Prostitution : texte bancal en commission du Sénat ! A suivre en plénière et à l’ Assemblée nationale…

abolitionloiL’info est connue : la Commission spéciale du Sénat à voté, par 16 voix contre 12 et 2 abstentions, la suppression de la cohérence du texte de la proposition de loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel en éliminant la pénalisation des clients prostitueurs.

C’est une étape décevante, qui ne doit pas nous arrêter, parce que le processus démocratique est en marche et que les personnes prostituées ont besoin de ce texte qui doit les protéger, parce qu’une société de droits humains a besoin d’une vraie politique abolitionniste.  D’autres mesures ajoutées par la commission sont plutôt protectrices pour les personnes prostituées, et il faut maintenant que la loi soit inscrite à l’ordre du jour de la haute assemblée. Pour ensuite être réexaminée par l’Assemblée nationale qui a voté à une très large majorité pour la pénalisation, il faut le rappeler (voir photo sur le résultat du vote).

Les députéEs avaient ainsi fait preuve d’une cohérence qu’il faudra que le texte retrouve : en effet, comme je l’expliquais ici, face à l’explosion de la traite, face à la violence intrinsèque envers les femmes que constitue la prostitution, il n’y a qu’un seul levier d’action : mettre fin à l’impunité de ceux qui sont la source de cette violence, les clients-prostitueurs et les proxénètes,.

C’est ce qu’explique dans cette interview Hélène de Rugy, déléguée générale de l’Amicale du Nid, une des plus grosses associations françaises de soutien aux personnes prostituées : "la logique serait de reconnaître la responsabilité des clients"

VOICI  par ailleurs le communiqué de presse du  MOUVEMENT DU NID suite au vote de la Commission spéciale, qui est très clair sur les enjeux du Sénat et la proposition de loi !

Prostitution : la commission spéciale du Sénat propose un texte bancal !

A suivre en plénière et à l’ Assemblée nationale…

9 juillet 2014

La Commission spéciale du Sénat a adopté hier une version amendée de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel. Bancale, la nouvelle version du texte refuse purement et simplement d’aborder la responsabilité des « clients » dans le maintien et le développement de la violence prostitutionnelle. Mais l’adoption du texte en commission ouvre la voie à la suite du processus parlementaire qui devra rétablir la cohérence, et donc l’efficacité, du dispositif global.

PAS D’EGALITE FEMMES-HOMMES SANS PENALISATION DES CLIENTS

En retirant temporairement l’interdiction de tout achat d’un acte sexuel, 16 sénateurs contre 14 veulent maintenir l’impunité totale dont bénéficient les clients de la prostitution. « La Commission spéciale n’a pas souhaité remettre en cause le droit des hommes à exploiter la précarité de plus vulnérables pour leur imposer un acte sexuel par l’argent » a rappelé Claire Quidet, porte-parole de l’association. « En refusant une inversion de la charge pénale, les sénateurs privent les personnes prostituées d’un moyen de pression effectif pour faire respecter leurs conditions aux clients qu’elles ne pourront donc pas dénoncer. »Cette version temporaire du texte va à rebours d’un mouvement historique de reconnaissance de la prostitution comme violence faite aux femmes et obstacle majeur à l’égalité femmes-hommes. Il est d’ailleurs frappant de noter que, saisis du même texte, le Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes (HCEFH) et les Délégations aux droits des femmes du Sénat et de l’Assemblée nationale ont rendu un avis favorable sur la pénalisation de l’achat d’un acte sexuel.

UN VOTE REVELATEUR

« Les opposants au texte qui dénonçaient initialement une loi globalement inutile, incohérente, ou mal écrite, n’avaient en fait qu’un objectif : s’opposer à la pénalisation des clients. Une fois cet objectif atteint, ils ont finalement convenu que les trois autres piliers du texte étaient indispensables à une amélioration de la protection et de la situation des personnes prostituées » a déclaré Grégoire Théry, Secrétaire général du Mouvement du Nid En ce sens, il est stupéfiant d’entendre certains d’entre eux toujours appeler à l’abandon pur et simple du texte. Souhaitent-ils vraiment renoncer à toutes les dispositions protectrices qu’ils ont eux-même voté? »

LA PORTE OUVERTE A LA SUITE DU PROCESSUS PARLEMENTAIRE

Le renforcement de toutes les autres dispositions (meures de protection et d’ accompagnement social, accès au titre de séjour, indemnisation des victimes, abrogation du délit de racolage etc..) rappelle et confirme que la proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale est un texte progressiste visant à mieux protéger et accompagner les personnes prostituées. Les 268 députéEs (contre 138) ayant voté en faveur de la pénalisation des clients devront redonner sa cohérence au texte en seconde lecture à l’Assemblée.

 

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Réalités de la prostitution : la violence des clients

M50On entend souvent les anti-abolitionnistes dire : "les abolitionnistes" sont responsables de la mort des prostituées. Un comble. Parce qu’on veut pénaliser les clients-prostitueurs, qui sont ceux là même qui exercent la violence, de l’acte sexuel imposé et contraint par l’argent, plus de toutes les violences qu’ils s’autorisent avec ce "permis de violer" .

Ainsi, on entend beaucoup parler du meurtre d’une prostituée suédoise par son conjoint, qui "serait le résultat de la politique abolitionniste suédoise".

Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’en 15 ans (depuis que la loi qui pénalise les "acheteurs de femmes" a été votée), une seule prostituée a été assassinée, et qu’en plus c’est dans le cadre d’une affaire de violence conjugale. Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’en 30 ans aux Pays-Bas, pays réglementariste, plus de 120 meurtres de personnes prostituées ont eu lieu , (1983-2013) :http://www.dutchnews.nl/news/archives/2013/05/cold_case_team_identities_poss.php]

Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’en France aujourd’hui, les clients-prostitueurs, sont les coupables d’une violence extrêmement fréquente sur les personnes prostituées, comme le montre l’actualité des derniers quinze jours (Ainsi, le Mouvement du nid lance une alerte (voir ci-dessous).

Et qu’il n’y a qu’en les pénalisant et les responsabilisant, que la situation pourra changer. Il n’y a qu’en s’attaquant à la demande que la lutte contre le proxénétisme pourra avoir de l’effet pour démanteler les réseaux. Sinon, on en démantèlera un, aussitôt un autre se constituera.

Ce qu’on ne dit pas, c’est que tout cela n’est possible que parce que les "clients" sont des hommes qui considèrent les femmes comme des produits/objets à leur disposition, comme l’expliquent Claudine Legardinier dans leur enquête, première du genre, sur les prostitueurs,  « la prostitution constitue une ouverture de droits sur le corps dautrui, notamment féminin, en entérinant dans les esprits lidée quil sagit dun produit disponible que tout homme peut légitimement sapproprier ».[Claudine LEGARDINIER et Saïd BOUAMAMA, Les clients de la prostitution. Lenquête, Paris, Presses de la Renaissance, 2006.]

 

ALERTE DU MOUVEMENT DU NID – FRANCE

Voici la terrible réalité de la prostitution, illustrée par 15 jours de "faits divers" (du 20 juin au 4 juillet seulement !)

- A Clichy-la-Garenne, un "client" tue à coups de couteau une escort girl juste après avoir quitté sa femme (03/07/14)

- A Torcy, deux adolescentes de 14 et 16 ans contraintes à la prostitution subissent les agressions sexuelles de 40 "clients" (26/06/14)

- A Paris, une prostituée chinoise finit par dénoncer les proxénètes qui l’exploitaient et la torturaient (21/06/14)

- A Mulhouse, deux CRS sont condamnés pour avoir violé une prostituée roumaine en situation irrégulière (20/06/14)

 

Présent dans 32 départements auprès de 5000 personnes prostituées chaque année, et témoin au quotidien de faits similaires, le Mouvement du Nid demande l’inscription à l’ordre du jour du Sénat, et l’adoption immédiate, de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.

 

Notre association documentera sans relâche ses faits et dénoncera le cas échéant la complicité de ceux qui refusent de mettre fin à l’impunité des exploiteurs prostitueurs (proxénètes et clients).

 

3 juillet 2014 (le Parisien) : un client régulier de la prostitution tue à coup de couteau une "escort-girl" à Clichy – la – Garenne

«Il a notamment expliqué s’être acharnée à coups de couteau sur cette prostituée, de nationalité dominicaine et qui était âgée de 32 ans, alors qu’il venait de quitter sa femme, révèle un proche de l’affaire. Il semblait fréquenter de nombreuses prostituées».

http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/clichy-la-garenne-le-meurtrier-presume-d-une-escort-girl-interpelle-03-07-2014-3974819.php à

26 juin 2014 (RTL) : deux adolescentes fugueuses de 14 et 16 ans contraintes à la prostitution par des proxénètes à Torcy

"Sa fille de 14 ans lui a raconté avoir été "livrée" pendant 5 jours à la prostitution par plusieurs jeunes hommes lors de sa fugue. "Une quarantaine de clients se sont succédé pendant cinq jours dans cet hôtel (…) dans lequel ces deux jeunes filles étaient retenues", confie une source policière au quotidien régional. "Les prestations sexuelles étaient tarifées entre 200 et 250 €. Ces deux adolescentes étaient toujours sous la surveillance de deux des trois proxénètes".

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/torcy-deux-ados-fugueuses-contraintes-de-se-prostituer-7772882406

21 juin 2014 (Le Parisien) : un réseau de prostitution chinois démantelé à Paris

"Coups, tentative d’étouffement avec un oreiller, brûlures de cigarettes. Elle se plaint également que son argent lui est confisqué. La victime explique que son supplice est orchestré par une femme, avec la participation de trois hommes de main, tous de nationalité chinoise."

