Redonner au monde sa cohérence pour éliminer les violences

juin 12, 2013 § 11 Commentaires

nc2b017-diable_coqDepuis que j’ai moi même un enfant -une fille- j’ai toujours pensé que nous avions en face de nous avec les enfants non seulement des personnes humaines dont les droits doivent être d’autant plus défendus qu’ils et elles sont plus vulnérables, mais aussi des perles d’humanité : des enfants nous avons tout à apprendre, avec les enfants nous avons tout à construire, plutôt que de continuer à les détruire, comme le fait l’institution familiale autoritaire qui prédomine, particulièrement dans le cadre des violences qu’ils et elles -beaucoup trop nombreux d’entre eux- subissent.

Ce sentiment est renforcé par la lecture, l’écoute et l’expérience de ce qui concerne les troubles post-traumatiques, en particulier au travers du travail de la docteure Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue et Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, qui a fait de son combat pour les victimes une ligne de vie.

Au centre de son combat, et cela a été un des aspects les plus intéressants de l’émission "Pas de quartier" sur Radio Libertaire hier (elle y présentait son livre indispensable "le livre noir des violences sexuelles" et vous pouvez réécouter l’émission ici : http://media.radio-libertaire.org/backup/24/mardi/mardi_1800/mardi_1800.mp3)

la nécessité de redonner une cohérence au monde qui, du fait des systèmes de pouvoir et de domination, en premier lieu patriarcale, parentale et économique, devient le lieu d’un système absurde, incohérent, et dont l’incohérence même est la garantie de sa perpétuation.

Je m’explique (en essayant d’être aussi claire que Muriel) : l’enfant naît avec des neurones miroirs qui l’aident à se construire. Et si le monde tourne à l’endroit, ces neurones miroirs lui permettent de connaître l’empathie. Ainsi, lorsqu’une violence est commise, et qu’elle provoque une souffrance, alors ces neurones font que l’enfant ressent la souffrance et éprouve alors de l’empathie. Cette empathie fait normalement que si il impose une souffrance -volontaire ou involontaire à la personne en face de lui, alors il s’arrête.

Le problème, c’est que si le petit garçon ou la petite fille subit des violences, et que l’adulte qui les commet ne fait pas preuve de cette empathie, ne réagit pas à sa souffrance, alors cela crée un stress intolérable pour son cerveau. Si en plus, la personne qui commet ces actes est une personne qui devrait d’autant plus éprouver de l’empathie qu’elle est censée être celle qui vous protège et vous aime -père, mère, famille…alors le stress est encore pire. Et le cerveau devient incapable de gérer ce stress, et de réguler les "drogues" de l’hyper-vigilance qu’il génère. Celles-ci le mettent en danger vital, et ça seule façon de s’en sortir, est de disjoncter, provocant la dissociation, une anesthésie émotionnelle.

Cette anesthésie émotionnelle, si elle se double d’un enfermement du souvenir émotionnel dans la mémoire traumatique, fait que le stress vécu pourra réapparaître à l’identique au moindre rappel, stimulus, faute d’avoir pu, dans la mémoire autobiographique, devenir un souvenir dont on arrive peu à peu à se distancier émotionnellement.

Tout ceci, provoque donc une souffrance intolérable, fait vivre aux victimes un enfer, alors qu’en même temps il n’y a pas de symptômes à l’identique d’un bras cassé pour lequel il faut à l’évidence un plâtre. En outre, la poursuite du "tout est normal", l’indifférence des autres adultes, surtout lorsqu’il y a révélation des faits, vient "achever" les victimes dans leur recherche de cohérence. Elles souffrent de symptômes qui ne sont pas reliées aux violences : les conduites dissociantes, qui sont interprétées par les autres comme de la faiblesse de leur part, alors qu’elles sont le fruit de l’incohérence et de la violence.

Pire : ce processus est en outre le garant de la reproduction de la violence. En effet, lorsqu’un enfant a été victime ou témoin de cette violence absurde et non nommée, niée, et alors qu’on fait de lui le responsable (1), il développe une anesthésie et une dissociation et est victime de crises de mémoires traumatique. Dans ces cas-là, il a plusieurs moyens pour réagir : s’anesthésier par des conduites dissociantes : prise de drogues, alcool, mais aussi de comportements qui vont le pousser vers la création d’un nouveau stress qui permettra la disjonction. Ainsi, il peut arriver qu’à ce moment là, envahies par le scénario de l’agresseur, elles reproduisent la violence : contre elles-mêmes ou contre les autres. Car le scénario de recherche de l’anesthésie de la personne qui les a violenté-e-s les a envahies au point qu’ils/elles savent inconsciemment que ce scénario est anesthésisant pour les bourreaux. Et donc que de le reproduire va leur permettre de s’anesthésier.

