Women against Trump

Wonderful weather and light in Paris for a great demonstration. To support the hundreds thousands of women who marched in The US of A.

Très beau temps et lumière à Paris ce samedi pour une belle manif’ de soutien aux dizaines, centaines de milliers de femmes ayant défilé contre le nouveau Président Donald Trump.

Galerie de photos  : vous pouvez cliquer sur chaque photo pour les voir en grand.

Les femmes victimes, responsables ?

Jacqueline Sauvage est libre. Mais l’affaire n’en finit pas d’être commentée. Et son éventuel « statut de super-victime » de créer la polémique. En effet, une partie des féministes seraient trop complaisantes avec elle, et leur féminisme serait « victimaire ». Oubliant que dans notre société, la « puissance paternelle » est ancrée dans les fondations de la famille.

xlesangdesfemmesLe « dénouement » de l’affaire Jacqueline Sauvage a eu lieu quelques jours avant la fin de 2016 avec la grâce présidentielle du reliquat de sa peine accordée par le Président de la République. Au total, cette femme a passé 4 ans en prison pour le meurtre de son mari violent avec elle et ses enfants depuis 47 ans. Je ne sais pas si elle est “sympathique”, ou pas – comme j’ai pu lire ici ou là. Je ne la connais pas, je n’ai pas assisté au procès, j’en ai entendu parler par d’autres, mais ne l’ai pas rencontrée, évidemment, je n’ai pas non plus échangé avec ses avocates. Et surtout, il ne me semble pas qu’il s’agisse là d’un propos pertinent quand il s’agit de juger un acte -ôter la vie à quelqu’un- d’une telle gravité dans notre société. De très nombreux hommes violents sont d’ailleurs considérés comme tout à fait sympathiques par une grande partie de leur entourage. 

400.000 personnes ont signé une pétition demandant la grâce de Jacqueline Sauvage, que la justice avait condamnée, à 2 reprises, à 10 ans de prison pour meurtre, lui reconnaissant des circonstances atténuantes et admettant qu’elle avait été victime de violences.  Mais elle a considéré que le fait qu’elle l’avait tué de trois balles dans le dos, avec une arme de chasse dont elle savait se servir, constituait des circonstances qui ne permettaient pas de caractériser la légitime défense, que ses avocates avaient choisi de plaider.

Aux récits publics du second procès, étalant dans le détail l’atmosphère familiale de terreur qui a régné pendant 47 ans dans cette famille, terreur instaurée par le père, s’est ajouté le soutien accordé par les filles de Jacqueline Sauvage, elles-mêmes victimes de la violence du père, de très nombreuses Françaises et Français ont estimé qu’il n’était pas juste de la maintenir en prison. A 68 ans, enfermée dans des violences depuis l’âge de 17 ans, puis en prison, il semblait qu’elle avait « assez payé », fut-ce ses propres erreurs. Sous la pression populaire et face au refus réitéré de la justice de lui accorder une libération anticipée après la première grâce (je ne me prononcerai pas sur l’action du PR ni de la justice en l’affaire ce n’est pas mon propos du jour), François Hollande a donc fini par la faire remettre en liberté juste avant la nouvelle année. Le procédé est ce qu’il est – ce n’est pas un déni de justice- c’est une des prérogatives régaliennes du Président. Depuis la révolution et jusqu’à maintenant.

Alors, pourquoi ce billet ? Parce que je pensais qu’après cette affaire, on aurait avancé sur la prise de conscience des phénomènes issus de l’héritage ou de la perpétuation du système familial fondé sur la « puissance paternelle » du code napoléonien…et du système patriarcal. En effet, l’exposition médiatique avait permis de pointer  la difficulté de traiter des violences conjugales et de leurs conséquences par une société où les institutions et la justice n’ont pas dans leur ADN la compréhension des mécanismes de cette violence. Des institutions qui reconnaissaient que les violences du mari-père étaient de notoriété publique.
Eh bien non, car suite à la décision du Président et à la libération de Jacqueline Sauvage, des voix du côté de la mouvance féministe, se sont fait entendre pour contester le « féminisme victimaire » qui aurait présidé à la lutte collective pour sa libération (voir références en bas de page).

Un sentiment permanent de danger de mort imminente 


Ainsi, les féministes auraient pris fait et cause pour la victime sans tenir compte de sa responsabilité dans les violences qu’elle – et ses enfants- avaient subi. Et la légitime défense invoquée ne serait « en aucun cas constituée » puisqu’elle n’aurait pas été en danger de mort imminente au moment où elle a tiré 3 balles dans le dos. Sur ce dernier sujet, je laisse la parole à Catherine Le Magueresse, juriste et ancienne présidente de l’Avft, qui elle, a assisté au procès et réfléchit à ces questions depuis plusieurs dizaines d’années. Elle explique en quoi selon elle il y avait danger de mort imminente.
https://blogs.mediapart.fr/catherine-le-magueresse/blog/271215/de-la-legitime-defense-des-femmes-victimes-de-violences-conjugales

Je dirais juste que ce sont ces mécanismes qui font que dans plusieurs Etats des Etats-Unis, des groupes se battent depuis des décennies pour faire appliquer cette forme de légitime défense obtenue dans la loi, en créant des commissions qui permettent aux accusées du meurtre de leur mari de prouver le climat de terreur permanent qui faisait qu’elles finissent par considérer à chaque instant leur mort imminente.


