realites-de-la-prostitution-la-violence-des-clients/ Les témoignages qui disent la réalité de la prostitution, sans strass : https://sandrine70.wordpress.com/2012/07/12/prostitution-les-temoignages-qui-disent-la-realite-de-la-prostitution-sans-strass1/ https://sandrine70.wordpress.com/?p=3957

Recueil d’articles abolitionnistes http://www.scoop.it/t/abolition2012

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Christine Lagarde, Abdallah, Charlie et les femmes

IMG_6343En début de semaine, nous avons tous et toutes beaucoup ri et apprécié la chronique de Sophia Aram, en voile intégral, qui se moquait du « féminisme très discret » du défunt roi d’Arabie saoudite, tel que le décrivait Christine Lagarde, Présidente du FMI : « d’une façon très discrète, il était un grand défenseur des femmes »

Une fois avoir bien ri, le sujet a continué à me trotter dans la tête. Comment, pourquoi, la présidente d’une institution si influente dans le monde, pouvait bien vouloir dire une chose pareille ? Je ne reviens pas sur le fond des propos, Sophia Aram décrit bien les très discrètes avancées des droits des femmes en Arabie saoudite.

Ce qui m’intéresse ici, c’est  de comprendre d’où parle Lagarde, de qui elle parle et les enjeux de son propos ?

Présidente du FMI, représentante du « monde libre » et surtout d’une très puissante instance mondiale de financement, elle parle du roi musulman d’un pays qui n’est pas laïc, mais qui au contraire applique la loi du Coran tel que les hommes au pouvoir décident de l’interpréter. Mais l’Arabie saoudite, c’est aussi un des alliés les plus puissants des Etats-Unis et de l’OTAN, pour une simple raison : c’est le plus gros pays pétrolier du monde.  On a besoin de lui, et il a besoin de nous (pour faire tenir politiquement le pays). C’est donc un « allié anti-terroriste ».

Mais en même temps, c’est un pays très obscurantiste, où il y a du ressentiment anti-occidental, et où il y a beaucoup d’argent, pour acheter des armes, et beaucoup de « petits puissants » dorés aux pétrodollars qui eux ne sont pas forcément les soutiens de l’anti-terrorisme. La péninsule arabique reste le terreau géographique de nombreux groupes terroristes (cf les revendications des attentats de Charlie Hebdo et de l’hypercasher).

Problème pour Christine Lagarde et ce qu’elle représente : comment justifier, en plein « après-Charlie » qu’on est si ami avec ce pays ?

La solution, c’est d’associer ce pays à nos valeurs, ce qui inclut d’être ou d’apparaître au moins un  minimum, défenseur des femmes ! En effet, lorsqu’on critique l’islamisme, un des arguments principaux est celui de la défense des droits des femmes, que  la religion bafoue. Pour le dire autrement, il est difficile voire impossible aujourd’hui de dire qu’on n’est pas « féministe » (même si on ne l’est pas), surtout lorsqu’on reproche à l’Islam son attitude envers les femmes. Il fallait donc bien trouver du féminisme à Abdallah, même si discret !

S.G

 

 

 

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Soyons vieilles, et heureuses de l’être !

Je suis vieille. Je suis vieille, et fière de l’être, et j’espère que vous aussi à la fin de cet article vous serez vieilles. Parce que ce matin, en lisant un court ouvrage de Marie de Hennezel et Bertrand Vergely, « Une vie pour se mettre au monde », c’est le constat que je me suis fait. En effet, l’auteure y décrit les peurs auxquelles les « seniors » qu’elle reçoit en « stages de bien vieillir », sont confrontés. La première d’entre elles, c’est la peur de ne plus séduire.

securedownloadUne peur qui touche en particulier les femmes, évidemment. Or, à lire ce qu’elle en dit, je me dis non seulement que je suis déjà vieille, mais que le problème de notre société capitalo-patriarcale, c’est ce jeunisme du malheur, celui de la séduction obligatoire, celui du narcissisme mal placé. Et qu’il serait bon d’être vieille beaucoup plus tôt.