C’est là qu’intervient un facteur fondamental : celui du choix. Et ce choix n’est pas le même selon qu’on est un homme ou une femme. Ou plutôt, il n’est pas le même selon qu’on a été -au-delà- des violences, construits comme un dominant et valorisé en tant que tel. Donc, les hommes ont une plus forte probabilité de devenir violents envers les femmes parce que c’est ce que l’on attend d’eux et qu’ils en bénéficient. C’est socialement valorisé, sous les termes de "virils", de "capable d’autorité". Et, comme l’expliquait Muriel, c’est même valorisé socialement dans l’entreprise : ce sont des gens qui savent ne pas se laisser envahir par leurs émotions (forcément, ils n’en ont pas avec l’anesthésie). Donc licencier des collaborateurs en détresse, laisser mourir des personnes dans la rue, regarder martyriser des enfants ou ne pas s’émouvoir de voir violer ou battre des femmes, ne les trouble pas plus que ça. Dans ce système, les dominants, même s’ils ont été victimes, sont donc les bénéficiaires : ils ont les moyens de s’anesthésier très efficacement en reproduisant la violence sur d’autres. Ce qui n’enlève rien à leur culpabilité : ce sont des crimes qu’ils commettent, et c’est un choix qu’ils font de persévérer dans cette violence.

Tandis que celles qui ont des comportements de retournement de la violence sur elles mêmes, et ne font jamais de mal à personne, sont considérées comme anormales. La preuve, c’est que les jeunes agresseurs/violeurs qu’a suivi Muriel et qui, par un long travail incessant de remise à l’endroit du monde, qui se retrouvent à leur tour conscients que ce qu’ils ont fait est très grave, sont d’un coup moins valorisés qu’avant pour peu qu’ils aient des idées suicidaires ou retournent la violence contre eux-mêmes (2) et sont plus rejetés par leurs familles que s’ils violaient/violentaient d’autres personnes. Et ce non seulement parce que cela se verrait moins (1% de condamnation pour les viols), mais aussi parce que la tolérance de la société à l’égard des violences masculines est immense.

roses

Si la rose existe, le monde peut être à l’endroit

Pour en revenir aux victimes, et finalement à tous les êtres humains, nous avons besoin de redonner de la cohérence au monde. Et de revenir à ce que les enfants savent, ont toujours su au fond:qu’avoir de l’empathie c’est normal. Que de ne pas supporter de voir souffrir des personnes, a fortiori qu’on est sensées aimer (mais dans un monde idéal on pourrait aimer tout le monde), c’est normal. De tout faire pour que ces souffrances s’arrêtent, c’est normal. De ne pas arriver à être dans l’anesthésie inhumaine des dominants, c’est normal.  Il faut aussi dire que depuis le départ ce sont les enfants en nous qui ont raison : vouloir des relations douces et gentilles avec les autres, c’est normal. Que trouver la pornographie inhumaine et criminelle, qui consiste à filmer des tortures sexuelles et physiques à des femmes (certes actrices, mais ça ne change rien) c’est normal. Que de dire que la prostitution c’est du viol et que le viol, c’est la destruction des femmes, ce n’est pas moraliste ni liberticide, c’est juste normal. Que d’avoir envie d’une sexualité libérée de toute forme de violence et de domination, ce n’est pas bisounours, c’est normal. Et que d’aider les personnes qui en ont besoin, c’est normal.

Enfin, il faut encore remettre le monde à l’endroit en confirmant aux victimes ce qu’elles savent et nous disent, si on les écoute :  que même si un jour elles ont été victimes, ce n’est pas une honte, ce n’est pas à elles d’avoir honte. Elles resteront toujours les victimes de ces actes, de ces hommes violents, de cette société qui marche sur la tête, mais elles ne sont pas des victimes en soi. Elles sont des êtres humaines qui ont le droit de vivre selon leur désir et leurs rêves d’enfants, dans un monde remis à l’endroit. Et elles ont le droit qu’on soit contentes pour elles.