Mais je voudrais surtout revenir sur les reproches fait à un « soutien aveugle » aux victimes sans tenir compte de leur responsabilité, parce que Jacqueline Sauvage aurait une responsabilité dans les violences subies. Quels arguments sont employés ? 

-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir (a priori, c’est faux)
-Elle n’a pas dénoncé les violences envers ses enfants auprès des institutions publiques supposées capables de  la protéger (c’est vrai et faux) et elle en est complice.
-Elle n’a pas couru dans une des dizaines de refuges pour femmes battues qui existent en France (c’est vrai et faux)
-Elle n’aurait pas du avoir plusieurs enfants avec cet homme violent (sur ce point je ne m’étendrai pas au-delà du rappel des dates de naissance des enfants et de remise ne contexte…)

1-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir : c’est faux. Une fois ses filles adultes, elle est à plusieurs reprises allée chez celles-ci, où le mari violent est venu la chercher en la menaçant ou en menaçant –arme à la main – de tirer sur sa fille. (climat de terreur permanent). Depuis des années, nous essayons de sensibiliser l’opinion à la question de l’emprise, qui empêche de partir. Mais il n’y a pas que l’emprise qui empêche de partir : il y a la peur des représailles, le fait de ne pas savoir où aller, le fait -ici- d’avoir une entreprise familiale qui fait qu’on ne se « sépare » pas comme cela de tout contact avec l’homme violent. Or, on sait que la seule façon d’échapper à l’emprise est de pouvoir couper tout contact. Gérer un divorce familial et professionnel ne facilite pas la chose.

La puissance paternelle, une réalité persistante dans les faits
2-Elle n’a pas dénoncé les violences qu’elle a subi et celles subies par ses enfants. Pour bien comprendre ce qui se passe ici, il faut évoquer la question de la puissance paternelle et l’histoire des droits des femmes. Car parfois, il semble que l’enthousiasme lié à l’émergence du mouvement féministe laisse penser qu’il suffit d’un coup de baguette magique – ou de quelques années de lutte dans les années 1970, pour que tout change, même les mentalités, même l’ordre social qui perdure depuis des siècles !

Ainsi, la puissance paternelle est cette autorité du père que prévoit le code civil dit Code Napoléon. Elle fait de la femme une mineure, sous l’autorité de son mari, et qui n’a pas l’autorité sur ses enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où l’autorité parentale est conjointe.  Mais depuis quand ? Depuis 1970 seulement ! Cela veut dire que de nombreuses femmes, dont ma mère pour son premier enfant, dont Jacqueline Sauvage, au moment où elles se sont mariées, au moment où elles ont eu leurs enfants, n’avaient pas l’autorité parentale ! Elles n’avaient pas le droit de prendre seules les décisions les concernant et concernant leurs enfants. Elles n’avaient donc guère de droits -et pas non plus les devoirs afférents- à l’égard des personnes que non seulement elles avaient portées en elles et mises au monde (ce qui, même avec les progrès médicaux, reste loin d’être anodin), mais qu’ensuite c’est elles qui quasi exclusivement les soignaient et aidaient dans leur parcours vers l’autonomie !

Et donc, Jacqueline Sauvage, mariée à 17 ans, ayant déjà eu l’exemple de la violence conjugale chez ses parents, a 4 enfants mais n’a pas l’autorité parentale avant  la troisième, en 1970. Mais aujourd’hui on voudrait faire fi des effets de cette puissance paternelle comme si elle n’avait jamais existé, comme si elle n’avait pas été élevée là-dedans, comme si du fait que la loi avait changé, du jour au lendemain, elle avait la solution miracle ?

L’auteure d’un des articles, Anne Zelensky, insiste sur le fait que « maintenant, il existe des dizaines de refuges pour femmes battues », maintenant, c’est-à-dire depuis qu’elle a créé le premier, en 1978 dit-elle. Bon, d’accord, il en existe quelques uns, mais existaient-ils pendant les 30 premières années du calvaire conjugal de Jacqueline Sauvage ? Et quand bien même il y en aurait eu 10, par quel moyen en aurait-elle eu connaissance ? Si elle était allée porter plainte au commissariat du coin ? Là où, d’ailleurs, sa fille, d’une autre génération donc, est allée, espérant être entendue et protégée, mais où on n’a pas trouvé de meilleure idée que de faire venir le père pour lui demander : c’est vrai monsieur, que vous violez votre fille ? Le maire, premier magistrat de la commune a reconnu à l’audience que “tout le monde savait”, y compris dans les institutions.

Jacqueline Sauvage n’a pas cru sa fille à ce moment là, lorsqu’elle a raconté ce qu’elle vivait. Néanmoins, elle aurait parlé avec elle au retour de la gendarmerie, lui demandant ce qui s’était passé. Celle-ci s’est rétractée pour protéger sa mère et parce qu’elle avait eu la preuve que dénoncer la mettait en danger. Savait-elle avant, du fait qu’elle vivait sous le même toit ? Elle a dit qu’elle ne pouvait croire qu’il serait violent “comme ça”. Du déni, il y en a sûrement, mais complicité ?