Le narcissisme mal placé, c’est celui du mythe de Narcisse compris par Freud : Narcisse se regarde dans le lac et tombe à l’eau. C’est celui de la « marâtre » de Blanche-Neige. C’est celui de notre société contemporaine. En effet, Marie de Hennezel explique que la première peur de vieillir, c’est donc de ne plus séduire. Pendant des décennies, on a expliqué aux femmes qu’il fallait être belle, avoir la peau lisse, ressembler à un modèle de plus en plus irréaliste et conformé au supposé désir des hommes, lui-même conformé par ce qu’ils en apprennent dès le plus jeune âge, d’abord avec les contes de fées, ensuite avec la pornographie. Arrivées à un certain âge, quoi que l’on puisse faire, les rides arrivent. Le corps change. Et personne, ne ressemblera à 80 ans à qui elle était à 20 ans. Or, au lieu de trouver cela formidable, on nous dit que c’est l’horreur et qu’il faut mettre des crèmes « anti-âge », ou aller se faire refaire le portrait. Conséquence, on vieillit toujours, mais en plus on ne laisse plus rien voir de nos expressions sur notre visage. Ces expressions qui sont pourtant ce qui fait la vraie beauté, à tout âge, et le charme.

IMG_0890Ce qui compte nous dit-elle pour bien vieillir c’est donc le regard qu’on a sur le monde. Au lieu d’être en permanence centrée sur son reflet dans le miroir (qui nous fera un jour sombrer dans le lac de la vieillesse, mais d’un coup /cf Dorian Gray), on peut choisir de comprendre le mythe de Narcisse à la façon de Lou Andréas-Salomé. il s’agit du « narcissime cosmique », où Narcisse est fasciné par son visage au milieu de la nature. Il se voit comme faisant partie d’un tout, et non plus comme étant le monde à lui tout seul. Adopter ce regard rend non seulement la vieillesse plus plaisante mais également ce qu’on donne à voir aux autres. Ainsi ne pas être centréE en permanence sur ses bobos, douleurs, soucis de vieille, permet de s’intéresser aux autres, et de les attirer.

L’auteure nous dit qu’il faut passer « du corps que l’on a au corps que l’on est« , pour s’accepter vieille (ou vieux, mais ici je procède par l’identification donc je le mets au féminin). Et elle explique qu’avec l’avancée en âge, la peur de ne plus séduire disparaît : « (…) et nombreuses sont celles qui osent dire qu’être libérée du souci de plaire et de séduire les soulage. Quelle liberté, finalement, de pouvoir simplement être ».

Une sexualité de vieux à tout âge

Je suis donc tout à fait d’accord avec elle, mais j’ajouterais : ce n’est pas seulement parce qu’on est vieille, qu’il faut penser et se voir ainsi, mais cela devrait être le cas à tout âge ! Ceci est encore plus vrai lorsqu’elle aborde la question de l’amour et la sexualité chez les personnes âgées, en particulier chez les pensionnaires de maisons de retraites, qui nous montre à quel point c’est le regard de la société sur l’amour vrai et la sexualité qui est malade, et non pas les vieilles personnes qui s’aiment.

9782253157953-TL’autrice nous explique en effet que le tabou de la sexualité est persistant, notamment parce que les enfants, une fois que leurs parents sont en institution, ne supportent toujours pas l’idée que la sexualité puisse exister chez les parents, et comme désormais ils exercent un contrôle sur ceux-ci…

C’est certainement en partie vrai. Mais c’est surtout, à mon avis, à cause de ce que -comme pour la beauté, notre société impose comme norme de la sexualité. Que ce soit la sexualité non libre d’avant, où le désir et le plaisir des femmes n’avait aucune place, ou la sexualité mécanisée, industrialisée, commercialisée et performante d’aujourd’hui (commercialisée donc on fait des femmes des objets), les normes sont anxiogènes. Il « faut atteindre l’orgasme » à tout prix, l’orgasme étant LE critère d’évaluation de la performance. On définit comme « expertes » en sexualité les personnes qui subissent la violence prostitutionnelle ou pornographique, on encense -jusqu’en maison de retraite- « ‘l’outillage » sexuel (appelés sex toys), comme gages de libération et de plaisir.

