sandrine70

Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité

Dans féminisme, histoire le janvier 27, 2012 à 10:03

En ce jour anniversaire de la libération d’Auschwitz, que vous raconte ici Melanie, je n’ai pas le temps de vous livrer une longue réflexion sur la mémoire. Mais je voudrais que cette journée prenne tout sons sens en évoquant ce que la mémoire de la Shoah nous impose : une vigilance extrême pour tout ce qui constitue des crimes contre l’humanité, tellement intolérables à la vue et à l’écoute qu’on cherche à les dissimuler. Ainsi, les massacres de l’histoire et l’élimination systématique de populations (en Amérique, en Asie, en Europe, en Afrique, en Océanie -partout), la mise en esclavage d’autres, parce que celui qui massacrait s’estimait en droit de le faire parce que supérieur ou en prétendant que l’autre constituait un danger pour soi, l’appropriation d’être humains et de son environnement par l’espèce humaine,  tout cela doit être réfléchi, décortiqué, dénoncé. Tout comme  le viol et le meurtre, ainsi que l’esclavage sexuel et économique (travail non rémunéré ni valorisé) des femmes, et des enfants, devra un jour être reconnu pour ce qu’il est…un crime contre l’humanité.

S.G

Laïcité et liberté de conscience

Dans féminisme, histoire le janvier 24, 2012 à 7:38

Le parlement français a décidé de voter une loi sur la laïcité concernant les lieux de garde d’enfants de moins de 3 ans. Sont concernées, en plus des crèches et des centres de loisir, les assistant-es maternell-es. Cela a provoqué une controverse  sur le droit à la vie privée et à la liberté religieuse des nounous. Et sur la part de racisme qu’il pouvait y avoir dans cette mesure. Sans parler ici des 500.000 places d’accueil qui manque et du fait que de cela, le législateur ne s’est pas occupé…puisque j’en parle dans un édito sur cnikel)

Vouloir qu’un lieu public soit laïc, c’est un des fondements de notre démocratie, c’est vrai. Ainsi, on ne peut y prêcher pour sa paroisse, quelle qu’elle fut : religieuse, ou politique, ou autre.

Mais ici, contre quoi/qui cherche-t-on à se protéger ? De quoi, de qui a-t-on peur ? Avec un article, qui en plus, ne parle que d’une exigence de neutralité religieuse – et pas politique ? Craint-on qu’une femme musulmane, par le port du voile fasse du prosélytisme envers un enfant non-musulman de moins de trois ans ?

Eviter l’entrisme fondamentaliste dans les crèches et lieux d’accueil publics, pourquoi pas ? Mais chez les particuliers ? Peut-on légiférer sur les opinions des gens ? Dans ce cas, pourquoi ne pas légiférer sur celles des parents, qui ne sont pas neutres religieusement ? Et dans ce cas-là, politiquement aussi ? J’ai employé deux assistantes maternelles dans ma vie. Je ne sais pas pour qui elles votaient, ni quelle était leur religion. Tout ce que je leur demandais, c’était de s’occuper correctement de ma fille. Si ça se trouve, elles étaient pratiquantes d’une religion, si ça se trouve, elles votaient pour un parti que je déteste, si ça se trouve, elles étaient racistes, si ça se trouve elles pensaient que le rôle des femmes c’est d’être à la maison, ou que les homosexuels c’est le mal…

Si ma fille, à deux ans et demi, quand elle parlait déjà très bien m’avait dit : “maman, dada m’a raconté que dieu existe et qu’il a fait ci ou ça, ou si elle m’avait dit maman, dada elle m’a dit que les musulmans sont méchants, ou que si on n’est pas musulman on est méchant, ou que Le Pen c’est notre sauveur”, j’aurais vu rouge. Comme j’aurais vu rouge si d’autres personnes de mon entourage, amenées à s’occuper d’elle, et plus croyant-es que moi, s’étaient mêlées de lui dire  C’est sûr. Le risque que ça arrive à deux ans et demie me paraît minime, mais sait-on jamais.