C’est ce que fait depuis plus de 10 ans Muriel Salmona, une oeuvre d’humanité et hymne à la vie malgré les crimes contre l’humanité. Mieux, elle commence à être un tout petit peu entendue. C’est ce dont tous les enfants rêvent : un monde à l’endroit, ou aimer c’est partager douceur et attention à l’autre, ou vivre c’est aimer dans l’empathie. Et tant pis si cela semble simpliste à ceux qui tentent de survivre dans un monde à l’envers.

C’est le monde à l’endroit des enfants, celui qui fait dire à une enfant de 8 ans (la mienne) : "l’amour, forcément c’est gratuit, ça ne peut pas s’acheter".  C’est le monde des enfants, des vivant-e-s, et il serait temps qu’on les regarde, et qu’on les écoute.

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1)je m’explique : imaginez un enfant de 2 ans battu par un adulte. C’est découvert, on rompt avec l’adulte. L’enfant ne se souvient pas des sévices. Et puis, un jour, comme il est de la famille, on renoue. Tout à l’air de bien se passer jusqu’à ce qu’on découvre que le garçon s’est mis à son tour à infliger des sévices à un autre, sans que lui-même d’ailleurs y comprenne quoi que ce soit).

(2) Muriel explique que quand elle traite des jeunes agresseurs elle ne les "lâche pas" jusqu’à ce qu’ils remettent le monde à l’endroit et comprennent qu’ils ont fait quelque chose d’inadmissible. "Tu as subi des violences mais tu n’avais pas le droit de faire ça et on va analyser pourquoi tu as pu faire ça : parce que depuis ta naissance le monde est à l’envers, remettons le à l’endroit. Et il n’y a que quand ils dénoncent inlassablement ce monde et leurs actes en ce monde qu’ils peuvent "guérir".

Tunisie : liberté pour Amina, Marguerite, Pauline et Joséphine !

juin 11, 2013 § Poster un commentaire

RASSEMBLEMENT
Mardi 11 juin – 18 heures 30
Près de l’Ambassade de Tunisie
au métro St François Xavier
 
 à 16h30 une délégation sera reçue par l’ambassadeur de Tunisie
Voici le texte d’appel des assos féministes dont Femmes en résistance :
Solidaires d’Amina Sbouï et de Pauline, Marguerite et Joséphine, militantes Femen, les associations et organisations signataires condamnent leur maintien en prison, le report de leurs procès et l’aggravation des chefs d’accusation qui pèsent sur elles, porte ouverte à des peines beaucoup plus lourdes.

Manifester pacifiquement pour une cause, celle des droits des femmes tunisiennes en l’occurrence, ne doit en aucun cas conduire en prison.

Nous exigeons leur libération immédiate et leur exprimons notre solidarité dans ces moments très difficiles.

Nous demandons au gouvernement français, à Laurent Fabius et à Najat Vallaud Belkacem de tout mettre en œuvre pour qu’elles soient libérées et qu’Amina vienne poursuivre ces études en France, comme elle le souhaite.

Nous appelons à un rassemblement devant l’ambassade et les consulats de Tunisie partout en France le mardi 11 juin à 18h30.

 
 
Signataires : Marche Mondiale des Femmes, Comité de Soutien à Amina, Prochoix Paris, Femen,
 UniEs-vers-Elles, Femmes Solidaires, Clara-Magazine, La CLEF, Collectif National Droits des Femmes, Réseau féministe « Ruptures », Femmes pour le Dire Femmes pour Agir, Les EfFRONTé-e-s, MMF22, Ligue du Droit International des Femmes, Maison des Femmes de Montreuil, Bagdam Espace Lesbien Toulouse, Femmes ici et ailleurs, Ni Putes Ni Soumises, Osez le Féminisme, Les Insoumises, Femmes migrantes Debout, Collectif Midi-Pyrénées pour les Droits des femmes, MMF 31, Le Relais de Sénart, Association Droits des Femmes Paris XXème, Collectif Tenon, Collectif Libertaire Anti-sexiste, Association FEM (féministe écologiste mixte), Fédération nationale Solidarité Femmes, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Émission Femmes Libres, Femmes en résistance, Libres MarianneS, Parole de Femmes, Coordination13-MMF-PACA, Encore Féministes !, Toujours Elles 85, ATTAC, les Maisons des Potes, Manifeste des Libertés, UFAL, SUD Groupe GFI, Parti Communiste Français, Parti de Gauche…
CONTACT : 06 80 63 95 25