Or, Marie de Hennezel souligne que la sexualité vieillissante et bien vécue par de nombreuses personnes âgées, c’est tout autre chose. « On est dans la perception de l’autre, de son rythme, on est à l’écoute de l’autre« , dit-elle, comme une danse. Mais la sexualité, cela ne devrait-il pas être ainsi à tout âge ? C’est en tout cas ainsi que le désir réciproque se définit, non ?

Elle explique encore que la sexualité change, qu’elle devient plus sensuelle. « Elle est moins pulsionnelle et plus affective. Mais le plaisir peut être infiniment plus profond« . Là encore, n’est-ce pas tout simplement une merveilleuse définition de ce qu’est la sexualité partagée, désirante, et qui procure cet extraordinaire bien-être, et qui donc, ne se limite surtout pas à des pulsions, pas à des positions, un outillage ou une performance ?

Devenir lesbienne ou acheter des sex toys ?

C’est en tout cas ainsi que j’ai personnellement coutume de définir les merveilles de la sexualité…

SoAu lieu de vouloir régler la question de la sexualité des personnes devenues fragiles ou perdant de l’autonomie en faisant du commerce, en proposant des « services sexuels » pour celles et ceux qui « ne pourraient plus ou pas faire de rencontre », si on promouvait ce discours sur une sexualité désirante et sensuelle ? Ainsi, si la société était féministe et s’intéressait au désir des femmes, elle n’aurait pas l’idée saugrenue de faire des « réunion sex toys » en maisons de retraite : il s’agit là en effet non pas de pallier le « problème » de l’absence d’hommes à partir d’un certain âge mais bien de vendre. Car si c’était la possibilité d’une sexualité épanouie et donc redéfinie qui nous intéressait, on favoriserait la rencontre en institution, on adapterait nos quartiers pour que les rues et les lieux publics soient accueillants pour les personnes âgées. Enfin, on oublierait les normes hétérosexuelles et on encouragerait la rencontre entre individues, ouvrant ainsi un grand champ de possibles à 80% de femmes au lieu de les mettre en concurrence et de positionner le « petit vieux » en petit roi de la maison de retraite (à qui il faut donner du viagra parce qu’il a d’autant plus de « pression à la performance »)…

En conclusion : en lisant cette définition de la sexualité, de la beauté, de la liberté, et du bonheur d’être vieille, je me dis… si être vieille, cela veut dire prendre soin de soi pour être plus à l’écoute des autres et en phase avec le monde, avoir plus de sensualité et plus de plaisir parce qu’on est dans une danse avec l’autre, parce qu’on est tournée vers le monde et non seulement vers soi, je le redis alors : je suis déjà vieille, et soyons toutes vieilles (et vieux), et heureuses de l’être ! 

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

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Je suis Peppa Pig

16217_10204949030819124_4279853804984391239_nJe ne résiste pas à partager avec vous trois infos qui circulent cette semaine, autour de la question du blasphème et de l’attentat contre Charlie Hebdo. Sur les trois, un seul est inventé. Les autres semblent vraies (il faut admettre qu’il est de plus en plus difficile de distinguer entre le Gorafi et la réalité…). Celui du Gorafi donc (ou du dessin ci-contre), est pour moi la meilleure des satires de l’obscurantisme que j’ai pu voir : Les enfants en colère après des caricatures du Père Noël jugées injurieuses.

Par ailleurs, il a neigé en Arabie Saoudite cette année. Eh bien figurez-vous que la fabrication de bonhommes de neige a été condamnée et interdite par un cheikh, assimilée à la fabrication d’ « idoles impies » : http://www.liberation.fr/monde/2015/01/13/la-fabrication-de-bonhommes-de-neige-sacrilege-en-arabie-saoudite_1179819. Les Saoudiens eux-mêmes se sont érigés sur Twitter contre cette condamnation.

