« mini-lolitas » disent-ils, maxi-colère

Avec les polémiques sur ce qu’on appelle désormais « l’hypersexualisation des petites filles », qu’on pourrait aussi appeler comment vendre en faisant des petites filles de plus en plus tôt des objets sexuels, un nouveau mot est apparu : « mini-lolita ». C’est cette semaine dans le titre d’un article de l’excellent webmagazine Les nouvelles news, qui fait le point sur les derniers faits de pubs en ce domaine et intitulé : « Minis-lolitas : polémiques en chaîne ».

Bien évidemment, je trouve juste hallucinant qu’il vienne idée à des femmes ou des hommes sous prétexte de trouver un nouveau créneau marketing d’exploiter des enfants dans la publicité : que je sache, il y a des lois strictes interdisant le travail des enfants, et on peut toujours critiquer les pays qui n’en ont pas, alors qu’on n’interdit pas d’utiliser des petites filles pour vendre en en faisant des objets liés à la sexualité (soutiens-gorge rembourrés pour filles de 8ans et j’en passe !). Certes, leur « temps de travail » est très encadré. Mais est-ce qu’on compte le temps de leur exposition au regard d’un monde qui tourne vraiment mal ?

Bien évidemment, je trouve aussi juste hallucinant et révoltant qu’on continue, alors qu’on sait très bien les dégâts des magazines féminins et de la pub, alors que tant de jeunes filles sont maigres comme des clous autour de nous et ont l’air malade, à ne pas s’intéresser  à la santé des petites filles et à les encourager à ne se voir que comme des objets de désir…

Mais ce qui me fait réagir cette fois-ci, c’est l’emploi de ce mot, Lolita, reproduisant l’image même de ce qui est dénoncé, et ce que révèle cet excellent article de Sokhna Fall « l’éternel détournement de Dolorès Haze ». Ou comment, en appliquant à la victime de crimes sexuels la responsabilité des faits, on déculpabilise l’agresseur. Ainsi, en faisant de « Lolita » un nom qui décrirait une adolescente sexy qui chercherait à attiser les hommes, on passe sous silence le fait qu’elle est purement et simplement, comme des millions d’enfants à travers le monde, la victime d’un prédateur sexuel.

Un renversement inconscient qui fait qu’en disant « mini-lolita » on véhicule le mauvais message, comme quand on affirme qu’une « enfant se faisait un nom : Typhaine Blondeau« , selon un des derniers scandales de l’été. Non, elle ne s’est pas fait un nom, d’autres se sont servi d’elle. A dix ans, elle n’est pas majeure et en mesure de « se faire un nom ». En revanche, elle est tout à fait en âge d’être exploitée et agressée.

Il serait temps qu’on cesse ce renversement permanent, et qu’on remette les choses à l’endroit.Il n’y a pas de mini-Lolita, il y a des agresseurs et des inconscient-es qui ne les dénoncent pas.
Heureusement, il y a des gens qui se battent, c’est pour moi l’occasion de donner le lien vers ce site indispensable, du CRIFIP, Centre de Recherches Internationales et de Formation sur l’Inceste et la Pédocriminalité, qui réunit infos, documentations, témoignages, articles, et que, aux côtés de beaucoup d’autres, je soutiens.

Sandrine GOLDSCHMIDT

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11 réflexions sur « « mini-lolitas » disent-ils, maxi-colère »

  1. Bien sur il y a les prédateurs du marketing ou du sexe.
    Mais ,ici, il y a aussi et avant tout la lourde responsabilité de parents qui acceptent de déguiser ou faire déguiser leur petit fille en pin up , avec tout ce que cela impliquera sur son comportement futur ou ses goûts.
    L’encadrement de ce type de publicité devrait être fait au delà des contraintes horaires sur des critères d’images sexuées ou sexistes qui limiteraient les prescripteurs de la pub , puisqu’on ne peut rien contre les parents qui souvent se croient propriétaires de leurs enfants.

    1. Merci pour m’avoir signalé ce reportage dans Vogue qui souligne l’absence d’éthique d’une partie de la presse et les dérapages de services Marketing prêts à tout pour VENDRE !!!

      Je viens de signer cette pétition et je l’adresse à mes proches.

  2. Je viens de lire l’excellent article d’Arnaud Bihel et je suis scandalisé par ces nouveaux dérapages qui démontrent l’absence d’éthique d’une partie des medias féminins et son asservissement aux annonceurs.

    Lili, quand vous écrivez « les lecteurs et les lectrices sont en fait totalement complices… », vous reprenez l’argument massue des publicitaires et autres gens de marketing qui, avec cynisme, s’abritent derrière les soi-disant attentes du lectorat et des clients pour lancer des campagnes dans lesquels ils sont prêts à faire tout et n’importe quoi pour VENDRE tout et n’importe quoi, y compris instrumentaliser des enfants sur un mode érotique dans des campagnes plus que douteuses.

    Pierre Blanc-Sahoun a a raison de le rappeler : « érotiser les enfants pour faire vendre, c’est faire passer un message subliminal aux adultes fragiles qui leur dit que l’érotisme avec des enfants est finalement pas si tabou que cela, voire même pas si grave. »

    L’attitude de Véronika Loubry qui projette sur sa fillette ses ambitions déçues de starlette médiatique montre que les parents sont parfois irresponsables et qu’on ne peut leur faire entièrement confiance. Un encadrement réglementaire plus strict de l’emploi des enfants dans la publicité et la presse est indispensable. A ce propos, je vous signale une pétition lancée par des médecins professionnels de l’enfance et destinée aux Pouvoirs publics concernés
    http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2011N6214

  3. Tout cela n’est peut-être pas un hasard. A voir le nombre de personnages médiatiques qui défendent la pédophilie, on en vient à se demander s’ils ne travaillent pas en sous-main à faire montrer les enfants comme des êtres en attente d’attouchements et autres de la part d’adultes. Il faut justifier la pédophilie !
    Il faut montrer les enfants comme des « désirants » pour justifier leur viol par des adultes.
    De Cohn-Bendit à Machin Levy (je ne sais plus son prénom) qui trouve que les enfants rêvent de se faire tripoter par eux, le monde médiaticopolitique est blindé de tarés dans ce genre. Or ne sont-ils pas proches des réseaux qui fabriquent la pub ?
    Ségéla, le roi de la pub ne joue t-il pas les entremetteurs (on l’a vu pour Sarko et Carla) ? Il faut rapprocher les enfants des pédophiles, voilà tout ! Et qui est mieux placé que la pub pour ce faire ?
    Je signe la pétition bien évidemment !

  4. C’est vrai que c’est assez inquiétant : utiliser de très jeunes filles pour faire marcher le commerce, quelle idée étrange.
    Etrange aussi ceux que cela intéresse, car à toute pub son public !

  5. Quand on voit une élève de 6e venir en classe avec un Tshirt arborant le lapin de Playboy sachant qu’à cet âge soit ses parents lui achètent ses vêtements soit ils voient au moins leur fille partir au collège on ne peut que se poser des questions. J’étais très choquée de voir que Playboy avait lancé une marque de papeterie et que les parents les achetaient (ou laissaient leurs enfants les acheter sans leur expliquer l’origine du lapin si mignon).
    Les parents sexualisent leurs enfants depuis la maternelle … tout bisou donne un amoureux et on en rajoute sur « qui est ton amoureux ????? »
    Ceci dit maintenant que le porno chic est devenu la norme dans la pub il fallait bien s’attendre à ce que les publicistes cherchent une autre proie.

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