Une des filles témoigne que toutes les filles de la famille étaient victimes de viol sans savoir que les autres l’étaient. C’est en effet le parcours classique des femmes victimes de violence et de viol au sein du foyer. Une stratégie de l’agresseur qui est très bien décrite par les associations qui luttent depuis 40 ans : isoler la victime, l’empêcher de trouver de la solidarité, lui dire que c’est de sa faute et qu’elle ne doit surtout pas en parler… 

Protéger ses enfants

3-Mais pourquoi n’est-elle pas partie, au risque de sa vie, ne serait-ce que pour ses enfants ? Oui, certaines femmes le font, parfois, et de plus en plus, parce qu’elles pensent qu’elles veulent protéger leurs enfants, parce qu’elles pensent aussi qu’elles vont être aidées, parce qu’aujourd’hui, la parole sur le sujet est un peu plus libre.
Malheureusement, souvent, cela se termine mal pour elles : 120 à 140 femmes assassinées par an, des batailles pour l’autorité parentale et la justice qui souvent n’hésite pas à laisser la garde des enfants -même partielle, à des pères violents. Alors oui, aussi, tous les humains ne sont pas égaux devant les actes de survie. Tous les humains ne savent pas réagir « au mieux » face aux violences subies par leurs enfants et par eux-mêmes. Certains sont plus influencés par la puissance paternelle que d’autres. Certaines ont plus la capacité que d’autres de s’en sortir, peut-être.

Ce n’est pas une raison pour dire que celles qui ne le font pas sont responsables ou complices des violences. Pour ma part, je n’absous pas par principe (ni ne juge par principe) les mères qui « auraient su » pour le viol de leurs enfants par le père ou le beau-père. Mais le déni et l’emprise sont des mécanismes puissants qui font que je n’affirmerais pas non plus « par principe » qu’elles sont complices.

Lorsque tout sera mis en place dans la société (au-delà d’affiches souvent culpabilisantes :« osez parler ») ! pour que les femmes et les enfants qui souhaitent dénoncer les violences soient entendus, lorsque les témoignages arriveront par dizaines qu’elles ont été entendues par la police et par leur entourage, accueillies avec compréhension par le médecin, aidées dans leurs démarches auprès des services publics, dans leurs recherches de logements, qu’on aura suffisamment fait planer la menace de rétorsion judiciaire à l’homme violent pour que celui-ci n’ait pas un sentiment d’impunité ou de bon droit, lorsque la violence envers les femmes ne sera pas étalée partout dans les images de la culture pornographique qui nous envahissent, alors oui peut être, il sera temps de se poser cette question.

Pour l’instant, il faut encore travailler à changer le contexte social qui rend possible la perpétuation de l’emprise et réfléchir à la question de créer des circonstances atténuantes constitutives de légitime défense lorsqu’il y a emprise reconnue sur une victime de violences à répétition ; on peut faire confiance à la justice : si ces circonstances existaient, on serait à mon avis loin d’un « permis de tuer ».

Ce qui ne veut pas non plus dire encourager les femmes à se servir de leur reconnaissance en tant que victime pour « fuir leurs responsabilités », contrairement à ce qui est reproché, mais les aider à retrouver des ressources pour échapper à la violence et la dénoncer. L’accompagnement féministe des femmes victimes a au contraire pour but ce qu’on appelle « l’empouvoirement », c’est-à-dire faire que les femmes se sentent en capacité de reprendre une vie normale, où elles puissent être maîtresses de leur destin. Il est possible qu’il y ait parfois – à la marge- une tendance à l’héroïsation des victimes, jusqu’à leur interdire d’avoir du pouvoir sur elle même. Etre capable de se sentir responsable de ses actes, c’est un des sentiments les plus épanouissants qui soient. Mais pour pouvoir arriver à cela, il y a encore une fois quelques conditions indispensables : pouvoir avoir le sentiment que les violences subies ne sons ni normales ni justes, que la société reconnaisse, soigne et aide les victimes, que les agresseurs ne restent pas impunis, et encourage les hommes à ne pas tolérer les violences de leurs pairs.

Enfin, je voudrais ajouter ceci : même si certaines peuvent s’en sortir malgré la société telle qu’elle est, le fait que d’autres n’en aient pas à leur tour la capacité ne signifie pas pour autant qu’elles soient « un peu responsables ».  Les femmes qui s’en sont sorties peuvent constituer un exemple bénéfique pour les autres, à condition que cet exemple soit une aide bienveillante plutôt qu’une injonction culpabilisante.

Sandrine Goldschmidt

Merci à Catherine Le Magueresse pour les précisions qu’elle m’a permis d’apporter. 

Voici le lien vers un autre article qu’elle a écrit et est paru dans Libération : http://www.liberation.fr/debats/2016/02/09/catherine-le-magueresse-la-loi-a-ete-concue-pour-un-hypothetique-homme-raisonnable_1432176

Et un article paru hier en vue d’une proposition de loi sur le sujet : 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/11/creons-un-etat-de-legitime-defense-differee_4845003_3232.html

Et les articles qui ont provoqué ma réaction par ce billet :

https://christineld75.wordpress.com/2017/01/01/affaire-j-sauvage-du-grain-a-moudre/

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

 

 

Pauvres hommes chinois !