"Les Echos" : hommes 12, femmes 0, les journalistes femmes se révoltent

juin 7, 2013 § 3 Commentaires

Je ne parle pas souvent de là où j’ai travaillé avant…Les Echos, premier quotidien économique français, que j’ai quitté suite à son rachat par LVMH. A l’époque, il y avait 3 femmes rédactrices en chef. Elles étaient très minoritaires, et déjà c’était plus dur pour elles pour l’avancement et les augmentations. C’était il y a 5-6 ans. Mais aujourd’hui c’est pire. A tel point qu’elles ont décidé un mouvement de protestation "visible" dans le journal de ce matin : la grève des signatures. En effet, non seulement il n’y a plus aucune femme rédactrice en chef, mais en plus, l’inégalité salariale et de promotion est suffisamment criante pour qu’une quarantaine de femmes journalistes présentes sur 75 dans le mouvement aient décidé unanimement de cette grève, que certains hommes soutiendraient même.
Voici leur explication ci-dessous, et mon commentaire :

Bravo, c’est rarissime un mouvement commun de femmes au sein d’un média, c’est un signe que les femmes ne se laissent plus faire et de l’avancée de nos idées, et je suis fière de mes ex-collègues et pour certaines amiesq ui connaissaient bien mon engagement…

Bravo ! parce que c’est la clé du plancher collant et surtout de la visibilité des femmes dans les médias : tant qu’ils seront tenus par des hommes, il pourra y avoir une majorité de femmes journalistes dans les rédactions, le sexisme y sera toujours aussi fort.Et leur mouvement, du fait que ce sont des collègues, a été immédiatement visibilisé par l’Afp et repris sur le web.

Bravo, mais justement pour toutes ces raisons, il se peut qu’une grève des signatures ne soit pas suffisante…et mes ex-collègues reconnaîtront mon radicalisme si je leur dis qu’il faudra probablement après ce succès rester vigilantes et aller plus loin…priver une journée le journal de leur travail permettrait sans doute encore plus de se rendre compte combien elles sont indispensables et compétentes !

Hommes : 12, femmes : 0 Pourquoi nous, femmes, faisons aujourd’hui la grève des signatures
Nous, femmes journalistes aux Echos, sommes devenues, au fil des ans, invisibles. C’est pourquoi nous avons décidé de faire une grève des signatures dans les éditions papier et web du vendredi 7 juin 2013. Chaque jour, aux Echos, nous sommes aussi nombreuses que les hommes à faire ce journal. Mais il n’y a de femme ni à la rédaction en chef ni à la direction de la rédaction du quotidien. Les femmes ont peu à peu disparu de cette équipe. Nous espérions beaucoup de la nouvelle direction de la rédaction mais rien n’a changé.
On nous dit qu’aucune femme ne correspondait aux profils recherchés ! Les Echos ne manquent pourtant pas de femmes compétentes, motivées et ambitieuses. Mais elles ne sont pas considérées. Ces dernières nominations renforcent le malaise, prégnant depuis plusieurs années au sein de la rédaction du quotidien, concernant la carrière des femmes : augmentations individuelles de salaire, primes au mérite, mobilité interne, gestion de la période de maternité.
Nous appelons aujourd’hui la direction des Echos à prendre la mesure du problème et à agir en conséquence.
Laurence ALBERT, Marina ALCARAZ, Caroline d’AVOUT, Laura BERNY, Eléonore de BAILLIENCOURT, Anne BAUER, Carole BIBILY, Elisabeth BEYEKLIAN, Marianne BLIMAN, Véronique BROUTARD, Emmanuelle CHABERT, Dominique CHAPUIS, Catherine CHATIGNOUX, Julie CHAUVEAU, Myriam CHAUVOT, Véronique CHOCRON, Catherine CIMAGUS, Leïla de COMARMOND, Elsa CONESA, Marie- Christine CORBIER, Cécile CORNUDET, Isabelle COUET, Marie-Josée
COUGARD, Florence COUPIN, Hélène CROIZE-POURCELET, Sabine DELANGLADE, Pascale-Marie DESCHAMPS, Anne DRIF, Catherine DUCRUET, Clémence DUNAND, Anne FEITZ, Anne FLATEAU, Isabelle FICEK, Elsa FREYSSENET, Béatrice GAIGNAND, Solveig GODELUCK, Béatrice GOIGNARD, Arielle GONCALVES, Frédérique HUMBLOT, Muryel JACQUE, Muriel JASOR, Christine JULIEN, Isabelle LABUSSIERE, Sophie LACAZE-MASMONTEIL, Annette LACOUR, Valérie LANDRIEU, Claire LEBEAUPIN, Véronique LE BILLON, Laurence LECOEUR, Isabelle LESNIAK, Catherine LIMAGNE, Valérie MAZUIR, Stéphanie MEUNIER, Véronique MINGUY, Aminata N’DIAYE, Constance PAINDAVOINE, Celia PENAVAIRE, Florence RENARD, Ninon RENAUD, Reijane REIBAUD, Véronique RICHEBOIS, Martine ROBERT, Virginie ROBERT, Lucie ROBEQUAIN, Laure SALA, Fabienne SCHMITT, Valérie de SENNEVILLE, Nathalie SILBERT, Marie-Christine SONKIN, Cécile TEXERAUD, Geneviève THIBAUD, Anne-Sophie VION, Michèle WARNET