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-demantelement-d-un-reseau-de-prostitution-chinois-7-personnes-ecrouees-21-06-2014-3941895.php

20 juin 2014 (RTL) : le calvaire d’une prostituée roumaine violée par deux CRS

"Elle était en situation irrégulière et vous l’avez utilisée comme un objet sexuel dont on pouvait se servir gratuitement"

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/le-calvaire-d-une-prostituee-roumaine-violee-par-deux-crs-7772768583

 

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#unedatepourlaloi au Sénat, on veut l’abolition, maintenant !

Capture d’écran 2014-06-17 à 15.13.29Un très court billet pour vous recommander deux initiatives : -D’abord celles de 4 survivantes de la prostitution, Laurence, Rosen, Carole et Maire-Ange qui ont écrit une lettre ouverte au Premier ministre Manuel Valls pour que la loi de renforcement de la lutte contre le système prostitueur soit inscrite à l’ordre du jour du Sénat, conformément au processus démocratique. Vous pouvez la lire ici, et surtout la faire lire, l’envoyer à vos députéEs et sénateurEs, etc…

Appel des survivantes de la prostitution au Premier ministre

 

Autre initiative originale, celles des "jeunes pour l’abolition" avec Les EffrontéEs, qui publient un site pour demander #unedatepourlaloi et proposent une petite campagne twitter très simple pour interpeller ministres et sénateurs/trices. Il suffit de cliquer et on envoie un message du style :

Et le tour est joué !

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Pénalisation du client ? Les belles histoires de tonton Robert, par I.Alonso

Aujourd’hui, nous sommes plusieurs blogs féministes et abolitionnistes à diffuser simultanément une tribune, ou plutôt un analyse extrêmement pertinente et juste de l’audition de Robert Badinter au Sénat à propos de la loi de lutte contre le renforcement du système prostitutionnel où il s’oppose à la pénalisation du client. A savourer, partager, et rebloguer autant que vous le souhaitez !

« Le principe de liberté ne peut exiger qu’il soit libre de ne pas être libre. Ce n’est pas être libre que d’avoir la permission d’aliéner sa liberté« . 

John Stuart Mill

« La raison du plus fort est toujours la meilleure« . 

Jean de la Fontaine.

UnknownAvertissement: le texte qui suit est délibérément empreint de la plus totale irrévérence pour Maître Robert Badinter. Pourquoi? Parce de cet homme considéré comme brillant, érudit et prestigieux on est en droit d’attendre non pas qu’il soit d’accord avec des thèses qui ne sont pas les siennes, mais à tout le moins qu’il montre une attitude respectueuse vis-à-vis des gens qui ne pensent pas comme lui. Or dans cette audition devant le Sénat, il fait preuve d’une condescendance et d’une ironie plus dignes d’une scène de music hall que d’une prise de parole devant une Chambre très Basse ce jour là. Donner dans la caricature, quand c’est Dodo-la-Saumure qui s’y colle, ça reste cohérent. Quand c’est un homme qui, par son combat pour l’abolition de la peine de mort (dont médiatiquement on lui attribue tout le mérite alors qu’elle fut l’objet d’une très longue mobilisation collective) passe pour une référence morale, ça donne envie de lui retourner l’impolitesse.

UnknownLe pourfendeur de guillotine se serait-il lancé dans le one man show, à l’instar d’un jouvenceau à la recherche de lui même ou d’un financier en rupture de ban ? On peut se poser la question quand on visionne les mimiques, sourires complices, œillades en biais, petits rires dont il ponctue ce passage en revue de tous les arguments qui justifient le bon plaisir du client. La performance a eu lieu 14 mai 2014 et en attendant la sortie du DVD (je rigole…) vous pouvez le retrouver sur Sénat.fr. Des repères temporels sont également notés tout au long du texte qui suit.

 Théâtre: Sénat.

Festival: « Commission spéciale sur la lutte contre le système prostitutionnel »

Durée: 66 minutes.

Titre: « Audition de Maitre Robert Badinter »

Auteur: Robert Badinter.

Mise en scène: quelques millénaires de patriarcat.

Langue: de bois.

Pitch: La prostitution, c’est mal. Très mal. Mais seulement quand c’est contraint par d’horribles mafias. Autrement c’est juste un déplorable et séculaire mal social. Quant à la pénalisation du client, c’est une fantaisie, un concept aberrant qui prêterait à sourire s’il ne plongeait le juriste patenté dans une consternation navrée.

Bilan carbone: garanti sans idéologie.

Ambiance sonore: silence, recueillement. Le Maître parle.

Présentation: Jean Pierre Godefroy, Sénateur.

00:12 Nous avons le plaisir et l’honneur de recevoir Monsieur Badinter, ancien Président du Conseil Constitutionnel, ancien Garde des Sceaux, et ancien collègue au Sénat, je dois dire que pendant tout le temps où j’ai siégé, quand je suis arrivé en 2001, j’ai toujours beaucoup apprécié les interventions de Monsieur Badinter, …, et du fait de la compétence qui est la vôtre, nous souhaitions avoir votre analyse de cette Proposition de Loi, et non pas un Projet de Loi, qui nous vient de l’Assemblée Nationale. Merci beaucoup de votre présence. Vaseline et onctuosité.

02:00 En vrai professionnel, l’Artiste commence par détendre le public sur un ton léger, presque badin:

03:37  « …nul ne saurait m’accuser de n’être pas féministe, parce que si je n’étais pas féministe, je n’aurais pas le privilège de célébrer bientôt notre cinquantième anniversaire de mariage, elle ne l’aurait pas supporté… » Imparable! Je suis féministe, puisque je suis marié avec une féministe!  On pense au maître, Fernand Reynaud: « Je suis pas un imbécile, puisque je suis douanier! ». Robert Badinter est féministe par capillarité conjugale. CQFD.

UnknownAprès cette entrée en matière, changement de ton, ça ne baguenaude plus. Il plante les piquets qui vont clôturer son discours: Cour, Convention, Europe, Sauvegarde, Droits de l’Homme. On se raidit de déférence. Le Glorieux se pose en juriste. À juste titre, vu que juriste, il l’est indéniablement. Ancien Garde des Sceaux, ex-Président du Conseil Constitutionnel, ancien Sénateur, il a des biscuits plein sa musette. Se placer d’un point de vue juridique, pourquoi pas? Pour autant, la Loi des Hommes n’est pas la loi de la gravitation universelle, ce n’est pas une loi physique à laquelle tout serait soumis sur notre planète. Le Droit est une création humaine qui repose sur des principes. C’est une écriture, pas un bloc de béton armé. Ceux qui conçoivent la loi, la rédigent et la font voter se situent dans un contexte social et culturel précis. L’Illustre choisit d’ignorer l’encre patriarcale dans laquelle a trempé la plume du législateur. Libre à lui. Mais c’est un parti pris à partir duquel il ne peut plus prétendre à une quelconque neutralité. Quand, à la minute 03:08, il emploie l’étrange formule « le rapport entre la prostitution et femmes-et-hommes« , il substitue délibérément une terminologie on ne peut plus vague, « femmes-et-hommes« , à un mot qui permettrait d’identifier ce dont il parle, à savoir le rapport de forces politiques entre femmes et hommes et ses conséquences sur la prostitution. Ce mot existe, et il n’est pas nouveau: patriarcat. Ce choix est en soi une prise de position. Éluder la domination masculine quand on aborde la question de la prostitution, revient à parler de construction navale sans tenir compte de l’élément liquide. Armé sur la terre ferme, aucun navire ne risque le naufrage. Mais on ne peut pas dire qu’il flotte. Même d’un point de vue juridique.

Unknown05:04 « …le débat très vif des années 80, même 70 déjà aux USA, je me souviens d’avoir eu là les premiers échos à partir de la théorie des genres, des visions des féministes radicales américaines, à Los Angeles, j’ai entendu déjà des assertions qui ont conduit aux propositions de Loi que nous avons aujourd’hui… »  Plaît-il? Échos? Théorie des genres? Visions? Assertions? Quel est ce galimatias? Il parle de quoi, précisément? Historiquement? Peu lui chaut. Son propos est ailleurs. Cette allusion aux « féministes radicales américaines » envoie un signal  au public. Dans le discours ambiant, la « féministe » porte une dose de suspicion. Si de plus elle est « radicale« , c’est une sorte de féministe au carré, la suspicion se démultiplie. Quand de surcroit elle est « américaine« , la suspicion devient accablement. Ces femmes là racontent n’importe quoi. Quoi précisément? Peu importe. Pas la peine de relever. A ses yeux, ça ne vaut rien. La « féministe radicale américaine » est une harpie, une empêcheuse de prendre l’ascenseur, une extrémiste qui déclenche par sa simple évocation l’impuissante consternation qu’on réserve aux illuminés. Parole disqualifiée d’office. Les jalons sont posés.

05:42  « …on ne peut pas parler de la prostitution comme le faisait l’illustrissime sénateur à vie Victor Hugo, dont chacun sait qu’à la fois il écrivait les malheurs de Fantine et n’était pas tout à fait insensible aux charmes  de ces dames… » Première apparition, il y en aura d’autres, du partenaire indispensable au kit argumentaire du client: la référence historique. On appelle sur scène le grand ancêtre, la figure positive, le héros vénéré… le collègue sénateur! Victor Hugo, son art d’être grand père et son goût de la chair fraîche. Si lui allait aux putes, à fortiori Monsieur Tout-le-Monde !

imagesPuis le Brillant joue les GPS: où en sommes nous, par les temps qui courent ? Il commence par une révélation qui laisse sur le cul: le  monde a changé et mystérieusement la prostitution aussi! Déroutante modernité. Attention, qu’on ne lui fasse pas dire ce qu’il n’a pas dit, il nous précise que c’est moche, la prostitution, pas bien du tout, c’est mal,  » …un mal social, permanent, constant… » n’allez pas imaginer qu’il trouve ça bien, mais bon, en même temps, c’est hyper super différent de ce que c’était avant, parce que d’abord y a des garçons, ha, voilà qui déroute, et puis y a des occasionnelles, les intermittentes, les clignotantes, les un-coup-tu-la-vois un-coup-tu-la-vois pas, et en plus vous savez quoi? Elles ont le téléphone ! Portable! Et même Internet ! Alors qu’avant, au temps du Palais Royal et des Napoléon d’Or (ancêtre de l’euro), pas du tout. (09:30) Voilà qui n’a pas échappé au Rigoureux : avant, c’était autrement. Ok. Sur la forme, ça n’avait échappé à personne. Mais sur le fond? Un élément reste d’une remarquable constance : un pénis, moyennant quelque monnaie cédée par le porteur, obtient l’opportunité de s’introduire dans un orifice (vagin, bouche anus). Du Napoléon Or à Internet, rien que de très familier. Classique. Le décor change, l’esprit reste, la bite demeure. Le droit de pénétrer, le pouvoir de payer.