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NB, si jamais ce n’était pas clair : ce texte n’attaque pas particulièrement la réalisatrice qui a fait un gros travail de reportage et espère certainement dénoncer une situation, ce que les dix dernières minutes font en partie. Mais c’est la « recette » de ce que, pour rendre un docu visible en patriarcat, il faut surtout qu’il présente le monde à l’envers. C’est le point de vue qu’il faut adopter pour faire accepter qu’on en parle  ou être « original ».

Vous voulez la recette d’un « bon documentaire » ?

Regardez : « la peine des hommes », en replay sur Arte. 

Un sujet vous intéresse : le déficit de femmes en Chine. Un bon sujet direz-vous ? Faire une vraie enquête de terrain, mettre à jour les violences faites aux femmes que cela entraîne (ce qui existe en vrai dans le film) ? Mais non, cela ne suffit pas. Comment le traiter pour que cela ne soit pas trop tarte à la crème, ni trop féministe, c’est-à-dire vraiment pas fun ? Il vous faut réfléchir encore un peu.

Réfléchissons donc. Ce « déficit » de femmes est dû, bien sûr, à l’avortement sélectif pratiqué au moment de la politique de l’enfant unique (1979-2015). Cette politique + la tradition qui veut qu’une famille ait un héritier mâle qui puisse aussi nourrir les parents pour les vieux jours, voici un cocktail détonant pour éliminer les femmes (1).

Donc, en bonne logique (mais apparemment, personne n’y avait pensé au départ !!!), au moment où 25 ans plus tard, les jeunes garçons nés de ces familles, arrivent en âge de se marier, oh choc : il manque de femmes ! Or, vous le savez, les hommes ont des besoins irrépressibles. Ils ont besoin de posséder une femme. Cela fait partie de leur virilité.

Je vous imagine, vous auriez pu penser que cela allait « donner plus de valeur ou de respect » aux femmes, qu’il faudrait conquérir. Mais dans ce cas, c’est que vous seriez très naïf ou naïve, ou vous croiriez que la domination masculine et le patriarcat n’existent pas…Donc, la vraie conséquence, que ce soit en Inde ou en Chine (1), est bien la suivante : on vole, viole ou achète des femmes en développant un trafic international. Des millions de femmes qui ne naissent pas, des millions de femmes violentées, exploitées, marchandisées, qui souffrent. C’est tellement banal. Rien de nouveau sous le ciel patriarcal. Pas de quoi faire un film !

Continuez à chercher une bonne idée.  Ah, ça y est ? vous avez trouvé ? Il suffit de mettre le monde à l’envers. S’il manque de femmes, alors, on l’a dit, les hommes sont seuls. Mais c’est terrible ! Que n’y avions-nous pensé plus tôt? On les a laissé naître, mais on ne leur donne pas leur dû ! Une femme à posséder ! Alors forcément, ces pauvres hommes sont bien malheureux ! Désespérés, même, nous explique en ouverture spectaculaire de ce film exceptionnel, un industriel bien malin qui a décidé d’apaiser les souffrances de ces pauvres célibataires chinois en leur fabriquant des poupées grandeur nature.

Car il faut faire quelque chose. Ce désespoir des hommes est, dit-il, à l’origine d’une crise qui menace la stabilité du pays. Et le commentaire de nous dire : « les chiffres donnent raison à l’industriel ».

Comprenez bien. C’est la surenchère. Nos pauvres hommes, qui ont de la peine, donc. Oui le documentaire s’appelle très justement « la peine des hommes » c’est quand même beaucoup plus intéressant que l’élimination systématique des femmes, qui ne serait pas fun. Peine des hommes – male tears, c’est ça ? -les féministes comprendront(1).

Ecoutez les :

« à force de ne pas trouver de femme, je sens mon coeur…vide ».

A propos de ses co-villageois qui ont acheté une femme à l’étranger : « Ils ont mon âge. Eux vivent, et moi, je cherche toujours une femme ». 

Et le commentaire : ces hommes sans femmes, les Chinois les appellent les branches mortes, qui ne porteront jamais de fruits.

J’espère que vous pleurez, là.

Donc, nos pauvres hommes montrés ici, doivent travailler dur, et même quitter leur village, pour espérer un jour gagner assez d’argent pour qu’une femme les accepte. Les PAUVRES !!!

Mais ce n’est pas fini : ils doivent donc travailler à l’usine, et pensez-vous qu’ils sont plus heureux ? Mais non, car les femmes ne veulent pas toujours d’eux, s’ils n’ont pas assez d’argent. Bien sûr, cela doit être pour cela que le nombre d’agressions sexuelles augmente sur les lieux de travail,  La violence des hommes contre les femmes n’y est pour rien…

Et la direction de regretter que les femmes y soient moins majoritaires (à l’usine, pour bosser comme des bêtes), qu’avant.« les hommes sont moins précis, ils apprennent moins vite. on a de plus en plus de problèmes de discipline. ils se battent tout le temps » (sic)

Ce n’est pas parce qu’on est dans un système qui encourage les hommes à ne pas se sentir mâles si ils ne possèdent pas une femme, mais non, c’est parce que leur coeur est vide, nous vous l’avons dit.

« Leur frustration et leur solitude, il les comblent avec leurs téléphones portables ». 