Elle, Lybrido, déculottée : la haine des femmes en haut de l’affiche

mai 31, 2013 § 6 Commentaires

Haine des femmes, et haine de soi. C’est ce que les images de nous que donnent ceux qui sont censés être "nos journaux" les féminins (bon ce sont pas les miens hein), les affiches, le cinéma, qui nous morcèlent et nous étête, et haine de notre désir, à la fois en imposant le "tout à l’orgasme", le "tout au coït" et l’interdiction de "trop en vouloir". bref, l’interdiction de faire ce qu’on a envie et de ne pas être dans le désir de l’homme (cf Ozon, etc.)

3 exemples en 2 jours…

project

-vu hier dans le métro, le "movie project", le projet de film de nous donner la déculottée ?!!! Inouï.

elle-vu en une de Elle cette photo d’une "non-femme"au corps totalement irréel, avec en dessous cet article qui dit : "se plaire telle qu’on est". Vraiment ? C’est typique des injonctions paradoxales de Elle, mais à ce point, on se demande en effet comment les femmes peuvent garder une tête sur leurs épaules.

Enfin, dans le genre "WTF", lisez cet article qui explique comment "le viagra féminin" risque de rendre les femmes agressives : une quintessence de millénaires de corsetage physique moral et sexuel des  femmes. Pour le Viagra, est-ce qu’on s’est posé la question si ça allait augmenter le nombre de viols ? http://www.slate.fr/life/73191/viagra-feminin-trop-efficace-lybrido

Adèle, la Palme et le sexisme

mai 27, 2013 § 5 Commentaires

blueBon, hier, je n’ai rien dit, parce que "La vie d’Adèle" primée le jour de la #manifdelahonte, c’était un joli pied de nez, même si l’on doute que ce soit cela qui ait motivé Steven Spielberg, le président du jury. En revanche, la nécessité de préserver son image aux Etats-Unis l’a probablement encouragé (indépendamment même des qualités ou pas du film ce qui n’est pas en discussion ici) à écarter d’emblée toute récompense à Polanski qui nous eût insupporté-e-s. Ozon non plus, qui s’est tiré une balle dans le pied lui-même avec ses déclarations sur ses fantasmes sur la prostitution, et c’est tant mieux.

En effet, si les deux n’avaient pas prononcé des phrases d’un sexisme et d’un androcentrisme insupportable, en plus pour l’un d’être en fuite d’une accusation d’un crime de viol sur mineure qu’il a reconnu et d’avoir choisi des sujets de films qui montrent leur incapacité à envisager les femmes autrement que comme des objets (l’un allant jusqu’à déclarer que l’égalité femmes hommes était une idée vraiment stupide), alors peut-être que personne n’aurait réagi plus que ça (bon moi j’avais déjà réagi avant le festival ;-) . Mais là, leur propos incroyables les ont largement discrédités, et c’est tant mieux !

Mais revenons à la Palme d’or. Elle devait sauver cette sélection ultra-masculine et misogyne, à la fois dans le nombre de réalisateurs (18 sur 19) et dans le choix des sujets, qui ne concernaient essentiellement que des hommes. Or, quand je l’avais dénoncé dans mon article d’avant le festival, je n’avais pas parlé du Khechiche. Parce que je ne savais pas encore qu’il était tiré de la BD lesbienne culte "Bleu" est une couleur chaude de Julie Maroh, auteure et lesbienne, et parce que je me méfiais du regard que pouvait avoir le réalisateur sur la question.

