Rien, jamais, ne justifie le viol !

En prélude à la campagne « Viol, la honte doit changer de camp », lancée demain par Osez le féminisme, le Collectif féministe contre le viol et Mix-Cité, je republie l’article écrit début juillet sur le sujet. La mobilisation doit être totale et durer sur la distance ! Toutes et tous avec nous !

On m’a demandé de co-animer un atelier sur le viol à la journée de rencontres d’Osez le féminisme entre jeunes associations, à Jussieu, le 3 juillet. Avec comme intervenante principale Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol.

Cette association, qui a ouvert le premier numéro vert en 1985 (0 800 05 95 95) a fait et continue à faire un travail de salut public. Pour la reconnaissance du viol comme un crime de masse commis à l’encontre des femmes.

Aishah Simmons avec l'équipe de Femmes en résistance, à Arcueil en 2008

Ce que je tenterai de dire, me vient en premier d’un film, le documentaire que je suis la plus fière d’avoir programmé dans le festival féministe de documentaires que je préside, « Femmes en résistance« . Il s’agit bien sûr de « NO!, The Rape Documentary », de mon amie Aishah Shahidah Simmons. Devenue mon amie à l’occasion du festival où nous l’avions invitée, longtemps après le choc salutaire provoqué par son film.

Centré sur la question du viol dans les communautés afro-américaines des Etats-Unis, il est d’une rigueur et d’une universalité absolue. Il démonte tous les mécanismes de cet instrument majeur de domination des femmes par les hommes, et de domination tout court de celui qui veut le pouvoir en possédant les autres. Car le viol n’est pas une pulsion sexuelle. Pas plus que la pédocriminalité des prêtres n’est dûe à l’abstinence sexuelle supposée. Il est une arme de celui (91% des auteurs de viols sont des hommes) qui veut prendre possession du corps de la femme pour la posséder et l’asservir. Il est l’arme du pays qui veut dominer et asservir un autre pendant la guerre. Il est l’arme de celui qui use de sa position d’autorité ou de force pour assurer sa domination.

Et la grande force de ce film, force qui traverse également « The Third Life of Grange Copeland », le premier roman d’Alice Walker, c’est de nous dire ces quelques mots essentiels. Rien, jamais, ne justifie qu’une femme (désormais je ne citerai que les femmes, immense majorité des victimes de viol), qu’un enfant, qu’un être humain, soit violé.

Et elle passe en revue tous les cas, j’en citerai trois : une jeune fille sort avec un garçon de 15 ans, ils couchent ensemble 5 fois, elle n’aime pas ça, la 6ème fois elle dit non il la viole : c’est un crime. Par cet acte, le garçon nie la fille dans ce qu’elle a de plus intime et de plus personnel : c’est SON corps, c’est à dire ses limites, ce qui fait qu’elle est une personne et que tout autour d’elle est le reste du monde. Il la viole, ce corps à elle ne lui appartient plus, il l’a dépossédée, presque de sa vie.  Elle ne peut plus dès lors qu’être une survivante (traduction très insatisfaisante du terme de « Survivor » très utilisé aux Etats-Unis.

Deuxième cas : elle est étudiante dans une université en pleine lutte pour les droits civiques. Un cadre du mouvement la viole. Elle se plaint (il en faut, du courage !). On lui dit que ce n’est pas judicieux, parce que cela risque de nuire à la cause. Le crime que j’ai décrit plus haut, qu’elle a subi et avec lequel elle va devoir vivre est nié. Et c’est ainsi qu’un des pires crimes à la personne, est jugé inapte à être dénoncé. Parce qu’il y a toujours une cause plus importante aux yeux des hommes et de la société que celle des femmes, et des femmes victimes de violences.

Troisième cas enfin : elle a été violée par le champion international de boxe Mike Tyson. Elle a accepté de monter avec lui dans sa chambre. Et alors ? Ca autorisait Mike Tyson à la violer ? C’était un consentement en soi ? Non. Tout au plus, comme le dit un homme interviewé dans le film, c’était un peu naif de sa part de croire qu’elle pourrait être en sécurité en montant dans la chambre d’un tel athlète. Déjà, cette affirmation implique des choses terrifiantes : il serait normal d’éduquer les femmes à se méfier des hommes, plutôt que de pousser les hommes à traiter les femmes avec respect.

Mais en outre, depuis quand punit-on la naïveté ou la bêtise par le viol ?

Trois exemples qui nous montrent que RIEN, JAMAIS, ne justifie le viol. La jeune femme pouvait monter dans la chambre de Mike Tyson avec l’intention de coucher avec lui, commencer à se déshabiller et à faire l’amour, et dire NON, je n’en ai plus envie, je veux qu’on arrête. Et là, son partenaire devait s’interrompre. Des millions de femmes l’ont fait avec leur conjoint ou leur partenaire sans que cela pose problème. Les autres peuvent aussi.

Et si la loi a souvent ignoré ce fait, elle le reconnaît enfin, malheureusement pas encore dans tous les pays, et la jurisprudence n’est pas toujours à la hauteur. Et il y a aussi des reculs (en Grande-Bretagne, l’anonymat des agresseurs a été décidé, empêchant en particulier de retrouver d’autres victimes du violeur). Il faut donc que nous le réaffirmions aussi souvent que possible, haut, et fort. RIEN, JAMAIS, ne justifie qu’on viole.Le viol doit être puni avec une sévérité à la hauteur de la gravité du crime.

Sandrine Goldschmidt

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3 réflexions sur « Rien, jamais, ne justifie le viol ! »

  1. il a 18 ans, il est un garçon un peu « simplet », il est au mitard pour une broutille , il se fait violer par ses codétenus, il n’est pas une femme, on ne parlera jamais de lui …
    ne l’oubliez jamais … lui qui n’existe pas dans les statistiques parce qu’il n’osera jamais briser le mur du silence …

    1. C’est pour cela que je n’ai pas parlé que des femmes. C’est vrai que les statistiques reflètent mal ce phénomène, mais bien sûr, il faut aussi briser la loi du silence. Je pense que c’est dur mais possible. Il y a des associations pour entendre, même si c’est encore plus rare.
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