peppapig1711aEnfin en Grande-Bretagne, on est en plein débat sur la liberté d’expression. En effet, on y estime plus souvent que chez nos esprits frondeurs laïcs qu’il ne faut pas offenser les croyants en attaquant leur religion… Conséquence, toutes sortes de précautions sont prises…par exemple, une maison d’édition a donc envoyé une lettre à ses auteurs leur demandant de s’abstenir de représenter des cochons ou des saucisses et éléments qui pourraient évoquer le porc, cet aliment rejeté par les règles alimentaires du judaïsme et de l’Islam !! http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/11345369/Oxford-University-Press-bans-use-of-pig-sausage-or-pork-related-words-to-avoid-offending-Muslims.html Des autorités religieuses juives ont même été obligées d’intervenir, pour rappeler que  si la consommation de porc était bel et bien interdite, prononcer le mot cochon où le représenter ne fait pas partie des 613 interdictions du judaïsme…

Allez, disons-le toutes et tous ensemble « I am Peppa Pig » !

(je me permets de le reproduire sans savoir d’où il vient mais il est très juste et veux bien le créditer si qqune se reconnaît).

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Wild : la vie au bout du chemin

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Surmonter ses traumatismes et donner un sens à sa vie dans la nature et en s’infligeant une épreuve personnelle, c’est presqu’une tarte à la crème du cinéma américain. Après « Into The Wild », qui racontait une histoire vraie, « Wild » s’attaque à cette thématique. L’originalité, c’est que c’est une femme qui s’attaque à la Pacific Crest Trail. Une femme jeune et tourmentée qui n’a aucune expérience de la randonnée s’attaque aux 1700 km de cette marche exceptionnellement difficile, à travers déserts, neige et haute montage, de la Californie à l’Etat de Washington (à la frontière avec le Canada).

Un film inspiré des mémoires de Cheryl Strayed, incarnée par Reese Witherspoon (qui a acheté les droits pour sa maison de production), un ouvrage sorti en 2012 et rapidement considéré par le New York Times comme un classique de la « littérature sauvage et du féminisme moderne ».

Car Strayed n’hésite pas à le dire, elle est féministe. Et ce n’est pas que le deuil de sa mère adorée, morte d’un cancer à 45 ans qu’elle tente d’oublier sur les 1700 km de sa route, ce sont aussi les embûches de notre société patriarcale qu’elle doit surmonter, embûches qui sont autant de traumatismes graves. Violences conjugales subies par sa mère et la terreur que cela inflige à la petite fille qu’elle était et son frère, et ses conséquences après le choc du deuil : addictions dissociantes que sont pour elles l’héroïne et « de coucher avec n’importe qui ». Seule façon de dépasser ça, couper avec ce monde et se retrouver seule face à l’adversité et la nature.

Elle fait sur sa route des rencontres, dont une mauvaise -heureusement elle échappe de justesse à l’homme qui incarne le prédateur sexuel. Mais la plupart des hommes qu’elle rencontre sur sa route du Pacific Crest Trail lui rendent service, tant et si bien qu’elle parvient à laisser sa légende derrière elle, surnommée par trois jeunes gens « que personne n’aide », la « Reine du PCT. Et lorsqu’elle « tombe » enfin sur une femme, c’est un grand cri de joie et d’enfin possibilité de réel partage qui se présente à elle. Dernière rencontre essentielle, celle d’un petit garçon et sa grand-mère, petit garçon avec qui elle a un échange émouvant, et en chantant, lui permet de libérer son émotion.

Tout au long de la route, le film décrit bien les flashes qui la parcourent, les souvenirs qui l’assaillent, 1.700 kilomètres qui lui permettent d’explorer et faire l’aspect avec tous les recoins de son cerveau, et finissent par lui permettre  de se séparer enfin de sa culpabilité intériorisée de femme victime. La marche n’est plus seulement rédemptrice, mais tout simplement libératrice. Au bout de son chemin, elle peut enfin espérer vivre sa vie, et faire ce que sa mère avait tant voulu pour elle. Profiter de chaque lever et chaque coucher du soleil.

Car il n’est pas inutile de nous le répéter chaque jour : s’il n’y a qu’une chose sacrée dans ce monde, c’est bien la vie.

S.G

 

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Sacrée liberté d’expression !

