Sugar Daddy, drôle de sucre

Bon, en fait, ce post est un paresseux d’été. De mes vacances, me dis-je, le plus simple est de faire du neuf avec du vieux…

Donc, d’un coup, en voyant cette photo de notre boîte de sucre, un flash m’a traversé.Souvenir d’un de mes premiers articles « à succès ». Alors bien sûr, la marque de sucre ne doit sûrement pas son nom à ce phénomène dont je parle ci-dessous. Mais c’est la « magie » du marketing…les associations d’idées…

Evoquant ainsi dans mon souvenir ces lolitas, enfants ou jeunes adultes prises dans la violence de cette société, et qu’en plus on désigne comme toujours comme responsables des violences qu’on leur inflige, cela m’a aussi fait repenser à cet article : https://sandrine70.wordpress.com/2011/08/21/mini-lolitas-disent-ils-maxi-colere/

Et je republie donc cet article en réaction à un reportage sur une pratique de prostitution déguisée aux Etats-Unis,dans le magazine Be.

« WAS YOU EVER BIT BY A DEAD BE(E) ? »

Récemment, comme je tiens un blog ouvertement féministe, j’ai été interrogée par un journaliste sur la presse féminine. Moi qui n’ai pas tenu un magazine féminin entre les mains avant l’âge de 20 ans -et encore, il a dû tomber au bout d’à peine quelques secondes. Moi à qui ma mère m’a dit un jour : « je crois que je vais me désabonner du « news mag que j’ai entre les mains » parce qu’ils m’envoient pour me convaincre de me réabonner un numéro de ce journal féminin, c’est une insulte ou quoi? »… voila que je devais dire si je pensais que les nouveaux journaux féminins me semblaient pires ou moins pires que les anciens…qu’est-ce que j’allais bien pouvoir dire ?

C’est vrai que je déplorais la schizophrénie de journaux qui dans la même page traitaient des violences faites aux femmes et du dernier maquillage pour plaire…or on m’a dit que les nouveaux mags, revendiquaient de la pure frivolité. Les femmes n’ont plus besoin de prouver qu’elles sont les égales des hommes, qu’elles sont intelligentes, qu’elles travaillent. Elles assument donc à fond leur goût pour le maquillage, les tenues, sans avoir à se justifier.
Du coup, quand j’ai vu la une de « Be » l’autre jour, j’ai été un peu surprise.

Les « Sugar Babies », un sujet frivole ? Ou juste un sujet « vendeur » ?

Et comme la façon dont on parle de la prostitution m’intéresse, j’ai décidé de l’acheter…

« Etudiante et prostituée », enquête sur le phénomène des Sugar Babies. C’est le titre de l’article. Ce n’est pas, comme je le crois au premier abord, un article sur la question surreprésentée dans les médias des jeunes étudiantes qui se prostituent en France. C’est apparemment une « tendance outre-Atlantique » :

« Elle sont jeunes, jolies et avides de luxe et de richesse. Contre un paquet de dollars, ces Américaines « louent » leur temps, et parfois leur corps, à des hommes fortunés« .

Où l’on apprend qu’aux Etats-unis les « relations mêlant sexe, jeunesse et argent » son monnaie courante. Que les femmes ont besoin d’un Pygmalion…pour atteindre leur ambition. Et cette ambition, d’après l’article, c’est d’être « avides d’une vie de luxe« . (c’est marrant j’ai vu un reportage sur LCI qui disait la même chose l’autre jour…c’est l’appât du luxe qui ferait que les filles de banlieue passent le périph pour se prostituer à prix d’or…)

On apprend aussi que ces relations, « définies clairement à l’avance » (s’il y a du sexe ou non, en clair, et il n’y en a pas toujours), sont quasi « contractuelles »? Un homme qui s’ennuie avec sa femme mais ne veut pas divorcer pour les enfants, se choisit une « sugar baby » et l’entretient….et s’appelle « Sugar Daddy »…là, je bondis : un « daddy » avec qui des relations sexuelles sont possibles et acceptées ?…et ça n’a l’air de choquer personne…

Et en plus, on essaie de nous faire croire qu’il ne s’agit pas de prostitution. Et là, je réalise que « Be » aussi est en pleine schizophrénie »! Car voici ce que dit « l’inter » (phrase de l’article mise en exergue) :« La frontière avec la prostitution est mince : pourtant, c’est très différent » . Alors, c’est différent ou c’est pareil ? Faudrait savoir…

Mais quand même, à un moment, la journaliste est traversée de doutes…car si elle décrit à plusieurs reprises « sugar babies » comme avides de luxe, elle interroge quand même une professeur : »c’est avant tout une question d’argent et de train de vie, évidemment. Si ces femmes avaient une bonne profession, elles n’auraient pas besoin de faire ça »

Ouf, quand même ! L’évidence enfin reconnue ? Ouf ? Pas si sûre. Car elle enchaîne : « les hommes ont toujours donné de l’argent pour profiter de la beauté des femmes. Mais aujourd’hui, dans cette ère capitaliste, les femmes sont plus ouvertes sur leur sexualité et les hommes sur l’argent ».