Puis, donc, il a été encensé comme un "choc cinématographique" par la critique (voir les inrocks ici) et a eu la Palme un jour où symboliquement c’était très fort. De quoi pourrions-nous alors nous plaindre ? Déjà, la lecture d’une interview où le réalisateur français affirmait qu’il avait filmé la scène de 10′ de sexe entre les deux femmes "sans jamais penser que c’était deux femmes", parce qu’il n’y avait pas de différence me semblait louche…ou signe qu’il n’avait jamais parlé de la question avec des lesbiennes, ce qui est un peu(beaucoup) problématique…

Ensuite, je craignais -avec d’autres que le regard d’un homme soit surtout là pour exciter des fantasmes masculins (qui sont une part importante de la pornographie) hétéronormés. Ces craintes, qui n’ont pas effleuré la critique française, ont en revanche été relevées par le New York Times :

"This intimacy is clearly meant to draw you into her consciousness. Yet, as the camera hovers over her open mouth and splayed body, even while she sleeps with her derrière prettily framed, the movie feels far more about Mr. Kechiche’s desires than anything else.

It’s disappointing that Mr. Kechiche, whose movies include “The Secret of the Grain” and “Black Venus” (another voyeuristic exercise), seems so unaware or maybe just uninterested in the tough questions about the representation of the female body that feminists have engaged for decades".

Enfin, il y avait le fait que ses techniciens avaient manifesté de son comportement exécrable sur le tournage (ce qui est tout de même rare alors que les réalisateurs ne sont pas réputés être des enfants de choeur), et qu’il s’était incrusté (pas lui mais un caméraman et ses actrices) sans prévenir les organisatrices dans la marche de nuit féministe et lesbienne du 8 mars 2012, les filmant scandant des slogans n’ayant rien à voir avec ceux de la manif.

Mais pour finir, il y a enfin le peu de respect accordé à l’auteure de la BD, qu’il n’a même pas remerciée au Palmarès, et son opinion à elle sur ce qu’il a fait de son oeuvre :

j’en cite juste 2 extraits, vous pouvez tout lire ici : http://www.juliemaroh.com/2013/05/27/le-bleu-dadele/

"Je tiens à remercier tous ceux qui se sont montrés étonnés, choqués, écœurés que Kechiche n’ait pas eu un mot pour moi à la réception de cette Palme. Je ne doute pas qu’il avait de bonnes raisons de ne pas le faire, tout comme il en avait certainement de ne pas me rendre visible sur le tapis rouge à Cannes alors que j’avais traversé la France pour me joindre à eux, de ne pas me recevoir – même une heure – sur le tournage du film, de n’avoir délégué personne pour me tenir informée du déroulement de la prod’ entre juin 2012 et avril 2013, ou pour n’avoir jamais répondu à mes messages depuis 2011. " JM

Deuxième extrait, à propos des scènes de sexe. Après avoir exprimé en tant qu’auteur que le parti pris de Khechiche n’était pas le sien mais qu’elle ne jugeait pas cela, elle poursuit :

"Ça c’est en tant qu’auteure. Maintenant, en tant que lesbienne…
Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau: des lesbiennes.
Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t’il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque: un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule.  Les seuls qu’on n’entend pas rire ce sont les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes.
Je comprends l’intention de Kechiche de filmer la jouissance. Sa manière de filmer ces scènes est à mon sens directement liée à une autre, où plusieurs personnages discutent du mythe de l’orgasme féminin, qui… serait mystique et bien supérieur à celui de l’homme. Mais voilà, sacraliser encore une fois la femme d’une telle manière je trouve cela dangereux.
En tant que spectatrice féministe et lesbienne, je ne peux donc pas suivre la direction prise par Kechiche sur ces sujets.
Mais j’attends aussi de voir ce que d’autres femmes en penseront, ce n’est ici que ma position toute personnelle".