Sophia Aram a fait une excellente chronique sur France Inter intitulée « Le droit de blasphème, c’est sacré ». C’est très drôle, et magnifiquement juste, pour défendre le droit au blasphème de Charlie Hebdo. Ce qu’elle décrit, c’est exactement la liberté d’expression qu’on a envie de défendre.

Hier, 4 millions de personnes se sont rassemblées en France, munies d’un message en faveur de la liberté d’expression, et je crois, d’une forte envie de mettre un peu plus de lien et d’amour dans notre société. De reboiser l’âme humaine et s’aimer à tort et à travers, comme l’a écrit Julos Beaucarne dans le magnifique texte que je mets en lien tout en bas de l’article*

10898090_10205475474275596_7680048931794421129_n L’émotion passée, la récupération par les puissants un peu ridicule au regard du nombre de citoyennEs lambda qui se sont mobilisées, de nombreuses interrogations naissent. On a défendu par millions la liberté d’expression, il me semble qu’il est temps maintenant de l’expliquer, et d’essayer de la mettre en pratique en respectant les opinions des unEs et des autres, dès lors qu’elles s’expriment autrement que par la haine et la violence.

 

Expliquer, cela me paraît essentiel, d’abord pour les jeunes en formation dans notre Ecole républicaine. Essentiel, pour rendre la liberté d’expression efficiente, de ne pas la brandir comme une valeur à laquelle il faut adhérer « parce que c’est comme ça », sans réfléchir (c’est même très contradictoire) mais parce qu’on a longuement réfléchi et qu’on est capable de l’expliquer et de la justifier. Ensuite, il nous faut être capables d’en expliquer les limites, d’entendre les critiques, et d’être capables d’y répondre, ou de faire grandir la liberté d’expression avec elles.

Première partie : expliquer la liberté d’expression pour la rendre plus efficiente

Pour en parler, je vais commencer par citer le film « Les Héritiers », qui selon moi pourrait aujourd’hui être montré dans toutes les classes à partir de la 4e. Ce film relate l’histoire vraie de la seconde du lycée Léon Blum à Créteil. En disant à des jeunes de seconde totalement désorientés, violents, repliés sur leur mal-être, qu’ils sont capables de participer à un concours national de la résistance et de la déportation, leur professeure d’histoire incarne ce que peut être la République : capable de faire sortir de chacunE le meilleur de soi-même. Capable de donner du sens à nos vies, de créer du lien. ET capable de nous faire adhérer à ses valeurs.

Il y a une scène dans le film qui fait encore plus que les autres écho à ce qui se passe aujourd’hui…une scène, qui aurait pu se produire ces derniers jours. En effet, de nombreux enseignants relatent qu’ils ne parviennent pas à aborder la question des caricatures de Mahomet avec certains de leurs élèves qui se se01-450x320-pixels_28ntent insultés par toute critique du « Prophète ». Certains auraient refusé de faire la minute de silence (personne d’ailleurs n’est censé y être obligé…juste ne pas empêcher les autres de la faire, mais demander ça à des élèves dès la primaire qui ne sont pas en âge d’avoir une conscience politique…hum) Pour moi, c’est vraiment dommage de partager ces infos sans plus de réflexion, pour en conclure : regardez où on en est ? Or que nous disent ces informations ? Que les élèves de nos écoles ont besoin qu’on leur explique ce que c’est que la liberté d’expression, pas qu’on leur impose ! C’est légitime de leur expliquer pourquoi il est légitime de critiquer les religions, et qu’ils peuvent ne pas en prendre ombrage, parce qu’on ne s’attaque ni à eux ni à leur foi (même si je conçois que cela peut être difficile face à la violence !).

Ce qui s’est passé pendant les minutes de silence, c’est exactement la même chose qui se produit donc dans Les Héritiers, quand Mme Guéguen (la prof d’histoire) montre à ses élèves une fresque historique, dans laquelle Mahomet est aux côtés de Satan en enfer (si mes souvenirs sont exacts). Un des élèves musulmans, qui deviendra un des principaux personnages du film, n’attend aucune explication, il s’insurge, se fache, commence à partir, en disant « ça ne se fait pas » de dire ça, accusant la prof d’être hostile à l’islam et d’en vouloir à ses élèves. Celle-ci parvient à le calmer. Et ensuite à leur faire comprendre peu à peu ce dont il s’agit.