Et pas qu’avec les téléphones portables (en regardant de la pornographie, summum des violences contre les femmes ?). D’autres hommes pleurent, eux, parce qu’une femme, ils en avaient une. Mais on leur a volée. Il y a des trafics de femmes de plus en  plus importants. La police chinoise s’emploie, bien sûr, à empêcher cela, nous montrent des images. On nous montre même que parfois ils arrêtent des trafiquants. Ou peut être des maris voleurs ? Des hommes criminels ? Mais non, ce ne serait pas une bonne recette. On nous montre deux femmes, intermédiaires trafiquantes arrêtées, c’est beaucoup plus intéressant (là, le docu n’est pas en cause ce sont peut être les seules images données par la police chinoise mais ça revient au même).

Mais j’exagère : le documentaire dénonce incontestablement le trafic, il faut le reconnaître. Il est même un peu trop direct je trouve. On pourrait croire que les femmes sont les victimes. En tout cas, c’est ce que ceux qui ont rédigé le résumé qu’on trouve sur le replay ont du penser, car il est tout de même un peu plus proche de la réalité :

« De désespoir, certains kidnappent des femmes. »

Vous comprenez, c’est pas de leur faute, c’est le désespoir…

« Je me sens moins seul. Ca y est, je suis heureux »

Dernière partie du documentaire, la « love story », le « happy end ». Un jeune homme,  qui était donc désespéré de ne pouvoir donner d’héritier à sa famille, car il habite dans un village de célibataires, a économisé avec sa famille pendant plusieurs années. Enfin, il a amassé assez d’argent pour s’acheter une femme en Indonésie. Cette jeune fille, c’est Lai. Aux grand maux les grands remèdes, et vous n’allez pas nous embêter avec des idées comme « les humains ne s’achètent pas » . C’est beau de voir son regard amoureux. A lui. Son émerveillement, quand, alors qu’il allait la chercher et avait promis de l’argent aux trafiquants et au père de Lai, « elle a dit oui ». Quel formidable preuve de consentement et d’amour qui met fin à son calvaire ! Il conclut donc : « je me sens moins seul. Ca y est, je suis heureux ».

Et elle ? Encore une question mal placée. Même si, là, le documentaire ne l’esquive pas. Elle, nous dit-on, on l’a convaincue que ce serait une vie moins dure qu’en Indonésie. Et puis, comme ça, son père a reçu de l’argent, alors en plus, elle fait une double bonne action:  mettre fin au désespoir du célibataire, et nourrir son père.

Evidemment, elle n’a jamais quitté son pays, elle parle un peu chinois mais pas le patois local, et on ne la laissera certainement jamais revoir sa famille, nous dit-on, alors qu’on la voit, le regard perdu. On verrait presque à cet instant la perle d’une larme dans ses yeux.Le commentaire alors, laisse poindre une critique vaguement féministe :

« combien de femmes achetées, de vies volées, avant que ces campagnes mettent fin à la tradition, laissent vivre les filles » ? (…) et de finir , pour commenter la fin de la politique de l’enfant unique :

« peut-être se souviendront-ils alors de cet autre proverbe chinois : les femmes portent la moitié du ciel »

Ah mais non, vous allez gâcher le happy end ! Ca ne va pas du tout cette fin… c’est le féminisme qui envahit nos écrans, là ! Non mais pas grave. De toutes façons, le résumé (3) et le titre sont là pour bien vous rappeler ce que vous devez retenir d’une bonne propagande patriarcale. Ne pas développer de l’empathie pour la souffrance des femmes, mais bien se soucier de  « la peine des hommes ». N’oubliez pas !

S.G

(1) NB c’est la même chose « à l’envers en Inde » : en Chine, on ne fait pas de filles car on a besoin d’un garçon pour ses vieux jours. En Inde, on ne fait pas de filles car il faudra payer la dot pour qu’elle aille à la famille d’un autre…

(2) male tears est une expression qu’on utilise pour souligner quand les hommes (sans par ailleurs se préoccuper de plaindre les femmes) se plaignent d’être eux mêmes des pauvres victimes, du patriarcat, des féministes, etc…

(3) » Des millions de jeunes célibataires affluent vers le sud du pays, et travaillent nuit et jour dans les usines du Delta des Perles, l’atelier du monde, tout en tentant de trouver l’âme soeur. Mais, là aussi, les filles se font de plus en plus rares. De désespoir, certains kidnappent des femmes. D’autres partent s’en acheter une à l’étranger. Des Birmanes, des Vietnamiennes, des Indonésiennes « importées » en Chine. Alors que la Chine vient de mettre fin officiellement à 35 ans de politique de l’enfant unique — grandement responsable de ce déséquilibre entre les sexes — des célibataires, broyés par cette impossibilité mathématique de trouver une femme, témoignent et nous emmènent au coeur du trafic, prêts à tout pour ne pas rejoindre les rangs des célibataires endurcis. Ceux que les Chinois appellent « guang gun », les branches mortes, qui ne porteront jamais de fruits ».

Arrêtez de nous tuer ! #8mars

Capture d’écran 2016-03-08 à 11.07.38Aujourd’hui, je publie le cri et l’appel d’une femme, Pauline Arrighi, militante féministe, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes,. Un cri contre les violences commises tous les jours à notre encontre à travers le monde. Un massacre, dont les auteurs sont toujours des hommes. Merci à elle.