10:35  Après la « féministe radicale américaine » il embraye sur un deuxième warning: le mot « système« , pioché dans « système prostitutionnel« . On pourrait penser que c’est le mot « prostitutionnel » qui charrie de l’ambiguïté en ce qu’il ne précise pas si on parle de la personne qui est prostituée, de celle qui paye ou de celle qui encaisse, mais non. Non. Ce qui gêne le Resplendissant, c’est bien le mot « système« . Pourtant, le « système« , qu’il soit métrique ou monétaire, cardio-vasculaire ou digestif, n’est que l’ensemble des données permettant la description d’un fonctionnement. En liant le mot « système » à LePen et à Vichy, rien que ça, il le colorie en brun. Histoire de baliser le chemin de notre pensée, miner le terrain et ainsi délégitimer l’analyse adverse (11:14): « …quand on aborde le terrain sérieux du Droit, il faut éviter de parler de « système » contre lequel on va lutter… ».  Un peu gros. Surtout si on note qu’à la minute (04:26) il vient de prononcer la phrase suivante (c’est moi qui met en majuscule): « J’ai eu toute ma vie …  la passion des lois bien faites et des lois qui expriment très exactement à la fois les motifs pour lesquels ces lois sont adoptées et qui s’inscrivent dans un ensemble, un SYSTÈME de principes qui sont définis … » Un quoi? Tout dans la rigueur, à ce qu’on peut voir.

Il est temps de passer à la substantifique moelle de la critique de cette loi de pénalisation des clients de la prostitution qui à ses yeux cumulerait les trois tares suivantes:

- elle est inefficace

- elle est injuste

- elle n’est pas conforme aux principes fondamentaux du Droit.

Mais n’anticipons pas ! Avant de tordre le cou à ces followeuses de féministes radicales américaines inspiratrices des lois qui consternent l’Éblouissant, il tient à prendre une précaution supplémentaire:

14:14  « …pour ne pas donner le sentiment le moins du monde d’une sorte de partialité… » Partialité? Lui ? Il a levé le doute depuis le début, posé les jalons de sa subjectivité dès la deuxième minute, mais il ne s’en est pas rendu compte ! Douanier un jour, douanier toujours! Comme preuve de son impartialité, il choisit de se retrancher derrière un rapport fait au Sénat Belge. Faudra pas venir lui chercher des poux dans la tête si ce qui suit est aberrant au dernier degré. C’est pas lui qui le dit, c’est des Belges. Et c’est pas n’importe où, c’est au Sénat. Mais c’est n’importe quoi! Jugez plutôt:

Les « promotrices de la Loi Suédoise » affirment les trois fantaisies suivantes:

- La prostitution est une forme de violence masculine.

Masculine ? C’est à dire à l’encontre des femmes? Alors qu’il y a des homosexuels ? Il pouffe, l’Illustre! Mais où peut-on aller chercher une idée pareille, il se le demande! On sent l’influence pernicieuse des féministes radicales américaines! La présence d’homosexuels prémunirait contre la violence masculine comme la coccinelle éloigne le puceron. Et ça, les gens sérieux le savent.

- Il est physiquement et psychologiquement dommageable de « vendre » du sexe,

14:55  « je mets « vendre » entre guillemets parce que c’est de la communication, ça, c’est pas du Droit« . Attention, haute voltige! Billard à trois bandes. Il choisit, c’est lui qui s’exprime, le mot vendre. On vend ? On vend pas ? Si on vend, on vend quoi?  Si on ne vend pas, on fait quoi ? Il se garde de répondre. Il met des guillemets. Ce faisant il conteste une logique marchande que par ailleurs il justifie tout au long de son audition. En clair : touchez pas à ce mot, non seulement il n’est pas approprié, mais il est à moi. Tordu ? Pas du tout! C’est du Droit! Lui, il fait du Droit. Les autres, « de la communication! » De la pub, de la propagande, de la manipulation ! Pas du Droit ! Et si c’est pas du droit, c’est pas sérieux, il se tue à vous le dire !

- Aucune femme ne se prostitue volontairement.

16:14   » …je ne suis pas sûr, quand on regarde la Toile, qu’on puisse accepter cette proposition… »  Bluffant ! C’est bien simple, il a un détecteur de contrainte, le Beautiful. On la lui fait pas, à lui. Si la fille sourit, c’est qu’elle n’est pas contrainte, ça tombe sous le sens! Suffit de regarder l’écran!  On lui voit les dents, les coins de sa bouche remontent, c’est clair, elle sourit ! Et elle serait contrainte? Allons donc! Restons sérieux!

Maintenant que nous voilà convenablement oints du sérieux qui convient, allons plus loin. Le Sublime ne nous demande pas de lui faire confiance, il fait mieux que ça! Il extirpe de sa besace du rab de papier. Des enquêtes. Des études. Et pour clouer le bec à toute éventuelle contestation de la validité de ces documents à charge, il assène :

images17:28   » …je rapporte toute une série que je vous laisserai d’études et de commentaires généralement universitaires, par des auteurs généralement femmes, peu suspectes à cet égard de rallier des thèses machistes« . Et toc! Une femme ne saurait rallier des thèses machistes. Surtout une femme universitaire. Ou une sociologue. Ou une philosophe. Pourquoi ? Parce que. Toujours l’esprit douanier! Le féminisme, c’est non seulement un caractère conjugal, mais aussi un caractère génétique commun à toutes les femmes, de Margaret Thatcher à Marie Bonaparte en passant par Marine LePen. Si quelqu’un trouve plus sérieux, on se passe les ovaires au micro-ondes et on se les mange sauce gribiche à la terrasse du Pigalle !

Et que disent-elles, ces féministes chromosomiques?

18:13  Il cite: « notre position en ce qui concerne la politique en matière de prostitution est qu’elle doit être fondée sur la connaissance et l’expérience plutôt que sur la morale ou l’idéologie radicale féministe. Nous croyons également que lorsque les politiques sont élaborées les acteurs au cœur de cette politique, c’est à dire ici les prostituées elles mêmes ou eux mêmes doivent être consultées et respectées, »  Les voilà, les féministes radicales, à l’américaine! On n’aura pas attendu longtemps! Au nom de la morale ou de l’idéologie, elles omettraient de consulter et de respecter les prostituées elle mêmes! Elles se croient tout permis ou quoi? D’où parlent-elles, analysent-elles, proposent-elles? Quelle est leur légitimité à l’ouvrir sur le sujet ? Heureusement, il veille. Peu soucieux de reconnaître que les abolitionnistes ont toujours mis le sort des personnes prostituées au cœur de leur pensée, notre Avocat (donc neutre et habilité, lui, à parler de ce qu’il veut) en appelle ici à des universitaires (neutres aussi, on aura compris la logique) pour affirmer que seules les personnes prostituées peuvent émettre un avis sur la prostitution. Heu… Voilà qui coupe le sifflet à bien du monde. A la niche, Karl Marx, coucouche-panier Lévi-Strauss, au dodo Voltaire, aux oubliettes Victor Schœlcher ! De quoi je me mêle ! Ni ouvrier, ni Peau Rouge, ni blasphème, ni esclave? Alors ta gueule! Et Pasteur qui invente un vaccin alors qu’il est même pas malade! Bande d’imposteurs! Y en a même, il paraît, c’est ce qui se dit, qui parlent de peine de mort alors qu’ils n’ont jamais tué personne! On se gondole !

UnknownLa démonstration se poursuit avec forces citations, développements et considérations alambiquées, armada de patronymes nordiques, survol de contrées septentrionales, pour affirmer que la prostitution est un mal, certes, mais il y a pire, bien pire! Essayez seulement de l’interdire et vous verrez, avec horreur, se profiler à l’horizon, surgir, se matérialiser devant vos yeux éberlués….. ce qui existe déjà ! Les mafias, la traite! Voilà ce qui nous attend ? Elles sont là depuis longtemps.

21:48  Le Scintillant évoque des « bordels flottants » dans des eaux aussi glacées qu’internationales, accueillant une   »forte clientèle« ! Si celle ci attrape un rhume à bord, ça sera la faute de ces nigaudes d’abolitionnistes ! Voilà ! On tremble. On est dans le vrai méchant, pas dans le débonnaire…

25:14  « le mal profond … c’est la traite, le trafic organisé honteux, ignoble et extraordinairement lucratif des êtres humains auquel se livrent les mafias. C’est véritablement un fléau … pas de mot assez sévère… c’est un fléau qui aujourd’hui hélas … est en augmentation dans l’ensemble Européen ». Forcément, personne ne va prétendre le contraire. Plus abject qu’une mafia albanaise, ça court pas le macadam. Et du coup, ça relativise le micheton. Il trace son chemin, il trace…

On lui parle pénalisation du client, il balaye, il écarte, il élimine ! Y a plus important! Quoi? Lui, sa vie, son oeuvre ! Oui, car Lui, il oeuvre! Les autres grenouillent, barbotent, s’égarent. Lui, il s’intéresse à des trucs fondamentaux, à un Parquet Européen!