Mais alors, est-ce que j’aurais besoin d’une loi pour “défendre mon enfant” d’un risque d’atteinte à sa liberté de conscience ?

La laïcité et ses limites (au sens de bornes, champs d’application, etc…), c’est un problème très complexe. Et qui ne prend d’ailleurs pas les mêmes formes sur tout le territoire français, comme vous l’explique iciMelanie, mon ancêtre.

Ainsi, cet exemple qu’on m’a indiqué dans l’histoire de notre pays :   L’affaire Finaly. Des enfants juifs -des garçons, donc circoncis, des Alsaciens réfugié-es en Isère ont été sauvés en étant cachés par une institution catholique. Seulement voila, cette institution s’est mêlée de les baptiser. Et n’a pas voulu que ces enfants rejoignent leur famille juive, quand celle-ci les a retrouvés (pas leurs parents, qui malheureusement font partis des assassiné-es d’Auschwitz).

Il a fallu une longue bataille juridique, jusqu’en 1953, pour que les deux garçons retrouvent leur famille. Mais ils ont fini par la retrouver.
Oui, la République, assure à chaque individu la liberté de conscience. Et en tant qu’athée, d’origines religieuses multiples, je me dis depuis toujours : la liberté de conscience, comment les religions, quand elles imposent une appartenance à des enfants qui ne sont pas en âge de l’avoir, par des stigmates corporels, des actes symboliques ou un endoctrinement (apprentissage très tôt de règles religieuses), peuvent-elles l’assurer ?

Comment des institutions religieuses, et des parents, peuvent-ils s’arroger le droit de décider pour les enfants ? Quelle liberté de conscience cela leur assure-t-il à l’avenir ? Certes, on est bien obligé-es de les éduquer, et transmettre nos valeurs en fait partie. Mais est-on obligé-es de leur dire : tu dois être baptisé-e, ou circoncis, parce que tu viens de telle communauté ? Peut-on imposer à un enfant d’être végétarien parce que c’est notre conviction (les personnes végétariennes que je connais ne l’ont jamais imposé-e à leur enfant). N’est-ce pas une atteinte à la liberté de conscience de l’enfant ?.En tant qu’athée, je n’ai jamais dit à ma fille : Dieu n’existe pas, tu ne dois pas y croire. Quand elle m’en a parlé, je lui ai dit que je n’y croyais pas. Que d’autres y croyaient. Selon différentes religions. Il reste une part d’influence, mais j’espère, pas de dogme.

Le droit d’avoir la foi, de croire en Dieu, chacun-e l’a. Il est absolu. Mais il doit être un choix individuel. Et pas communautaire, ni familial…

Pour autant, peut-on assurer la liberté de conscience, peut-on éviter le totalitarisme avec une loi qui empêcherait les parents de le faire ? Je pense que personne n’imaginerait aller jusque là…

Et concernant la loi dans les lieux d’éducation publics, elle est aujourd’hui très claire. La neutralité de l’institution est imposée, celle des enfants aussi : ils ne doivent pas porter de signes religieux ostentatoires.  Pour autant, même là, si la loi protège les enfants en interdisant aux enseignant-es de faire du prosélytisme religieux ou politique, l’interdiction des signes religieux à l’école n’empêche pas les enfants de parler entre eux. Ainsi, un jour, cette petite fille de 8 ans revient de l’école (histoire vraie) et dit à sa maman :”Alicia, ma copine, elle me dit que les gens qui ne croient pas en Dieu ils vont aller en enfer et qu’ils sont méchants”. Et elle n’était pas du tout d’accord avec Alicia et ne comprenait pas”. Est-ce qu’Alicia était méchante de vouloir du mal aux impies ?  Ses parents ont pu lui expliquer : si elle dit ça, c’est parce que ses parents -sa communauté ? le lui ont appris. Ce n’est pas son choix. Et la seule méchanceté, c’est de faire -volontairement- du mal aux autres.

Pour autant, va-t-on proposer de faire une loi pour empêcher aux enfants de parler de ces choses-là dans la cour de récréation ?