 

« C’est le 8 mars aujourd’hui, et comme je suis une femme, on va me proposer des roses et des réductions sur le maquillage et les strings. On va me souhaiter bonne fête.

Non, je ne passerai pas une bonne fête, pas cette année non plus.

2016 n’a que deux mois et une semaine, et je voudrais faire un bilan. Il est trop tôt pour un bilan de l’année? Pourtant, on peut déjà parler de massacre.

5 femmes tuées par balles, 6 femmes poignardées (pour l’une d’elles, de 120 coups de couteau dans le corps, une autre a été tuée sous les yeux de sa fille de 6 ans), 3 femmes égorgées ainsi que les 2 enfants de l’une d’elles, âgés de 6 ans et 10 mois, 2 femmes violées puis étranglées, une autre étouffée.
Par un mari ou un “compagnon jaloux”, ou par un ex qui “ne supporte pas la rupture”.

Messieurs les tueurs, Ingrid, Géraldine, Marina, Elvira, Chantal, Sylviane, Fabienne, Sonia, Tatiana, Nathalie, Jocelyne, Carine et cinq autres femmes anonymes ne méritaient pas la mort.

Selon vos propres dires, vous les avez tuées parce qu’elles ont voulu vous quitter,

vous étiez jaloux, colérique… violent ?

Dans la majorité des cas, les femmes tuées par leur conjoint ou ex avaient porté plainte pour des violences conjugales. Elles étaient en danger de mort et elles le savaient. Leurs enfants aussi étaient en danger. Humiliées, menacées, frappées, violées, terrorisées. Si elles restent, c’est la mort. Si elle partent, c’est la mort.

A partir de combien de femmes tuées pourra-t-on parler de massacre ? Une par jour, dix par jour ? Chaque victime a son bourreau, chacune est isolée, enfermée dans un foyer qui était pour elle une prison et une chambre de torture. Ignorée par la police qui n’y voit que des chamailleries de couple, puis dénigrée par la Justice qui conclura à un “crime passionnel”. Chacune n’aura droit qu’à un article dans la presse locale.

Chaque victime est isolée, et pourtant chacune est tuée par la même rage de possession, la même hargne à faire d’une femme sa chose. Non, quand un homme tue sa femme après l’avoir torturée pendant des années, ce n’est pas un “drame conjugal dans un contexte de séparation”.

Comment appelle-t-on, dans le langage courant, un homme qui

-pense que sa femme peut être traitée comme sa bonne, son objet sexuel ou son punching ball ?
-pense que si elle le trompe, il doit “laver son honneur”, éventuellement dans le sang ? On appelle ça un macho.

Et un homme qui tue une femme par rage de la posséder est un criminel machiste, comme il y a des criminels racistes, antisémites ou homophobes. La haine des femmes, de celles qu’ils considèrent comme “leur” femme, est meurtrière.

Le massacre des femmes en France peut être empêché. Si les femmes victimes de violences masculines sont prises en charge et protégées avant qu’elles ne soient tuées. Si la police, la Justice, mais aussi le voisinage, c’est-à-dire nous-mêmes, se rendent compte, enfin, que la violence d’un homme contre sa compagne ou son ex n’est pas de l’amour, mais de la haine, et que cette haine tue.

Pour le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, prenons la décision de mettre fin à un massacre. Prenons la décision de conquérir notre droit à vivre réellement libres
Chaque femme a le droit de quitter son compagnon, d’en changer tant qu’elle veut, aucune n’est la propriété d’un homme, quelle que soit la relation qui a pu les lier dans leur passé.

Aujourd’hui, en France, une femme qui dit à un homme : “je ne t’appartiens pas” risque la mort. Au nom des mortes et des vivantes, au nom de nos filles, de nos sœurs et de nous-mêmes, j’ai envie de crier : laissez-nous accepter ou refuser, rester ou partir, et surtout : arrêtez de nous tuer !

Pauline Arrighi

xlesangdesfemmes

 

Photo en haut: panneau « inser » dans Maso et miso vont en bateau, de Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, Ioana Wieder et Nadja Ringart.

Photo en bas : pastel « pas de justice pas de paix », ©Sandrine Goldschmidt

Finançons la Fondation des femmes !

une-affiche-de-la-fondation-des-femmes-873961_w650Belle occasion de réapparaître ici : le lancement, jeudi dernier, de la Fondation des femmes à Paris. Cette Fondation, c’était d’évidence un besoin, et d’ailleurs, comme l’a dit Anne-Cécile Mailfert, sa fondatrice, c’était incroyable qu’elle n’existe pas encore. Parce que les droits des femmes, c’est une  cause qui vaut bien les autres, et que l’argent manque tout particulièrement aux femmes qui les défendent, à toutes les étapes.

Je n’écrirai pas long sur la soirée, car il me faut ici aller droit au but. Cette initiative, déja soutenue par la fondation FACE, France Télévisions et UP (ex chèque déjeuner) et d’autres, est d’autant plus importante que la tâche est immense, et qu’il faut enfin que les femmes aient accès à la générosité reconnue des citoyennes et des citoyens !

