Harcèlement de rue : la propagande de la peur

Photo Hélène Epaud

Tout a dû être dit ou presque pendant que je parcourais les sentiers libre et tranquille en montagne…
Magnifique mouvement déclenché par une évidence video : les femmes sont harcelées, tout le temps, partout, à chaque âge de la vie.

Comme l’a écrit une blogueuse :

1. Le harcèlement de rue est une réalité quotidienne pour quasiment toutes les femmes.

2. Le harcèlement de rue est banalisé : les femmes en souffrent, mais cette souffrance n’est pas considérée comme légitime par la société, qui entérine et normalise le comportement des harceleurs en le minimisant et en le faisant passer pour un hommage ou pour de la drague.

3. Le phénomène de harcèlement de rue est méconnu, et sa mise en évidence suscite à la fois scepticisme et sarcasmes.
4. La prise de paroles des femmes (sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres relevant du sexisme) est un combat sans fin : la preuve par le hasthag (mot-clé sur Twitter) #harcelementderue.
Je rajouterais quelques éléments  :
5. Le harcèlement de rue n’est qu’une des multiples formes de harcèlement sexiste, qui est absolument partout :
pour les filles, il commence au berceau (oh vous avez vu elle fait déjà des sourires ?)
à la maternelle : oh ‘que tu es jolie avec cette jupe qui tourne’. Oui, jupe qui tourne, mais qu’on soulève si facilement, « pour jouer », premier harcèlement..
en primaire : « c’est qui, ton amoureux » ? car si tu joues au foot et que tu n’en as pas, alors tu serais peut-être libre…
au collège, quand un mini-macho veut absolument savoir, dès la 6e, si les filles portent ou pas des soutiens-gorges
Au lycée, au travail, au cinéma, dans un bar, dans la rue…
Ce sont les parts réservées aux femmes dans les repas, qui réduisent l’espace qu’occupe leur corps
C’est l’absence de chambre à soi, qui anéantit l’espace de l’intimité.
C’est l’occupation de leurs temps aux tâches ménagères, éducationnelles, au travail, au « care » qui amenuise l’espace de leur temps libre (libre ?)
Ce sont les coups, qui anéantissent l’espace même de leur sécurité.
Ce sont les viols, qui réduisent l’espace à la mort.
C’est le sacrifice des petites filles en Inde, effacées de l’espace dès avant leur naissance, crime contre l’humanité.
C’est le crime contre l’humanité qu’est le viol par inceste à travers le monde, qui supprime tout espace à la vie future.
C’est le génocide silencieux des personnes prostituées, sacrifiées à l’espace dévorant qu’exigent les moindres désirs mortifères des hommes.
6-
Autour de nous, tout espace est peau de chagrin. Alors il nous faut y mettre un nom : cette occupation de l’espace, ce harcèlement de rue que certains font semblant de découvrir, c’est la propagande patriarcale. C’est la peur, destinée à nous réduire à un silence de mortes.
Cette propagande qu’on retrouve dans quasi-chacun des billets sur le sujet par les médias traditionnels : incapables de comprendre que le harcèlement, c’est l’occupation de l’espace, et que l’occupation de l’espace, c’est l’occupation de notre corps, donc de notre personne, ils continuent à publier des photos de jambes, de bouts de personnes, sans têtes, de mortes… Nous sommes colonisées, et étêtées.
Le billet le plus clair sur ce que le harcèlement nous fait, comment nous sommes littéralement dévorées jusqu’à l’anéantissement, est peut-être une galerie de photos, partant de l’horreur de violence sexiste qu’est la représentation du beach volley : http://www.metro.us/boston/sports/article/1148979–what-if-every-olympic-sport-was-photographed-like-beach-volleyball
S.G

5 thoughts on “Harcèlement de rue : la propagande de la peur”

  1. Nos voix dénonçant les violences sexuelles que commettent les hommes sont toujours, inlassablement, méticuleusement, nettoyées par ceux-là mêmes qui nous nettoient physiquement et sexuellement. Car il s’agit bien de nettoyage sexiste : que ce soit sous l’empire de la pornographie ou sous celui des religions, nous sommes trasnformées par leur propagande en un paradoxe vivant à éliminer : la souillure à souiller et à purifier, la faute à faire avouer et capituler, le corps à faire crier et faire taire …. la trique de cette guerrilla est portée fièrement par une armée de milliards de matons.

    un exemple par mi des milliers, cité dans l’un des articles mis en lien ci-dessus : « Rosa Parks is remembered as the NAACP organizer who sparked the 1955 bus boycott and helped give birth to the Civil Rights Movement, [BUT] she was [ALSO] an anti-rape activist long before the boycott » !

  2. Harcèlement sexiste à longueur de journée, les pubs, les affiches, les films d’action américains, les affiches des notaires où monsieur est médecin et madame vendeuse de fleurs intérimaire. Tout est sexiste, partout : l’espace urbain est saturé de sexisme, la moindre affiche, la moindre pub, le moindre film. Ca aussi, c’est une agression constante et violente. Boycottons, chacun et chacune les produits et les divertissements qui nous agressent. C’est je pense la seule chose qui fera prendre conscience (au moins aux publicitaires et aux producteurs de divertissement) qu’on n’en veut plus. Dire qu’il suffirait que les gens n’en achètent plus pour qu’il n’y en ait plus, disait, peu ou prou, Coluche à ce sujet. C’est simple, mais le « devoir de consommation » qui est celui des femmes dans le patriarcat, on peut le refuser et faire plonger les annonceurs et les producteurs de divertissements, simplement en se retirant, une à une. Identifier la nuisance (Batman, par exemple) et la refuser tout net.

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