Elle souhaite avoir des avis d’autres femmes. On ira donc voir le film mais je crains que nos craintes ne s’y voient confirmées…

En résumé, malheureusement, il n’est pas du tout évident que la Palme d’or soit finalement moins misogyne que la plupart des films présentés à Cannes. Alors certes, c’est mieux que Polanski et Ozon, mais…

S.G

 

Buzzons contre le sexisme 2e : un bon cru !

mai 25, 2013 § 5 Commentaires

Mercredi au cinéma La Clef à Paris, c’était la remise des prix "Buzzons contre le sexisme", organisé par Teledebout, dont c’était la deuxième édition.
Plus de 50 films réalisés, et de nombreux primés à l’arrivée. Car dans chaque catégorie, 10-14 ans, 15-16 ans et 17-25, il y a eu de belles découvertes. Femmes en résistance décernait comme l’an dernier son prix, et le choix n’a donc pas été facile. Nous avons décidé de récompenser 2 films (que vous pourrez voir dans la 9e édition du festival) : "Un unique chromosome", qui a également eu un premier prix du jury, un très court film autonome qui nous a plu parce qu’il réussit là où tant d’autres, selon nous, échouent d’habitude : il fonctionne sur le principe du renversement. En moins de 2′, avec un commentaire (un peu trop rapide dans son rythme), ce film d’animation raconte l’histoire de l’humanité à l’envers. Avec des rôles sexués vraiment renversés, à tel point qu’on voit au final l’absurdité ET l’artificiel de ces rôles.

Un unique chromosome 1’39 min / Vidéo autonome  de Marie Herpe, 17 ans, Laval.

http://www.dailymotion.com/video/k4zThyI52pnqms3WE56

Nous avons par ailleurs primé un film réalisé par le lycée professionnel Lautréamont à Tarbes,

Le sexisme c’est tabou on en viendra toutes à bout 8’40

http://www.dailymotion.com/video/k6ykueUOtBEhza3XaqV

un film qui réfléchit, en partant du support d’images d’archives récentes qui montrent le sexisme ordinaire (Cécile Duflot moquée en robe à fleur à l’Assemblée, etc.) aux moyens de vraiment lutter contre le sexisme. Des lycéennes et lycéens, filmés en groupe face caméra s’expriment sur le sexisme, et au fur et à mesure du film, on sent une prise de conscience : que  le sexisme est partout. Que ce sont les hommes qui en sont les bénéficiaires et les agents, et qu’il faut faire quelque chose. Ainsi, des idées -surtout des filles- fusent. "On ne va comme même pas supprimer tous les hommes", dit l’une, une autre réfléchissant elle très concrètement à où l’on pourrait faire passer le message massivement pour que le sexisme cesse. Et de proposer une idée originale (que je vous laisse découvrir). Double attrait du film donc : on voit les lycéens et surtout les lycéennes, vraiment concernées et transformées pas la réflexion, et en plus, elles réflechissent à des modes d’action qui seraient efficaces. Certes, avec encore quelques illusions sur la possibilité que nos idées de justice et d’égalité soient reprises à grande échelle, mais peut-on vraiment changer quoi que ce soit sans illusions ?

Il y avait beaucoup d’autres films très intéressants dans la sélection. En premier lieu un film que nous aurions primé et de loin en tête, "Maintenant à poil", de Marine Claverie et Margaux Chataux. Un film d’une grande maîtrise et d’une grande maturité de réflexion autour de l’épilation, avec des idées très originales et dans le montage et dans le fait d’avoir fait un sondage sur le sujet. Mais… la chute du film, dernière image  était trop ambiguë et sujette à interprétation totalement à l’opposé de l’intention même de la réalisatrice. Selon nous, elle risque de se laisser interpréter par des jeunes comme une attaque envers les féministes. Je vous laisse découvrir cette chute et vous faire un avis :

http://www.dailymotion.com/video/k7kmup5YASe8SF3W3iI

Enfin, deux films cette année -chez les 15-16 ans, se sont intéressés à la lesbophobie. Intéressant à noter sachant qu’on était en plein "débat" sur le mariage étendu aux personnes de même sexe. Certaines classes ont donc tenu à mettre en avant le sexisme qui s’allie à l’homophobie dans le regard de la société sur les lesbiennes. Avec en particulier un très joli film, qui dit tout simplement les choses : "Chemin de femmes", d’élèves de Landivisiau,  à voir ici :

http://www.dailymotion.com/video/k3rEpuJkPVbFKV3XflY

Voici pour les films qui nous ont le plus marqué, d’autres nous ont plu, certains n’ayant pas eu de prix m’ont aussi intéressé pour ce qu’ils nous donnaient à voir du sexisme à partir des préoccupations des ados d’aujourd’hui. Que forcément nous, féministes plus âgées ne pouvons pas toujours voir.  Ainsi quand des élèves découvrent par la réflexion autour du film que les filles n’ont pas accès aux espaces de repos et/ou d’activités comme le foyer et la table de ping pong, lorsqu’ils s’interrogent autour d’une soirée entre jeunes sur les comportements vis à vis des filles et des garçons (un garçon bourré c’est bien une fille c’est la honte, par ex). Des petites prises de conscience qui correspondent à leur quotidien, et nous permettent de rester en prise avec leur réalité.