Et voila. on y est. Au coeur du backlash. Aujourd’hui, le capitalisme roi et la société patriarcale sont effectivement les meilleurs alliés du monde : « Homme, si tu veux du sexe, paies ! Femme, si tu veux de l’argent, couches »! Et comme on doit absolument dire que tout est merveilleux pour les femmes aujourd’hui, on justifie l’injustifiable…

non pas sans remords. Parce que tout d’un coup, comme un « deus ex machina » l’auteure de l’article (serait-elle d’accord avec moi ?)…conclut de cette façon, mais sans développer : « Mais malgré ce que ces partisans et ses courtisanes en disent, le sugar lifestyle est loin d’être tout sucre tout miel« .

Moi, j’appelle ça, être piquée par une abeille morte (« bit by a dead bee »)…

Sandrine Goldschmidt

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3 réflexions sur « Sugar Daddy, drôle de sucre »

  1. L’expression « Sugar Daddy » n’a pas été créée récemment, elle existe depuis longtemps aux Etats-Unis. Elle ne désigne pas des relations entre un homme plus vieux et une jeune ou très jeune femme; elle implique en revanche que l’homme est dans une situation paternelle vis à vis de la femme: qu’il la « gâte » comme une petite fille. Le terme de « Daddy » est ambigu–pas par accident. Son utilisation dans des relations non filiales montre à la fois que l’homme est un protecteur et la femme une enfant, mais aussi que le père peut être l’amant de la petite fille (« My heart belongs to Daddy » est un exemple de cette ambiguïté).

  2. citation du magazine

    «  »les hommes ont toujours donné de l’argent pour profiter de la beauté des femmes. Mais aujourd’hui, dans cette ère capitaliste, les femmes sont plus ouvertes sur leur sexualité et les hommes sur l’argent”. » »

    Je suis plus qu’épuisée par cet argument du « les hommes paient pour les femmes » (pour coucher, pour se marier, etc.). Une oppression consiste en un phénomène très simple EXPLOITATION. L’oppression sexiste se double du VIOL. Ainsi, quand les hommes semblent payer, c’est qu’en amont ils ont déjà ramassé le pactole, en aval ils vont le ramasser aussi. La logique est simple : chaque homme individuellement ramasse les dividendes de l’exploitation globale des femmes (il trouvera toujours -et cherche souvent – plus pauvre que lui pour pouvoir obtenir d’elle les corvées domestiques et autres services : secrétariat, paillasson psychique, etc.) et pour pouvoir la violer (prostitution, harcèlement professionnel, viol conjugal). Le paiement d’une femme (très rare dans l’ensemble des extorsions qu’organisent les hommes) ponctue un continuum de vols, et souvent leur permet de rendre légal une violence sexuelle (la prostitution existe pour faire exister cette équation pénale : viol + rétribution = sexualité).

    Parler de « femmes entretenues », « payées », etc ne sert qu’une chose : inverser le sens de l’oppression en faisant des bénéficiaires d’une exploitation les personnes qui s’appauvrissent ! Les parallèles valant toujours plus que nos analyses : « les empires ont toujours donné de l’argent pour profiter des richesses de l’afrique. Mais aujourd’hui, dans ère capitaliste, l’Afrique est plus ouverte sur les échanges commerciaux, et les empires, sur l’argent … voyez les programmes de paiement du FMI ». Les révisionnistes racistes se seront reconnus ?

  3. M’étant sorti de dix ans de dépression nerveuse pour avoir subi des années d\’agressions sexuelles dans la petite enfance et dans l’adolescence, je suis apte à comprendre, au seuil du troisième âge, que les portraits de femmes sans tête et les scènes de viol filmées sont une transmission visuelle ou verbale de la veule tradition patriarcale et machiste.

    Faut-il vraiment en passer par là pour que des individus masculins, conditionnés comme nombre d’individus féminins peuvent l’être également dans un tel climat de perversité (machisme et patriarcat séculaires), prennent conscience de l\’immensité du crime ?

    binKa : je souhaite diffuser votre intervention.
    Si vous y voyez un obstacle, faites-le moi savoir
    ici ou sur mon mail victorkhagan@yahoo.com

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