28:58  » …et croyez moi ça a une autre importance que la pénalisation des clients … » Il insiste sur sa propre importance, (« j’avais le privilège d’œuvrer« , « je présidais« , « j’avais renforcé« ). Il s’auréole d’autosatisfaction. Puis il nous confiture de son dédain : il y a la vraie cible, celle que Sa Splendeur a déterminée, puis il y a

30:36  « la cible idéologique pour satisfaire des postulats de principe sur la violence quotidienne faite aux femmes« . Et celle là ne vaut pas tripette. Postulats de « principe« . C’est à dire déconnectés du réel. Billevesée, faridondaine, carton pâte. Pour distiller crescendo, mot après mot, un tel mépris, il faut un déficit d’empathie pathologique. Ne rien ressentir. Et en faire un argument. Fouler aux pieds la souffrance d’autrui pour servir sa  thèse. On nage dans l’impartialité.

En quoi la pénalisation du client, sujet du jour, et un Parquet Européen seraient-ils incompatibles? On se le demande.

Il poursuit. Brutale accélération de l’argumentation. On se la repasse au ralenti, attention, ça va très vite !

31:00 « …la pénalisation du client elle est nulle en ce qui concerne la répression contre les réseaux pour une raison d’évidence constante c’est que le client ne connait pas les réseaux mafieux qui ont apporté la fille il ne connait que la fille… » Nulle ! Il cause jeune quand il veut, le Grand Sachem. Et pourquoi, nulle ? Ça tombe sous le sens! Parce que le client, il connait pas la mafia, il connait que la fille! Il veut une meuf à niquer, pas une visite des coulisses ! Du coup, il sert à rien. Comme s’il n’était pas là. Il ne fait que passer, un petit coup de bite et au revoir la compagnie, c’est pas lui qui va guider notre Inspecteur Gadget au cœur du réseau ! Le client, c’est peanuts! Nada! Nibe de nibe! Il ne sert à rien. C’est bien simple, on se demande ce qu’il fout là.  Il insiste: « …c’est nul! et plus que nul!… » Nul et plus que nul? Qu’est ce qui, précisément, est plus nul que nul ? S’en prendre au client! Client absous d’office. Même le client du réseau mafieux? Même le client du réseau mafieux. Ces réseaux « qui ont apporté la fille« , comme il dit. Apporté? En Français, on apporte un objet. On amène une personne. Il ne saurait être plus clair. L’empathie qui manquait au paragraphe précédent se trouve ici, pour le client. En toute neutralité idéologique.

images-1Le client est le chevalier blanc du business. Si on l’importune, ça catapulte les prostituées dans les buissons direct, sur les aires d’autoroute,  » …parkings déserts … fourrés… bosquets… et puis les hôtels …studios…  » Et ça sera de la faute de l’insupportable pression idéologique de féministes radicales même pas Américaines. Dans le même esprit, songer à supprimer le verrouillage des banques, qui provoque l’attaque à main armée. Si les coffres forts restaient ouverts, les braquages seraient inoffensifs. Le gangster, il s’en fout de voler, il veut juste l’argent.

34:00  Une étape hygiène ne saurait manquer. Le Vénéré connait son parcours. Au sujet de la prostitution, il est de tradition, avant même de se poser la question du quoi, du pourquoi et du comment, de considérer la chose du point de vue sanitaire, « les conditions d’hygiène … il faut d’abord penser à la sécurité sanitaire des prostituées« . Au XIXème siècle, période de totale tolérance des maisons du même nom, les autorités organisent la surveillance des prostituées et le rythme des visites médicales auxquelles elles sont soumises. La prostituée transmet des maladies, il convient donc de la ficher, l’encarter, l’ausculter car elle est le vecteur, elle est le collecteur de ce qu’on appelle les maladies vénériennes, c’est à dire maladies de Vénus, on ne saurait être plus clair. Les images comparant la prostituée à une sorte d’égout humain sont légion dans les textes d’époque. Et c’est de la maladie à sens unique, de la prostituée au client. Le risque pris par le client a toujours obsédé les autorités, clientes elles aussi. En revanche, la question de savoir qui a filé la chtouille à la prostituée ne fait pas partie du tableau. Personne n’a jamais contrôlé les clients. Le Chatoyant reste muet sur le sujet. Quant aux ravages psychiques, psychologiques, physiques, sur la prostituée, du simple fait de multiplier des rapports sexuels sans désir, voilà qui reste dans l’angle mort des hygiénistes. Les Gentils Organisateurs de la prostitution ont la salubrité sélective.

36:50 Les arguments défilent, sans surprise. Nous voilà face à l’impuissance de la force publique :  »je laisse de côté les expériences historiques bien connues sur la suppression de la prostitution« . Expériences bien connues? Aucun gouvernement au monde ne s’est jamais attaqué sérieusement à l’abolition de la prostitution. On s’est attaqué aux prostituées elles mêmes, ce qui n’est pas exactement la même chose, chacun en conviendra, mais cette nuance, pour des raisons mystérieuses, échappe à notre Indomptable, qui persiste dans l’à peu près.

38:50  Après la prophylaxie, la psychanalyse! A l’ombre des grands ancêtres, Flaubert, Maupassant, Baudelaire, fauchés par la vérole, avec Freud en guest star, entrée en scène des célébrissimes pulsions irrépressibles et de la diabolique alliance Éros-Thanatos. La sexualité masculine serait un concentré de sauvagerie

inéluctable,  « …la peur de la maladie et la mort n’a jamais pu dissuader les client…« ,

incontrôlable, « … c’est oublier ce qu’est la pulsion sexuelle et surtout la pulsion sexuelle chez les jeunes gens ça n’a jamais empêché, ça a dissuadé certains mais ça n’a jamais empêché beaucoup d’aller au bordel y compris les pires… »,

inéducable « …on sait que dans les backrooms on a recommencé sans préservatifs… » à qui il serait vain de fixer des limites.

UnknownCe gloubiboulga conceptuel pose comme axiome que les pulsions des uns doivent pouvoir s’exercer aux dépens des autres parce que c’est comme ça, que ça a toujours été comme ça, on n’y peut rien, c’est une constatation objective indépendante de toute vue idéologique. L’idéologie c’est les autres. Quiconque percevrait du machisme dans ce raisonnement serait victime d’une regrettable distorsion idéologique. Le Flamboyant passe au peigne fin le cheminement mental du client, mais ne saurait s’attarder sur les cailloux qui ont balisé le parcours de la prostituée. Par crainte, sans doute, qu’une sournoise imprégnation idéologique ne lui brouille l’écoute.

Il reconnaît sa perplexité « …vous êtes là dans un domaine qui est le plus complexe qui soit… » S’il vraiment il souhaite s’éclaircir les idées, et il en a grandement besoin, je ne saurais trop lui conseiller (à lui et à tout le monde) la lecture d’un texte à la réjouissante radicalité:« Abolir la prostitution? Non: Abolir le proxénétisme. », de Marie-Victoire Louis. De quoi éclairer les lanternes les plus obscurcies.

43:10  Puis Robin des Lois nous met en garde. La pénalisation du client fonctionnerait au détriment des plus pauvres:  » …les escort girls de luxe pour les uns et pour les autres la misère prostitutionnelle plus la poursuite pénale… ».  Certes, mais c’est là une étrange manière de poser la question. Que les riches échappent à sa rigueur invaliderait le principe de la Loi. D’ailleurs, puisque les riches peuvent échapper à l’impôt et ne s’en privent pas, supprimons les impôts.

Unknown-2Allons plus loin. Il entonne maintenant l’antienne patriarcale consistant à juxtaposer des objets et des femmes. Cigarettes, whisky et p’tites pépées: « … si vous interdisez la prostitution elle devient clandestine, si vous interdisez l’alcool, on sait ce qu’a donné la prohibition aux USA, vous interdisez la drogue le trafic ne se fait pas dans les pharmacies … ça continuera de façon clandestine... ». La comparaison, fréquente, de la prostitution avec le trafic de drogue, d’alcool et autres substances prohibées  fait l’impasse sur un détail. Une broutille. Le cannabis, l’alcool, la cocaïne peuvent être consommées, sniffées, fumées. Elles ne peuvent être maltraitées. On ne peut exercer sur elles ni chantage ni violence. Dans le cas qui nous occupe la substance concernée est un être humain, pas une matière inerte. Ça ne fait pas de différence, apparemment. Considérer le corps vivant d’un être humain comme un produit de consommation en dit long la qualité du regard posé sur les personnes prostituées. Quel est le statut de cette personne dans un tel raisonnement ?

Puis, dans cet inépuisable catalogue des Trois Cuisses (oui, je sais, elle est indigente celle-là, mais je commence à fatiguer, il me saoule, le Taulier), il aborde la question des moyens. Des forces qu’on choisit de mobiliser:

46:10  « …vous pensez que nos concitoyens apprécieront le fait qu’on va recruter des policiers non pas chargés de protéger leur sécurité, leur personne, leur bien … mais aller poursuivre les clients qui vont là accepter les sollicitations des filles ou des garçons? Allons! »

« La mayonnaise c’est pas bon parce que j’ai pas d’œufs pour la faire ». Un top chef qui raisonnerait comme ça se ferait virer. Jamais la lutte contre le proxénétisme, n’a été dotée de moyens à la mesure de ce à quoi elle s’attaque. Considérer que le manque de volonté politique mis à appliquer une loi en invalide le principe, ça a un côté indéniablement novateur, quasi rock’n’roll ! Plus juridique, tu meurs.

