Saint-Valentin ou la défaite de l’amour

Aujourd’hui c’est la Saint-Valentin. Pas elle, me direz-vous ? Elle ne va tout de même pas en parler elle aussi ?

Pourtant, si. Je vais en parler, pas de la Saint-Valentin, mais de l’amour. Déjà, je vous en parle tous les ans en re-publiant l’article de Melanie, mon arrière-arrière-grand-mère, dybbuk issu de mon imagination qui a son propre blog. Tous les ans, elle vient nous rappeler que le principal événement historique accolé à la Saint-Valentin en France est un acte qui signe la défaite de l’amour, et la victoire de l’obscurantisme religieux, sur fond de « grande peur » (la peste)  : « Le samedi 14 février 1349, jour de la Saint-Valentin, on cerna le quartier juif. Tous ses habitants furent traînés par la foule au cimetière de la communauté, où on les entassa sur un immense bûcher. Deux mille Juifs furent brûlés vifs. Seuls échappèrent un certain nombre d’enfants et quelques adultes qui abjurèrent leur foi ». 

D’une religion dont le message nous dit-on était un message d’amour, naît la haine, la destruction, et meurt ce qui fait la vie : le lien d’amour, c’est-à-dire la reconnaissance de l’autre, vivant comme moi, comme une personne vivante que je dois respecter. Voila qui résonne fort cette année à nos oreilles, avec la question de l’obscurantisme religieux,  et de la haine des juifs sur le devant de la scène.

Quel rapport avec la Saint-Valentin aujourd’hui ? 

Mais l’obscurantisme ne s’arrête pas là, se nourrit aussi de la haine des femmes, par le biais de l’amour réifié. L’obscurantisme de l’amour, n’a rien à voir pour le coup avec la religion, mais bien avec la nouvelle religion de notre monde : l’argent, et l’ultime forme de notre société qui tente de transformer tout ce qui fait le vivant -le désir, le lien, la finitude qui pousse à se reproduire- en marchandise inerte.

Et c’est là qu’entre en jeu l’arnaque de la Saint-Valentin, l’arnaque de la société capitaliste. Tout notre système contribue aujourd’hui à transformer la pulsion de vie, le désir, le plaisir d’être en objet marchand, qu’on consomme et qu’on jette. Alors que dans le même temps, on essaie de transformer l’humain en une machine intelligente et éternelle -qui ne mourra pas. C’est la pulsion de mort qui s’exprime.

securedownload-2C’est en effet extraordinaire comme d’un côté on cherche à prolonger au maximum le vivant, oubliant que ce qui fait la vie, c’est qu’elle s’arrête, ce qui pousse au désir de créer la vie, c’est qu’elle se renouvelle, et comme de l’autre, on détruit le vivant en le réifiant. On assimile l’amour à des actes marchandisables, la sexualité à des techniques inertes à l’objectif d’atteindre un orgasme normé (1). On impose à toutes et tous un devoir de jouir pour imposer sur le marché des objets (sex-toys, mais aussi être humains entraînés dans la prostitution et qu’on assimile à des objets (2), on impose aussi une façon de jouir qui transforme l’autre -la femme en général- en objet masturbatoire, au profit de la consommation de sexe par des hommes qu’on élève à ne pouvoir ressentir autre chose. Ainsi la femme-objet devient instrument masturbatoire pour l’homme, et reçoit aujourd’hui l’injonction « d’aimer » cela, même s’il s’agit d’être violentée(3). Enfin, la Saint-Valentin associe l’expression de l’amour à l’échange commercial, la réduisant encore une fois à l’inerte (4).

Il semblerait donc  que notre société, fondée sur  patriarcat+capitalisme, soit empêtrée dans la spirale de la pulsion de mort, qui se manifeste jusque dans la volonté d’être éternellement jeune, de faire disparaître la vieillesse, la mort et l’amour. Etre effacé par la mort plutôt que vieux et mourant (suicide assisté) pour ne pas perturber la jeunesse éternelle, être inerte plutôt qu’aimant et désirant, donc être immobile plutôt qu’en permanent mouvement vers nous-mêmes. C’est le modèle qu’on nous propose, mais contre lequel heureusement nous résistons encore !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) sur la norme hétérosexuelle, écouter l’excellent documentaire de F.Pollet-Rouyer sur France Culture)

(2) Dans les jours prochains je ferai une Revue de presse sur le #Carlton et l’inscription de la PPL prostitution à l’ordre du jour du Sénat. Déjà un lien http://www.humanite.fr/proces-carlton-une-plaidoirie-pour-labolition-565586

(3) sur comment le cinéma (et pas que la pornographie) apprend aux femmes à « aimer » ne pas être actrices de leur désir, cf le même documentaire, + son contre-exemple absolu, preuve de nos dires : 50 nuances de Grey.

(4) Le Gorafi a encore frappé : bien meilleur que tout billet sur l’horreur de la Saint-Valentin, cet article :http://www.legorafi.fr/2015/02/13/saint-valentin-recrudescence-des-theories-du-complot-qui-affirment-que-lamour-existe/

 

 

1 thought on “Saint-Valentin ou la défaite de l’amour”

  1. Leçon pour aujourd’hui : le mal vivre, l’ignorance et le ressentiment aboutissent au bouc émissaire à qui on reproche tout : religieux et sociétal à l’encontre des juifs qui était basé sur des accusations récurrentes comme le meurtre du Christ, la profanation d’hosties, les meurtres rituels, le complot juif, le vol et l’usure, l’empoisonnement des puits (la peste). Dans les faits, ils sont soumis à ce qu’on appellerait aujourd’hui (la grande différence est qu’on était en 1338) la dhimmittude : interdiction de nombreux métiers, droits et taxes énormes…
    Le lien entre les deux thèmes de votre article (théocratie et patriarchat, capitalisme et marché généralisé) apparaît aussi dans le fait que seuls échappent au bûcher ceux qui abjurent leur foi, les petits enfants et quelques belles femmes (selon Matias von Neueberg).

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