Qui a peint ceci, leur demande-t-elle ? Des chrétiens qui sont en guerre contre les musulmans et pour qui il y a donc intérêt à dépeindre Mahomet aux côtés de Satan. C’est donc une image de propagande. Ils parviennent à le comprendre, et à voir ce qu’ils peuvent faire de ce qu’ils viennent d’apprendre dans leur vie de tous les jours. En une séance, les voilà déjà un peu plus citoyens. Plus tard dans le film, ils feront d’ailleurs eux-mêmes le lien entre cette fresque et une caricature de propagande antisémite de l’entre-deux guerres, et en feront matière à réfléchir et penser.

028486Tout est dit sur les images. Qu’ il est fondamental de parvenir à les remettre dans leur contexte, de se demander qui parle, quand comment et dans quel but, qu’un dessin/ une caricature peut être un instrument de propagande qui incite à la haine et joue un rôle dans les violences commises comme d’être un outil de réflexion et d’ouverture d’esprit. Les caricatures des années 30 sur « le péril juif » manifestent ce que sont les limites de la liberté d’expression. Celles de Charlie Hebdo, alors, sont-elles différentes ?

Oui. Car l’intention des dessinateurs n’est pas d’appeler à la haine contre les musulmans  ou les juifs ou les catholiques mais de dénoncer l’obscurantisme religieux. Elles peuvent mettre en colère. On peut estimer et dire qu’elles nourrissent un discours anti-musulman (comme on peut estimer qu’elles nourrissent, parfois, la haine des femmes). Mais dépassent-elles les limites de la liberté d’expression ? Je ne crois pas, dès lors qu’elles ne font pas d’amalgame entre tout musulman et les terroristes islamistes, entre tout musulman et les intégristes. Néanmoins, il est parfaitement légitime de donner des explications du pourquoi c’est une expression de la liberté de conscience, et de répondre par des arguments à celles et ceux qui s’interrogent. Même quand il y a de la manipulation dans les interrogations, il est important de répondre, non pas pour faire taire les manipulateurs, mais pour donner des arguments autres à ceux qui les écoutent.

Il me semble même légitime de d’abord se demander ce qui fait que des personnes sont heurtées et de s’assurer que le dessin est bien choisi… Et si on considère qu’elles excèdent les limites de la liberté d’expression, que les caricatures sont racistes (point de vue qui se défend), alors ont peut toujours recourir aux moyens démocratiques et légaux : écrire pour critiquer, faire part de son désaccord, voire entamer une action judiciaire. Certainement pas assassiner.

Autre exemple de la nécessité d’expliquer : le piège Dieudonné. C’était prévisible. A peine la manifestation terminée que l’individu connu comme humoriste et apprécié – à mon grand dam, mais c’est un fait- par de très nombreuses personnes, fait une sortie qui déclenche la polémique, mais qui surtout, est très exactement destinée à plonger tout le monde dans la confusion. Reprenant le principe de #Jesuischarlie, il a dit qu’il se sentait ce soir (le 11 janvier) « Charlie Coulibaly ». C’est très très fort.

Car ces propos sont -peut-être- passibles de la loi contre l’apologie du terrorisme. Sauf que bien sûr, Dieudonné se revendique humoriste et est reconnu comme tel par ses fans. Donc, il dira « je fais de l’humour ». Or, ces derniers jours, on a entendu en permanence, qu’on « pouvait rire de tout » (Cabu l’aurait dit semble-t-il), que les caricatures de Charlie c’est de l’humour, etc.