Unknown-647:50  Puis on passe à la vitesse supérieure, à l’abri de la Jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme:  » je le dis avec beaucoup de fermeté la loi méconnaît la Jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme … et méconnait les principes de la CEDH qui … sont la structure morale et juridique de notre système judiciaire … je vous demande de vous référer aux décisions de principe de la CEDH,  … la CEDH, ça n’est pas seulement à l’usage des pays de la communauté européenne, ça vaut pour les 47 États du Conseil de l’Europe, … y compris ceux qui se trouvent à l’Est de l’Europe… » Ça fait un peu beaucoup, je vous le mets quand même? Après une incursion dans la forêt de la jurisprudence Européenne, puis un crochet par les riantes contrées des tortures sadiques extrêmes, « …le Marquis de Sade très dépassé … mutilations effrayantes… » histoire de rappeler une fois encore qu’il y a toujours pire que la prostitution bon enfant, à la papa, yop-la-boum, l’Étincelant nous prend par la main. Nous entraîne vers des sentiers parfumés où fleurissent des notions harmonieuses: « les adultes consentants sont maîtres de leur corps, leur sexualité est celle qu’ils veulent pratiquer du moment qu’il n’y a pas contrainte, libre à eux de le faire, c’est un des éléments profonds de la liberté individuelle et … du droit au respect de l’intimité d’une vie privée qui par ailleurs est si menacée en ce moment… » . Liberté, respect, intimité pour les adultes consentants. Idyllique ! Du moment qu’il n’y a pas contrainte! Dans ce contexte, que disent vraiment ces mots? Qui les utilise et dans quelles circonstances?  Qu’est ce que le consentement?  Cette question, pourtant essentielle, n’est pas traitée. Et qu’est ce que la contrainte? Rappelons que nous parlons ici de prostitution, pas d’une garden party chez les Bisounours.

52:14  Climax de la démonstration. D’un point de vue juridique, bien entendu:  »… la Cour dans son considérant 25 a considéré que la prostitution …  est incompatible avec la dignité de la personne humaine, ce que moi je crois, mais elle n’est incompatible en termes juridiques que lorsqu’elle est contrainte… » Et l’Immense ne connait qu’un type de contrainte. Il pose sur les plateaux imaginaires d’une balance-à-peser-la-contrainte-d’un-strict-point-de-vue-juridique. D’un côté les « mafias, proxénètes, réseaux« , trois mots qui désignent la même atrocité mais qui, accolés, terrifient davantage. Ça, c’est de la contrainte! Et de l’autre? « C’est pas le désir d’une robe, qui peut être considéré comme une contrainte c’est exactement la pression exercée et irrésistible par le tiers… ça c’est la contrainte et c’est la notion de traitement inhumain et dégradant » Le « désir d’une robe », facteur déclenchant bien connu, ne saurait constituer un traitement inhumain et dégradant!  Désir, robe ? Soie, taffetas, lipstick, houppette, bal, tourbillon, valse, ivresse! On change d’univers! Nous voilà dans le shopping, le caprice, la mode ! L’éternel féminin ! Les p’tites femmes de Paris, leur délicieuse frivolité et leur gambette légère ! D’un point de vue juridique, je vous le rappelle. Remarquable synthèse. Pour réduire les déterminismes de misère et de violence qui aboutissent au trottoir à un « désir de robe« , il faut être un Jivaro de l’empathie doublé d’une ceinture noire de cynisme.

52:29  Soit on considère que la prostitution fait partie des grands systèmes de domination historiques tels que le servage, l’esclavage, le féodalisme ou l’apartheid, et elle doit être abolie.

Soit on considère, comme notre Superbe, que c’est  » … un mal social, permanent, constant… », acceptable si on en éloigne les mafias.

Soit on sort de la logique, et on supprime en bloc. Soi on y reste, on aménage et on s’accommode.

Unknown-3Comme dans le cas de cet homme qui frappe sa femme parce que la soupe n’est pas assez salée. Soit on considère qu’il ne doit jamais, par principe, frapper sa femme, point final. Soit on mesure le taux de sel de la soupe. Deux logiques.

L’Impeccable a choisi son camp:   »…on peut regarder les propositions de Net, on peut regarder l’expérience multiséculaire, hélas, femme ou homme, ça existe, il y a d’autres raisons que la contrainte pour lesquelles on se livre à la prostitution  » En plus de l’envie d’une robe? Lesquelles? Les annonces du Net et l’Histoire ! Ça ne veut rien dire ou c’est moi qui sature?

Puis, jamais avare de son ironie, il se gausse autant qu’il s’étrangle face au postulat suédois: « …Elle se prostitue donc elle est contrainte donc elle ne se prostituerait pas si elle n’était pas contrainte, CQFD c’est fini! … Non! Ça c’est pas possible! On peut pas jouer avec des questions aussi fondamentales que la preuve à charge de l’accusation, et dire le fait lui même suffit à établir l’innocence, pas possible y a plus de culpabilité ! Pas possible!.. » Pas possible. Faut mesurer le sel.

57:00  « …Il faut que à propos de cette personne là et à ce moment là, … on puisse prouver qu’il s’exerce sur elle une contrainte… ». Au cas par cas… Comme si, pour abolir la peine de mort on avait non pas érigé un principe (on ne tuera plus au nom du peuple français) mais procédé à une évaluation de l’adéquation de la décapitation, condamné par condamné.

Reprenons: « …dire le fait lui même suffit à établir l’innocence, pas possible!… » Il parle de l’innocence de la prostituée, là. Si on comprend bien, il envisage qu’elle soit coupable. Mais de quoi? Il ne s’attarde pas, tu m’étonnes. Mais nous, attardons nous. Il pose la question de « l’innocence« , pour poser la question de la contrainte. A elle de prouver! « …c’est toujours à l’accusation de prouver la culpabilité… ». C’est comme demander à un naufragé de Lampedusa (qui a pourtant volontairement payé sa place sur le rafiot) ou à une couturière en sweatshop (qui accepte d’être payée dix euros par mois) de faire la preuve de leur innocence.

Puis il assène « on ne peut pas jouer avec des questions fondamentales« . Lui, il joue pas! Il dribble, il jongle, il feinte! C’est le Ronaldo du maquereau!

Nul ne saurait récuser les droits de la défense, ni la présomption d’innocence. C’est une évidence. Mais la preuve… Ah, la preuve! Elle mérite qu’on s’y arrête. Pratique, la preuve! Terrain miné pour les innocents, propice aux criminels :

- Al Capone fut finalement coffré pour fraude fiscale car il était juridiquement impossible de prouver les vols, chantages, tortures, assassinats et autres éléments de son flamboyant succès, éléments connus de tous. Ce n’est pas parce que le dispositif législatif ne permet pas de prouver un crime que ce crime n’existe pas.

Unknown-1- Dans le Droit actuel tel que le patriarcat l’a façonné, la violence masculine passe à travers les gouttes. Combien de viols restent protégés dans les méandres de procédures qui mettent l’agressé-e en position d’accusé-e ? La majorité. Au nom de la présomption d’innocence on met au même niveau la parole du violeur et celle de la victime.  On reste dans la logique des agresseurs. Il est des viols accompagnés de coups dans lesquels on a considéré que le sperme présent dans le vagin ne constituait pas une preuve: la victime pouvait avoir été frappée par un homme, puis avoir baisé volontairement avec un autre. Il y a quelque chose de pourri au royaume de la Loi.

- Tant qu’on se situe à l’intérieur d’un corpus de lois rédigé dans un contexte et une idéologie  précis, on reste englué dans sa logique aussi pernicieuse soit-elle. Et donc on la confirme. Il aurait été impossible d’abolir l’esclavage si on était resté dans la logique du planteur. Impossible de supprimer l’apartheid en restant fidèle au principe de développement séparé.

58:35  L’Apocalyptique nous met en garde: la pénalisation du client, ça serait cataclysmique. La porte ouverte à la barbarie. Chantage, brutalités, suicides. « … avec des textes comme ça et des mafias, le chantage ça va donner!… » Il évoque un exemple historique, de clients piégés au temps du délit l’homosexualité entre adulte et ado. Oui, vous avez bien lu: l’ado piégeant l’adulte. Ado-loup vs adulte-agneau. En but à des méchants, des vrais. Pas des simulateurs, pas des demi-sel. Des pointures.

« …on retrouve ça dans Sartre, dans Les chemins de la liberté, le giton racolait ou se laissait racoler par le riche homosexuel dans sa maturité et puis on allait dans la chambre d’hôtel, et à ce moment là… » Suspens! « …faisait irruption le reste de la bande et commençait un chantage qui ne s’arrêtait plus… désespoir…destruction totale… » On aime les jolies histoires de Tonton Robert, elles sont hors sujet, mais elles font peur !

Et voilà! Le scénario se reproduirait ! « Trop facile! » Machination haletante, hitchcockienne, un peu fouillis mais on n’en tremble que davantage, à mesure que l’étau se resserre. « …Le rendez vous est pris, la fille dans le réseau, n’avez qu’à installer la voiture tout près de l’hôtel ou … tout à l’heure photos et ensuite vous relevez le numéro de la voiture ou vous faites photographier à l’intérieur et vous n’avez plus qu’à venir présenter la note! … voilà ce à quoi on aboutira. » Pauvre client ! Paparazzé! Chopé en flag juste pour avoir voulu gâter Coquette !

60:30  Et s’il y a délit, il y a… complice! Quid de la complice, hein, la complice, faudrait pas l’oublier! On en fait quoi, elle existe ou il rêve? La complice, vous dis-je! La perverse, qui organise et prémédite sa propre exploitation! On ne va quand même pas la laisser s’en tirer comme ça?  Et d’ailleurs, qui est-elle?