Donc, si évidemment, la laïcité dans l’école et les lieux publics est à respecter, la loi ne peut pas non plus régenter les moindres gestes des gens. Et je me dis, avec le débat actuel, que peut-être alors, le plus intelligent serait effectivement d’inscrire la laïcité dans la constitution, pour bien rappeler que ce principe est unique, tout comme celui de la liberté de conscience. Et que cela pourrait peut-être permettre d’éviter de faire des lois répressives au coup par coup, qui pénalisent en premier lieu des femmes et des femmes déjà stigmatisées,  qui ne peuvent empêcher certain-es individu-es de se sentir visé-es, pour leur appartenance réelle ou supposée à une communauté (et donc de les pousser à y plonger).

Cela  nous permettrait peut-être  aussi (ce sont ici des éléments de réflexion) de nous concentrer enfin sur une éducation ce qu’est à la liberté de conscience. Et que la société, mais aussi toutes les personnes qui participent à l’éducation des enfants, parents compris, doivent essayer au mieux de l’assurer à leurs enfants.

Une liberté de conscience, qui à mon avis ne pourra pas exister tant qu’elle ne sera pas affranchie des religions, des dogmes politiques, du patriarcat et du dogme du marché (et il n’est pas exclu que j’en oublie. Le dogme de la théorie, peut-être ?). En résumé, de tout principe de domination et de possession de l’autre…

Sandrine GOLDSCHMIDT

La rage (de vivre !) ne nous quittera pas de si tôt

Dans aux armes citoyennes, féminisme, violences le janvier 23, 2012 à 8:45

Quand on se bat pour la justice, pour une justice qui ne soit pas de sexe, de race et de classe, on se fait souvent accuser : de ne pas avoir le sens de l’humour face au sexisme ambiant, de ne pas aimer les hommes. Certains disent qu’on généralise à leur égard, lorsqu’on ne fait qu’affirmer des statistiques : la presque totalité des agresseurs d’adultes en ce monde sont des hommes. S’il y a des hommes battus par des femmes , ils sont infiniment moins nombreux que les femmes par les hommes.

Pendant ce temps, des hommes nous traitent de venin ou de castratrices. Rien que ça.

Pourtant, au quotidien, la vérité, c’est que les femmes ne sont pas les bienvenues dans cette société. Et que tous les jours cela nous soit prouvé, alors oui, ça nous met la rage. Aujourd’hui peut-être encore un peu plus que les autres jours. Mais c’est chaque  jour la haine à l’égard des femmes est affirmée. Dans les blagues, dans l’absence des femmes dans les représentations de la société (autres que destinées à vendre leur corps ou l’image de celui-ci au désir masculin), dans la violence permanente à leur égard.
De l’absence d’écoute à l’exclusion des sphères publiques, de la blague sexiste au harcèlement, de la violence verbale à la violence physique, de la tentative de viol et d’assassinat, au meurtre et à l’assassinat, c’est le lot quotidien. Et c’est la peur qu’on nous impose. Et on a beau se battre, s’affirmer, s’affranchir, se défendre, tout vient nous rappeler que ce que l’on attend de nous c’est la peur.

Peur d’être à la maison, peur de sortir, peur de se montrer, peur d’être vue, peur d’oser marcher seule dans la rue, peur  de vouloir quelque chose, peur d’avoir envie, peur d’être quittée, peur de prendre la place,  peur de ne pas plaire, peur de ne pas être crue, peur de faire valoir ses droits. Et même si on brave, ou si on tente de la braver, elle est là, elle ne nous quittera pas de si tôt, tant que la société nous l’apprendra dès le plus jeune âge.

Mais nous, la seule solution qu’il nous reste, c’est de transformer cette peur en rage. Rage de crier, de nous battre, de toujours refuser, de nous armer (des moyens légaux, le droit, la solidarité et la force -en apprenant à nous défendre), de dénoncer, de combattre jusqu’à ce que justice soit faite. Et si la peur est là, la RAGE ne nous quittera pas de si tôt non plus.

“PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX” !

Sandrine GOLDSCHMIDT

Et une chanson qui exprime notre rage d’être tellement “uninvited” dans ce monde.
Nous y resterons, même sans invitation

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