Donc, si on veut justifier d’ouvrir une action judiciaire, on est un petit peu obligé, après avoir passé des jours à dire « on peut rire de tout », de dire « on ne peut pas rire de tout ». Et ce n’est pas forcément évident à justifier…

Ces deux exemples posent évidemment le problème des limites de la liberté d’expression. Pourquoi quand Charlie dit devant une caricature du prophète « c’est dur d’être aimé par des cons » c’est la liberté d’expression et pourquoi quand Dieudonné dit « être Charlie Coulibaly », c’est hors limites. Pourquoi parle-t-on de pays liberticides qui enferment à tort des gens pour avoir émis une opinion et pourquoi condamne-t-on des personnes pour avoir dit, écrit ou dessiné certaines choses ?

En réalité, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse qui convaincrait les fans (peut être Mme Guéguen ?). Je trouve que la phrase redoutable car il joue sur l’humour pour dire qu’il se sent proche d’un terroriste, mais ce qu’il vise en réalité c’est le slogan  #jesuischarlie et les interrogations que le slogan a soulevé. En effet, à mon avis ce qui l’intéresse ce n ‘est pas de faire de Coulibaly un héros, c’est de pointer le fait qu’il y a une contradiction entre les attaques judiciaires dont il fait l’objet et le propos de #jesuischarlie, et de poursuivre son intérêt personnel : passer pour la victime et faire de l’audience.

Les événements de ces derniers jours nous rappellent donc autant la nécessité de la liberté d’expression que la difficulté d’en dessiner les limites.

Un pays avec une liberté d’expression sans limite n’existe pas et tant mieux. De nombreuses personnes revendiquent même de mettre des limites supplémentaires à la liberté d’expression. Car si elle n’est pas totale, c’est qu’elle doit être délimitée. Et si elle est délimitée, alors se pose la question de la définition de ses limites, qui sont susceptibles d’être liées aux rapports de pouvoir dans la société.

2è partie : -Les limites et critiques de la liberté d’expression.

IMG_0814Les  limites légales d’abord. La « provocation aux crimes et délits » et « l’incitation à la haine et à la violence » sont interdites. On peut interdire un livre ou un spectacle pour « trouble à l’ordre public ». L’injure et la diffamation contre un individu ou un groupe  sont également condamnables. L’apologie de crime de guerres, l’apologie du terrorisme sont interdits. On n’a pas le droit de tenir des propos (mots ou dessins) racistes ou antisémites. En revanche, il n’y a pas d’interdiction des propos sexistes à proprement parler. Enfin, il existe depuis une dizaine d’années un délit d’outrage aux symboles nationaux (comme le drapeau français), souvent considérée comme une atteinte à la liberté d’expression.

Le blasphème (cf ci-dessus Sophia Aram) n’est pas une limite de la liberté d’expression aujourd’hui en France (il l’a été autrefois). Son principe est qu’on a le droit de critiquer les religions, comme les politiques, comme tout système idéologique, on a le droit de s’en moquer, dès lors qu’on n’est pas dans les limites évoquées ci-dessus.

Ce droit de critiquer les puissants a été conquis en France et n’existe pas partout. C’est la conquête centrale de notre liberté d’expression. Et il est clair qu’à travers le monde, de nombreux croyants et surtout institutions religieuses l’acceptent  mal…pour exemple cette vidéo de Holly Near : « I ain’t afraid ». Elle y critique ce que font les humains au nom de leur Dieu. Et se prend des volées de bois vert en commentaire. Pourtant, elle n’incite jamais à la haine, et ne diffame ni n’insulte personne…

Les critiques de la liberté d’expression

Elles sont légitimes, car il est normal d’avoir le droit de critiquer la liberté d’expression si on défend la liberté d’expression…

Il y a d’abord les critiques sur la définition des limites : le délit d’outrage par exemple considéré par beaucoup comme une atteinte à la liberté d’expression. Il y a aussi celles et ceux qui pensent qu’il ne devrait pas y avoir de limites.

Mais il y a aussi les critiques quant à l’exercice de la liberté d’expression

Dans une société républicaine égalitaire, le peuple est souverain, les lois doivent être l’expression de la volonté générale. Le problème, c’est que dans les faits certains ont plus accès aux libertés que d’autres… (tout le monde y a droit mais tout le monde n’a pas accès à ce droit) et la liberté de certains est plus défendue que celle de certains autres…ainsi, tous les oppriméEs, et en particulier les femmes et les minorités ont moins accès aux médias, et leurs expressions sont moins souvent publiées, peut-être même plus facilement interdites, et ont une moins large audience.