Unknown-4« …Qui est complice? Celui qui provoque! Celui qui par promesse, incite à la commission de l’infraction, il est complice! C’est dans le Code Pénal un principe qui ne remonte pas à hier et ça la théorie de la complicité ici on arrive à cette situation mais qui défie l’intelligence juridique, la raison juridique, …le provocateur ou la provocatrice disons et c’est plus communément le cas, elle propose, elle peut être d’ailleurs très jolie, ah, ah, au café, son regard appuyé, etc, des charmes évidents… ».  Regard appuyé? Charmes évidents? Toujours en pleine neutralité et d’un point de vue juridique? Non. Le Visionnaire est ici clairement dans la peau du client. Identifié à lui. Il s’y voit, il se fait un film:  » …je vais me référer à un film récent « Jeune et jolie »…   Il fait feu de tout bois. Tant qu’à faire il aurait pu se référer aux mythes classiques, de la Dame au Camélia à Julie la Rousse, mais non, il est moderne. Il ose Ozon! Sans vergogne. Sans partialité aucune et au nom de grands principes du Droit, il voit dans la prostituée non pas une personne réelle mais l’héroïne d’une oeuvre de fiction imaginée de toute pièce et avec un brin de fantaisie par un cinéaste spécialisé dans la féminité fantasmée. François Ozon assura, à Cannes, en 2013, que la prostitution est un fantasme pour de nombreuses femmes. D’où tirait-il cette certitude? De son propre film! Ça, c’est de la référence, et de la sérieuse! Face à la mythique « Jeune et jolie », le très réel « Vieux et pourri ».

Après cette évocation de l’incitatrice-provocatrice-complice, ce cri du cœur:

61:56  « …je me dis la chair est faible… etc… on connait, tous!… »  Houlà, l’Impeccable se dévoilerait-il ? On connait, tous ? Encore en toute impartialité et du strict point de vue juridique, bien entendu ? « …ils cèdent à la tentation… » Là on pédale dans le taboulé. Le mot « tentation » revient six fois. Le client candide, victime d’une glissade de sa volonté face au machiavélisme d’une tentatrice jouant de ses charmes, finit par craquer, ça peut se comprendre! Et on en viendrait à ce que ça se sache dans son quartier ? Chez lui, là où sa femme, sa famille, ses amis, ses collègues, ses voisins le prennent pour un brave type ? « …on saura pourquoi il était là c’est fou ce qu’il y a comme indiscrétion dans ce domaine… » Il connaitrait la honte de celui qui a trempé son biscuit en dehors des eaux territoriales? On frémit…

Unknown-5La « provocatrice« , profitant du désir qu’elle suscite, aura tout loisir de compromettre des innocents, « des jeunes gens un soir de concours réussi comme jadis quand ils allaient au service militaire, ou un match de football triomphant, un peu trop de bière, ils cèdent à la tentation, on verra ce que ça donnera le moment où ils seront en concurrence pour devenir ingénieur en Chef de la SNCF. » Les ambitions d’un ingénieur en Chef de la SNCF ruinées par une adepte de la vie facile assouvissant ses désirs de robe! Sortez vos mouchoirs. Personnellement, je suis au bord des larmes.

64:06  Avouons que sans l’apparition ultime, en Deus ex Machina, de Foucault en personne, caution ultime, la démonstration aurait été moins absolument conforme aux classiques du genre. Là, il manque pas un bouton de guêtre! Un monde sans prostitution serait un monde totalitaire. Point d’orgue. La messe est dite.

« …Foucault jadis faisait des cours où il évoquait la police des corps, la tentation ultime des régimes totalitaires… » Police des corps? Du corps de qui? Que toutes les sociétés totalitaires sans exception aient toujours organisé et contrôlé la prostitution ne semble pas obstruer le raisonnement de l’Auguste. Il est au dessus de la mesquinerie des polémiques. Il ne veut pas « entrer dans les querelles qu’on connait » ? Ça fait une heure qu’il y barbote jusqu’au cou, mais il n’est pas mouillé ! C’est juste qu’on ne saurait entrer là d’où on est jamais sorti.

En conclusion, les bons conseils de Tonton Robert. Ce qu’il ne faut pas? « Se divertir« . Se laisser distraire. Il faut rester dans l’essentiel, déterminé par lui, autrement c’est pas du jeu. Il ne faut pas davantage « Transformer le Code Pénal en affichage d’idéologie« . C’est pas du jeu non plus. Il ne joue pas, Robert Badinter. Pas son genre. Il nous gratifie de sa présence, nous inonde de son sérieux, nous pulvérise de sa neutralité impartiale. Si les enjeux du débat n’étaient pas aussi lourds, on pourrait s’esclaffer tant il semble ne pas se rendre compte que ça se voit, son jupon dépasse. Son allocution est le long  plaidoyer pro domo de qui se donne bonne conscience en fustigeant les mafias pour mieux dédouaner les clients. Pourquoi? Allez savoir… A moins que… N’étant pas prostituée, je ne saurais, à ses yeux, épouser la cause des personnes prostituées. Or lui passe une heure à défendre becs et ongles le client. Il s’en donne le droit. Il s’y voit. Se pourrait-il que… Non… Pas lui! Fausse route, sans doute…

« S’il n’y a pas de contrainte, si ce sont des motivations quelles qu’elles soient, que ce soit l’ambition la cupidité ou que ce soit l’argent, peu importe, ou le désir, ce qui serait beaucoup mieux, ou le plaisir parce que c’est pas absolument interdit, en tout cas dans le Code Pénal… » Son choix de mots est aussi neutre que le PH d’une piscine d’acide chlorhydrique. Le mot « contrainte » est utilisé ici comme le mot « consentement » dans les procès pour viol, systématiquement agité par le violeur et nié par la victime. Et pour qualifier les chemins de la prostitution, observons la progression du vocabulaire: « ambition, cupidité, argent, désir, plaisir« . Le plaisir a le dernier mot. Le plaisir de qui ?

Unknown-5Constatons, sur cet exemple, de quoi sont faits les Pères de la Nation, les références morales, les grandes figures de la République, les donneurs de leçon, les prescripteurs de pensée, les timoniers inoxydables. Des faux culs planqués derrière des grands principes qu’ils trahissent à chaque ligne, défenseurs acharnés d’une hiérarchie dont ils nient l’existence. Des dominants cyniques qui doivent leurs privilèges historiques à la violence la plus brutale et qui plaquent sur leurs abus de pouvoir les mots qui mentent, les mots qui planquent, les mots qui tuent.

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L’abolition en marche : bravo à la DDF du Sénat, et au Canada

abolitionloiDe bonnes nouvelles pour la transformation de notre monde en un monde plus humain ces derniers jours : depuis que la France a voté la loi d’abolition à l’Assemblée nationale et s’apprête à le faire au Sénat, on dirait que la politique abolitionniste a fait des émules à travers le monde. Ainsi, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution abolitionniste de type modèle suédois -c’est une petite révolution- et le Parlement européen a adopté une résolution  (rapport Honeyball) qui recommande également une politique abolitionniste qui s’attaque à la demande. Cette semaine, c’est le Canada, conseillé par Jimmy Carter, prix Nobel de la paix et ancien Président des Etats-Unis qui a clairement pris position pour le modèle suédois, qui a présenté une loi d’abolition du système prostitueur qui protège les victimes et pénalise (amendes et peines de prison) les clients-prostitueurs-violeurs.

En France donc, on attend pour bientôt l’inscription à l’ordre du jour du Sénat de la loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel : en effet la loi fait partie (même si elle est d’initiative parlementaire) des avancées citées par le premier ministre Manuel Valls au sommet mondial des femmes à Paris, selon ce tweet de Claire Chahnez-Schmitt, de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale.

Pour cela, la Commission spéciale du Sénat est en train de terminer ses travaux et rendra son rapport début juillet.

Mais déjà hier, la Délégation aux droits des femmes du Sénat, avec à sa tête Brigitte Gauthier-Morin, s’est réunie et a voté largement en faveur du rapport de Brigitte Gauthier-Morin favorable à la loi tout en l’assortissant de recommandations très pertinentes ! C’est une très bonne nouvelle, voici le communiqué de presse !

Communiqué de presse 
Paris, le 5 juin 2014 

« Prostitution: la plus vieille violence du monde faite aux femmes» un rapport et 11 recommandations adoptés par la Délégation sénatoriale. 

La Délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, a examiné le rapport présenté par Mme Brigitte Gonthier-Maurin (CRC, Hauts-de-Seine), présidente, sur la proposition de loi (n° 207, 2013-2014), adoptée par l’Assemblée nationale, renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.

La délégation a considéré que la prostitution est avant tout une violence qui s’exerce contre les femmes, qu’elle ne saurait être considérée comme un métier et que le débat sur la prostitution pose, en réalité, la question de l’égalité entre hommes et femmes.

La délégation a assorti le rapport de onze recommandations, parmi lesquelles :

- l’adoption des dispositions de la proposition de loi concernant la pénalisation de l’achat d’actes sexuels et la responsabilité des acheteurs ;

- l’abrogation du délit de racolage ;

- l’attribution de moyens suffisants et pérennes au financement du parcours de sortie de prostitution ;

- l’accompagnement et la formation des associations qui participeront à sa mise en œuvre ;

- l’élaboration d’une circulaire du garde des Sceaux concernant la qualification de traite des êtres humains.

La délégation souhaite également, dans une logique de prévention, renforcer la sensibilisation à l’égalité entre hommes et femmes dès le plus jeune âge. Dans cet esprit, elle souhaite que l’égalité entre les hommes et les femmes s’insère dans les programmes d’enseignement de l’école, du collège et du lycée et dans toutes les disciplines.
Elle recommande également la généralisation des ABCD de l’égalité à tous les enseignants du primaire (maternelle et élémentaire) et du secondaire, ce qui suppose que la formation initiale et continue
des enseignants comporte obligatoirement cette dimension.