Dès maintenant, vous pouvez participer à l’opération 8 euros par mois tous les 8, à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, parce que le 8 mars c’est tous les jours ! Pour cela, rendez-vous tout simplement ici : 

Fondation des femmes

Et sur Twitter, pour diffuser l’opération autour des vous, autour du hashtag #8eurostousles8 

Cela vous reviendra après déduction fiscale à 2,75 euros par mois. Les dons (objectif de la première année 300.000 euros) seront ensuite redistribués aux projets des associations de défense des droits des femmes.

A noter que la Fondation aura également une commission juridique, déjà rejointe par une vingtaine d’avocates et d’avocats, pour aider les associations dans leurs démarches.

Pour en savoir plus, quelques liens :

http://www.aufeminin.com/news-societe/la-fondation-des-femmes-voit-le-jour-et-il-etait-temps-s1766405.html

http://www.lesinrocks.com/2016/03/04/actualite/lancement-dune-fondation-des-femmes-pour-en-finir-avec-les-inégalités-entre-les-sexes-11810263/

http://madame.lefigaro.fr/societe/la-fondation-des-femmes-argent-associations-de-droits-des-femmes-020316-113120

S.G

 

 

 

 

 

Pour Jacqueline, victime de l’in-justice

xlesangdesfemmes.jpgJacqueline Sauvage a été condamnée en appel à 10 ans de prison pour avoir tué son mari, après 47 ans de coups, viols et viols par inceste sur ses enfants, qui ont d’ailleurs poussé son fils au suicide. Ses filles, ont remercié leur mère d’avoir -enfin- pu mettre hors d’état de nuire leur bourreau. Les jurés des assises eux, ont pour la seconde fois conclu qu’il n’y avait pas légitime défense (défense qui doit être « proportionnée »). Vraiment, il n’y avait pas légitime défense (cf tweet de C. de Haas) « c’est quoi une réponse proportionnée à 47 ans de violences » sur elle, ses enfants, et j’ajouterai 47 ans de mise en danger permanente de leur vie ? C’est donc qu’il y a un problème avec la loi, non ?

Un jugement pareil me laisse penser que c’est parce qu’elle est une héroïne qui a mis fin à la violence masculine que Jacqueline Sauvage a été condamnée. En effet, après le précédent Alexandra Lange, la justice patriarcale doit avoir la trouille : et si les femmes, quand elles se rebellent contre la violence qu’elles subissent, étaient ainsi acquittées, alors l’impunité pourrait disparaître ? Je n’encourage pas les femmes à tuer « à tours de bras » en disant cela, j’encourage la société à penser que ces femmes qui, au bout du bout,  tuent un bourreau qui détruit des vies, alors elles protègent leurs enfants, elles-mêmes et la société, qui n’est pas capable de les protéger, ont droit à de l’indulgence de la justice.

En ce sens, elles sont des héroïnes, comme les suffragistes (le terme suffragettes étant ironique, je ne l’emploie pas), comme le montre très bien le film qui vient de sortir sur le sujet et qui raconte enfin l’histoire de ces femmes qui se sont battues pour nous toutes, pour le droit de vote. Un droit de vote, le film le montre bien, qui n’est pas seulement « d’égalité », mais bien de justice : la « minorité » citoyenne des femmes, qui n’ont ni droit de vote ni autorité parentale sur leurs enfants, renforce la possibilité que toutes les violences s’exercent contre elles, en toute impunité. Et quand l’héroïne écrase le fer à repasser sur la main de son patron, qui l’a violée pendant des années, alors oui, on ne le plaint pas… On ne se réjouit pas de la souffrance de l’homme, on se réjouit du fait que ce qui fait « tenir » le patriarcat, l’idée que les femmes n’ont pas le droit de se défendre, ne tient plus. Non, on ne se laissera plus faire. Même si les réponses de la justice sont, elles, disproportionnées, comme le montre en permanence le film : emprisonnement pour avoir assisté à un rassemblement (…), gavage lorsqu’elles font une grève de la faim, etc.

Disproportionnées, c’est ce que sont aujourd’hui encore les réponses de la justice aux crimes commis par les hommes et les femmes; Disproportionnés pour les femmes comme Jacqueline Sauvage qui mettent fin à l’intolérable, qui reconnaissent leur responsabilité, disproportionnés pour les hommes qui ne reconnaissent pas la leur et sont condamnés à beaucoup moins. Cantat, alors qu’il n’avait aucune des raisons de Jacqueline Sauvage. Pistorius (bon, on espère que l’appel change la donne) en première instance, dans un verdict hallucinant. Les pères violeurs, qui souvent, alors que les faits sont reconnus, écopent de peines ridicules. Les viols qui sont correctionnalisés et font donc que les peines sont minimes…

Aux Etats-Unis, grâce au combat des femmes emprisonnées parfois à vie et de comités de soutien, la loi a fini par changer. Une femme qui était en prison depuis plus de 20 ans a fini par être libérée, grâce au soutien d’autres femmes, le combat que montrait le film « Sin by Silence » que nous avions diffusé au festival Femmes en résistance le montre bien. Il va nous falloir beaucoup de persévérance en France, et peut être un comité de soutien actif à Jacqueline Sauvage (s’il n’existe pas ?), pour faire changer la loi, et faire que des femmes qui se défendent après 47 ans de violence et plusieurs vies mises en danger ne se retrouvent pas à la merci de l’in-justice patriarcale

Pas de justice, pas de paix !