Premier problème : certaines atteintes à la liberté d’expression sont moins prises en compte que d’autres

Le sexisme n’est pas ou peu reconnu comme un motif de condamnation pour ses auteurs : en effet, avoir des propos incitant à la haine des femmes est beaucoup plus facile que d’avoir des propos incitant à la haine des noirs ou des juifs. Pire, dessiner et diffuser des images incitant à la haine et à la violence contre les femmes est largement toléré dans notre société. C’est le cas de la publicité et de certains dessins. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas reconnu comme incitant à la haine et donc comme étant une limite de la liberté d’expression.

Ainsi, certaine personnes pensent que certains dessins de certains dessinateurs de Charlie Hebdo, sont une incitation à la haine des femmes. Personnellement, j’aurais tendance à penser que oui et non. Rire de voir des femmes humiliées et soumises encourage à avoir beaucoup de tolérance pour ne pas dire plus envers l’humiliation et la soumission des femmes. Utiliser systématiquement la sexualisation comme façon de traiter d’un sujet (dans la pub ou la caricature) est à mon avis une façon extrêmement pernicieuse (parce que non comprise comme telle par les auteurs qui souvent, refusent de s’interroger dessus) de perpétuer le statu quo.  Mais je suis convaincue que ces hommes ne veulent pas inciter à la haine des femmes, souvent même ils cherchent à dénoncer ce qui explique que de nombreuses féministes les disent féministes. Le problème est que la réflexion sur le sens sexiste des images est à son degré zéro, et qu’ils n’ont pas l’air de vouloir l’entamer (à en croire les réactions quand des féministes les critiquent).

Bien évidemment, il ne viendrait pas l’idée à des féministes de souhaiter leur mort ou de vouloir les tuer pour avoir dessiné…c’est ce qui fait toute la différence entre la critique et le terrorisme assassin…

Deuxième problème : la défense des victimes n’est pas la même pour toutes et tous.

PDJPDPXAinsi, le week-end dernier, on a appris le massacre de 2.000 personnes au Nigéria. On a appris qu’une fillette avait été envoyée à la mort, bardée d’explosifs, pour tuer dans un marché. En décembre, plus de 130 enfants ont été massacrés dans une école au Pakistan. Tous les jours en France, des enfants -majoritairement des filles- sont violés battus et assassinés parce qu’ils n’ont juste aucun pouvoir ni moyen de faire défendre leurs droits. Tous les deux jours en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex parce qu’elle a tenté d’exercer sa liberté d’exister. A travers le monde, des femmes sont mises en prostitution, violentées sexuellement et victimes de trafic » au nom de la « demande sexuelle » des hommes. Or, lorsqu’on fait des manifestations pour le dénoncer, on n’est pas 4 millions, mais bien contentes si on est 2.000. Alors même si on ne peut que se réjouir du fait que tout le monde se lève pour défendre la liberté d’expression, il est légitime de se poser des questions sur la source de notre indignation et du pourquoi elle est ici si forte, et là inexistante.

Troisième problème : qui dispose de la liberté d’expression ?

Avoir le droit de s’exprimer c’est une chose, pouvoir le faire en est une autre. Or, qui a accès aux médias ? Les hommes, blancs, quadras, d’un certain milieu social. Pourquoi ? Parce que pour avoir accès aux médias de masse, il faut être accepté par ceux qui les dirigent et les financent. Pour pouvoir s’exprimer sur Internet et avoir de l’influence, il faut avoir accès, déjà, à un ordinateur…Dans les supports de presse, 80% des personnes interrogées sont des hommes, les experts également…

Alors bien sûr, il faut revendiquer la liberté d’expression, et tracer la « ligne rouge » : aucun dessin ne mérite la mort, ni aucune réponse violente. Mais dès lors qu’on n’est ni dans l’incitation à la haine ni dans la violence, on a le droit de critiquer…

Sandrine GOLDSCHMIDT

*http://www.youtube.com/watch?v=_E1HbACfWNo

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