 

 

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Pour une société de la sollicitude #care

DSCF3146Fabienne Brugère, dans "Le sexe de la sollicitude", cite la parabole évangélique du bon samaritain (voir ci-dessous) et en conclut ceci :

"Ainsi, le récit du Bon Samaritain permet d’établir la vérité suivante : on n’a pas de la sollicitude mais on l’exerce. La sollicitude n’est pas une qualité inhérente aux êtres. C’est un appel de l’autre fragilisé chez qui la difficulté à vivre nécessite des actions appropriées à la situation qui font quitter momentanément la sphère de  ses propres intérêts".

La sollicitude, c’est cette notion que parfois aujourd’hui nous appelons "care", et qui manque cruellement à notre société. D’une part, car associée à "l’essence féminine", elle cantonne les femmes les plus fragiles au rôle de Bon Samaritain et ne reconnaît pas leur apport à la société, qui pourtant est ici aussi fondamental que "sauver des vies".

D’autre part, parce que tout le monde n’est pas capable de l’exercer. Fabienne Brugère : "Certains sont plus à même que d’autres de porter secours à autrui, d’accomplir une action orientée vers le soulagement de la vie fragilisée".

Aujourd’hui à mon avis, promouvoir le care ou la sollicitude, c’est essentiel pour ne pas sombrer dans la fatalité. Alors que sont éluEs des personnes qui professent le contraire de ces valeurs, en encourageant la haine et le repli sur soi (FN à 25% aux Européennes), à la préoccupation unique de ses propres intérêts, et en tapant sur la main de l’autre plutôt que de lui tendre la sienne, ce n’est pas chose facile que d’être optimiste.

Bien sûr, il y a le féminisme. Je suis féministe, et je crois qu’une société qui ne le serait pas restera barbare, comme le dit Marie-Victoire Louis. Mais avec Fabienne Brugère, et la parabole du bon samaritain, je crois qu’il faut aussi de la sollicitude, il faut du care dans la société et dans le féminisme, sinon il est trop facile de passer à côté de "la femme dépouillée et rouée de coups, laissée à demi-morte (même si cela ne se voir pas toujours, concernant les femmes victimes de graves traumatismes) (adaptation de la parabole ci-dessous)

Ainsi, le grand mérite du féminisme radical est de faire reconnaître que les femmes, victimes de violences masculines, sont les premières personnes vulnérables, et de le dire haut et fort (ce que ne dit pas suffisamment "le monde du care"). Il reste à exprimer envers elles, au niveau individuel et collectif, une véritable sollicitude, comme envers tous les êtres humains, tous les êtres vivants en situation de vulnérabilité : "…la sollicitude n’existe que dans des supports, dans des actions qui permettent de qualifier telle ou telle relation humaine particulière même si, bien sûr, il n’existe pas de sollicitude sans référence à la sensibilité et à la sphère des affects, moteurs des actions entreprises. "

Je rejoins donc Fabienne Brugère lorsqu’appelle de ses voeux une société de la sollicitude, je dirais une société féministe et de la sollicitude.

"La sollicitude est, plus fondamentalement, une valeur des conduites du genre humain que nous avons désertée. Elle peut valoir aujourd’hui comme un recours en temps de guerre économique. Elle peut transformer nos existences, que nous soyons femme ou homme, pour nous rendre plus apte au traitement de la vulnérabilité humaine et plus désireux de justice sociale; changer la vie, en quelque sorte". 

Sandrine GOLDSCHMIDT

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Petit exercice polémique à propos de la parabole du bon samaritain

La parabole du bon samaritain(1)

« Mais le docteur de la Loi, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant : “Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour.” Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? » Il dit : « Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. » Et Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même ». »

Version féministe de la parabole : 

Une femme descendait en métro de Paris à Ivry, et fut d’un coup prise de violents tremblements. C’était une crise de mémoire traumatique qui lui faisait revivre qu’un jour elle tomba au milieu d’hommes violents qui, après l’avoir dépouillée, violée et rouée de coups, s’en allèrent, la laissant à demi morte.
UnE soignantE vint à descendre par ce métro-là ; la vit et passa outre. Pareillement unE féministe survenant en ce lieu, la vit et passa outre. Mais une femme elle-même défavorisée, souffrante, qui était montée dans le wagon arriva près d’elle, la vit et fut prise de sollicitude. Elle s’approcha, lui parla et prit soin d’elle, l’amena auprès d’une association spécialisée.  Le lendemain, elle tira vingt euros et les donna à l’association en disant : “Prends soin d’elle, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour.” …

(1) il est important pour la compréhension de noter que les samaritains étaient considérés comme des parias, des "inférieurs".

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Ferrara, DSK : 3 ans après, le déni, toujours

X,lesangdesfemmes

C’est fort, le déni. En 2011, au moment ou DSK a été arrêté pour des accusations de viol et agressions sexuelles à l’encontre de Nafissatou Diallo, femmes de chambre de l’hôtel Sofitel de New York, il a fallu plusieurs jours et des déclarations intolérables pour que la presse pense enfin à dire qu’il y avait -dans cette affaire, une victime, une femme.

Grâce à la mobilisation des féministes et au trop plein de sexisme qui s’est manifesté, on a eu ensuite l’impression d’un sursaut de quelques unEs et parfois, les médias ont fait leur travail.
Trois ans après, alors que DSK est toujours libre, le cinéma vient achever le travail de révisionnisme, en effaçant à nouveau de l’histoire toute référence à son sujet central : les violences sexuelles infligées aux femmes en toute impunité par les hommes en général et les puissants en particulier.

Ainsi, c’est facile avec le cinéma : on présente des films d’hommes, qui font ce qu’ils veulent puisqu’il s’agit d’art, et on impose néanmoins les mots de ce qui restera dans cette histoire. Ici, c’est clair. Ce qui intéresse le film de Ferrara, c’est l’homme. Ses désirs. Ses pulsions dégoûtantes ou pas. Et à lire deux articles sur le film, l’un plutôt "pour", l’autre plutôt "contre" (mais je dirai ensuite pourquoi), on est obligées de le répéter : le cinéma, c’est de la propagande révisionniste de la domination masculine.

Ainsi, si Slate (qui affirme que le films ne parle pas de DSK mais de Depardieu) reconnaît que dans la fiction inspirée des faits du Sofitel il n’y a pas doute sur l’existence du viol, jamais le sort de la victime n’est mentionné. Pire, l’article expose au préalable un série d’autres crimes sexuels : viol tarifé qualifié de "partie fine", viol en réunion qualifié de "partouze", puis le viol. Tout est donc montré comme "le monstre" aux désirs sexuels incontrôlables, mais jamais comme la violence infligée à un nombre incalculable de femmes.

Dans la deuxième partie du film, nous dit Slate, nous voici en huis-clos équivalent "DSK-Sinclair" qui eut lieu le temps que l’homme soit assigné à résidence. Et tout ce que le film trouve à dire, c’est qu’alors Depardieu-DSK voit dans l’ambition de sa femme la cause de ses débordements. Ah oui, forcément, lui ne serait que la victime alors…de sa femme.

A la fin de l’article, Slate nous dit que le film a un tort impardonnable. Ah, on se dit donc qu’enfin l’impardonnable,  le fait que les victimes n’existent pas dans le film, que les violences sexuelles sont montrées comme les simples excès d’un homme "ogresque", vont être remarquées ? Non. C’est le caractère antisémite d’un passage du film qui fait l’objet de l’indéfendable, selon Le Monde, cette fois.

Et autant je ne peux évidemment que confirmer que ce que raconte Le Monde sur cet aspect -rapport entre richesse et soutien d’Israël d’Anne Sinclair et l’affaire) est insoutenable, je ne peux qu’une fois de plus constater que c’est bien la seule chose que les observateurs trouvent impardonnable dans cette histoire.

"Tout s’enchaîne très vite, les images se fondent les unes dans les autres dans une quasi-simultanéité qui renvoie aussi bien au trop-plein et à la vitesse de diffusion d’Internet qu’à la violente addiction du personnage. Accro au sexe et au pouvoir, comme d’autres à l’héroïne, Devereaux ne perçoit plus les frontières entre le jour et la nuit, entre le réel et le fantasme. Il plane. La violence qu’il a infligée à la femme de chambre ? Sans doute ne s’en est-il même pas aperçu".

Comme les journalistes d’ailleurs, et probablement les spectateurs. Car s’ils le mentionnent, ils n’en font pas un sujet qui rend le film indéfendable. Montrer un criminel (le personnage) à répétition qui viole des femmes comme il respire, ça n’est qu’une "addiction monstrueuse", un signe qu’il n’est pas dans la réalité. Les victimes n’existent pas. Pourtant, elles, elles la vivent au quotidien, cette réalité !

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX !

S.G

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BABY vs Babysitting ou la propagande des affiches de cinéma

Cela fait quinze jours qu’à chaque fois que je passe l’entrée de la gare RER où j’habite, je me fais la même réflexion en me retrouvant nez à nez avec deux affiches de cinéma qui se font face : le parallèle est saisissant, et nous montre ce que sont les images des femmes et des hommes vues par la propagande cinématographique.

Je tourne la tête à droite, et voici une affiche du film "Baby" : on y voit une femme, en plongée, les yeux révulsés, possédée par un démon, par la terreur en réalité, agenouillée bien sûr, presque dénudée, la tête levée vers ce ou celui qui la terrorise ou l’a rendue folle.

Je tourne la tête à gauche, affiche du film "Babysitting", un homme avec un enfant, il a des pansements partout sur le visage, est débraillé, dépassé par les événements, mais il est debout.

Que nous disent ces deux affiches ?
Un mot en commun : Baby. Deux façons de voir l’homme et la femme qui y sont confrontés diamétralement opposées.