S.G

 

 

Les bonnes nouvelles de la littérature pour ados

Mary Wollstonecraft

J’allais mettre en titre pour « jeunes filles », mais c’est bien le revers de la médaille. Je commence donc par la mauvaise nouvelle avant les bonnes : les livres pour enfants, écrits par des femmes, sont de plus en plus nombreux à briser les stéréotypes et à permettre à nos enfants de connaître et d’admirer des femmes importantes de l’histoire. Le hic, c’est que ces livres ne sont lus que par des filles, et catalogués « pour filles ». Mais bon, le propos du jour est de vous donner des bonnes nouvelles

Donc, pour peu qu’on gratte un peu au-delà de la surface des rayons des librairies -même si je suis totalement fan de Harry Potter qui pour le coup a l’avantage d’être totalement mixte (à condition d’avoir lu les 7 volumes de la série et pas seulement vu les films), et si je suis convaincue due JK Rowling est une ennemie du patriarcat (pour avoir lu son roman « pour adultes), pour peu qu’on s’écarte un peu des séries acceptables mais trop galvaudées pour prendre des risques, on trouve des petites perles, qui méritent même d’être lues par les parents.

Claudine de Lyon, quand la République s’assurait que les petites filles puissent aller à l’école

Un jour, mes parents ont ainsi offert à ma fille -lyonnais et frère et belle-soeur d’une Claudine oblige, « Claudine de Lyon ». Un roman qui parle des Canuts (1) , par la voix de Claudine, onze ans, qui travaille déjà 10h par jour au métier à tisser avec un père violent et borné. Elle découvre le goût de la lecture lors d’un séjour de repos forcé à la campagne pour soigner sa phtisie. Elle rêve d’aller à l’école, en train de devenir obligatoire, mais son père lui refuse d’y aller. Nous sommes au temps de Jules Ferry, et le père ira trois jours en prison pour l’obliger à laisser sa fille aller à l’école, et ensuite réaliser son rêve, devenir une grande styliste des vêtements qu’elle s’est d’abord tuée à tisser. A 8-10 ans, pour ma fille, c’était -bien mieux que mes bavardages- une formidable et bien écrite prise de conscience féministe, devenu alors (c’était avant Harry Potter) son livre préféré !

Le secret des cartographes, ou comment j’ai découvert Artemisia Gentileschi

Autre livre que je n’ai pas encore lu en entier (série de trois volumes), « Le secret des cartographes », de Sophie Marvault, s’inspire largement pour son personnage principal de la vie de la grande artiste Artemisia Gentileschi, pour ensuite lui inventer un destin d’exploratrice. Si bien sûr je connaissais l’artiste, je ne savais pas sa vie, la violence (viol) qui l’a frappée alors qu’elle aspirait à devenir une grande peintre, la question à laquelle on l’a soumise pour voir si elle ne mentait pas lors du procès de son violeur (déjà…)…et voilà que c’est dans un livre de ma fille, que je lis une belle conscience féministe, qui montre clairement aux filles l’injustice d’un système judiciaire qui n’a malheuresement pas tellement changé…

Enfin, je viens de commencer une nouvelle série qu’a lu ma fille, les enquêtes d’Enola Holmes de Nancy Springer. Enola Holmes (Alone à l’envers), est la soeur du célèbre Sherlock, âgée de 20 ans de moins que le détective. A 14 ans, elle fait sa connaissance ainsi que de son frère aîné Mycroft, qui la méprisent en temps que jeune femme (voilà la description de deux célibataires misogynes endurcis), et lui demandent si elle a eu une gouvernante. Elle leur répond que non, mais qu’au moins, elle sait lire, qu’elle a lu Shakespeare et…Mary Wollestoncraft ! Le livre m’en est presque tombé des mains. Quelle chance, me suis-je dit, a ma fille d’avoir entendu parler de Mary Wollstonecraft à l’adolescence, quand moi j’ai dû attendre d’avoir la trentaine bien tassée. Alors bien sûr, elle n’aura peut être pas lu toute la note qui explique qui était l’auteure de « Défense des droits de la femme » (A vindication of the Rights of Women), ouvrage majeur du féminisme britannique, écrit en 1792, et de « pensées sur l’éducation des filles ». Mais au moins, elle est citée dans un contexte où l’autonomie et l’éducation des femmes est clairement revendiqué. Et à propos de la grande auteure : en 1797, âgée de 38 ans, elle meurt d’une septicémie des suites de son accouchement. En plus d’une oeuvre féministe exceptionnelle, elle laisse au monde sa fille, Mary, qui deviendra Mary Shelley, la célebrissime auteure de « Frankenstein ».

Merci donc à ces auteures de transmettre à nos filles -et peut être aussi aux garçons (d’ailleurs mon père a trouvé très intéressant le secret des cartographes…mais c’est vrai qu’il a un peu passé l’âge d’être traité de garçon…), la mémoire de ces femmes exceptionnelles que l’histoire a trop souvent eu vite fait d’oublier. La relève, grâce à elles, est assurée !

S.G

 

(1)tisserands lyonnais du XIXe siècle, vivant dans des appartements hauts de plafond pour que les métiers puissent y entrer, qui donnent aujourd’hui des appartements si joliment atypiques du quartier de La Croix Rousse