Enfin, je salue dans la catégorie des plus jeunes, le film d’une classe de 5e, "nous sommes nés en l’an 2000", galerie d’interviews des élèves d’une classe, qui disent très concrètement, que dès 12 ans on peut avoir une idée très précise du sexisme qui nous entoure et de l’injustice qu’il représente.

C’est donc réjouissant et très motivant, comme l’ont souligné toutes les membres du jury (Christine Bard, Geneviève Fraisse, Hélène Fleckinger, Laetitia Puertas, Hélène Marquié, Agnès Szabo, Clémentine de La Barbe,..) que tous ces films puissent désormais être utilisés comme supports de réflexion pour d’autres jeunes, et on attend avec impatience la troisième édition l’an prochain !

Et encore merci à Barbara et Josefine deTélédebout pour l’organisation. Il ne faut pas hésiter à les solliciter pour obtenir des DVD et faire circuler au maximum ! teledebout.org/news/4/105/Remise-des-Prix-de-Buzzons-contre-le-sexisme/

Rassemblement devant les Galeries Lafayette ce soir

mai 23, 2013 § 2 Commentaires

Pas le temps d’écrire un article plus long, alors je transmets juste l’info et le communiqué de presse des assos et je soutiens bien sûr

Ni pour vendre, ni à prendre, le corps des femmes n’est pas une marchandise !

Rassemblement le 23 mai de 16h30 à 19h devant les Galeries Lafayette Haussmann

Les Galeries Lafayette inaugurent du 21 au 25 mai un nouveau concept « Glam et sexy » : le lancement de leur nouveau rayon lingerie.

Celui ci s’accompagne d’animations mettant en scène des mannequins dénudés portant la signalétique du magasin tatoué sur leur corps, postées aux portes d’entrée et aux abords des escalators ; d’autres mannequins jouent les fausses clientes et tombent leur manteau pour continuer leurs achats en string et soutien gorge. L’après midi sera ponctué par des strip-tease.

Surfant sur la vague du porno chic, ces animations nous rappellent les défilés de mode mettant en scène des mannequins en situation de prostitution.

Ces femmes sont des salariées contraintes de s’exposer dans le cadre de leur travail. C’est une atteinte à leur dignité et une mise en danger.

La direction des Galeries Lafayette exploite le corps des femmes pour mener une opération de communication afin d’augmenter ses ventes. Le corps des femmes n’est pas une marchandise !

80 % des salariéEs des Galeries Lafayette sont des femmes. Le secteur du commerce est particulièrement touché par les bas salaires, les horaires atypiques et la précarité.

Alertées par les syndicats CGT, CFDT et FO, nous appelons à se rassembler le 23 mai de 16h30 à 19h devant les Galeries Lafayette ( angle rue de Mogador et du Bd Haussmann Mo : Chaussée d’Antin) pour exiger l’arrêt immédiat de ces animations .

Premières signataires : Collectif national pour les Droits des Femmes, Attac, CADAC,les Chiennes de Garde, la CLEF,Collectif féministe contre le viol, Collectif Val de Marne Contre les Violences Faites aux Femmes, les efFRONTé-e-s, L’égalité, c’est pas sorcier, Elu/es contre les Violences Faites aux Femmes, Fédération Nationale Solidarité Femmes, Féminisme Enjeux, Femmes égalité, Femmes libres Radio Libertaire, Femmes pour le dire, femmes pour agir, Femmes solidaires, FIT, une femme, un toit, Fondation Copernic, Groupe pour la Reconnaissance en Droit des Féminicides, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Ligue du droit international des femmes,Marche mondiale des femmes, Mouvement du Nid, Osez le Féminisme, Planning familial de Paris, Planning familial 93.

Soutenu par : Front de gauche

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