Capture d’écran 2014-05-16 à 09.27.54

1er cas : Baby

-L’affiche qui montre une femme, donc à genoux, écrasée sous l’angle de la plongée de la caméra, est montrée terrorisée par un danger de mort. Elle ne peut qu’être possédée, folle pour qui regarde sans faire lecture féministe. Mais possédée, pour une femme, cela veut dire terrorisée par les violences subies. Car les femmes ne sont pas folles, mais victimes de violences traumatisantes. Voilà une image typique de la représentation des femmes dans la fiction, qui nous parle très vite : car s’identifier au personnage n’est pas difficile : cette terreur, tant de femmes l’ont connue, pour avoir vécu la violence, parfois depuis l’enfance, et passent pour folles ensuite lorsqu’elles ont des conséquences traumatiques. En outre, cette terreur, la société de culture du viol passe son temps à leur montrer et remontrer (c’est pourquoi je ne peux pas publier la photo de trop près pour éviter de reproduire). En revanche, à bien y réfléchir, on n’imagine pas une seconde possible qu’un homme soit dans cette position avec ce regard sur une affiche d’un film de ce genre (l’horreur). On imagine donc bien que regarder cette image ne peut pas leur faire peur de la même manière : on ne les montre jamais ainsi..

Les hommes, pour eux, et je pense que c’est plutôt eux la cible, et qu’ils emmènent leurs compagnes voir le film…pour eux donc, c’est de l'"entertainment" . Ca n’a pas de raison de leur faire peur non plus, parce que cela ne correspond pas à leur vécu quotidien. Au pire, même, cela peut être excitant, tant ils sont de plus en plus nombreux à regarder de la pornographie qui rend excitante la terreur infligée aux femmes.

-L’affiche qui montre un homme, Babysitting, le présente donc debout, l’air d’avoir passé une nuit difficile, mais plutôt "bonenfant", avec de vagues pansements sur le visage, mais pas de peur.  Plutôt style affiche de film destiné à un public féminin. Il ne s’agit bien évidemment pas de les montrer terrorisés, mais dépassés par l’événement : car "baby sitter", cela n’est pas pour eux ! Ils seront maladroits, pas à leur place, voire un peu ridicules, ou se retrouveront emportés par un tourbillon d’événements.
Et les femmes, en voyant cela, seront confortées dans leur bon sens patriarcal : quand même, pour faire du babysitting, il vaut mieux être une femme, plus maternelle et responsable !

Ainsi, en deux regards, symétriques, toute la propagande cinématographique qui sert le maintien du système (violence contre les femmes pour pouvoir les exploiter) est ainsi résumée. Les publicitaires savent si bien s’y  prendre d’ailleurs, qu’ils mettent ces grandes affiches toutes en largeur au niveau des yeux des enfants, qu’on voit tourner la tête vers ces affiches…

S.G

PS : je précise que cette analyse vient uniquement des ressentis à la vue des ces affiches et non des histoires des films que je ne connais pas et ne juge donc  pas ici. Cela se justifie par le fait que les enfants qui passent devant ces affiches, n’ont eux non plus aucune raison de savoir les histoires. Ils ne reçoivent donc que les messages bruts exposés ici.

 

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Pas de plan contre la traite sans pénalisation du client

les chiffres fournis par le gouvernement

les chiffres fournis par le gouvernement

Aujourd’hui, le gouvernement présente son plan de lutte contre la traite des êtres humains.
Un plan préparé avec la Miprof, mission interministérielle pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la traite des êtres humains, qui veut s’attaquer au fait que la France est à la fois un pays de destination privilégié des trafiquants d’êtres humains et de leurs victimes, ainsi qu’un pays de transit.

22 millions de personnes sont victimes de la traite dans le monde. Exploitées à des fins d’esclavage : travail forcé, un peu, prostitution, beaucoup. Car il ne faut pas s’y tromper, et rappeler deux faits à nouveaux très signifiants :

-les "personnes" victimes de la traite, ce sont en immense majorité des femmes et des enfants (dont surtout des filles) (source gouvernement, pas de chiffres à l’ONU)

-Les victimes de la traite le sont en grande majorité à des fins de prostitution : 80% selon l’ONU pour l’Europe

Ainsi, le plan que va proposer le gouvernement n’ignore pas cette dimension et prévoit de "construire un parcours de sortie de prostitution", assurer un accompagnement spécifique des mineurs victimes de la traite et mobiliser tous les moyens d’enquête (justice, inspecteurs du travail ou Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances) contre les réseaux.

Construire un parcours de sortie de prostitution, c’est bien. Se mobiliser pour lutter contre les réseaux, c’est bien. Mais il manque ici un élément législatif essentiel pour que le dispositif soit complet : la pénalisation du client-prostitueur. Car ce qui nourrit la traite, c’est le fait qu’elle génère beaucoup d’argent pour les trafiquants, parce qu’il y a demande de la part des clients prostitueurs. Les exemples de l’Allemagne ou des Pays-Bas montrent que là où la demande est favorisée par la loi ou la libéralisation, le trafic et la traite explosent. En Suède en revanche, où le client est pénalisé, les trafiquants ne sont pas intéressés.

Donc, il ne peut y avoir de plan contre la traite des êtres humains sans loi d’abolition du système prostitueur qui interdise l’achat d’un acte sexuel.

Ce qui se passe avec le sort fait aux filles et femmes au Nigéria en est un exemple d’actualité frappant, et c’est ce que souligne notre communiqué Abolition 2012 d’hier : c’est pour les clients-prostitueurs français et européens que des femmes et des enfants sont victimes de la traite. Il y a deux jours encore, un réseau nigérian de prostitution était démantelé à Caen. 5 l’avaient déjà été l’an dernier. Tant qu’il y aura de la demande, il y aura de la traite. Et même si on ne sait pas quel sera le sort des jeunes femmes enlevées par Boko Haram (on espère surtout qu’elles seront libérées), on sait qu’il y a un risque majeur pour qu’elles soient victimes de la traite à fin de prostitution pour des clients de nos pays européens.

Il ne reste donc plus au gouvernement qu’une seule chose à faire à l’heure le Président Hollande affiche sa volonté de lutter contre la traite, pour que la politique soit cohérente :  inscrire la loi sur le renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour du Sénat avant l’été, loi déjà votée à l’Assemblée nationale en décembre et qui inclut une disposition essentielle pour un véritable changement : la pénalisation du client-prostitueur !  ABOLITION !

Pour vous convaincre du lien entre prostitution et trafic, revoici le lien vers l’intervention de Rachel Moran, survivante irlandaise de la prostitution et brillante féministe, que j’avais traduite ici : http://sandrine70.wordpress.com/2013/10/12/rachel-moran-la-prostitution-nest-pas-le-lieu-ou-opere-le-trafic-mais-la-cause-du-trafic-sexuel/

S.G

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#BringBackOurGirls : Emotion et mobilisation à deux vitesses ?

Alors qu’un grand rassemblement aura lieu ce soir à 18h30 Place du Trocadéro auquel, bien sûr, Abolition 2012 participera, pour la libération des jeunes lycéennes otages de Boko Haram au Nigéria,

le collectif de 59 associations publie un communiqué de presse auquel bien sûr je m’associe et que voici : il lance un appel au Président de la République François Hollande.

Abolition2012

Emotion et mobilisation à deux vitesses ?

200 nigérianes à vendre par Boko Haram…

Des milliers vendues sur nos trottoirs au profit des clients prostitueurs français !

François Hollande doit faire preuve de cohérence au sommet africain de samedi.

Paris, le 13 mai 2014

La France et la communauté internationale sont aujourd’hui mobilisées pour porter secours aux 223 adolescentes enlevées et séquestrées au Nigeria par le groupe Boko Haram. Nous nous en félicitions ! Mais nous tenons à rappeler que sur notre propre territoire, et dans une quasi-indifférence, des milliers de jeunes femmes nigérianes sont tenues en servitude sexuelle par des réseaux internationaux les ayant achetées et revendues pour alimenter le marché prostitutionnel français. 

Alors que la France a proposé l’organisation d’un sommet des dirigeants africains à Paris portant sur la sécurité au Nigeria, il serait bon et cohérent que le Président de la République commence par y annoncer que la France prendra désormais toutes ses responsabilités pour lutter contre l’esclavage sexuel des jeunes femmes nigérianes en condamnant tout achat d’un acte sexuel. Le marché prostitutionnel français, alimenté au profit des clients prostitueurs français, porte en effet une immense responsabilité dans l’enlèvement, l’achat et la revente, chaque année, de milliers de jeunes nigérianes par les réseaux de trafiquants internationaux.

Des milliers de jeunes femmes nigérianes exploitées violemment sur les trottoirs français

Chaque semaine, les associations de soutien aux personnes prostituées rencontrent de jeunes femmes nigérianes, parfois mineures, toujours profondément isolées, vulnérables et réduites à la prostitution par des réseaux parfaitement organisés. Ces réseaux les achètent au Nigéria, les conditionnent au prix de violences massives et d’emprise psychologique vaudoue, puis les transfèrent en France et les exploitent sur les trottoirs de nos villes.

Une exploitation qui rapporte 15 millions d’euros en France selon la DCPJ

Le phénomène est tellement massif que la Direction Centrale de la Police Judiciaire a publié en juin 2011 une note spécifique à ce sujet. La police française y précise que les jeunes femmes nigérianes sont victimes de violences physiques et de privation de nourriture tandis que leurs familles sont menacées au pays. Elle rappelle aussi que le seul proxénétisme nigérian en France rapporte 15 millions d’euros à ses auteurs.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/prostitution-le-spectaculaire-boom-des-reseaux-nigerians-07-07-2012-2081271.php 

Note 1 : selon Matthieu Guidère interviewé sur Europe 1, les lycéennes enlevées pourraient elles-mêmes être prises dans les filières de prostitution nigérianes. Il rappelle que le Nigeria est le second pays pourvoyeur de prostitution en Europe.

http://www.europe1.fr/International/Boko-Haram-une-secte-qui-s-appuie-sur-un-business

Note 2 : Le collectif Abolition 2012 est composé de 59 associations de lutte contre toutes les formes de violences sexuelles et sexistes.

www.abolition2012.fr 

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